CHAPITRE II
Des changemens de forme par suite de L'engorgement.
Dans le premier volume, j'ai expliqué l’engorgement général du moyen lobe, et des effets qu’il communique aux parties voisines, tels qu ils se sont présentés à mon observation ; depuis lors j ai vu qu’il pouvait contracter d’autres apparences, dignes d’être connues du praticien. L’une d’elles consiste en ce que son engorgement paraît marcher de concert avec celui des deux lobes latéraux, de telle sorte qu’il n’y a de passage ni d’un côté ni de l’autre ; ils se portent ainsi en saillie dans la vessie, formant une espèce de rempart d’une forme courbe, le côté concave près du vérumonta- ,• num, le côté convexe près de la vessie. Lorsqu’il s’engorge de cette manière, la ligne médiane de l’urètre laisse passer très-facilement |j| le cathéter dans la vessie.
11 s’agirait maintenant de savoir si le moyen il lobe ou la membrane qui le revêt ne s’ulcère jamais , toutes les fois que l’ulcération 11e dé- il peud pas des altérations ou des abrasions qui 1 1
DE LA GLANDE PROSTATE. l85>
auraient pu y occasionner une mauvaise direction delà sonde, ou d’une pierre dans la vessie ; niais il est une circonstance qu’il n’est pas indifférent de connaître , c’est que lorsque cet effet est produit , il n’apporte pas de disposition à l’augmentation de la grosseur de la partie, ce à quoi on devrait naturellement s’attendre, et ce qui survient généralement dansles tumeurs ; on doit l’attribuer à ce que faisant partied’une glande naturelle, le cas ne peut ici avoir lieu ; et j’avoue que lorsque je publiai le premier volume , quoique je susse que ce n’était qu’une partie naturelle engorgée , quelque ressemblante qu’elle eut avec une tumeur, j’avoue que je fus trompé , car je croyais que son accroissement était accéléré par les mêmes causes qui hâtent l’engorgement des tumeurs: l’une d’elles vient de ce que les tumeurs ont un pouvoir naturel d’extension ; d’où il suit que plus elles sont grosses, plus grand aussi sera l’accroissement de leur extension. Ceci n’a nullement lieu dans ce lobe; il augmente jusqu’à un certain point, il s’arrête là, et ne s’étend jamais au-delà : c’est une circonstance • qu’il est bon de connaître.
S’il est vrai que l’engorgement de ce lobe dépende entièrement, ou même en partie, de 1 extravasation du sang ou de la lymphe , dans
TRAITEMENT DES MALADIES sa substance, par suite de la rupture des vaisseaux, il sera alors facile d’expliquer pourquoi l’engorgement s’arrêtera, si une fois il commence, pourquoi dans quelque cas sa grosseur resta stationnaire , et pourquoi dans d’autres les fluides extravasés seront absorbés , et la partie rendue à son volume naturel. Ces effets salutaires ne pourront, toutefois, avoir lieu, si la glande lésée n’est pas garantie de toute pression inutile, et laissée dans un état de repos, pendant que cette marche favorable sera décidée.
Dans le but de reconnaître si l’augmentation en grosseur de la glande dépend d’un accroissement surnaturel de toute sa substance, comme dans l’engorgement de la rate ou du toie, ou si elle est le résultat des vaisseaux rompus, et s’épanchant hors de leurs conduits , en différentes quantités, à différentes fois (et le sang ou la lymphe ainsi versés au dehors, deviennent solides, et augmentent beaucoup le volume naturel ), j ai disséqué une glande prostate engorgée, qui semblait, d’après quelques circonstances, propreàune pareille recherche. Elleétait très-large dans le lobe moyen et dans les lobes latéraux; la substance était molle, et d’une texture uniforme au toucher; elle paraissait se terminer par un nombre de par-
lies distinctes, plus grand que j’ai jamais vu.
L’observation suivante présentera plus distinctement tous les faits j l’anatomie des parties en sera faite.