‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 16 sur 58 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Observations pratiques présentant /es divers degrés d’engorgement de la glande prostate , avec les résultats de l autopsie des parties.

DIX-SEPTIÈME OBSERVATION

TJn homme âgé de cinquante- trois ans , qui sc plaignait d’une grande difficulté, et d’une envie fréquente d’uriner, devint enfin , après six ou sept ans de souffrances, incapable de rendre plus d’une once et demie d’urine chaque fois. Toutes les quinzeou vingt minutes il faisait des efforts, quelquefois inutiles, pour uriner, et souvent il ne sortait que quelques gouttes de liquide. Rarement il rendait plus d’une demipinte dans vingt-quatre heures. Dans cet état, lil fut pris d’une péritonite pour laquelle il fut •admis à l’hôpital Saint-Georges. On passa une sonde de gomme élastique dans sa vessie , d’où il sortit cinq onces d’urine : l’on répéta la môme opération à des périodes réguliers. Ce traitement dissipa tous les symptômes appartenais a l’affection de la vessie 5 mais l’inflammation

du péritoine devint telle, qu’il mourut peu de jours après son entrée à l’hôpital.

A l’ouverture du corps, on trouva les traces d’une inflammation générale du péritoine ; sa cavité contenait une pinte de sérum purulent. La tunique musculaire de la vessie était plus épaisse que dans l’état naturel.

Le moyen lobe de la glande prostate faisait saillie dans la vessie ; il avait la grosseur d’une noisette, et formait une valvule derrière l’orifue de 1 urètre. La membrane interne de la vessie offrait les vestiges d’une inflammation considérable.

dix-huitième observation.

Un gentleman, âgé soixante-dix-huit ans, qui avait mené une vie très-dissolue, éprouva, pendant quelques années, de la difficulté à rendre ses urines , et il en sentait très-souvent le besoin. Dans le cours de trois ans, ces symptômes firent des progrès ; ils s’accompagnaient de don leur; et il sortait une matière jaunâtre, qui teignait son linge. L’année suivante il y eut une rétention complète pour laquelle je fus consulté. Je proposai le cathérisme, convaincu que c’était le seul moyen de donner du soulagement ; on ne se rendit pas à celte proposition sans difficulté. Je glissai une sonde de

gomme élastique sur un mandrin de fer auquel j’avais donné la courbure nécessaire, el je parvins à l’introduire dans la vessie, d’où il sortit environ une pinte d’urine. Le cathéter fut introduit de nouveau le même soir, et le jour suivant on l’introduisit trois fois. Depuis ce temps, on sonda régulièrement tous les jours, à huit heures du matin , à quatre heures de l’après-midi, el à onze de la nuit.

Dès le moment que le cathéter put passer facilement, les symptômes s’amendèrent. Le patient eut la force d’aller eide venir aux alentours de la maison ; il était dans une heureuse disposition d’esprit, et en apparence il jouissait d’une aussi bonne santé qu’avant.

La sonde qui d’abord n’avait pu pénétrer qu’avec le stylet , peu de jours après passa fréquemment, sans soutien. Il arrivait que l’instrument rencontrait quelquefois un léger embarras vers le col de la vessie; alors le peu de difficulté qu’on trouvait, était suivi d’une évacuation de mucus gluant qui coulait confondu avec l’urine. La quantité d’urine rendue le malin, au moyen du cathéter, était d’environ dix onces ( le malade était resté couché horizontalement), et de huit onces dans l’après-midi et dans la soirée. 11 11e rendit jamais d’urine tant que cette quantité n’était

pas accumulée dans la vessie, et alors le surplus était rendu petit à petit , même sans douleur.

Trois mois après je fus consulté. Un soir il fut saisi par le froid , et l’instrument rencontra beaucoup de difficulté. Cet accès de froid n’eut plus de retour , et un ou deux jours après , la sonde passa facilement ; mais depuis ce temps, l’urine gardée dans la vessie, allait jusqu’à douze onces du soir au matin , jusqu’à dix dans le jour. A celte époque, il était en état de se sonder lui-même , et continua de le faire.

L’année suivante sa vessie devint si irritable, qu’il éprouvait un grand malaise, quelque peu d’urine qu’elle contînt. Alors il se décida à se laisser sonder six ou sept fois par jour; mais comme il continuait à devenir plus mal , il voulut me consulter encore. Une sonde de gomme élastique fut contenue dans la vessie , et il lui fut prescrit de garder le lit. Dans peu de jours la vessie perdit de son irritabilité; le malade put quitter le lit , et son domestique dut le sonder trois, fois par jour, comme il le faisait auparavant.

Au bout de deux ans , il fut pris d’une maladie des intestins dont il mourut en peu de jours.

A l’examen du cadavre, on trouva la menv

DE LA GLANDE PROSTATE. ioq

brane interne de la vessie légèrement enflammée, le moyen lobe de la prostate était engorgé , et nulle autre partie n’offrait rien de malade.

DIX-NEUVIÈME OBSERVATION

Un gentleman qui était dans l’habitude de mener une vie très-retirée, se plaignait de quelques atteintesd’iritation dans la vessie , lorsqu’il sentait les effets du froid ; il croyait que c’était les symptômes de la gravelle, et, dans l’objet de les dissiper, il prit quelques doses de sulfate de soude. Ces petits moyens le soulagèrent ; ce qui le confirma dans le doute qu’il avait de son mal, et dans l’efficacité des remèdes qu’il employait à cet effet. En 1810 ( il avait alors soixante-dix ans), il ressentit le même mal , mais d’une manière très-grave ; il s’accompagnait de douleurs d’entrailles très-intenses; la fréquence d’uriner fixa toute son attention, et le détermina à venir me consulter sur cette incommodité; et il n’y comprit l’état des intestins, qu’en ce qu’il se sentait pressé de pousser une selle toutes les fois que le besoin d’uriner se faisait sentir.

D’après ce que le malade venait de me dire, je ne doutai plus que le mal ne provînt de la réplétion restreinte delà vessie, et que la

lio TRAITEMENT DES MALADIES

q uanl ité d’urine qui s’écoulait , n’élait pas assez grande pour empêcher une plus considérable accumulation. Il y eut beaucoup de difficulté à persuader au malade l’état où il était , et à obtenir de lui la permission d’introduire une sonde dans la vessie : toutefois, il finit par se rendre. Un cathéter de gomme élastique, convenablement courbé, pénétra facilement et fit sortir vingt onces de liquide : huit heures après , on l’introduisit de nouveau, et il en ! coula seize onces. Tous les symptômes d’irritation tombèrent , et le jour suivant on sonda deux fois ; l’incommodité des intestins , à cause du silence du malade, fut négligée, et le ventre se tuméfia considérablement; les intestins étant i remplis d’air, il fut impossible d’y rien intro- I duire. On n’eut lieu de s’en douter qu’à la suite d’une hernie dont il mourut le jour suivant : \ l’inflammation s’était emparée des intestins, et ceux-ci acquirent une telle distension qu’ils perdirent tout pouvoir d’action. Il mourut le jour suivant.

A l’ouverture du cadavre , on trouva les in- ! : teslins adhérens fortement les uns aux autres , très-distendus, et remplis d’air; le pé- : ritoine leur était adhérent dans quelques points.

On ne trouva point de graviers dans les

Teins ni dans Ja vessie; et il y avait bien lieu de croire que le malade n’avait jamais eu cette maladie, mais qu’il avait confondu les symptômes de l'inflammation du col de la vessie

avec ceux de la gravelle, méprise que les malades font souvent.

VINGTIÈME OBSERVATION

A. B. âgé de soixante-six ans, se sentit,, le 19 septembre 1787 , dans l’impuissance de rendre ses urines. Pendant tout le jour, il souffrit horriblement, il eut de fréquentes et de violentes envies d’uriner, il fit les plus grands efforts, et ne réussit pas. A cinq heures de l’après-midi on tâcha d’introduire une sonde de gomme élastique, passée sur un stylet de fer; mais toujours l’extrémité de l’instrument se trouvait arrêtée dans la situation de la glande prostate, et après des tentatives nombreuses, on ne put pénétrer dans la vessie. «Alors, on introduisit une bougie : il semblait bien quelle était arrivée dans la vessie, mais lorsqu’on la retirait il ne coulait point d’u- U’ine. La prostate fut examinée avec le doigt

par le rectum ; et l’on ne s’aperçut point qu’elle fût matériellement engorgée. Alors j’essayai de nouveau d introduire le cathéter; mon doigt passe dans le rectum en dirigeait l’extrémité.

En poussant la pointe vers le pubis, je parvins enfin à la faire entrer dans la vessie, d’où if sortit une grande quantité d’urine. Dans la manoeuvre, j’observai que le cathéter semblait passer pressé par le rectum , de telle sorte que la substance de la prostate comprise entre l’intestin et l’instrument devait être très-mince. Examinée par le rectum, la vessie ne paraissait pas très-dislendue , quoiqu’elle fût trèsproéminente au-dessus du pubis. La sonde fut maintenuedans la vessie, afin de vider l’urine, quand il en serait besoin. On administra un lavement opiacé, et la nuit fut passable.

Les deux jours suivans furent assez bons.

Le 2a septembre, la sonde fut ôtée ; mais le malade ne put la vider volontairement ; il fallut le soir introduire de nouveau l’instrument , qui fut maintenu dans la vessie comme auparavant. La nuit fut troublée par un grand malaise dans le rectum , qui céda aux lavemens opiacés.

Le 25, eurent lieu de violentes contractions spasmodiques de la vessie, accompagnées de dou leu rs i n tolérables. Coin me on pou vait croire qu’elles provenaient de la présence du cathéter dans la vessie , on le sortit • mais le spasme fut aussi violent qu’auparavant , et le malade ne put rendre une goutte d’urine.

DE LA GLANDE PROSTATE. jj3

Le 26 au matin , on introduisit encore le cathéter; lorsque le bout toucha le col de la vessie, un spasme violent eut lieu; l’instrument fut si fortement saisi par les contractions spasmodiques, qu’il fut impossible de le mouvoir en avant ou en arrière, tant que dura le ispasme; des qu d fut tombé il pénétra dans la vessie ou 011 le maintint. Cet état spasmodique persista d’une manière violente tout le jour; il y avait, néanmoins, quelques rémissions toutes les fois qu’il coulait quelques gouttes d urine , qui étaient reçues dans une vessie qu’on avait suspendue vers le gland. Vers le J soir, on s’aperçut que l’urine était teinte de sang. Le malade souffrait cruellement ; on lui prescrivit une pilule, composée d’un grain d’opium, deux grains de camphre, et deux grains de térébenthine de Chio ; la même pilule fut prescrite pour chaque six heures. Il survint une transpiration abondante, que suivit un sommeil bienfaisant qui se soutint •toute la nuit.

Les 27, 28 et 29 , il n’y eut point de changement sensible. Il prit une pilule.

Le 3o, il fut très-agité; les contractions spasmodiques furent violentes et cruelles. Le cathéter ne put être sorti qu’avec efforts ; et on eut une très-grande difficulté à le replacer;

I l4 TRAITEMENT DES MALADIES

le doigt mis dans le rectum, on sentait que la vessie faisait une plus grande saillie et qu’elle était plus basse. Il passa une nuit dans les souffrances; les pilules furent continuées.

Le ier obtobre, le spasme ne l’avait point quitté; il avait souffert cruellement. Il s’écoula par la sonde , avec l’urine, un mucus sanguinolent en quantité considérable.

Le 2 octobre, le même mucus coula avec l’urine; mais vers le soir, il fut moins abondant. Les contractions spasmodiques étaient fréquentes et atroces. On injecta dans la vessie un dragme d’opium dissous dans une once et demie d’eau. Le spasme tomba subitement, et la nuit fut calme .

Le 3 octobre au matin, il se trouva beaucoup soulagé, et son pouls, qui la veille donnait cent pulsations en une minute, n’en donnait plus que quatre-vingt-dix le soir , le spasme reparut, et il s’accompagna de tressaillemens convulsifs qui se prolongèrent dans la nuit.

Le 4 octobre, le spasme fut violent. On fit |l dans la matinée la même injection ; la dose 1 fut moitié moindre ; il en fut soulagé, mais |ij moins que la veille. Le soir, on répéta l’injec- i tion avec addition de deux grains de camphre , et six gouttes d’huile de térébenthine ; mais on n’en obtintaucun soulagement, ou presque pas. i

DE DA GLANDE PROSTATE. Il5

Le 5 octobre, il se manifesta, clans la matinée, du délire, et le spasme fut très-violent. L’injection fut répétée , mais les contractions spasmodiques furent plus fortes que jamais.

Le 6 octobre, le malade ne donnait des signes de sensibilité que par intervalles. Les spasmes continuèrent, les convulsions suivirent, et il mourut a une heure et demie dans une cruelle agonie.

A l’examen du cadavre, on trouva la vessie contractée; sa tunique musculaire était plus épaisse que dans l’état de nature, et sa tunique interne était très-vasculaire. La glande était très-engorgée, le moyen lobe formait une tumeur qui se portait en saillie dans la vessie , derrière l’orifice de l’urètre, et la membrane qui la couvre se continuait sur chaque côté en. forme d’un replis transversal sur la partie postérieure de la vessie , il y avait une vésicule de la grosseur environ d’une orange; située vers la glande prostate, elle était en communication avec la vessie par un petit orifice, de la largeur environ d’une plume cl’oie- Les enveloppes de cette vésicule avaient l’épaisseur de celles d’une vessie ordinaire, et sa surface interne était couverte de lymphe coagulable. La situation de cette vésicule derrière la vessie, poussait celle-ci

Il 6 TRAITEMENT DES MALADIES

en avanl. , et devait ainsi augmenter l’obstacle qui empêchait l’entrée de la sonde.

La pointe du cathéter avait été forcée dans la substance de la prostate, au point d’y creuser un canal artificiel, dont une extrémité communiquait avec l’urètre près du vérumon lanu tn , et l’autre avec la cavité de la vessie, précisément devant l’orifice de la vésicule.

Page 1