‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 27 sur 58 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De V inflammation du vérumontanum.

Comme c’est sur le vérumontanum que les vaisseaux séminaux viennent s’ouvrir, et que partout il est environné cle la substance de la glande prostate , j’ai pensé que c’était plutôt ici le lieu convenable de parler de ses altérations pathologiques , que dans les affections de l’urètre, quoique, à la rigueur, il ne soit pas plus dépendant de l’une que de l’autre.

La maladie à laquelle il est sujet,, reconnaît diverses causes, et lorsqu’une fois elle est établie , peu d’affections de ces parties sont plus cruelles et plus difficiles à guérir.

Les symptômes qu’elle produit se rapportent principalement au système nerveux local, et ne s’écartent pas ordinairement du point central du vérumontanum; les sensations sont parfois d’une nature très -douloureuse , et se changent subitement en sensations atroces , cuisantes et déchirantes. Il est inouï tout ce que souffre un individu en pareil cas. Il remplirait facilement un volume de ses souffiarices; elles varient selon le mode de suscep-

I 54 TRAITEMENT DES MALADIES tibilité de chaque constitution particulière. Elles augmentent toujours dans la position assise et de station, elles ne sont supportables que lorsqu’on est couché horizontalement, mais elles ne se dissipent point.

Je désirais, depuis plusieurs années, avoir occasion d’examiner, après la mort, les parties d’un individu mort de cette affection. Mais quoique cette maladie ne soit pas commune, elle est rarement mortelle- cependant je l’ai vue se terminer par la mort : je fis l’ouverture du corps.

TRENTIÈME OBSERVATION

A. B., depuis l’àge de douze ans, ne rendait ses urines qu’en petite quantité , et était plus long à vider sa vessie que les autres enfans. Lorsqu’il fut arrivé à l’àge de trente-cinq ans , ce symptôme augmenta beaucoup et l’obligea de recourir aux soins d’un chirurgien. L’usage des bougies lui fut prescrit; une d’une grosseur ordinaire fut introduite dans la vessie, mais elle ne procura pas un grand soulagement. Après avoir employé pendant quelque i temps les bougies, il se déclara de nouveaux symptômes; il y eut une difficulté d’uriner; il coula avec l’urine une quantité considérable d’un mucus glaireux et gélatineux; le malade i

éprouvait une chaleur constante, et une sensation incommode, qu’il rapportait précisément à la portion u rétruie du col de la vessie; il y avait de l’aggravation , après l’émission de l’urine, et il restait dans les parties un sentiment si pénible, qu’il ne pouvait, tant qu’il se faisait sentir , vaquer à ses affaires. L’augmentation ne cessa pas , malgré tous les moyens que l’on mit en usage pour combattre le mal ; pas un n’eut d’effet sensible que les lavemens opiacés ; ils procurèrent un bien passager; mais lorsque la douleur revenait, loin d’être atténuée, elle n’en était que plus violente. .Après des souffrances de sept années, allant de mal en pis, il mourut d’une affection intestinale. Ayant eu de fréquentes occasions de le voir , et d’observer sa maladie, que je ne pus jamais guérir, ni parfaitement comprendre, je tenais à constater , par l’autopsie, la cause qui l’entretenait, après l’avoir produite.

En examinant les parties après la mort, je ne trouvai point d’engorgement dans le corps ni dans les lobes de la glande prostate, ni d’affection de la vessie. Il y avait au vérumontanum une expansion membraneuse, que l’inflammation y avait développée ; elle couvrait 1 orifice des vaisseaux différens, sans porter

son extension au-delà de celle partie. Il n’y

avait point de rétrécissement de l’urètre. Comme c’était la seule partie qui eût éprouvé des changemens de structure, j’en dus naturellement conclure que cette maladie était une inflammation du vérumontanum ; que la lymphe coagulable s’était répandue sur cette surface, et que si les parties n’en avaient pas toujours été recouvertes, c’est que la surface avait tou jours été dans un état d’irritation.

Une si légère altération de la structure intime de l’organe, après une maladie de sept ans , démontre qu’une simple affection de cette partie peut occasionner des symptômes d’une nature grave et d’une d urée longue.

Dans tous les cas de ce genre qui se sont offerts à mon observation , la maladie a duré des années ; elle a existé dans différens degrés d’intensité. Les cas les plus simples se trouvent chez les jeunes gens où ils prennent une marche assez favorable , niais en général les parties ne se rétablissent pas elles-mêmes.

Les symptômes sont portés très-haut par diverses causes ; dans le premier cas précité, l’emploi des bougies en fut la cause immédiate.' Mais la plus fréquente lient , je crois , à l’usagel des injections pour la cure de la gonorrhée,: chez les hommes avancés en âge.

Dans un cas, elle fut produite chez un

DE DA GLANDE PROSTATE. l5j

gentleman , par une émission de semence qui eut lieu pendant qu’il trottait à cheval dans le Park.

Dans un autre, pour avoir resté long-temps en compagnie avec des femmes, et avoir été tourmenté par des érections continuelles.

Chez un gentleman qui , par suite d’un accident, eut une obstruction des conduits séminaux des deux testicules, celte maladie fut produite après une longue promenade à cheval, par un jour très-chaud.

Cette affection survint chez un gentleman, a Lia suite d’un engorgement de la prostate; elle semblait tenir à une extension de l’inflammation qui se serait portée de la surface de la membrane du moyen lobe de la prostate à cette partie.

Cette maladie est prise souvent pour l’effet d’un rétrécissement du canal de l’urètre, par suite du désordre qu’elle y introduit, et il survient quelquefois des contractions spasmodiques dans l’étendue de cinq pouces et demi, à partir de l’orifice externe, qui s’opposent au passage de la bougie. Il est malheureux de commettre cette erreur, car dans un cas ou j’ai vu employer la bougie, les symptômes devinrent plus violens qu’ils ne l’avaient déjà été. Des vésicatoires appliqués au périné ,

continués pendant quelques semaines , procurent quelquefois du soulagement, mais rarement.

Des applications froides au périné, et des lavemens d’eau à la glace, pallient les symptômes, mais ne guérissent pas la maladie.

Les lavemens opiacés, et les suppositoires de même nature, administrés dans cette maladie, aussi-bien que dans les plus grandes affections nerveuses locales, produisent un bien très-prompt et permanent, mais les symptômes reparaissent après la cessation des effets du remède.

J’ai retiré si peu d’avantage du traitement local, et de l’usage des remèdes internes , dans les faits que j’ai observés, et que divers praticiens avaient également suivis pendant longtemps ; les malades revenaient si souvent cà moi plus mal des tentatives qu’on avait faites pour atténuer les symptômes , que j’ai cru qu’il n’y avait pas de traitement actif qui dût être adopté préférablement à tout autre.

Ce que j’ai dit sur cette maladie et sur son I mode de traitement , doit être regardé comme bien imparfait; et s’il n’est pas vrai que l’affection ail été prise très-souvent pour un engorgement de la prostate, par quelques praticiens , et pour un rétrécissement de l’urètre par d’au-

1)E LA GLAKOE TROSTATE.

1res (et il est bien important delà distinguer de ces deux affections), il ne nie reste aucun moyen de me justifier d’avoir anticipé.

Si le malade croit que les symptômes dépendent de ces deux maladies , il ne sait à qui se fier pour être soulagé; il va d’un chirurgien à l’autre , et il se rend misérable par une succession d’espérances trompées, mais lorsqu’il est iconvaincu que toutes ses cruelles souffrances

imaissent d’une inflammation qui s’est portée psur un petit point de l’urètre, et que tous les ^symptômes tenant à l’imagination sont dissipés, ceux de la partie affectée deviennent beaucoup plus tolérables, et très-souvent ils ^s’abattent, mais d’une manière bien insensible.

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