‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 15 sur 58 · QUATORZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME OBSERVATION

Un officier du génie, d’un tempérament trèsnerveux et très-irritable, qui avait, depuis l’âge de vingt ans, des rétrécissemens du canal “de l’urètre, éprouva, à l’âge de soixante-douze ans, des symptômes qui annonçaient un engorgement du moyen lobe de la prostate. Le chi-

ÎOO TRAITEMNET DES MALADIES

rurgien qu’il consulta, pensant que ccs symptômes dépendaient de l’affection de l’urètre, appliqua le caustique; mais à cause de la constitution, et delà nature compliquée de la maladie, il résulta de celte application des spasmes de l’urètre , et une si violente irritation au col de la vessie, qu’il fallut abandonner ce traitement. Depuis ce temps , il se servit des bougies ordinaires, et quelquefois , si l’urine ne venait que goutte à goutte, il la. faisait sortir à l’aide d’une petite sonde de gomme élastique. C’est ainsi qu’il s’avançait vers une existence misérable. Tantôt l’irritation du col de la vessie était insupportable, à eau se de la contraction constante et du ténesme qui y survenaient, tantôt le spasme de l’urètre était si violent que la plus petite bougie ne pouvait aller au delà du rétrécissement , et que l’urine ne s’écoulait qu’avec la plus grande difficulté. Ajoutez à cela, que le malade étaitsujet à desattaques de nerfs, indépendantes de la maladie actuelle, qui venaient tous les quinze jours, et duraient cinq à six heures; pendant l’accès , il était tellement oppressé, qu’il conservait à peine connaissance. Après avoir resté quatre ans dans cet état, il vint me consulter, etmeditque s’il ne l’avait pas fait avant, c’est qu’il craignait que je ne conseillasse l’usage du caustique, et qu’à

'UE la glande trostate. I O t

cause d’une tentative qu’il avait faite, il croyait qu’il ne pourrait pasle supporter. Je le sondai régulièrement trois fois par jour, cequile soulageait infiniment; mais une attaque de nerfs ' étant survenue, il fut incapable d’introduire l’instrument, et les symptômes se présentèrent de nouveau. Je lui proposai de garder le cathéter dans la vessie, pour quelques jours; mes persuasions furent inutiles. Malgré cela , il vécut plusieurs années dans un état tolérable, à l’exception de sa maladie constitutionnelle qui, quelquefois, venait l’assaillir. 11 mourut âgé de quatre-vingts ans, et, dans ce dernier phénomène, on doit regarder la vieillesse comme cause de la mort, plutôt que la mialadie de la prostate.

QUINZIÈME OESIÏRVATION.

CJn gentleman avait gardé, pendant quelques années, un rétrécissement du canal de l’urètre , ipour lequel il employa habituellement une bougie ordinaire. En 1808 ( il avait alors soixante-dix ans) il se confia à mes soins. A cette époque, les symptômes de sa maladie s’étaient extrêmement aggravés. Son état empirait ; il ne rendait ses urines qu’avec difficulté et douleur, souvent, et en très-petite quantité chaque fois. Je découvris qu’il y avait

TRAITEMENT DES MALADIES un rétrécissement dans la partie membraneuse urélrale , et après plusieurs essais infructeux, je parvins à introduire dans la vessie un petit cathéter de gomme élastique, glissé sur un stylet de fer. Il sortit environ huit onces d’urine. D’après cela on l’introduisit à des périodes régulières, et l’on se servit graduellement d’un plus gros, à mesure que le rétrécissement s’élargissait. Il restait toujours au fond de la vessie quatre ou cinq onces de liquide, quoique, après avoir ôté la sonde, le malade eût fait des efforts pour le rendre jusqu’à la dernière goutte. En suivant ces précautions, les symptômes diminuèrent, et la santé s’améliora; mais la vessie ne récupéra plus la faculté de se vider naturellement ; et le malade sentait encore de l’embarras toutes les fois que quatre à cinq onces se ramassaient dans cet organe. Par la suite, il fut capable d’introduire une sonde de gomme élastique, sans stylet; et, en répétant celte opération plusieurs fois dans le jour, il s’épargnait les douleurs jj

que lui causait l’accumulation de l’urine.

SEIZIÈME OBSERVATION

Unhomme âgé de trente ans environ, eut des I rétrécissemens de l’urètre, à la suite de l’usage ; des injections astringentes, qu’il fit dans le Irai-

tement d’une gonorrhée. Comme il négligea tou t-à-fait son mal, il empira insensiblemen l;en 1809, âgé de quarante-huit ans, il n’urinaitque goutte à goutte, avec efforts et difficulté ; quelquefois il y avait rétention complète d’urine, et toujours une évacuation copieuse de mucus visqueux. L’introduction d’une bougie fit découvrir un rétrécissement distant de six pouces de l’orifice externe, lequel céda à l’application répétée du caustique, etla bougie rencontra un. second rétrécissement éloigné du premier d’un pouce. Après plusieurs applications du caustique, la partie resserrée fut dilatée, et l’urine cou la en un filet d’une grosseur médiocre; mais elle n’était encore rendue qu’en petite quantité chaque fois; la quantité de l’humeur visqueuse était à peu près dans la même proportion ; ce qui laisse à penser qu’il y avait maladie de la glande prostate, et rétrécissement de l’urètre. Plusieurs tentatives furent faites pourpasserune sonde de gomme élastique dans la vessie , mais elles furent sans résultats; enfin on introduisit un cathéter d’argent, et le malade rendit presque une pinte eldemied’urine, bien qu’il en eût rendu avant une certaine quantité. Après l’introduction du cathéter, il n’eut envie d’uriner que sept ou huit heures après; mais alors il recommença à évacuer ses urines

l04 TRAITEMENT DES MA RADIES par intervalles rapprochés, cl en petite quantité à la fois. Le cathéter fut introduit dans les deux jours suivans, et il y eut presque une pinte et demie d’urine d’évacuée. On s’aperçut que l’usage fréquent de la sonde provoquait l’inflammation et l’intumescence du périnée, et la contraction du rétrécissement, au point d’occasionner quelquefois une rétention complète d’urine; ce qui dut faire redoubler de soin et de prudence pour le traitement. On introduisait assez souvent la sonde une fois par jour, mais en général seulement deux ou trois fois dans une semaine, et quelquefois à l’intervalle de deux ou trois semaines, ou même à un plus long période, et il se vit presque en état de désemplir sa vessie par des efforts naturels : quelquefois il rendait une pinte de liquide cà chaque évacuation ; et l’évacuation du mucus visqueux cessa presque entièrement ; mais s’il arrivait que le malade s’ex^ posât au froid, ou qu’il fît un exercice corporel peu modéré, il urinait en très-petite quantité, ou goutte à goutte, et le rétrécissement devenait si étroit, qu’une fois on ne putintroduire le cathéter.

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