TRENTE* UNIÈME OBSERVATION
A. R., âgé de cinquante-un ans, était sujet aux hémorrhoïdes depuis trente ans, etdans un état de constipation habituelle; en 1809, samaladie se compliqua; les hémorrhoïdes se projetaient hors de l’anus, lorsqu’il marchait; elles le gênaient beaucoup , et elles devinrent si fluentes, que sa vie en paraissait menacée. Dans cet état cruel, dans une sorte de désespoir, il appliqua, sur les hémorrhoïdes , une liqueur fortement astringente, qui, en moins d’une semaine, arrêta l’évacuation et empêcha leur sortie de l’anus. Après cela, il fut pris de mauvais symptômes que l’on supposa dépendre d’une fièvre quidura six semaines; et-, depuis ce temps, toutes les fois qu’il se levait, il survenait des frissons, mais qui s’abattaient s’il secouchaitdans la position horizontale. Ces frissons revinrent plusieurs fois; et au bout de deux mois, depuis l’apparition des symptômes fébriles, il sentit une douleur aigue au col de la vessie , et bientôt après il eut un flux considérable d’urine et de glaire, accompagné d’une grande douleur qui dura quelque temps après la cessation duflux. D’où il paraît résulter que la fièvre et les frissons n’étaient que symptomatiques de la matière qui se formait dans
ia glande. Les frissons ne se manifestèrent que lorsque le malade prit quelque exercice , et ils disparurent dèsqu’il se tint dans une tranquillité absolue. On employa plusieurs moyens pour le soulager ; il essaya le mercure, qui parut mitiger les symptômes, mais ils ne tardèrent pas à se manifester de nouveau. Dans l’état présent de la maladie, si l’on vient à passer un instrument, on sent facilement une partie du col delà vessie ulcérée, et la pointe de la sonde est obligée de passer sur cette ulcération pour arriver dans la vessie. L’emploi des lavemens opiacés, les bains tièdes, l’usage interne de la ciguë, produisirent peu d’effet; mais les symptômes restèrent stationnaires pendant quelques mois; et les précautions et la tranquillité les dissipèrent presque entièrement , mais d’une manière lente. Ce cas doit être regardé comme bénin.