CHAPITRE III
Du mode de traitement de V engorgement du moyen lobe de la glande prostate.
On croit que lorsque l’engorgement de ce lobe est parvenu à une grande étendue, il est dé<jà trop avancé pour en espérer la guérison, et que généralement cette maladie est également irrémédiable dans tous ses autres degrés.
Ce chapitre a pour objet de détruire cette prévention, et de montrer que, si l’on s’y prend en temps opportun , l’engorgement dans la plupart des cas peut être réduit; dans d’autres, arrêté dans ses progrès, et dans les moins favorables, sa marche rendue si lente, que le malade voit ses jours se prolonger, et ses souffrances devenir supportables.
traitement des maladies
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SECTION PREMIÈRE
Des moyens a employer dans la première période.
Dans la première période de la maladie, lorsque la membrane cle la vessie est seulement poussée en avant par le lobe qui commence à «.engorger, et qu’il n’y a pas encore empêchement total à l'écoulement des urines, ou aura recours à la saignée locale des reins, aux lavemens opiacés , et à l’usage interne de la poudre de Dover. On ne négligera pas les bains de siège de quinze minutes toutes les vingt-quatre heures , à la température de quatre-vingt-quatorze ou quatre-vingt-quinze degrés ( therm . Fahr. ), la diète et la tranquillité d’esprit, et les autres moyens en usage contre l’inflammation; mais po u r au eu n e ra ison on n’i n trod uira les ca t h é t e rs ou les bougies, pl us spécialement les métalliques, puisque, lors même qu’ils sont adroitement introduits, ils peuvent occasionner un désordre tel que les parties ne seraient plus en étatde lessupporter; et si un instrument est introduit maladroitement, il augmentera le gonflement, et amènera une rétention complète d’uri ne.
Comme les vaisseaux de la prostate sont susceptibles , dans les dernières années de la vie, de prendre de l’ampleur, toutes les fois que je suis consulté à cette occasion , je recommande aussitôt l’application des ventouses sur les reins. On objecte à cela, très-communément, et c’est un préjugé, que les vieillards supportent difficilement la saignée : cette objection devrait, cependant, dans cette maladie, tomber d’ellemême, puisque, dans plusieurs cas, la saignée de la région lombaire, sans l’emploi auxiliaire d’autres moyens , a totalement fait disparaître les symptômes.
Un gentleman , âgé de quatre-vingt-cinq ans , qui avait eu une légère attaque de paralysie, me consulta pour un flux fréquent d’urine, qui l’incommodait, surtout pendant la nuit. Je lui recommandai d’appliquer une ventouse sur la région des reins; elle diminua ce symptôme; mais comme il faisait bonne chère, il rechuta une ou deux fois , et peut-être plus souvent dans l’année ; le même traitement produisit le même effet : je lui conseillai de faire usage de ce moyen toutes les fois qu’il serait menacé d’une récidive, soit à cause du bien qu’il en éprouvait pour le moment, soit pour prévenir une autre attaque de paralysie. Dès qu’il fut éloigné de moi, il n’en lit rien;
TRAITEMENT DES MALADIES le médecin qu’il consulta s’opposa à la saignée, et il mourut d’une attaque d’apoplexie.
Les malades eux-mêmes attribuent généralement ces sortes d’incommodités à un rétrécissement de l’urètre; en conséquence , ils proposent d’introduire une bougie, parce qu’ils croient que le mal qui domine est celui qui occasionne la fréquence d’uriner; mais s’il est prouvé que le patient, à aucune époque de sa vie, lia eu une pareille maladie , or, maintenant qu il est avancé en âge , on doit regarder comme certain , qu’elle n’aura pas lieu; ainsi, d’après cela, peut-il y avoir quelque raison pour 1 introduction de la bougie? Cependant, si dans cet état d irritation des parties, on en fait 1 introduction , il n’est pas rare de la sentir arrêtée à cinq pouces et demi dans l’urètre, ou dans toute autre partie du canal. Qu’on so garde de l’attribuer à un récrécissement permanent, lorsque l’urètre est dans un état d’irritation , et qu’elle est susceptible de contractions spasmodiques, la maladie étant située au col de la vessie. Le chirurgien ne saurait trop se tenir sur ses gardes dans cette circonstance , autrement il pourrait confondre entièrement la nature de la maladie, et, au heu d’employer les moyens de soulagement les plus convenables, il aggraverait tous les symptômes par
les efforts qu'il serait obligé de faire pour dilater l’urètre ; ils sont entièrement inutiles, puisque aussitôt qu’il n’y a plus d’irritation le spasme de l’urètre cesse immédiatement.
SECTION II
Du mode d'évacuer T urine de la vessie.
Lorsqu’il est avéré que la fréquence d’uriner augmente, et que les efforts que l'on fait sont plus violens, il convient de placer la main sur le bas-ventre et de s’assurer s’il y a plénitude dans la région de la vessie. Si l’on trouve de la mollesse et delà souplesse, tout doute à cet égard doit cesser ; mais s’il y a de la turgescence , que la partie ait une forme régulièrement circonscrite, correspondante à celle de la vessie , il n’y a pas de temps à perdre , il faut de suite introduire le cathéter, et faire écouler l’urine. Avant de procéder à cette opé- j ration , il serait convenable , non pas rigoureusement, de saigner le malade.
Il y a trois choses à remarquer dans l’intromission des cathéters : la première, c’est d’éviter i de produire le spasme de l’urètre, la seconde ; est de conduire la pointe de l’instrument suri la saillie du col de la vessie - et la troisième, d’employer un instrument qui puisse être fixé 1 dans la vessie, si l'on a éprouvé une grande : difficulté à l’introduire; car il est moins pé-ij
DIS LA glande prostate.
nible de garder l’inslrument dans la vessie, quedesoulfrir cruellement toutes les lois qu’on en ferait l’introduction.
L’instrument devra être lisse et poli, afin qu’il ne porte aucun désordre dans l’urètre, arrondi à son extrémité, et assez large relativement au canal, afin qu’il puisse entrer et sortir facilement de la vessie; les trous placés latéralement à sa pointe seront grands, pour éviter que le mucus ou le sang ne les bouchent ; il sera flexible pour qu’il s’adapte à la forme des parties, et pour qu’il n’apporte que peu d’incommodité, tant qu’il séjournera dans la vessie. Outre ces qualités , il en est une autre, c’est de faire contracter à l’extrémité une incurvation permanente.
Le seul instrument qui possède au plus haut degré ces qualités, est sans doute le cathéter de gomme élastique; mais il faut des années pour imprimer l’incurvation désirée, et pour cela on emploie et l’on tient constamment dans son intérieur un stylet de fer d’une forme convenable. C’est ce à quoi on n’a pas fait assez d’attention ; et les fabricans d’Angleterre ou de 1 France ne donnent pas cà leurs cathéters flexibles la forme qui convient , car ils les font entièrement droits ou tellement courbés, que l’incurvation n’est point continuée régulière-
traitement des maladies
ment jusqu à la pointe, et alors ils deviennent inutiles dans la pratique. Cela tient à ce que les chirurgiens sont dans l’habitude de ne se servir que des cathéters à stylet, et qu’ils ne sentent pas tout l’avantage de se servir, dans celle espèce d’affection, d’un instrument d’une fo rme plus flexible, (i)
Plusieurs années m’ont convaincu de la pré-
féience que je donne au cathéter de gomme élastique, sans stylet, convenablement prépaie, sur ceux qui se montent sur un stylet, dans la maladie actuelle, et dans les cas de pierre accompagnés de beaucoup d’irritation. Dans l’opération , à peine le malade sent la présencede 1 instrument; il n’éprouve que peu ou point de douleurs; les membranes se contractent sans effort et sans irritation , etc.
Puisqu’il est question du cathéter de gomme élastique, sans stylet, il est nécessaire que je m’explique clairement sur deux points qui doivent être connus; ils sont relatifs a l’introduction de l’instrument dans la vessie chez un malade affecté de l’engorgement du lobe moyen de la glande prostate.
Cest que i° dans quelques cas la sonde de gomme élastique à stylet ne peut parcourir le
(i) Voyez le Chapitre v de la seconde Partie.
DE LA GLANDE l’ROSTATE. Gl
canal urétral, à cause du spasme; ‘±° et quoiqu’elle parvienne facilement sans stylet au col de la vessie, pourvu que l’incurvation qu’elle aurait conservée n’oppose point une certaine résistance, elle ne peut arriver jusque dans la vessie. De pareils cas ne sont pas rares, et dansquelques-uns, si le chirurgien n’a point un instrument semblable, il se verra dans la nécessité, ne pouvant soulager autrement le malade, de lui proposer la ponction de la vessie , opération cruelle, si on veut la comparer à l’introduction d’un cathéter de gomme élastique. Le fait suivant va éclaircir ce que je viens de dire. Un gentleman, âgé de soixante-dix ans , urinait difficilement, goutte à goutte, et les efforts qu’il faisait jetaient le canal dans un état de spasme. La vessieétantentièremenlpleine, il fut absolument nécessaire de le sonder. Je rencontrai de la difficulté au col de la vessie, et voulant la vaincre, je glissai la sonde sur un stylet de fer, et je lui donnai une grande incurvation, mais je ne pus parvenir qu’à cinq pouces et demi dans l’urètre. Lorsque je voulus oter le stylet, elle se porta facilement sur le vérumontauum , mais je ne pus la conduire dans la vessie. Je laissai quelque temps l’instiument dans l’urètre, espérant que le spasme dissipé , je pourrais pénétrer ; mais j’attendis
U-i TRAITEMENT DES MALADIES
inutilement, mes efforts furent vains. .Te fus donc obligé de mettre en usage le cathéter à l’état flexible, et j’en employai un qui offrait quelque résistance dans sa courbure vers l’extrémité, et à force de varier la direction de l’instrument, je fus assez heureux pour réussir, et je lis couler l’urine. Lorsque la vessie fut vidée, et que rien ne pesa plus sur son orifice, la disposition spasmodique de l’urètre disparut, et dans la suite je pus introduire indifféremment le cathéter, avec ou sans stylet.
L’urètre est sujette à cette affection, toutes les fois que le col de la vessie est irrité par toute autre cause. Cela arrive fréquemment dans les cas de pierre de la cavité vésicale , et plus particulièrement lorsque l’opération est sur le point d’ètre pratiquée. L’étal d’esprit à ce moment, et la position incommode du malade , ainsi que l’exposition des parties au froid, peuvent bien la produire. Dans une circonstance, j’ai vu sir César Hawkins et Hanter me 1 1 re u n e d em i h eu re pou r fi nir d’in f rod u i re un cathéter qui n’était entré qu’en partie, attendre la dissipation du spasme par répuisement des forces du malade, et être obligé d’employer des fomentations émollientes sur les i parties. On préviendra en général ce spasme en cathétérisant le malade debout, avant que
de la glande prostate. 65
son esprit soit trop agité ou que son corps soit placé clans une position incommode.
Si, faisant usage d’une sonde de gomme élastique, elle ne pénètre pas à la première ou à la seconde tentative, on doit la retirer et en prendre une autre; car la chaleur du canal et sa portion droite d'un côté la ramollissent, et de l’autre lui font perdre sa courbure, qu’elle ne pourra reprendre que sur un stylet , et exposée à une température froide. Si l’on n’a point, ou que l’on ne puisse faire entrer cette sorte de soude, on emploîra un slylelde plomb, comme offrant assez de résistance pour vaincre celle qu’on pourrait rencontrer, et lorsque l’instrument sera dans la vessie , on le retirera avec moins de risque pour Ja glande prostate. Si le cathéter ni flexible, ni avec le stylet de plomb, ne peut point passer, on emploîra avec avantage un stylet de fer. Il y a des cas dans lesquels un cathéter de métal pénétrera plus facilement dans l’urètre que d’autres, parce qu’il donne plus de force à l’extrémité de l’instrument qui se trouve alfoibli par les ouvertures dont il est percé. Ces cas, toutefois , quel qu’en soit le nombre, sont en petite proportion , relativement à ceux pour lesquels on n’adopte pas de tels instrumens. Dans les maladies de l’urètre, on doit préférer en général
64 TBAITEMENT DES MALADIES
les sondes métalliques ; mais si le col de la vessie est malade, et que l’urètre soit saine, on aura recours à l’instrument qui nuira le moins aux parties affectées.
Il n’est point de maladie du corpshumain qui ne diffère d’une manière ou d’autre sur deux individus; cette différence est telle qu’il est impossible d’établir des règles qui soient applicables rigoureusement à chaque cas; et il faudrait plus que la vie ordinaire d’un homme pour se former desidées assez exactessur chaque maladie, et pour donner des principes généraux de traitement, qui pussent être adaptés au plus grand nombre des cas. Il est beaucoup plus aisé de se borner à quelques exemples d’une maladie peu commune , et de façonner sa pratique à ces cas particuliers : c’est ainsi que les bougies métalliques et les cathéters métalliques ont été mis en usage par les chirurgiens, bien au-delà, selon moi, de ce qu’il devait en être, quoique je reconnaisse qu’il est beaucoup de ces cas où ,i ils peuvent être employés utilement.
On ne saurait mettre trop de légèreté et de t délicatesse dans l’introduction de la sonde» I mais on ne peut former sa main qu’à 1 école de fl 1 expérience. On introduira le cathéter, soit t du côté droit, soit du côté gauche; la tête de : l'instrument placée horizontalement, et lors- J
qn’il est arrivé à la partie membraneuse de l’urètre, la lèle doit être ramenée à la perpendiculaire, mollement et d’une manière graduelle, et lorsqu’elle est presque droite , on doit presser dessus et enfoncer la sonde : si elle est de gomme élastique, sans stylet, il faut y met t re beau eo u p d ’ai I cesse. Le grand a van t âge d e sonder dans u ne direction latérale, consiste en ce que l’extrémité est ainsi obligée de passer dans l’espace compris entre le lobe latéral et le lobe moyen de la prostate, où se trou ve un sillon le long duquel elle peut être dirigée entre ces deux saillies, dans l’intérieur de la vessie. Il faut, dans ce dernier temps de l’opération, une grande dextérité, car si l’on presse trop sur la pointe de l’instrument, on risque de l’er gagerdans les replis membraneux des deux lobes , ce quia lieu très-fréquemment. Lorsque cela arrive, une seconde et une troisième tentative faites de la même manière, conduisent ordinairement l’extrémité dans ce même obstacle. L’instrument retiré , restera donc l’avantage d’essayer de l’introduire de l’autre côté, ou l’on ne trouvera peut-être pas le même empêchement.
Si le cathéter ne peut passer sans mandrin , on en mettra un, et si alors il ne peut aller plus loin qu auparavant , il faudra intro-
(luire le doigt dans le rectum , presser sur la partie courbe de l’instrument, et lui donner, autant que possible, une direction droite qui le conduise dans la vessie. Toutes les (bis qu’on aura éprouvé de la difficulté à introduire la sonde, il sera toujours prudent de la retenir dans la vessie; car il arrive généralement que la vessie se remplit au même degré dans cinq ou six heures de temps : il est d’ailleurs aisé de concevoir que la difficulté éprouvée en premier lieu , augmenterait celle des tentatives ulté-
rien res.
On a beaucoup dit sur la position la plus favorable du malade pour faciliter l’introduction du cathéter; je crois qu’on doit d’abord avoir égard à la commodité de l’individu, car la position qui lui conviendra le mieux sera celle où les parties seront dans un plus grand état de tranquillité. Je préfère la position droite, mais non pas celle qu’il a lorsque, étant au lit, le malade est sur son séant. Lorsqu’il devient nécessaire d’introduire le doigt dans l’anus , c’est une position fléchie qu’on doit lui faire prendre.
L’intromission étant faite, et l’instrument devant être gardé dans la vessie, il faut, sa cavité étant vidée, retrancher à un pouce de distance du gland tout ce qui reste de sonde;
et on la fixe de telle sorte qu’elle ne puisse ni sortir ni entrer ; l’orifire sera fermé avec une cheville de bois ou de liège, qui est plus facileà rompre; lorsqu’il a en viede verser de l’eau, il suffit d'ôler le bouchon. La meilleure manière de contenir la sonde dans la vessie, est l’emploi du bandage en T; sa bande longitudinale est. divisée par le milieu en deux portions, qià toutes deux passant entre le scrotum et la cuisse, fournissent un point fixe pour attacha* les ligatures venant du cathéter; lequel e»t bien mieux contenu que s’il n’était fixé que par un appareil situéautour de la verge.
Ce sont les circonstances qui règlent le tenns que l’instrument doit séjourner dans la vessie : s’il peut être gardé sans beaucoup d’incommodité, on le laissera trois ou quatre jours; si Je malade est tourmenté par des érections, ou que la vessie soit devenue très-irritable, il vaut mieux l’ôler; en général on observera qu’il a moins de difficulté à pénétrer la seconde fois que la première. Si dans la suite il doit être tenu dans la vessie, ou qu’il faille l’introduire toutes les fois que le besoin d’uriner se fera sentir, c’est la facilité qu’on trouvera à opérer le calhérisme, qui doit le déterminer.
Cequ il importe d’obtenir, c’est que lemoyen lobe soit fatigué aussi peu que possible ,
TRAITEMENT DES MALADIES tant que 1 inflammation et l’engorgement subsistent, afin que 1 urine puisse couler librement. Il est à peine nécessaire de dire que tant que la vessie est pleine, et que le malade, faisant des efforts violens pour la débarrasser, la presse contre ce lobe, il n’est pas douteux que l’on obtienne ces deux résultats.
SECTION III
Des circonstances qui amènent la résolution de l'engorgement de la glande prostate , et qui rétablissent les forces contractiles de la vessie.
Pour soulager le moyen lobe de la prostate du poids de l’urine, et des efforts violens que le malade fait en contractant la vessie, et par les musclesabdominaux , lorsqu’il veut rendre de l’eau, on doit régulièrement puiser l’urine toutes les huit., six, ou même les quatre heures, relativement à la force de sécrétion ; on doit recommander au malade de ne point s’efforcer d’uriner, à moins qu’il puisse le faire avec quelque facilité.
Ce traitement mis en usage, l’inflammation de la membrane interne de la vessie diminue, bientôt après la sécrétion de la glande prostate est moindre, et perd cette ténacité extrême qu’elle avait auparavant; les douleurs et le malaise disparaissent : ces changemens ont lieu ordinairement après deux ou trois jours, mais rarement plus tard.
La sécrétion de l’urine devient très-souvent considérable , peut-être parce qu’elle coule des
reins plus librement qu’auparavant ; d’où il s ensuit que les glandes jouissent plus amplement de leurs puissances sécrétrices. Les symptômes constitutifs, la soif, l’agitation, et le malaise général qu’engendrait la diminution de la sécrétion de l’urine, s’amendent beaucoup. La vessie se dilate mieux , et admet une plus grande quantité de fluide ; mais elle ne peut pas se débarrasser aussi facilement tles dernières gouttes qu’elle contient, que lorsque ses fibres musculaires avaient moins de longueur. Celte circonstance alarme souvent le malade, qui est impatient d’uriner. Avec de grands efforts, il venait de réussir à faire sortir un peu d’urine 3 maintenant il ne peut pas, ineme en fesant des efforts en apparence plus grands; mais ici il n’emploie que l’action des muscles abdominaux , et non les membranes de la vessie.
Lorsque la vessie a été long-temps très-distendue, elle perd de sa sensibilité; et ses tuniques perdent leurs fàcultéscontractiles, au point de les trouver quelque temps dans un état paralytique : toutefois, peu de jours suffisent pour que les fibres recouvrent leur action, si leurs efforts ne trouvent plus de résistance ; mais cela ne peut avoir lieu tant que l'urine n’est puisée qu’une ou deux fois dans vingt-
quatre heures. Dans la plupart de ces cas, on ne fait pas attention que le mal peut dépendre de l’existence d’une tumeur, lorsqu’on est dominé par l’idée qu il provient exclusivement d’un état paralytique de la vessie , état qui peut être dissipé par l’administration de remèdes internes; et dans cette pensée, on ne doit introduire la sonde que tant que le malade en sent le besoin. Le traitement pour celle alfection paralytique, consiste soit à laisser le cathéter dans la vessie, et de laisser couler l’urine chaque trois heures, ou de passer l’instrument à des intervalles égaux.
Le fait suivant est une preuve de la promptitude avec laquelle la vessie revient à son état naturel , après avoir atteint une distension forcée.
SIXIÈME OBSERVATION
Un gentleman , âgé de trente-neuf ans , eut des rétrécissemens du canal de l’urètre, à la suite de l’usage d’injections astringentes administrées dans le degré inflammatoire d’une violente gonorrhée. Les progrès du mal ne purent être arrêtés, malgré l’emploi de plusieurs remèdes internes ; l’électricilé fut sans succès, et les bougies ordinaires n’apportèrent même pas le soulagement accoutumé. Il y avait
7 2 traitement des maladies une grande difficulté d’uriner, el dans la suile survinrent des suppressions d’urine Ou parvenait cependant à Ja faire couler à l’aide d’une petite bougie. Dans cet élut, en 1797, ayant gardé cette affection dix-sept ans, il se confia à mes soins pour guérir de son rétrécissement. J’introduisis plusieurs fois une bougie année d un caustique, dans la longueur de six pouces de l’orifice externe de l’urètre, et j’en obtins la cessation du spasme, cause des suppressions qui avaient lieu, el quoiqu’il fût contraint d’aller tà la campagne avant son entièie guérison , il n éprouva plus de symptômes ui gens : ce ne fut qu’en i8o5 qu’il eut une autie îelention d’urine qui l’obligea à venir me consulter de nouveau. Outre la difficulté constante d expulser l’urine en certaine quantité , el les suppressions occasionnelles qui avaient lieu, l’urine coulait goutte à goutte, involontairement; et ses intestins avaient si i peu de régularité, qu’il était rare qu’il allât à la selle sans purgatif. Il se plaignait souvent de malaise; les paroxysmes de fièvre étaient fré- ■ quens. J eus recours de nouveau au caustique;
1 application faite à différentes fois occasionna i des suppressions d’urine temporaires, et des i accès de fièvre. Le 2 novembre, une bougie 1 année lut appliquée vers onze heures avant il
midi ; à deux heures , il y eut difficulté de verserde l’eau. Ce symptôme augmenta, et à onze lieu res du matin, 5 novembre, il ne put rendre une goutte d’urine. Cet état dura jusqu’à huit heures du soir; il ressentit alors une violente douleur dans le ventre, pour laquelle on administra un lavement opiacé. Deux heures après, il coula quelque peu d’urine; durant la nuit il en rendit à différentes reprises , mais la douleur abdominale augmenta. Dans la matinée du 4, à huit heures , on voulut donner un lavement laxatif, mais la canule ne put être introduite. A dix heures, recevant ma visite, il tl it qu’il avait rendu quelques urines sans beaucoup souffrir , mais aussi qu’il ressentait des douleurs intestinales insupportables, et qu’il n’avail aucune envie d’uriner. Sur la partie douloureuse du ventre, il était facile de distinguer que la vessie avait acquis un tel développement, qu’elle remplissait l’abdomen dans presque l’étendue de la cuisse au nombril , el que par sa distension , pressant le rectum, elle empêchait l’écoulement des matières stercorales , et donnait aussi lieu à ces violentes douleurs d’entrailles. Aussitôt que cet. état fut constaté, on traversa le rétrécissement avec une petite bougie qui y fut tenue pendant dix minutes , et ressortie ensuite.
Immédiatement il s’écoula environ une petite cuiller d’urine , mais ayant comprimé le ventre, il en sortit deux onces.
O11 répéta une semblable manœuvre, l’urine ne pouvait être expulsée que par la compression exercée sur le ventre; la vessie n’avait aucune action. Ainsi la vessie, en moins d’une heure, fut complètement vidée; elle contenait trois pintes de liquide. Le jour suivant la vessie put se débarrasser elle-même , avec l’action coïncidente des muscles abdominaux, et continua à jouir de la même faculté; l’étrécissement n’élait plus un obstacle , l’ouverture s’élait beaucoup élargie. Ce gentleman fut guéri de son rétrécissement au bout d’un mois; et sa vessie remplissait ses fonctions aussi parfaitement que si elle n’eût jamais été malade.
J’ai tâché de montrer que tous les symptomes matériels que cette maladie de la pros- • tate engendre, proviennent entièrement de l’obstruction, que l’urine rencontre en sortant I de la vessie, et dont on vient complètement à (1 bout par un moyen artificiel, pourvu qu’on i l’emploie judicieusement. Ce moyen fait partie essentielle du traitement, et la pratique prouve i que lorsqu’on en useavec précaution, l’engor- ■ gement se dissipe dans la plupart des cas , et
DE DA CLAN DE PROSTATE. h5
leinalade est mis en étal d’uriner connue à l’ordinaire.
Il est une opinion généralement reçue parmi les médecins, que lorsqu une lois une tumeur s’est formée , et s’étend dans la cavité de la vessie , il n’y a pas moyen de la réduire; et cette opinion se fonde sur l’inefficacité des procédés que l’on a employés dans les tumeurs nées dans les autres parties du corps : mais l’engorgement qui nous occupe, ne peut pas être mis sur la même ligne; ce n’est pas une nouvelle partie formée par une action dépravée des vaisseaux rouges, comme les tumeurs en général, ni une excroissance qui prend racine dans la glande, comme on le suppose ordinairement, mais c’est un engorgement ou un gonflement d’une partie naturelle, semblable en tout à l’engorgement des amygdales , par suite de l’inflammation , qui se dissipe également, et par le repos , et par les moyens qui atténuent l’inflammation.
Le temps nécessaire pour que le lobe engorgéait assez diminué , afin que l’urine puisse couler, varie beaucoup dans différens cas. Dans les uns, si l’amendement a lieu au commencement de l’attaque, le malade se trouvera bien en peu de jours; dans d’autres, il en aura pour des semaines, des mois et même des années ;
7^ traitement des maladies comme c’est une maladie de la vieillesse, et que toutes les puissances de la viese ralentissent chez les individus de quatre-vingts ans, cetle affection , malgré le traitement que j’ai proposé, restera stationnaire tant que le malade vivra; et lorsque la mort arrivera, elle n’en sera pas la cause même apparente, et à peine pourra-t-on croire que la vie en ail été abrégée.
Plusieurs malades qui avaient acquis l’habitude de se sonder eux-mêmes, ont vécu dans un âge très-avancé, sept et huit ans, sans le moindre symptôme inquiétant, et leur canal de 1 urètre s’élail fait tellement au passage de la sonde , qu’elle n’avait rien d’incommode.
Ces moyens sont suivis d’un avantage positif; des bains lièdes , soit d’eau saléeou douce, sonlemployéseornmunémenl ; les bains chauds ; conviennent peut-être mieux après la chute i des premiers symptômes d’irritation. On peut II recommander les bains froids de mer , mais , l’expérience ne m’en a pas encore assez appris; ; mes idées ne sont pas fixées sur ce point.
Parmi le nombre de remèdes internes qu’on recommande, il n’en est aucun sur lequel on ; puisse positivement compter. Le ventre doit i être tenu libre, puisque un état de constipation aggrave tous les symptômes. On doit atté- ! I nuer l’irritation, et le meilleur moyen est ij
l’emploi des remèdes opiacés 5 la fièvre symptomatique tombe. Au reste, je n’ai rien de nouveau à présenter, et tout praticien instruit est toujours assez familiarisé avec les moyens qu’on emploie généralement dans ces circonstances.
SECTION IV
Obseivations pratiques.
En détaillant les cas dans lesquels le mode de traitement recommandé ci-dessus a été couronné de succès, on a pensé qu’il était nécessaire d’en rapporter un nombre suffisant pour prou ver l’exactitude de ce qu’on a avancé. S’il en était besoin , on en produirait d’autres, mais comme il faudait se répéter, sans rien ajouter, on a jugé à propos de les négliger.
Si, dans le détail des moindres circonstances qui se présentent dans la pratique, on ne trouvait pas quelque chose de plus instructif pour ses jeunes praticiens, que dans des observations générales , le nombre des cas qui suivent devrait être encore plus petit; mais dans un livre de pratique comme celui-ci, on ne doit rien omettre de ce qui peut éclaircir les idées de ceux qui sont assez jeunes pour s’instruire; il n’est donc pas inutile de les mettre au jour dans ce qu’elles ont de plus circonstancié.
SIXIÈME OBSERVATION
Un Italien, domestique d’un gentilhomme, et àgéde soixante-huit ans, en novembre 1 8o4,
éprouva quelque difficulté cle rendre ses urines. Dans le courant de l’hiver qui suivit , ce : symptôme augmenta considérablement; il les urendait avec douleur et en petite quantité .chaque fois; ellqs étaient fréquemment teintes de sang , et déposaient constamment, plus ou moins, un sédiment d’une couleur blanche, et d’une consistance muqueuse, ressemblant iau blanc d’œuf. Il lui survenait de temps en temps des rétentions complètes , mais elles n’élltaient pas de longue durée. Tous ces symptômes s’aggravèrent vers la fin de l’hiver. Le 26 avril 1806, il s’éveilla à deux heures du matin, et essaya, mais inutilement de rendre ses urines. Pendant le jour, il futenicore incapable de le faire, et il en éprouva ■ conséquemment de la douleur et une incommodité insupportable.
A quatre heures et demie après midi, on introduisit une petite sonde de gomme élastique, la seule que l’on eût; mais elle rencontra un obstacle au col delà vessie, qui l’empêcha de pénétrer dans sa cavité.
A six heures et demie on introduisit un cathéter d’argent assez gros, et il arriva facilement dans la vessie, d’où l’on tira trois pintes d’urine teinte de sang. Je mis le malade à la charge de M. Brodie; il le vit à une heure du matin
TRAITEMENT DES MALADIES ta 27 avril. Le malade , dans ce moment, souffrait cruellement, pour la seconde fois, d une distension de la vessie; et comme il lui était impossible de se débarrasser de l’urine, on introduisit de nouveau un cathéter, et il en coula encore trois pintes. Il fut calme jusqu’cà six heures; alors il éprouva un violent désir d’uriner; le cathéter fut introduit à sept heures, et il y eut écoulement d’une pinte de liquide. Cette urine, ainsi que celle qui avait déjà été rendue, déposait en grande quantité un sédiment muqueux.
Dans le cours de la journée on introduisit trois fois le cathéter.
Le 28 avril, l’urine déposait moins de mucus. Le malade était sans douleur, et rendait de lui-même quelques jets d’urine lorsque la \ essie était pleine. La sonde lut passée trois fois, et chaque fois il y eutenviron douzeonces d’urine de rendue.
Le 29 avril, le cathéter fut introduittrois fois.
Le 00 avril , le malade rendit de lui -même un peu plus d’urine; il en resta moins dans le fond de la vessie. Le cathéter fut introduit deux fois.
Les 1 , 2 , 0 et 4 niai, il put rendre une quantité plus considérable d’urine, et ce qu’il pouvait en rester au fond de la vessie diminuait
DE LA GLANDE PROSTATE. gr
chaque jour. On introduisit le cathéter deux fois dans le jour.
Du 5 mai au ib, ou n’eut besoin d introduire la sonde qu’une seule fois chaque vingt-quatre heures.
Du 18 mai au 24, on introduisit la sonde tous les deux jours. Dès ce niomen t , il fut capable de désemplir sa vessie sans cathétérisme ; l’urine ne contenait plus de mucus, et sous tous les autres rapports , le malade était bien ; on abandonna l’usage de la sonde.
HUITIÈME OBSERVATION
Un officier-général , âgé de soixante-quinze ans, ressentit une grande irritation à la vessie à cause de la nécessité sans doute où il était 1 de rendre continuellement ses urines, et seulement en petite quantité chaque fois. Il envoya chercher sou médecin , qui prescrivit les remèdes qu’il crut convenables; le médecin me fit appeler, me dit que son ami avait une ] grande incommodité, et qu’il désirait une visite de moi. Je dis que je croyais qu’il fallait vider la vessie, et que sa plénitude était la seule maladie. Je me rendis chez le malade je lui persuadai qu’il devait me permettre de le sonder ; je fis sortir de la vessie une pinte et demie d’urine; cette évacuation le remit
entièrement de ses souffrances; six heures après je n’en tirai qu’une pinte; il passa une bonne nuit , et le jour suivant , sans le secours ordinaire, il en rendit une grande quantité; ayant introduit la sonde, la quantité qui en l'estait n’excédait passix onces. Le jour suivant, je sondai le malade au moment où il venait d’uriner, et ne trouvai que deux onces de liquide; il crut dès ce moment qu’il n’était plus nécessaire de faire usage de la sonde. Il se porta bien pendant deux ans; il eut alors un retour de la même affection , qui ne se dissipa pas aussi facilement; elle disparut néanmoins pa r 1 e m êm e t rai t emen t a u bou t d e quin ze j ou rs ; il vécut ensuite en assez bonne santé, et mourut âgé de quatre-vingts à quatre-vingt-dix ans.
NEUVIÈME OBSERVATION
Un gentleman, Agé d’environ soixante-douze ans, éprouvait une fréquence et une difficulté d’uriner; cette incommodité augmenta tellement qu’elle amena une obstruction complète, et la nécessité de vider la vessie : il fallut d’abord qu’on introduisît la sonde le matin et le soir pour tenir le malade dans le calme; mais au bout de trois jours, la sécrétion de l’urine devint si abondante, que l’on fut obligé de passer le cathéter toutes les huit heures. Le nié-
decinqui soignait le malade, essaya, en vain, les effets de l’uva-ursi, delà semence de coing, de la gomme adragant , et de divers autres remèdes internes. En agissant promptement et en sondant trois fois par jour, la glande prostate se rétablit graduellement, et le malade ren-" dit de lui-même une grande quantité de liquide. Au bout de deux mois, il se trouva si bien que l’usage du cathéter devint inutile.
Deux ans après il rechuta , le spasme se fixa plus fortement sur l’urètre , et les reins eurent plus d’irrégularité dans leur sécrétion ; la sonde fut tenue dans la vessie; le malade avait des envies d’uriner toutes les deux heures , et chaque fois il rendait huit onces de liquide sécrété; cet état dura douze heures, et viruqquatre heures après les reins n’avaient sécrélé que quatre onces. Il se rétablit de nouveau dans environ six semaines, et deux ans après il eut une troisième rechute, dont il guérit presque dans le même temps. Il mourut âgé ide quatre-vingts ans , d’une maladie intestinale.
DIXIÈME OBSERVATION
Un gentleman, âgé de soixante-quatre ans, en juillet 1806, se plaignant depuis quelques jours d’une difficulté d'aller à la garde-robe, se
sentit horsd’état de vider ses urines. Lechirurgien de l’endroit essaya de passer une sonde, niais n’y ayant pas réussi , l’on m’envoya chercher. Je trouvai la vessie très-dislendue , mais sans douleur; le pouls n’était pas fébrile. J’introduisis un cathéter de gomme élastique sans difficulté, et je fis couler environ deux pintes d’urine. Six heures après il éprouva l’envie de rendre ses urines , mais il en fut incapable ; et on en fit sortir une pinte avec la sonde. Il se rendit en voiture à la ville , distante seulement de seize milles. Il passa la journée sans incommodité. Le cathéter fut introduit deux fois par jour. Il ne put d’abord rendre ses urines sans l’usage de la sonde, mais il n’éprouvait point de douleur, et le liquide ne déposait que peu ou point de sédiment; au bout d’une quinzaine , il rendit par les efforts naturels quelques jets d’urine, et la quantité puisée par le cathéter se réduisit à sept onces et demie. Le : dix -septième jour on en tira parle même moyen i cinq onces seulement, et ce fut alors qu’on ; jugea à propos de ne sonder que toutes les vingt- : quatre heures. Le vingt-sixième jour , la quantité d’urine restée au fond de la vessie, était j tombée à d e u x o n ces e t de in ie . Le v i n gt-sep t ièine | jour on ne cathétérisa pas. Le vingt-huitième jj jour l’on tira une once et demie d’urine. Le J
vingt-neuvième jour on s’abstint de la sonde; le jour suivant, on ne trouva au fond de la vessie qu’une demi-once de liquide, et dès ce pioment on ne sonda plus, le malade étant d’ailleurs bien sous les autres rapports. En prenant congé de lui, je lui expliquai la nature de son mal , le danger qu’il y aurait d’aller a la campagne à quelque distance que ce fût de Londres. Il se porta bien pendant quatre ans; cet état de bien-être lui lit oublier mes avis, et il fit un voyage de cent milles ; il survint un obstacleau cours de l’urine, et, manquantd’un secours convenable, il fut victime de cette rechute.