‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 14 sur 58 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

De U engorgement du moyen lobe de la glande prostate , compliqué de rétrécissemens du canal de l’urètre.

Ces deux maladies, à cause du voisinage des parties qu’elles affectent , ont quelques symptômes de commun , qui fréquemment les l'ont prendre l’une pour l’autre, lorsquel’une d’elles existe seule. Jl arrive aussi de n’en soupçonner qu’une lorsqu’elle sévissent toutes deux simultanément.

Ces erreurs, si elles restent cachées, empêchent toujours que le malade soit soumis à un traitement convenable, d’où il peut résulter de graves conséquences.

Lorsqu’on s’est expliqué l’influence qu’elles ont l’une sur l’autre, il est plus facile de les distinguer, et tous les doutes qui peuvent peser sur l’esprit , se dissipent entièrement.

SECTION PREMIÈRE

De la complication des deux maladies.

Puisqu’il arrive que des individus qui n’ont pas eu préalablement de maladie des organes génitaux, sont sujets à l’engorgement du lobe moyen de la prostate , il est raisonnable de croire que ceux qui, dans leur jeunesse, ont eu des rétrécissemensdu canal de l’urètre qu’ils ont négligés, y seront bien plus sujets, et c’est effectivement ce qui a lieu. Si le rétrécissement entre pour quelque chose dans l’engorgement de la glande, il n’est pas facile de le déterminer, et ce 11’est pas sans raison ; mais dans les cas où le gonflement 11’est pas plus volumineux que dans d’autres , et ces exemples se sont présentés à mon observation, l’accroissement en grosseur est moins précipité.

Les symptômes sont exactement les mêmes que lorsqu’il n’y a pas de rétrécissement ; mais l’état maladif de la prostate rend à ce rétrécissement une activité qu’il avait perdue depuis quelques années ; chaque paroxysme d’irritation du col de la vessie jet te la partie rétrécie dans un état de spasme, qui

TRAITEMENT DES MALADIES lail que ] eau qui devrait s’écouler de la \essie, est retenue derrière le rétrécissement et cause beaucoup de mal , lequel dure jusqu’à ce que le paroxysme soit dissipé. Comme le malade a gardé des rétrécissemens de l’urètre pendant plusieurs années, il attribue naturellement tout ce qu’il souffre maintenant à son ancienne maladie, et le chirurgien peut difficilement ne pas tomber dans la même erreur.

Il arrive souvent que de tels malades, d’après la longue habitude qu’ils ont de l’usage des bougies, les introduisent eux-mêmes; et ils croient qu’aucun chirurgien ne peut aussi bien queux-memes introduire une bougie, sans provoquer de la douleur; j’en ai vu de trèsétonnés , lorsque je décidai que pour me faire une idée de la maladie, je devais passer une bougie et voir par moi-même. Ils s’y soumettaient ordinairement avec beaucoup de répugnance. En introduisant dans ces cas une bon-

gie, assez petite pour pénétrer à travers Je rétrécissement, elle va aboutir au col de la ves- sie, et sa pointe va se reposer sur le corps de i la glande, précisément à la racine du moyen 11 lobe; l’irritation se réveille par ce contact, et tj jette la partie rétrécie du canal dans un spasme I tel, qu’on ne retire la bougie qu’avec diffi- fl cullé; celle circonstance suffit pour signaler il

mi rétrécissement compliqué de symptômes aggravés par un engorgement du moyen lobe de la prostate, qui conséquemment relient constamment une portion d’urine dans la vessie.

Dans un cas de cette nature, pour lequel je fus consulté, le malade refusa positivement de me laisser passer une bougie; il disait qu’il n’en valait pas la peine, qu’il avait trop peu de temps à vivre , qu’une fo:s introduite il serait impossible de la retirer, qu’elle se briserait , et qu’il en mourrait ; qu’une bougie de gomme élastique très-bien polie était la seule dont lui-même osait se servir, qu’il lui fallait la plus grande attention pour qu’elle ne frit point retenue , et que jamais aucun chirurgien n’avait pu l’introduire. Ces détails me firent comprendre ce qu’il pouvait en être. Je lui fis remarquer qu’à moins qu’il me permît d’examiner les parties , je ne pouvais lui donner mon opinion; que je m’engageais à introduire un instrument sans lui causer de la douleur; et que je le retirerais sans difficulté; je lui proposai un plan de traitement qui procurerait un soulagement qu’il n’avait pu obtenir de l’usage de la bougie. Je ne pus le convaincre, mais il me permit de faire un essai. J’introduisis dans la vessie, avec grande facilité, un

9° traitement des maladies cathéter dégommé élastique qui avait conservé une grande incurvation, je lis sortir presque six onces de liquide, et je retirai l’instrument sans qu’il fût saisi : lorsque le malade put entendre raison, je lui expliquai comment il s’était mépris, et que la cause réelle des difficultés appartenait à la disposition de sa bougie : que la vessie ne pouvant se vider elle-même, produisait de l’irritation au col de la vessie, d’où provenait le spasme du rétrécissement, spasme qui augmentait par le contact de l’extrémité de la bougie avec la prostate; mais ayant vidé la vessie, la glande fut soulagée, et 1 état spasmodique du rétrécissement fut complètement dissipé.

SECTION II

De la maniéré de traiter cette complication.

Lorsqu’on s’est assuré que les symptômes de rétrécissementsont plusintenses à cause cle l’engorgement du moyen lobe de la prostate, la manière de traiter le rétrécissement doit changer, d’après ce qui a été dit précédemment; la bougie ne doit pénétrer que très-peu à travers la partie rétrécie, et ne doit jamais aller jusqu’au vérumonlanurn ; de même on ne doit pas la laisser trop long-temps dans l’urètre, il vaut mieux l’introduire une fois par jour. Par ces petits moyens, le rétrécissement se dilatera plus facilement que par aucun de ceux que je connaisse.

Aussitôt qu’une sonde de gomme élastique aussi petite qu’elle soil, pourra passer à travers le rétrécissement, il faudra essayer de faire sortir l’eau de la vessie. On n’emploira pas le stylet; si le cathéter a conservé de la courbure, et qu’il soit assez élastique, c’est celui dont il faut se servir. On sondera deux ou trois fois par jour, selon qu’il en sera besoin : on doit se régler en cela sur la quantité d’urine que le

malade rendra; ]a dilatation du canal aura lieu insensiblement. La grosseur du cathéter sera augmentée selon les circonstances. Lorsque le canal sera accoutumé au passage de la bougie, la partie rétrécie sera moins sujette

au spasme; mais souvent le col de la vessie contractera un état tel que le cathéter ne pourra passer sans stylet, dont l’effet est maintenant supporté par l’urètre.

La maladie de la prostate produit une affec-

tion spasmodique de l’urètre, la même où il n y a pas de disposition à un rétrécissement durable; l’on conclura avec raison que lorsque un letrecissement opiniâtre a duré plusieurs années, et qu il survient une maladie dans la prostate, il y a peu de chance en faveur de la guérison du rétrécissement; tous les efforts que j’ai faits en pareille occurrence m’ont prouvé leur impuissance; et tout ce que l’on gagne de dilatation au-delà d’un certain point, est perdu à la première irritation du col de la vessie.

Ce n’est pas une circonstance où l’on puisse | employer le caustique avec avantage; les symptômes qu’il produit sont en général violens; et i lorsque le caustique est employé à propos , quel i que soit le bien obtenu , on ne peut en faire une i éapplication , parce qu’on ne doit l’employer :j

souvent que dans les cas où la constitution n’est pas dans un état irritable.

Tout ce que l’on peut faire avec sûreté dans la plupart des cas, c’est de persévérer dans l’usage de la sonde de gomme plastique; et si le malade parvient cà l’introduire lui-même , il pourra passer ses dernières années dans un état tolérable; mais si pour obtenir un plus prompt soulagement, il a recours souvent à des moyens plus violens , il hâtera la fin de ses jours.

^^.W\pW*WVVV»<WW

SECTION III

Observations pratiques sur la complication des deux maladies .

Les cas de-la nature de ceux dont je vais donner l’histoire se présentent souvent dans ma pratique, et à cause de l’âge avancé des malades, etdclacomplicaliondes affections, ils Irai' nent en longueur, et demandent les plus grands ménagemens. Des détails minutieux prouveraient combien leur marche est lente, mais ils offriraient peu d’instructions, puisqu’ils ne consisteraient quedans la répétition des mêmes circonstances arrivant à différentes époques. J’ai, en conséquence, fait choix des cas suivaus ; je veux en faire ressortir les symptômes les . plus imporlans , et n’envisager ces cas qu’en i raccourci, au lieu de les présenter dans leurs idétails. Le nombre en est petit , mais toutes les | particularités de poids résultant de la combi- | liaison des deux maladies, sont mises en pleine : évidence.

ONZIÈME OBSERVATION

Un gentleman , âgé de soixante-dix ans , me consulta pour un rétrécissement qu’il avait de-

DE LA GLANDE PROSTATE. f)5

puis cinquante ans, et que l’usage habituel d’une bougie ordinaire avait garanti de beaucoup d’inconvéniens , quoique , pendant la majeure partie de sa vie, il ait été employé activement dans de liants grades militaires dans l’Inde. A l’époque où il demanda mes i conseils, il avait unegrande difficulté d’uriner. Ap lès plusieurs tentatives, je parvins à introduire, à travers l’obstacle, une bougie d’une petite grosseur : je fis encore quelques efforts, et donnant de la courbure à la bougie, j’arrivai dans la vessie; mais les symptômes, toutefois, n’en furent pas moins intenses. Cela me conduisit à employer une sonde de gomme élasllique, un peu plus grosse que n’était là bougie; telle entra assez facilement dans la vessie. Il en •sortit plusieurs onces de liquide qui s’y était -accumulé, et que les efforts naturels n’avaient tpu chasser. 11 en résulta de l’amélioration : l’intromission de la sonde fut répétée deux fois chaque vingt-quatre heures; et dans l’espace île deux mois, fous les symptômes marquans furent réduits, et le rétrécissement fut tellement élargi, qu’un cathéter d’une grosseur moyenne pouvait passer facilement. Toutefois, comme le malade ne pouvait vider complètement la vessie, il devint nécessaire d’introduire l’instrument tous les jours : il apprit à

le faire lui-meme. En insistant dans ce plan de traitement , il s’affranchit de tout symptôme fâcheux, et cette affection ne participa en rien a avancer sa mort.

DOUZIÈME OBSERVATION

Un homme , âgé de cinquante-trois ans , en 1795, eut une gonorrhée. Après la guérison de cette affection , il- éprouva toujours plus ou moins de difficulté d’uriner. En 1799, il eut une rétention d urine. Dans ces circonstances, il s’adressa à un praticien du pays. Il fit usage d’une bougie ordinaire, etl’urine coula plus facilement: mais se croyant guéri , il négligea l’usage des bougies, et la difficulté d’uriner se manifesta de nouveau. Depuis ce temps , les urines coulèrent toujours mal , et quelquefois 1 il y avait rétention. Il eut recours avec avantage aux bougies. Eu juillet 1809, il vint à |i Londres prendre des conseils, A celte époque, ce n’était pas sans de grands efforts, et sans •; difficulté, qu’il rendait quelques gouttes d’eau; ; quelquefois la rétention d’urine était complète. On découvrit que le rétrécissement qui 1 se trouvait dans la partie membraneuse de l’urètre, ne permettait pas cà la plus petite bougie j dépasser. On approcha le caustique du rétrécis- ! I sement,etaprèshuil ou neuf applications qu’on 1

en fit, on put faire arriver clans la vessie une bougie assez grosse. Le malade ne fut pas considérablement soulagé, mais il s’aperçut d’un mieux. Ayant introduit une sonde dégommé élasticpie, immédiatement après avoir rendu de l’eau, on trouva encore une pinte d’urine au fond de la vessie. Le cathéter fut introduit tous les matins; la quantité d’urine déposéeau fond de la poche vésicale diminua graduellement, ietau bout de trois semaines, depuis la première [introduction de l’instrument , il y eut écoulement facile de l’urine ; la déplétion complète fut possible, et l’usage du cathérisme devint dès-lors inutile.

Dans ce cas, comme il fut impossible de lifaire pénétrer une bougie, il n’y avait pas lieu à soupçonner un état morbide de la iprostate, et l’on put croire que la maladie consistait seulement dans le rétrécissement du canal de l’urètre. On fit un usage convenable alu caustique, comme le seul moyen capable de détruire le rétrécissement qui s’opposait à l’initrocluctionde la bougie; et heureusement, dans ce cas, les effets locaux furent si doux que l’emploi qu’on en fit fut avantageux.

TREIZIÈME OBSERVATION

I n homme se plaignait depuis long-temps de

f)8 TRAITEMENT DES MALADIES

ré t récissem eus de f u rè tre ; l’ u sage habituel qu’il faisait de la bougie ordinaire, lui rendait supportable un mal dont il n’avait pu entièrement se délivrer. Arrivé à l’âge de soixante-dix ans, les symptômes prirent un caractère qui l’alarmèrent beaucoup. Le besoin de verser de l’eau pressait plus violemment; il sortait un mucus visqueuxsiabondant, qu’il s’opposait à l’écoulement des urines. Sur ces entrefaites, je fus consulté. Ayant introduit une bougie, je découvris deux rétrécissemens, et je crus devoir attribuer excl usivernent les symptômes qu’il éprouvait , à celle affection. Comme j’avais rarement occasion d’appliquer le caustique dans des rétrécissemens sur des individus âgés de plus de soixante ans, j’employai la bougie ordinaire, en commençant avec une d’un plus petit dia- ■ mètre. Après quelques efforts, je parvins à f traverser les deux rétrécissemens avec une Ji petite bougie, et j’arrivai au col de la vessie ; j mais je ne pus aller plus loin; il n’en ré- ri sulta aucun bien pour le malade. Alors j’in- fi troduisisun petit cathéter dégommé élastique, i sans slylet; il pénétra facilement dans la vessie, d’où il sortit douze onces de liquide : il s’en suivit un bien subit. En employant le cathéter une fois loulesles vingt-quatre heures , q on dissipa les symptômes les plus violens; i

mais il fat nécessaire de continuer le même traitement, parce que l’engorgement de la prostate, n’étant pas parvenu à une diminution -suffisante, ne permettait pas que la vessie se vidât entièrement.

On parvint bien à pallier les deux maladies, mais on ne guérit ni l’une ni l’autre. Toutes les fois que la prostate recevait fini pression du froid, elle s’irritait, et cet état d’irrita- Ition était suivi d’une. affectation spasmodique du rétrécissement; dans cette circonstance, il

devenait nécessairequelemalade eût quelqu’un pour introduire le cathéter pour lui, parceque l’état spasmodique de l’urètre augmentait à chaque difficulté; il ne pouvait dépendre de lui de se ménager. Comme je ne lui avais point promis de plus grand soulagement , il ne m’envoya plus chercher; il s’abandonna à ceux qui lui promirentguérison , et je n’en entendis plus rparler.

Page 1