‹ Traite methodique et raisonne de la peinture a l'huileChapitre 6 sur 15 · CHAPITRE VI Glacis (1), demi-pâte» et finesses · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Glacis (1), demi-pâte» et finesses

Quand on aura copié l'académie en question avec la palette simpliflée que nous indiquons ci-dessus, on pourra, en prenant un modèle, qui sera autant que possible dans le môme caractère de furme que le modèle dessiné à l'estompe, essayer d'ajouter, par des glacis, la finesse de (on qui manque. On examinera d'abord si le ton local tire plus sur l'ocre ou le jaune pâle ou foncé que sur lo rose. Si la carnation est brune, il faudra peut-èire un glacis à plat général, appliqué irès- Diince, d'ocre et de rouge qui montera le ton local. Si, au contraire, le teint de la peau est le plus blanc, on fera dominer le blanc et le rouge et on ajoutera à propos et en son lieu et place quelque peu d'outremer ou de cobalt; dans les gris de demi-teintes, on aura soin en dernier de rehausser par des touches franchement empâtées et sans addition d'huile, les parties de lumières larges et plates rur les grandes surfaces, et vives et nettes sur les saillies anguleuses.

A mesure qu'on a acquis plus d'aisance à manier le pinceau, il sera avantageux de copier quelques tableaux. Les sujets les plus simples seront les meilleurs. On s'accoutumera également à peindre d'après nature, en copiant les objets inanimés les plus faciles de forme, qu'où éclairera à différents jours. On peindra aussi des objets usuels à surfaces mates, tel que des pots de grès, des boîtes de bois; puis, à côté ou sur un autre boat de papier à peindre, on copiera des pots luisants de faïence ou de porcelaine, on essayera à rendre la transparence du verre blanc ou du verre coloré, on tâchera d'in-.iler l'aspt et d'une bouteille, d'un verre à boire contenant du vin, d'une timbale en argent, pour apprendre à rendre l'éclat métallique. On s'exercera 4 en retracer de petits groupes disposés pittoresqucment, ce qui formera le goût à trouver les oppositions de couleur et l'arrangement des lignes les [ilus agréables à l'œil. On composera ainsi de petits tableaux éludes, sortes d'attributs décoratifs qui seront d'un grand enseignement

(1) Glacis veut dire couleur appliiiuce et superposée ù sec par-Jossus una autre, et la laissant voir en traiis)iuruut.

sons tous les rapports; on trouvera moyen d'y ajouter le charme du voisinage de quelque draperie richement décorée qui puisse, en jetant de beaux reflets sur les objets qui sont susceptibles d'en recevoir, fournir un nouveau sujet d'observation et d'études. On aura beaucoup de plaisir à reproduire ainsi sur la toile des sujets inanimés ou qu'on nomme de nature morte, auxquels l'arrangement, le coloris et l'exécution soignée donneront toujours un certain mérite ou intérêt artistique.

Il sera précieux, avant de s'exercer a composer soi-même de pareils sujets, de copier en ce genre quelque bon modèle, et de donner uu coup d'œil attentif aux belles peintures d'attributs, de gibier et de nature morte, qu'on admire dans plusieurs musées, par Desportes, qui y excellait, ainsi, que par d'autres bons faiseurs, tels que Desgoffe.

Le réalisme est le genre auquel on doit viser eu commençant à peindre, et je définirai le réalisme par la perfection des idées communes. On verra plus tard qu'il est nécessaire de ne pas se borner à copier tout ce qu'on voit indifféremment et sans choix; il faut voir souvent les galeries des maîtres anciens, y faire fréquemment des visites en observateur attentif et studieux, et ne pas négliger d'étudier aussi les maîltres contemporains dans tous les genres.

En observant simultanément la nature et les maîtres, on pénétrera chaque jour plus avant dans la connaissance de la beauté, qu'on trouvera toujours dans la vérité. Mais ne perdez jamais de vue que le pinceau doit faire appel à l'àme plus qu'à nos sens, cultivez en même temps votre esprit, développez votre imagination. Si vous voulez grandir aussi par le talent, apprenez à voir, c'est-à-dire à vous asseoir à propos devant un beau site, de beaux objets et au bon endroit; étudiez et dessinez sans cesse d'après l'antique, vous y trouverez les secrets moyens d'idéaliser la forme; peignez des fleurs et des fruits, groupez-les harmonieusement, ce sera la meilleure leçon que vous puissiez prendre pour le coloris.

Apprenez, en un mot, à faire de la forme et de la couleur le vêtement le plus éclatant d'un sentiment et d'une idée. Que vous cultiviez la peinture de genre on d'histoire, choisissez toujours vos sujets, et souvenez-vous que ceux qui mériteront le plus souvent l'attention et l'approbation du public seront particulièrement ceux qui éveilleront en nous les sentiments les plus élevés; que l'admiration excitée en nous par la beauté de l'œuvre d'art est faite surtout pour rendre meilleur celui qui la contemple. C'est le but principal de l'art, on l'oublie trop souvent !

La belle peinture a toute son éloquence sur la toile; elle oblige l'indiiïércnt à s'arrêter, à force de tromper les yeux, devant des objctj quelquefois trùs-communs et sans valeur; elle s'élève au drame le plus émouvant, et en faisant naître en nous tous les sentiments, elle triomphe des cœurs les plus durs, et les pensées les plus nobles et les plus nécessaires de la charité sont engendrées par la contemplaliun des chefs-d'œuvre.

Pcintnrc en petit, miuintiirc à riiuile, et fixés.

Plus vous peignez en petit, et plus il faut de soin et do propreté dans la pratique matérielle. On s'exercera très-avantageusement à copier, en camaïou d'aborJ, des pliologiaphies bien réussies. 11 est naturel de penser que la surface sur laquelle on peindra devra être fort li;se, et que, pour obtenir le haut fini qui caractérise les portraits photographiés, ou aura de l'avantage ù peindre sur talTetas imprimé à l'huile. Les pinceaux à emiiloyer pour ce travail seront les plus fins et les plus souples possible; on n'ajoute pas d'Iiuile dans les couleurs qu'on emploie sortant des tubes. On ébauche comme la grande peinture, et on la termine de môme. On ne pointillé pas connue la miniature; il faut laisser bien sécher avant de reprendre son ébauche ; il est utile, avant de repeindre pour terminer, de bien raser la surface ébauchée, afin d'enlever toutes les aspérités de la couleur; on ponce pour cela, oa, si l'on veut, on promène, bien perpendiculaire à la surface du tableau, la lame d'un rasoir.

Le sujet terminé, on fait dissoudre do la gomme arabique dans l'eau, et, quand la di<solution est bien claire, on verse sur la peinture et on y pose par-dessus une glace, que la gomme interposée fait adhérer. C'est ce qu'on appelle un fixé.

On exécute ainsi de jolis petits sujets de paysages, d'animaux ou do figures. Pour l'exécution de pareils ouvrages, il va sans dire qu'on s'installera sur uue tabie et non devant le chevalet.

Duile d*ocillct pour retoucher, aussi blanche que de l'eau, siccative et un peu visqueuse.

Ayez plusieurs bouteilles de verre blanc. Afin de voir le proj^resde l'opératicn, versez-y de l'huile d'œilict aussi fraîchement faite que possible, n'ayant pas plus de quatre mois; versez dessus deux parties d'eau filtrée , et agitez de temps en temps le mélange comme pour rincer; ôtez le bouchon et remplacez-le par un bout de carton, percez à trous d'épingle, exposez vos bouteilles à l'air, à la grande lumière du soleil, s'il se peut. Toutes les deux ou trois heures, agitez de nouveau

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le mélange, et laissez reposer; faites cela pendant euviion huit jours : l'huile surnage bientôt, mais l'eau la lave et l'épure et en sépare toute la mucosité, ce qui la rend siccative. La substance muqueuse, au bout de quelques heures, vient se placer entre l'eau et l'huile en mousse glaireuse et blanchâtre qu'on enlève au moins une fois par jour avec un crochet de bois blanc.

Transvasez votre huile dans d'autres bouteilles avec de nouvelle eau filtrée, que vous changez tous les deux ou trois jours pendant un mois. Si vous avez la patience de renouveler l'opération pendant deux ou trois mois, plus vous laverez et plus votre huile se purifiera, en devenant en même temps siccative. Les mucosités ne venant plus à se former, il sera temps de mettre vos flacons à l'ombre pour laisser le mélange reposer, toujours protégé par les couvercles de carton percés pour faciliter l'évaporalion, à l'abri de la poussière. L'opération terminée, jetez l'eau et bouchez, pour vous en servir au besoin. Cette huile, indiquée par Bouvier, est des plus utiles à l'emploi.

C'est la seule huile siccative pure dans laquelle il n'entre aucuns drogue malfaisante et étrangère à l'huilei

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