‹ Traite methodique du dessin de l'aquarelle et du lavisChapitre 14 sur 31 · TEINTES PLATES · texte numérisé non relu

TEINTES PLATES

On remplira ainsi de teintes plates des carrés longs, tracés légèrement au crayon et de différentes grandeurs, les uns horizontaux, les autres verticaux, puis des triangles de diverses formes, des polygones, etc., pour apprendre à faire agir le pinceau et la main en toutes directions avec liberté et sûreté, et à ne point faire des taches dans les teintes plates, claires ou foncées. On s'exercera sur de

petites surfaces d'abord, et l'on finira par en couvrir de plus grandes.

Pour obtenir, avec parfaite régularité, une teinte quelconque, on sera toujours sûr d'arriver à un bon résultat en ayant soin de fondre immédiatement, avec le pinceau humide, chaque touche du pinceau qui couche la couleur, si la teinte à appliquer doit s'étendre sur beaucoup de surfaces (c'est ainsi, du reste, que le pratiquent les architectes). On prend un petit carré de papier fort et bien collé que l'on plisse de manière à en faire un petit godet, et l'on y jette avec un gros pinceau quelques gouttes d'eau, où l'on délaye en quantité suffisante la teinte qu'on veut, et l'on est ainsi sûr de ce qu'on veut appliquer. On s'épargne ainsi la difficulté qu'on éprouve toujours, surtout en commençant, de retrouver précisément la même valeur de ton de la couleur qu'on cherchait à employer.

Aux exercices de teintes plates, claires ou foncées dans des espaces rectilignes, ou terminés par des lignes droites, on fera succéder des essais analogues sur des espaces circulaires, ou terminés par des courbes.

Après avoir acquis l'habitude pratique des teintes plates de toutes formes, on s'occupera de la dégradation des teintes. On commencera par une ligne droite, le long de laquelle on fera suivre un pinceau avec égalité de mouvement, sans déviation et sans repasser trop souvent. On fondra, à mesure, le bord d'un côté avec de l'eau. On apprendra ainsi, entre deux lignes parallèles, (en fondant régulièrement du bord tracé vers l'intérieur,) à donner l'apparence d'une surface cylindrique arrondie comme une colonne ; et, en agissant pareillement sur le tracé d'un cercle vers le centre, on obtiendra la rondeur sphérique d'une boule.

Il sera utile de mettre sous les yeux de l'élève une bille ou boule de billard, et, dans un cercle tracé au compas, de lui en proposer l'imitation au moyen de ce qu'il sait dégrader une teinte avec de l'eau.

Il vaudra mieux, pour la plus prompte satisfaction d'un amateur qui veut acquérir de l'habileté au lavis, commencer par de petits sujets de fabriques où il y a beaucoup de teintes plates, et de bien

se rendre maître de l'exécution dans le lavis (dit monochrome ou camaïeu) à la sépia, à l'encre de Chine ou au bistre, avant de chercher à copier une aquarelle. L'enluminage de la lithographie, dont nous donnons ici les notions, est un fort bon acheminement pour arriver à l'étude de l'aquarelle, et il peut être toujours amusant et agréable aux personnes qui n'ont même pas les premières notions du dessin.

Nous ajouterons ici, avant de terminer ce chapitre, la recommandation de faire les exercices décrits précédemment avec différentes grosseurs de pinceaux, pour en apprendre tous les effets, ainsi qu'avec des pinceaux plats et carrés. On s'exercera aussi à faire des essais de ciels dégradés, et où les nuages blancs s'obtiendraient en réservant leurs contours et en fondant les bords pour éviter les duretés. On remarquera que la teinte plate ou dégradée demande toujours une humidité égale de pinceau pendant tout le temps qu'on met à l'exécuter ; et que si, par hasard, on y laissait tomber une goutte d'eau, il s'y formerait immédiatement une tache blanche.

On peut enlever des clairs sur une teinte quelconque en touchant, dans la forme voulue par le sujet, avec de l'eau pure qu'on laisse un instant sur place, et en frottant rapidement avec un chiffon de soie.

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