II
La monographie est donc le livre de la pratique médicale, et le traité général , le livre de celui qui étudie la science.
Toutes les conditions d’une bonne monographie peuvent-elles se trouver dans le petit nombre de celles qui nous restent des anciens, et même dans le plus grand nombre de celles qui ont été produites postérieurement jusqu’à l’époque où parurent les Recherches Anatomiques sur les causes et le siège des maladies? Je crois qu’aujourd’hui il est permis d’en douter; et s’il en est quelques-unes auxquelles les progrès de l’art n’aient rien ajouté, ce sont celles qui dépendent de lésions indéterminées, et qui ont pour objet les épidémies, qui toutes ont été dessinées d’après un modèle achevé :
Bâillon , Sydenham , Baglivi, etc., ont observé et écrit à la manière d’Hippocrate. Les histoires qu’ils ont laissées prouvent à elles seules toute la puissance de leur génie , et toute la fécondité de
l’observation; de cette observation, qui, suppléant au défaut de la théorie, établit des lois empiriques qui deviennent presque aussi certaines que les lois rationnelles, quand elles reposent sur des observations assez souvent répétées ; de cette observation qui constituait la médecine des anciens, et qui constitue encore aujourd’hui le savoir médical de ceux qui réprouvent l’utilité des connaissances positives de l’anatomie physiologique et pathologique. Mais elle est insuffisante; et puis suffirait-elle, cette observation, elle ne s’enseigne pas, elle ne peut se communiquer, et c’est pourtant sur elle seule que repose toute la science des dernierssiècles, et des temps plus antérieurs. Si dans certains traités particuliers de maladies, purement dites vitales, on ne démontre pas son insuffisance, qui oserait avancer qu’elle fait et peut tout dans les affections organiques? C’est ici où l’on s’aperçoit que la science a lait des progrès positifs, car c’est là où l on prouve que toutes les erreurs tien-
AVANT-PROPOS
11011 1 a l’ignorance des connaissances materielles; car c’est laque l’anatomie comparée de l’homme sain et de l’homme malade a posé successivement des règles plus sures, et a établi des limites entre l’action et l’expectation. Lisons les anciens pour apprendre à observer; en cela seul prenons-les pour guides; dans un autre but nous courrions risque de nous égarer; el si leurs livres contiennent des préceptes raisonnables, que la médecine modernea sanctionnés par tout cequ’elle a d’exact, ils en renferment aussi qui sont d’autant plus dangereux qu’ils sont plus séduisans; d’ailleurs ils ne nous conduiraient qu’à tâtons, et, comme à eux, il nous faudrait un demi -siècle de pratique et de réflexions pour nous élever à deux ou trois vérités générales.