CHAPITRE V
Comment on progresse rnpidement idniis Tart de peindre à riiullc. — Illauicmcut de la broase et da piuceaii.
Savoir ce qu'on fai! ou ce qu'on a ù fairu, et bien faire ce qu'on saic
Il fatil, premièrement, se perfectionner avec une incessante persévérance dans le dessin, qui est la base de toute imitation de Li nature, el, selon les avis de tous les grands maîtres anciens et modernes, il est indispensable de mener l'élude de la perspective do front avec celle du dessin ; on copie d'abord les objets les plus simples, d'aprî's nature el d'après la bosse, puis on dessine la figure vivante, et les animaux. On comprend que l'éducation de l'œil et de la main demande une attention entière, bien soutenue, cl ne se f;iil pas en donnant quelques heures distraites à un travail souvent interrompu.
Admettant que le lecteur ne soit pas très-avancé comme dessinaeur, mais qu'il veuille néanmoins s'exercer quelque peu au maniement de celle peinture, je lui conseillerai de s'occuper d'abord de peindre en camaïeu ou grisaille, el de prendre pour modèle quehiues gravures à la manière noire, dites aquatinla, de les décalquer soigneusement sur du papier à peindre, du cirton imprimé a l'huile, ou sur toile. Les sujets gravés par Jazcl, d'après II. Vernet. so'il excellents. Ce premier travail étant ainsi préparé, on procédera à l'applicalion de la couleur grisaille ou camaïeu ; on la nomme aussi en clair-obscur. Celle expression désigne le mélange d'une couleur quelconque avec du blanc. On voil, dans la décoration archileC' turale, des tableaux en camaïeu ou clair- obscur représentant, en manière de ironipc-l'œil, des liijurcs ou des Las reliefs de marbre, de
bronze, de bois, d'ivoire ou de métal ; ces sujets y sont imités dans leurs lumières et leurs ombres avec la même couleur plus forte ou plus faible, et comme le sujet le demande. Il faut donc, pour copier une gravure aquatinla, prendre du blanc sur la palette pour les plus grands clairs, et du noir ou un brun quelconque, pour les ombres ; on mêle les deux ensemble pour obtenir les passages gradués de la lumière dans l'ombre ou les demi-teintes. Le but de copier en camaïeu est de familiariser V.main avec la pâle et le pinceau ou la brosse. Une personne qui sait bien dessiner à l'estompe, d'après la bosse, arrivera plus aisément qu'une autre à peindre une grisaille, d'après la bosse. Il faut d'abord, une fois le trait trouvé et bien arrêté, poser les bruns des ombres à partir du contour, et indiquer la masse en peignant carrément les plans généraux, sans tenir compte d'abord des reflets qui peuvent exister sur le plâtre ; puis on couclie la masse des plus grands clairs et ensuite celle des ombres, en ayant soin d'empâter plus que pour les ombres. Ces choses d'abord établies, et pendant que les couleurs appliquées sont eneore fraîches, on les fond sur leurs bords et l'une dans l'autre, ce qui contribuera à arrondir les surfaces. Ou emploie toujours plus de minceur dans les demi-leintes, et il faut toujours chasser préférablement le clair vers l'ombre avec la brosse. Les blaireaux de différentes grosseurs et formas donnent le moyen le plus simple de fondre les teintes entre elles. Il est essentiel d'empâter convenablement, et plus l'on veut représenter des lumières saillantes et vives, plus il faut empâter en mettant peu d'huile. Plus vous liquéfiez votre couleur et moins elle couvre, devenant, par le fait, transparente ; Rembrandt empâtait extraordinairement les partiesles plus éclairées de son modèle, comme on peut le voir dans plusieurs de ses peintures, et spécialement dans ses portraits d'homme. En règle générale, il faut bien choisir le grain de sa toile ou de l'impression sur laquelle on veut peindre.
Les sujets qui comportent un haut fini exigent une surface lisse. Quelques artistes, tels que Meissonier, Mieris, Metzu ont choisi des panneaux de bois ou de cuivre, imprimés convenablement ou presque lisses, et il est bon de répéter que plus le sujet est petit, et moins la surface sur laquelle on peint doit être rugueuse.
On n'arrivera pas tout d'un coup, quand on n'a jamais peint, à trouver le degré exact de liquidité ou de consistance à donner à la couleur. On observera néanmoins que les couleurs en tubes ou en vessie, qu'on dépose sur la palette, sont assez maniables sans y ajouter d'huile pour es parties claires; quelques-unes sont plus ou moins douées de la qualité couvrante. Si elles ne couvrent pas immédiatemeut le dessous
au premier coup, laissez sécher et redonnez à sec une seconde couche en brossant en sens inverse, afin de mieux garnir les intervalles des petits sillons laissés par la brosse. Si vous avez à rendre l'aspect d'une surface plate, couchez la couleur en brossant avec une brosse carrée plate et [lar coups rectilignes et parallèles. Ne donnez pas vos coups de pinceau irrégulièrement, mais méthodiquement; inclinez la hampe de voire pinceau à peu près comme celle du crayon, et appuyez-vous sur l'appui-main ou travaillez à main-levée, selon le besoin. Ou éprouvera d'abord quelque gène à travailler sur le chevalet, contrairement à ce qu'on fait pour dessiner, mais l'on surmontera facilement ce petit obstacle par quelques essais; je crois utile de recommander la plus grande attention à s'installer devant son chevalet, soit qu'on veuille travailler debout ou assis.
Travaillez-vous assis? Il est nécessaire d'être fort à l'aise : la chaise ne doit pas ôlre trop loin de la toile, afin d'éviter au corps la fatigue de trop se pencher en avant, ce qui, en portant le poids do la titc et des épaules sur les mains, empêcherait la légèreté de la touche et nuirait à la liberté des doigts. Arrangez-vous de façon que votre torse soit presque d'angle droit sur les cuisses : les mains agiront avec liberté et légèreté, si vous placez votre droite devant vous au niveau du creux de l'estomac, et votre gauche tenant l'appui-main incliné un peu en dessous. Les personnes myopes sont obligées de ployer les bras davantage, de se tenir beaucoup plus près de l'ouvrage, par conséquent, et il leur est presque impossible, pour cette raison, d'agir à main levée pour tracer des courbes étendues sans lunettes. Si vous travaillez debout, même observation pour la pose des mains. L'habitude de peindre debout est préférable pour des ouvrages un peu grands et touchés à effet; elle est plus favorable, hygiéniquement parlant, les reins n'é« prouvant pas de ploiement, et plus commode pour s'éloigner et juger de l'effet vu à distance. Les fonds unis derrière une bosse ou un objet quelconque servant à les détacher, doivent être brossés régulièrerement et peints d'une pièce, car c'est de la valeur de leur ton que dépendent les valeurs relatives des clairs et des ombres. Comparez toujours les plus grands blancs au plus grandes vigueurs ou aux noirs les plus profonds, et vous trouverez par induction la valeur voulue pour vos demi-toinles. De même, en coloraiiun, pour arriver à la justesse des teintes, ayez sous les yeux des types de couleurs vierges pures les plus éclatantes comme unité de comparaison, et rapportez les teintes composées à ces types de couleurs mêmes, c'est le moyeu le plus sûr. Quand vous voulez obtenir un fond uni, préparez bien voira couleur au couteau sur la paieitc, en quantité sufiisante [ our ne ^as
être obligé de vous déranger pour refaire de la même teinte, et commencez par le haut de votre toile; peignez avec les grosses brosses de soie de porc, si le fond est grand, ou des brosses plates carrées et larges; on agit alors à plein pinceau, de haut vers le bas et de droite à gauche, par touches juxtaposées, de la longueur du pouce de la main plutôt moins que plus, et parallèles, de façon que la contexture générale du travail ressemble à la pluie : il s'agit d'abord de couvrir, et cela vous enseignera la régularité et la propreté méthodiques. L'impression du dessous se refusera quelquefois à prendre la couleur ; si dans la brosse elle y est trop compacte, ajoutez alors de l'huile grasse modérément. Si vous en mettiez trop, la couleur déposée sur la toile se retirerait par places, en faisant des yeux et des vides; mais cela ne se produira pas, si vous prenez soin de frotter d'un peu d'essence de térébenthine la surface de votre toile. 11 est à observer aussi que, si l'impression qui sert de lit à votre ouvrage est spongieuse par tamponnage, la couche de couleur s'y loge plus vite et plus facilement. Les effets du pinceau sont à étudier dès le principe comme ceux du crayon quand on dessine. La brosse courte et ronde donne des touches fermes, se vide facilement; la brosse longue et plate a de la souplesse, elle est capable de contenir plus de couleur et vous permet d'agir plus longtemps sans en reprendre; elle coule davantage, et, étant plus flexible, permet des touches plus longues, elle amincit plus facilement l'épaisseur de la couleur. Si vous employez de la couleur très-Uquide avec une brosse longue, vous faites ce qu'on nomme un frottis, qui hisse voir en transparent le dessous. Si vous peignez épais avec celte même brosse, vous étalez mieux votre pâte,, selon que vous appuyez plus ou moins. Les pinceaux plats en martre, ayant le poil plus fin, conviennent mieux pour des petites surfaces, qu'on veut très-lisses. Les pinceaux de martre coniques ne doivent pas avoir de ventre; ils conviennent pour modeler finement près des contours. On doit en avoir de longs et de courts; les longs sent pour filer un irait, les courts, ayant plus de fermeté, sont pour travailler le modelé ou regarnir uns ébauche qui est déjà séchée. Revenons à notre fond qui entoure un objet donné ; lorsque vous arriverez dans le voisinage du contour, nombre de peintres, par inadvertance, traînent les coups de brosse dans le môme sens que ce contour, et pour peu qu'il y ait de pâte dans l'emploi de leur couleur, il se forme dans le fond une autre contexture, bien que la couleur soit la même; celte inadvertance fâcheuse suffit pour empêcher le sujet de s'enlever uniformément, en formant autour de lui une sorte d'auréole qui l'incruste dedans. 11 faut donc la plus grande circonspection dans ce cas, et faire arriver les coups do
brosse aussi régulièrement près du contour et dans leur sens primitif; de même que si vous dessiniez par liacliure, pour obtenir un fond qui passe derrière l'objet, aussi bien à droite qu'à gauche, au-dessus qu'au dessous, et de telle sorte, en un mot, que voire fond continue à passer derrière en quelque point que vous le considériez. Si vous peigniez ce fond par touches de brosses horizontales, comme seraient des lignes d'eau ou la surface de l'eau, il faudrait qu'où vît bien que les lignes touchées à droite continuent bien dans celles de gauche, malgré l'interposition du sujet.
On peut peindre à l'huile d'une infinité de manières, et, pour devenir hahile, il est bon de les étudier toutes, l'our peindre en pleine pâle, il ne faut employer que des brosses en soie de porc, qui prennent plus de couleur à la fois, et sont excellentes pour ébaucher.
Si l'on voulait peindre de cette manière, d'après la bosse et do grandeur naturelle, on plaquerait d'abord les ombres, puis les clairs, d'une façon grossière, mais bien tranchée, en manière de nio.~aïiiue, employant la brosse plate carrée et la brosse ronde avec à-propos: on prendrait ensuite ces mêmes brosses sèches, et, en fai.-ant un feiton en va-el-viont pour opérer la dégradation et la fusion du clair avec l'oîiibre, c'esl-à-dirc pour produire les dcnii-leintes ; les surfaces s'arrondiront immédiatement. Il est très-important de comprendre qu'une brosse plate, plus elle est large, plus elle couvre do surface, et moins l'objol qu'on veut peindre sera long à couvrir. Celte [larlic plali- do l.\ brosse peut ôlre maniée suivant le besoin, en liranl la hampe de haut en bas verticalement, ou en biais, dans un sens ou dans un autre, oa horizontalement; mais, on traînant la louche horizantalcmcnt, la bros.so pla.le en question ne trace plus qu'une ligne. Si donc nous la tenons dans les doigls d'une certaine façon, elle peut former une bande de couleur de toute sa largeur; en la tournant un peu, elle produira une b;uiilc nioin-, large; et en la tournant encore, clic donnera un fil comme une lame de couteau qu'on traînerait dm; le sens de sa longueur; c'est un irait d'une grosseur qui sera proportionné à la foison plus on moins épaisse du poil qui garnit la bro-sc. Celle observation éclaircira tout le grand mystère de la louche, qui fait rétonncmenl et l'admiration des personnes qui, n'ayanl jamais vu peindre, sont stupéfaites de voir peindre très-finement avec de très-gros pinceaux ou brosses.
Le pinceau ne diff ère de la brosse que par la finesse, comme le cheval de selle diffi're du cheval de trait; à l'un apparticnirélégance elle poli de la louche, à l'autre, les travaux de force et d'ulililé fondamentale :lcur association do travail est non moins utile à l'ensemble du résultat.
Un pinceau est un cône de poils comparable au cône que forme le crayon taillé; en usant un crayon sur un corps dur comme du papier émeri ou la lime, vous y formez un plan carré favorable à certaines touches dans le dessin de mine de plomb, la brosse plate joue le même rôle relativement au pinceau que le crayon taillé plat, relativement au crayon pointu.
On obtiendrait, avec de la patienre et du temps, un très-grand fond, exécuté avec un très-petit pinceau au moyen de touches très-serrées les unes contre les autres. L'amateur qui verrait ce travail s'étonnerait d'une très-grande patience, ce qui est généralement rare ; mais, d'autre part, il ne pourrait s'empêcher de rire de l'usage même de cette vertu, qui, bien employée, est le fait du génie. Qui veut la fin veut les moyens, dit le proverbe ; les plus courts, quand ils mènent au but, sont les meilleurs; la vie est composée de moments, sachons les remplir de résultats les plus immédiats, et non de longs ennuis.
Lorsqu'on a couché son fond brossé régulièrement, il présente à l'œil, à cause du sens dans lequel il a été peint, un aspect brut qui ne saurait paraître un travail achevé: tous les coups de pinceau sont visibles. C'est afin de les faire disparaître qu'on met en jeu ce qu'on appelle le blaireau, gros pinceau rond dont les poils, liés fortement à la monture, s'épanouissent en forme de pomme d'arrosoir. 11 faut choisir le plus souple possible, et ayant la fleur du poil bien fine, la surface agissante d'un blaireau arrondi, vue de profil, doit être convexe comme une lentille ou verre bombé ; on doit le manier à la superficie de la peinture fraîche en le promenant en décrivant des anneaux entrelacés, ou comme l'on ferait des boucles d'écriture, et très-légèreremenl. Il faut d'abord le tenir bien perpendiculaire au tableau. Cette opération abat les traces du gros pinceau de l'ébauche, et finit par donner une espèce de poli au travail qui dissimule la manière dont il est fait.
11 y a aussi des blaireaux plus petits de la même forme, et d'autres carrés, grands, moyens et petits, dont l'usage est le même pour polir et achever; on doit toujours les employer à sec, et, à mesure qu'ils se salissent et qu'ils s'imprègnent de couleur, avoir grand soin de les bien nettoyer.
Le bîaireautage se fait quelquefois autrement qu'en rond, c'est ce que l'expérience enseigne. On ne pourrait se passer de blaireaux pour des ciels nuageux ou pour des teintes qui doivent se fondre proprement les unes dans les autres. L'excès de bîaireautage est un défaut très-grave dans certaines occasions; un terrain ou des rochers de premier plan dans un paysage, ne devront jamais être blai-
roautés : les rugosités et la rudesse do la pâte dans ce cas feront toujours bien sur le sol ou pour représenter des surfaces qui ne doivent pas être lisses d'habitude. Voulez-vous peindre de belles eaux? blaireautez-les , au contraire, afin de faire disparaître toutes les aspérités de la pâle ; vous devez les rendre polies comme l'émail ou la surface du miroir, et les petits filets de lumière où les étincelles qui scintillent sur toutes les eaux calmes n'en ressortiront que mieux si vous les empâtez avec esprit par dessus. Le principal but du blaireau est de faire disparaître le chatoiement que donnent à la peinture les poils de la brosse.
Il reste à parler encore d'un <^enre de pinceaux qu'on nomme putois, pinceaux roides eu poils noirs ronds en forme do balai. Us sont faits pour caresser la suporlicie de la couleur, quand elle est devenue plus ferme que lorsqu'on l'a posée ; ce qui a lieu six ou sept heures après. Les putois, ainsi que les blaireaux, ne s'emploient jamais qu'à sec ; mais comme, en s'en servant, ils retiennent toujours un peu de couleur, pour les en débarrasser quand ils n'en contiennent qu'une petite quantité, on les vergette doucement sur une pii^ce de drap tendue avec quelques clous sur une planchette, puis, on soufflera ensuite fortement dessus ; quelques artistes promènent ces pinceaux sur du snblon, qui groupe el roule la couleur eu boulettes qui se détachent ensuite facilement.
Lorsqu'on cesse do travailler, si l'on veut continuer le lendemain avec les pinceaux et les brosses sans les laver au savon noir (ce qui les use et les abîme souvent), il sufTit de tremper la pointe dans l'huile d'olive; cette huile, ne séchant pas, leur conservera toute leur souplesse sans aucun inconvénient.
Il faut, selon la saison où l'on peint, mettre plus d'huile grasse l'hiver que l'été ; il n'est pas nécessaire de laver ses pinceaux tous les jours ; on évitera avec soin de les laver à l'essence de térébenthine, qui les briile, et de les laisser traîner à la poussière. Si on doit rester longtemps sans peindre, il est bon de l.'s mettre à l'abri de toutes les injures du hasard, les mites en ronyent souvent le poil ; mais, en les serrant daiii de vieilles bnîtes à cigares imprégnées de l'odeur du tabac el qui coûtent fort peu, on ies préservera irès-sùremenl des attaques de ces insectes destructeurs.
Revenons à la pratique de l'art de peindre à l'huile. Lorsqu'on sait faire un fond uni denii rj une bosse, une lôte ou un objet quelconque, on allaque la pointure du l'objet lui méine, en commençant par l'indication des masses d'ombres et de lumières ; on les U>nd ensuite les unes dans les autres comme nous l'avons dit [ilus haut, ou laisse
sécher, puis on reprend avec les même couleurs, moins épaisses, qu'on applique en demi-pâte avec des pinceaux plus doux, on ajoute les reflets dans les ombres, et on donne plus de finesse aux demi-teintes; c'est ainsi que le modèle s'achève ; on donne raissi plus de fermeté aux lumières, qu'on empâte derechef en n'ajoutant pas d'huile à la couleur. S'il s'agit de copier en camaïeu une gravure aquaiinta ou un dessin à l'estompe, comme serait une figure ou académie d'après nature, on ébauchera d'après les indications précédentes en grisaille.
Pour la figure nue dite académique, nous allons indiquer un moyen qui conduira facilement à l'élude de la coloration, par le chemin da camaïeu. Les maîtres vénitiens ont souvent exécuté leurs tableaux en grisaille pour les colorer ensuite par glacis. Nous recommandons celte méthode comme très-progressive et avantageuse. On prétend que, du temps de Pline, on n'employait que quatre couleurs : le blanc de J\lilos, le jaiine d'Athènes, le rouge de Sinope et le noir qu'on délayait, à ce qu'on croit, avec des blancs d'œufs, de la gomme et d'autres dregues propres à les lier et à leur donner de la consistance. C'est avec ces quatre couleurs primitives que Mélanthe, Apelles, et les plus grands peintres de la Grèce exécutèrent ces immortels ouvrages qui ont fait l'admiration de toute l'antiquilé.
Nous inspirant de ce grand souvenir, nous dirons aux jeunes artistes de disposer sur leur palette du blanc, de l'ocre jaune, du rouge vermillon et du noir ; cet assortiment très-simple est très-suffisant pour modeler une figure et lui donner, dès le principe, un aspect de vérité assez satisfaisant. Avec ces quatre couleurs, on peindra son académie très-facilement, d'après un dessin à l'estompe.
En mêlant du blanc avec du vermillon, on aura des tous les plus rosés.
En mêlant le blanc avec du jaune, on aura du jaune clair, auquel on additionnera du vermillon pour obtenir un ton de clair obscur, le jaune réchauffera la teinte si on le laisse dominer.
En mêlant le vermillon avec du jaune, on a le rouge ocreux, et s on y môle du noir, on trouve du brun rouge. La combinaison et les mélanges de ces quatre couleurs sont très-suffisants au commençant. Dans les parties éclatantes de couleurs, telles que les lèvres, les joues, les yeux, on cherchera soigneusement la fraîchenr et la franchise de la touche, et on évitera d'y ajouter du noir. Le noir et le blanc formeront des gris qui, mêlés au jaune et au rouge, produiront d'excellentes demi-teintes. Quant à la couleur des cheveux, le noir pur servira aux cheveux noirs, le jaune, d'ocre mêlé au noir donnera une chevelure châtain en y ajoutant de la terre de Cassel, la couleur des yeux s'indi-
qiiera soit avec, un peu de gris et de cobalt pour les yeux bleus, soit avec du jauue, du noir, du rouge et du Liane pour les prunelles brunes. On évitera de mettre beaucoup de noir pour ombrer les lèvres faites de vermillon cl de binnc, on mêlera le vermillon avec le uoir pour les parties brunes sanguines.