‹ Traite methodique et raisonne de la peinture a l'huileChapitre 4 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(1) Ru veut dire ruisseau; on recueillait l'ocro dj ru dans les dépôts formés par des ruisseaux d'oaux ferrugineuses.

Le blanc de plomb a plus de corps et ne s'emploie que dans la peinture à l'huile ; il noircit à la longue, mais le vernis le préserve ordinairement de l'action des vapeurs hydro-sulfureuses plus ou moins répandues dans l'atmosphère.

Le BLANC DE PLOMB s'emploic dans les grands tableaux qui dépensent beaucoup de couleurs; on s'en sert aussi pour les fonds et autres grandes parties qui n'exigent pas autant de vivacité de ton.

La céruse plus ou moins calcinée donne naissance au massicot jaune clair ou foncé du commerce (oxyde de plomb au premier degré ou protoxyde de plomb). C'est chez les fabricants de minium qu'on trouve le vériiable massicot. Pour préparer le minium, le plomb est calciné dans un fourneau à réverbère, où se produit un mélange de massicot et do plomb plus ou moins divisé. On sépare ces deux matières par trituration et lévigation (opération qui réduit en poudre très-fine). Le massicot, qui est plus léger, nage à la surface de l'eau; on le décante, on le laisse déposer et on le recueille ensuite pour le faise sécher (recette de M. Mérimée). Sa qualité est très-siccative. On trouverait de l'avantage à l'employer à l'huile dans les mélanges avec des couleurs qui sèchent difficilement, les laques et les terres bitumineuses.

La mine orange ou minium clair n'a aucune solidité.

Jaune de Naples. — On ne doit jamais s'en servir mélangé avec 'd'autres couleurs pour peindre les parties lumineuses des chairs, car, étant chargé d'arsenic, il décompose les blancs, les cinabres, et tend à les faire tourner au vert, son plus grand défaut étant de verdir avec les années. Comme le jaune de Naples couvre parfaitement, on peut l'employer dans les reflets des chairs, du côté de l'ombre; là, il remplace le blanc avec avantage, car il est moins lourd et moins froid. Dans les fleurs, dans les draperies jaunes, on ne saurait non plus s'en passer. Il est indispensable dans le paysage pour toucher les parties lumineuses des arbres. On s'en sert encore pour retoucher les ors. Mêlé avec le bleu de Prusse ou l'outremer, il produit de jolis verts clairs.

Le jaune de Naples contient du plomb et de l'antimoine. L'amassette de corne blonde ou d'ivoire est recommandée pour le triturer. Celte couleur serait avantageusement remplacée par le jaune d'antimoine, qui est le plus brillant et très-solide.

L'ocuE JAUNE CLAIR est indispensable dans les carnations; elle entre dans une foule de tons composés où nulle autre couleur ne saurait la remplacer; de plus, elle a l'avantage de ne nuire à aucune d'elles, de même qu'aucune d'elles ne saurait l'attaquer; sans être lourd£, 1 ocre jaune clair couvre bien : aussi on en fait un usage journalier dans- les

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parties lumineuses des fabriques, des terrains, et, préfcrablement à toute autre, on la fait entrer dans les teintes destinées à peindre les chairs.

L'ocuii DE RU ou jaune obscur entre dans tous les mélanges d'ombres qui doivent avoir de la vigueur, et qui se trouveraient affaiblis si, en sa place, on se servait de l'ocre jaune clair. Il faut observer do ne jamais la mélanger avec des teintes briiianles cl lumineuses, surtout avec le blanc, car le défaut de l'ocre de ru est de pou^ser au brun. Comme l'ocre jaune clair, elle couvre bien, et fait de très-beaux verts chauds, mélangée au bleu de Prusse. Tour les terrains, les meubles, les fonds, elle fournil des tons excellents.

Le JAUNK INDU N cst Une couleur d'une extrême solidité, mais qu demande à Ôlre bien choisie; car il en existe de verdàtre, qu'il faut éviter d'employer. Le beau jaune indien est d'une nuance boulon d'or, et contribue à faire de fort belles draperios jaunes. On eu obtient aussi pour le pay.sage de magnifiques tons verls. Mélangé aux ocras ou aux jaunes de Naples, il en ravive l'éclat et la vivacité; mais, comme il n'a pas de corps par lui-même, on ne saurait s'en servir pour empâter. Il est essentiel de ne jamais le faire entrer dans les ciels ni dans les chairs, car il foisonne tellement, qu'on ne saurait s'en rendre maître et qu'il absorberait les autres tuns auxquels on voudrait l'associer, pour l'usage que nous venons d'indiquer.

Les chrômes sont très-solides; ils procurent de beaux verls et donnent de belles nuances aux draperies,

L'ocnii nouGE cLAUiest une couleur des plus utiles; sa nuance, d'un rouge fin, convient beaucoup mieux que les cinabres dans une quantité de mélanges oii leur ton trop vif et trop cru romprait l'harmonie. Elle partage avec l'ocre jaune rinestiniable qualité do ne pas iiouvoir ôlre altérée par le mélange d'autres tons, étant aussi fort innocente par elle-même. liUe remplace très-avantageusement les cinabres, toutes les fois qu'il s'agit d'un ton de chair mâle et énergique.

Le Br.uN noLGE koncê est une couleur vigoureuse qu'il ne faut employer qu'avec réserve, parce qu'elle fournit abondamment.

On ne doit s'en servir dans aucune partie lumineuse, surtout dans les carnations; mais elle est excellente pour les touches sanguines.

Le CINABRE DE IIollande(I) doit, pour être d'une bonne qualité, no pas tirer sur l'orange; car, s'il était de cette nuance, cela prouverait qu'il est sophistiqué par un mélange do rouge de Saturne (minium), dans l'inlcnlion do lui donner un éclat plus vif, et, comme le minium se compose de plomb et d'oxyde calciné, il noircit beaucoup, surtout

(1) Combinaison intinfe de mercure et de soufre ou sulfure de mercure.

à l'huile, et fait noircir le cinabre auquel on l'associe et qui est un composé de soufre et de mercure.

Le cinabre produit le meilleur effet en le mélangeant avec du blanc pour les roses; on doit aussi s'en servir pour la teinte locale des chairs en le mêlant avec un peu d'ocre jaune clair, et en cela il est fort utile; car si, dans ce mélange, on employait à sa plaça la laque, la teinte qu'on en obtiendrait serait d'une froideur désespérante.

Le ciNABUE ou VERMILLON DE LA CniNE est plus Carminé que celui qui se prépare en Europe, et dont le meilleur nous vient de Hollande ; on s'en sert préférablement à l'autre lorsqu'on veut faire un ton rose frais; mélangé avec du blanc, oh en obtient toutes sortes de nuances roses moins froides que si on y employait la laque pure, et moins jaunâtres que si on se servait du cinabre de Hollande.

Il faut se rappeler que les cinabres ne peuvent se remplacer par aucune autre couleur rouge dans la peinture à l'huile; nous avons dit que l'ocre rouge clair s'employait dans les carnations vigoureuses et nuancées de ton, mais c'est avec le cinabre seulement qu'on peut faire des teintes assez pures, assez fraîches pour les carnations de femmes, d'enfants et même de certains hommes.

Cette couleur, qui est assez solide, peut être falsifiée par un mélange de minium; il faut, pour s'en assurer, placer la substance dans un creuset sur un feu ardent, et si, après l'évaporation, on trouve des globules de plomb réduit, c'est la preuve qu'il y avait du minium. Les cinabres se préparent à l'huile au moment oîi on en a besoin. On doit les tenir épais et fermes.

La LAQUE DE GAnANCE ROSE cst uu tou très fin et plus solide qu'aucun autre; les plus belles laques de cette espèce viennent de Berlin et de Munich. Celles qui se fabriquent en France sont loin de les valoir; elles ne sont ni aussi pures ni aussi foncées; le plus bel éloge que nous en puissions faire, c'est de dire que, employée pour l'aquarelle et préparée à la gomme, nous en avons vu qui, depuis trente ans, n'ont pas bougé. Nous engageons les peintres soigneux à bien faire attention à ne pas prendre leurs laques en vessie, parce qu'elles se graissent facilement. Il est beaucoup mieux d'en broyer la quantité nécessaire aux besoins du moment. Comme la laque est une couleur très peu siccative, elle se conservera sans difficulté fraîche et bonne sur le coin de la palette ; seulement, il n'y faut mêler d'huile grasse qu'au moment de s'en servir.

La laque rouge, fine, vraie, dite de Venise ou de Florence, est celle dont le corps chimique ou terre d'alun est t>.int avec l'extrait de la cochenille; on doit la choisir haute en couleur, claire, nette, inaltérable

au cil'.on oa au vinaigre Ces laques ne sont point solides' mais on m- connaît pas de couleurs qui paissent donner leur équivalent en beauté.

I.a laque de garance, d'un rouge analogue à celui que donne la cochenille, tire son principe colorant des plantes de garance qui croissent à Smyrne, en Algérie et dans les contrées méridionales de la Franco.

La LAQUE DE GAnANCE cnAMOisiE présente à ceux qui l'emploient les marnes avantages, et l'on doit la traiter do même. Lorsqu'on l'achète en grains pour la broyer soi-même, elle ne semble pas aussi brillante que l'autre; mais, une fois broyée, elle acquiert une grande énergie de ton et contient beaucoup plus de pourpre : aussi s'en sert-on pour ce qui demande de la vigueur. Lorsqu'on la môle à la terre de Sienne brûlée, elle donne un ton d'une force et d'une transparence que nul autre mélange ne saurait atteindre ; elle est surtout précieuse pour les draperies, aux ombres desquelles elle ajoute une profondeur extrême.

Le CARMIN Bn'Ji.É, ou laque de Venise brûlée, est un ton magnifique. Sa destination est la même que celle des laques dont nous venons de parler. Celte couleur s'obtient au moyen de laques brûlées, mais toutes ne sont pas bonnes pour cet usage , et les seules qu'on doive y employer sont les laques faites de cochenille pure; il est donc important, si on ne la prépare soi-même, de s'en procurer de bonne.

Les vigueurs pourprées que donne le carmin brûlé le disputent à celles du plus beau noir, et sont en môme temps d'une transparence parfaite.

RoucE d'Angi.eteurr. — Cette couleur est d'un emploi facile; on s'en sert surtout pour les ombres des draperies rouges; mais, par cela même qu'on ne doit guère s'en servir que pour les draperies, nous regardons comme inutile d'en avoir sur sa palette, excepté les jours où l'on sait devoir l'utiliser. C'est pourquoi, au lieu d'en avoir en vessie, il suffit d'en avoir en poudre qui soit déjà broyé à l'eau, en sorte qu'on n'ait plus qu'à délayer à l'huile, au fur et à mesure des besoins.

Le BLEU D'ouTnEMER. la plus coûteuse de toutes les couleurs qui puissent s'employer à l'huile, en est aussi l'une des plus solides; il se tire de la pierre ou marbre app3lé lapis-lnzuli. Ce marbre provient de carrières situées en Orient et en Sibérie.

L'outremer est parsemé de bleu, de blanc, de gris, mélangé de noir et de brun. Il y en a cinq ou six nuances; la plus belle, et pnr consé-

PEINT. A l'bUILK. S

quent la plus coûteuse, est la plus chargée de couleur bleue. A mesure que ces nuances pâlissent, elles sont moins chères.

Nous conseillons à nos lecteurs de ne pas se servir de celle appelée cendre d'outremer, qui ne donne qu'un ton grisâtre; nous pensons, avec beaucoup d'artistes, que le mieux est d'obtenir la teinte légère qu'elle représente en mélangeant beaucoup de blanc à un peu d'outremer très-pur et très-vif. L'outremer ne s'altère jamais et gagne au contraire en intensité à mesure que le temps s'écoule; on l'emploie beaucoup pour les ciels, mais seulement pour terminer. 11 faut les ébaucher avec une teinte faite de bleu de Prusse, de blauc et de noir bleuâtre ; ce mélange doit offrir à l'œil une nuance grisâtre qui deviendra fort belle lorsque, à la seconde reprise, vous la peindrez avec l'outremer.

Surtout il ne faut pas s'effrayer du ton gris de l'ébauche, et, croyant mieux faire, ébaucher avec le bleu de Prusse mélangé seulement de blanc, car on n'obtiendrait qu'un ton criard que la seconde reprise ne pourrait assourdir; au lieu qu'en faisant le mélange que nous venons d'indiquer, on aura un ciel fort harmonieux.

Comme le noir mélangé de bleu peut tourner au vert malgré la présence du blanc dans le mélange, pour empêcher ce résultat, on n'aura qu'à y ajouter une légère pointe de vermillon de Chine ou de laque.

Un ciel orageux se prépare avec un mélange de noir et de blanc, auquel on ajoute, suivant la nécessité, soit un peu d'ocre rouge clair, soit même une pointe d'ocre jaune clair.

L'outremer s'emploie aussi dans les draperies, dans les chairs, etc.

Le BLEU DE Prusse se soutient aussi bien que les laques de garance. Malgré le nom qu'on lui a donné, pour avoir été inventé par Dijjpel qui était Prussien, on en fabrique partout; mais, jusqu'à présent, le meilleur est celui qu'on prépare en Angleterre.

Mélangé avec différents jaunes, on en obtient des verts charmants; mais il faut se méfier de la crudité de celle couleur toutes les fois qu'il s'agit de l'employer mariée au blanc seulement.

La TERRE DE SiENNE uou calclnée est une couleur fauve, un peu brune, très-solide et très-transparente; malheureusement, comme elle a peu de corps et qu'elle ne couvre pas, on ne peut s'en servir pour les ébauches, dans lesquelles l'emploi des ocres, surtout de l'ocre da ru, vaut infiniment mieux; elle a aussi l'incoavénient de faire noircir les mélanges dans lesquels on la fait entrer, surtout ceux qui comportent du blanc, parce que cette dernière couleur étant métallique et la terre de Sienne étant bitumineuse, leur association amène nécessairement ce ton noirâtre qu'il faut redouter.

La terre de Sienne non calcinée est très- bonne pour faire les glaci? et les prt'pai'alions, et nous sommes tort éloigné d'en prosciire l'usage, mais nous lui prélérons le brun de Prusse, qui ne noircit pas et sèche mieux.

La TERRE DE SiicNNE CALciNËE esl la même substance que celle dont nous venons do parler. Il est très-facile de la préparer soi-même, si on vient à en manquer; il ne s'agit, pour cela, que d'avoir de la terre de Sienne naturelle en morceaux, de les rompre en petites parcelles de la grosseur d'un pois, et de les faire rougir sur un feu vif, dans une cuiller de fer. Lorsque les morceaux sont devenus d'un rouge vif comme doit l'être la cuiller elle-même, on les retire, et, sur un marbre ou sur une assiette, on les laisse refroidir, pour ensuite les broyer à riiuilc.

Celte couleur ainsi préparée a des qualités que ne possèdent pas celles dont elle dérive, et l'on remplacerait avec peine le ton à la fois chaud, transparent et léger dont elle est douée. Cependant il y a lieu de s'en méfier aussi, parce qu'elle est sujette à noircir ; puis, comme elle fournit beaucoup, si l'on n'y prenait garde 'jHe absorberait toutes les couleurs avec lesquelles on la mélangerait. Elle est parfaite pour réchauffer un ton d'ébauche trop gri»; elle sert aussi, mêlée avec des laques foncées ou avec l'outremer n» 1, à composer les touches d'ombres qui doivent être fortement accusées dans les carnations. Les paysagistes en font un usage journalier pour échauITer les premiers pl;uii< de leurs terrains, pour mélanger dans les teintes des fabri(jues et des terrains, pour glacer les feuillages de ces tons roux que l'autumno jette comme un manteau sur les arbres et les gazons. Les peintres d'animaux non plus ne sauraient s'en passer pour colorer chaudement et donner la puissance nécessaire aux robes de leurs chevaux, au pelage de leurs vathes, de leurs taureaux ; il en faut jusque dans le ton grisâtre dont est revêtu l'humble animal qui rend do si bons services à l'homme, et que notre célèbre fabuliste a désigné sous le nom de maître Aliboron.

Le Bi'.ux DE PnusiE est une couleur qu'on ne trouve pas à acheter, et que, par conséquent, on doit faire soi-même. Le nom de brun de Prusse doit lui être donné, puisque c'est avec du bleu de Prusse qu'on peut l'obtenir; mais, pour en arriver l.i, on ne doit pas se servir du bleu de Prusse anglais; nous ignorons la raison de cette singularité, mais c'est assez que le fait existe pour que nous devions le signaler.

Procédez pour le faire comme pour la terre de Sienne naturelle que vous voulez métamorphoser en terre de Sienne brûlée.

Lorsque vos morceaux de bleu de Prusse seront soumis dans une cuiller à l'action du feu vif donl nous allons parler; vous les verrez éclater et tomber en écailles; une fois cet effet obtenu, n'attendez pas davantage; ôtez, faites refroidir et broyez les écailles, parmi lesquelles vous en trouverez de bistrées et d'autres plus noires, qui, mélangées et préparées à l'huile, vous donneront ce que nous appelons ici cnuN DE Puisse.

Celte couleur, qui est d'uue fixité à toute épreuve, peut remplacer avec un avantage marqué l'asphalte, la terre de Sienne naturelle, et la momie, dont elle n'a pas les inconvénients.

Ce brun de Prusse, qui s'étend très-facilement, possède encore l'avantage de sécher très-vile.

La TERRE DE CoLOGNE pourrait être éloignée de la palette sans qu'on s'aperçût beaucoup de sou absence, car on peut la remplacer par un mélange d'ocre rouge et de noir; dans certaines draperies, cependant, elle produit un bon effet, et comme elle a peu de transparence, elle couvre mieux pour les ébauches que la terre de Cassel. Malgré cela, nous ferions volontiers opposition, si nous ne savions pas que plus d'un peintre de talent s'est engoué de cette couleur.

Le BRUN ROUGE COMPOSÉ u'est pas une teinte fixe, ainsi qu'on peut le voir par son nom. Il y entre les trois couleurs primitives, qui sont le rouge, le jaune et le bleu; en composani ce brun, on peut lui donner, au degré voulu, la teinte qu'on désire, puisqu'il ne s'agit pour cela que d'augmenter ou de diminuer la quantité de chacune de ces trois couleurs, qui sont celles dont se forment les rayons du jour, et, par conséquent, celles dont tout est éclairé dans la nature.

Si c'est un ton neutre verdàlre qu'on souhaite, il suffira d'y mettre fort peu de laque; si, au contraire, c'est un ton vioiâlre, en y mettant peu de jaune, on l'obtiendra; enfin, on pourra en obtenir une couleur orangée en mellanl très-peu de bleu, et, en dernière analyse, le brun se formera d'un mélange presque égal des trois couleurs que nous venons d'indiquer : lorsque noue- disons presque égal, nous songeons au bleu qui fournit beaucoup, et dont il faut, pour cette raison, être toujours fort ménager.

On ne saurait trouver une meilleure couleur que le brun composé pour les préparations et les glacis.

Le NOIR DE PÊCHE cst uu dcs meilleurs que nous connaissions ; il est bleuâtre, il possède une grande finesse de ton, et à cause de cela, il peut servir dans les ciels, dans les draperies blanches et dans les carnations.

Le NOIR d'ivoire, dont on fait un très-grand usage, a l'inconvénient

de sécher trôs-difflcilement; cela arrive surtout lorsque le fabricant y môle du noir d'os qui lui laisse un plus grand bénéfice, mais qui no sèche qu'au bout de fort longtemps ; avec le noir de pôche et le noir d'ivoire, on peut répondre à toutes les exigences qui se présentent, car le premier est aussi léger et aus.i fin de ton que le second *>st intense et vigoureux.

Les peintres de figures ébauchent les ombres de certaines draperies avec un mélange de noir d'ivoire et de terre de Sienne brûlée ; les paysagistes agissent de môme dans leurs terrains, dans leurs arbres; du mélange de cos deux couleurs on obtient des touches entièrement vigoureuses ; du glacis do ces couleurs, on peut obtenir des nuances vigoureuses dans les endroits obscurs.

15eaucoup d'autres noirs cependant ont aussi de grandes qualités et trouveraient fort bien leur emploi ; ainsi, le noir de vigne, — le noir de café, — le noir de papier, — le noir de bouchon, — le noir de Prusse, — le noir de Russie, — le noir d'os et le noir de pèche, dont la plus grande partie ne se trouve pas dans le commerce et qu'il faudrait confectionner soi-même. Mais, ;\ côté de cet inconvénient, il en existe un autre qu'on doit redouter davantage, c'est de charger, ou, pour mieux dire, d'encombrer sa palette d'une foule de tons qui ajouteraient pour vous une diillcullé aux difficultés déjà existantes dans l'art si diflicile qu'on nomme la peinture. Or, comme nous pensons que le plus beau et le meilleur résultat peut être obtenu avec la palette chargée des vingt six i-oulcurs que nous venons d'indiquer, nous vous engageons à vous en tenir là, comme nous le faisons nou?. môme.

Le VKUT VÊr,o.Nf:sF,, est un vert fort léger, fort clair et fort vif qui ne saurait ôtre employé qu'en glacis ; autrement, par sa crudité, il romprait l'harmonie de tout ce qui l'entourerait. Il est donc sage de ne pas en faire abus.

Des coiilenrs qui (loivciit être proscrites et <lc celles qni uc s'cui|»loceiit qiiVu de rares occasions.

Parmi les couleurs que nous proscrivons, nous mettrons en première ligne :

Le jaune minéral, qui noircit et qui dénature les autres couleurs, et la laque d'Anvers, qui brunit ;

Les laques jaunes, dont aucune n'est solide, et qui toutes pâlissent plus ou moins ;

Le stil de grain de Troi/es, qui n'a aucune solidité et change sa jolie couleur citron pour un ton blanc sale.

Tous les autres stils de grain, d'où qu'ils viennent, ne valent pas mieux, et doivent être rejetés auss'i

Il est malheureux que la terre de Cassel soit une couleur qui change et qui fasse changer tout ce qui se trouve en contact avec elle. Cependant on peut, à la rigueur, s'en servir pour rehausser cei laines étoffes brunes, mais alors on ne doit l'employer que pure et sur un dessous parfaitement sec; de celte façon elle change moins. On ne doit pas la mélanger avec le blanc. Somme toute, nous pensons que le plus prudent est de la laisser de côté.

11 est un bleu que l'on appelle smalt ou cobalt, et qui ressemble à l'outremer, bien qu'il scit un peu plus violâlre; ce bleu s'utilise dans la peinture sur porcelaine, et l'on s'en sert aussi pour quelques effets de ciel à l'aquarelle, ; mais, à l'huile, nous no saurions en approuver l'emploi, car sa place étant plus nalurellemcnl dans les ciels que partout ailleurs, et comme il sèche très-rapidement, on ne peut arriver à l'employer aussi vite qu'il le faudrait, surtout en été.

Nous devons dire cependant que celte propriété du cobalt, dont nous nous plaignons ici, devient quelquefois un avantage; cela arrive quand on peut en mélanger un peu dans d'autres couleurs sans ■es altérer, parce qu'il les fait sécher très-promptement ; il faut même se garder, en pareille circonstance, d'y mêler si peu que ce soit d'huile siccative.

Lorsqu'on veut remplacer l'outre-mer, la meilleure couleur à employer est le bleu de Thénard, qui se nomme aussi cobalt comme le smalt, mais qui n'a pas l'inconvénient de sécher si vite lorsqu'il est seul, el, par conséquent, qui n'a pas l'avantage de faire sécher promptemcut les tons auxquels on le marie. Cette couleur est d'un bleu charmant.

Le bitume de Judée serait une très-bonne couleur si elle ne noircissait pas et si elle voulait sécher, ce qui ne lui arriverait jamais sans la précaution qu'on prend de l'employer à l'huile grasse pure.

Cependant beaucoup de peintres, les Flamands, entre autres, s'en sont servis jusqu'à l'abus, et, sans doute, il y ont été engagés par sa transparence parfaite, et parce qae, de sa nature, elle peut s'étendre par glacis aussi minces que possible; nous insistons, malgré cela, sur le danger qu'il y a à s'en servir pour glacer des plans éloignés, car, en noircissant comme elle le fait, au bout de quelque temps, toute harmonie seia détruite là où elle eût régné sans elle. Nous engageons donc nos lecteurs à ne se servir de celte couleur, quelque séduisante qu'elle leur paraisse, que dans les parties d'ombre vigoureuses, où Von. ne saurait craindre de sa présence des résultats fàthcux.

La momie, qui est un vrai bitume, el qui, de plu?, est un corps gras, sèche encore moins que l'asphalle ou Ijitume de Judée, auquel nous venons de faire son procès ; on ne sera donc pas étonné que nous la rejetions sans miséricorde et sans autre motif.

Le noir d'os, dont nous avons dit un mot, sèciio aussi diflîcilement, et sa seule qualité étant un roux fort beau, nous conseillons de composer ce même ton avec un mélange fait d'autre noir et d'un peu de terre de Cassel ou de terre de Sienne brûlée.

Nous le proscrivons surtout, parce que, pour l'employer, on est forcé d'y mettre beaucoup d'huile grasse, afin de le faire sécher, ce qui détermine sur la toile des épaisseurs croùt'-'uses fort nuisibles.

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