PREMIÈRE OBSERVATION
A. B., âgé de soixante-dix ans, fut pris d’une rétention d’urine, le i4 mars 1817; plusieurs années auparavant il avait éprouvé quelques difficultés à rendre de l’eau. La vessie fut vidée au moyen de la sonde, mais la faculté de verser naturellement ses urines ne fut point rétablie , et il fallait le sonder toutes les fois qu’il éprouvait de la douleur, occasionnée par la distension. Après avoir employé cinq fois le cathéter , le chirurgien ne put réussira introduire l’instrument; 011 sedécidaà faire la ponction de la vessie par le rectum. Cette opération donna un soulagement complet et subit. La canule fut tenue dans la vessie, et l’urine pouvait facilement s’écouler par elle. Quatre jours après l’opération, la canule glissa en dehors; mais dès que la vessie fut distendue, la plaie s’ouvrit, et l’urine passa parle rectum. Pendant ces circonstances , dans peu de temps les urines reprirent la voie naturelle , et la plaie de la vessie se cicatrisa. Le malade continua à uriner avec assez de facilité
100 TRAITEMENT des maladies jusqu en décembre : a cette époque, il éprouva de nouveau la difficulté de vider la vessie , mais pas assez pour exiger l’usage du cathétérisme. Au commencement de janvier] 8 1 8 , il eut une inflammation du bas- ventre dont il mourut.
En examinant la glande prostate après la moi t , le moyen lobe paraissait se terminer en tiois parties ovalaires, presque de la même grosseur, et toutes faisant également saillie dans la cavité de la vessie. Il y a plus, il y avait une autre portion ovalaire sur le côté gauche, qui s étendait derrière le vérumontanum, et tant soit peu distant de lui, sur le coté externe de cette portion; entre elle et le lobe latéral , on distinguait un sillon d’une grande profondeur.
Il y avait aussi une petite portion détachée, guère plus grosse qu’un pois, renfermée dans la membrane qui enveloppe le moyen lobe , mais elle n y tenait nullement, quoiqu’elle en fut entourée. Près du vérumontanum il y avait aussi quelque chose de semblable, mais c’était plus petit.
Les lobes latéraux avaient leurs côtés opposés très - arrondis, et leur surface, au lieu d’être uniforme , comme elle l’est ordinairement , était couverte de plusieurs petites protubérances.
DE LA GLANDE PROSTATE. 1 8g
Après avoir décrit les apparences extérieures de la prostate, je vais mentionner ce que j’ai observé dans son tissu intérieur.
En faisant une section dans le plus grand diamètre du lobe moyen, on remarqua , vers le centre, une substance arrondie , molle, un peu sphérique , uniforme dans son tissu , ayant plutôt uneapparencepulpeusequefibreuse; elle était entourée, vers le sommet, par des lignes concentriques , d’une structure semblable, et ayant l’apparence de s’être réunies , pour ainsi dire, autourd’un noyau commun. Sur le côté gauche, on s’aperçutqu’en faisant lasection, une grosse artère avait été ouverte dans l’étendue d’un quart de pouce • elle contenait du sang coagulé : en examinant le côté opposé, le vaisseau correspondant était si petit , qu’on le distinguait à peine ; il fut vidé. Ces deux artères passaient presque sur les bords externes de la glande , se trouvant précisément dans la tunique externe. On remarquera aussi qu’il y avait sur le côté gauche du moyen lobe, sur la partie la plus considérable, une portion de substance nouvellement déposée.
La structure des deux petiles portions détachées , ressemblait, divisées, exactement à la partie centrale du moyen lobe.
Dans l’intérieur des lobes latéraux , on trou-
vait plusieurs nodus semblables à ceux du moyeu lobe : ils étaient si étroitement liés les uns aux autres, qu’on ne pouvait les isoler qu’avec l’instrument : le tissu interne était en tout le même, et pareil à la description déjà faite- les saillies vues extérieurement, étaient de petites portions de la surface externe de ces nodus, pressant contre l’enveloppe générale dans laquelle ils étaient tous contenus.
Les espèces de nodus rencontrés dans ce cas, se présentent aussi dans quelques cas d’engorgement pulpeux du testicule. J’ai eu occasion de faire cette comparaison avec le tissu d’une tumeur que j’extirpai derrière l angle de la mâchoire inférieure. Celte tumeur était remarquable en ce qu’étant divisée eu deux parties distinctes . l’une était d’une apparence blanche, et l’autre noire. J’ai conservé cette pièce dans l’alcobol.
En examinant la surface coupée qui divisait la portion noirâtre en deux parties égales, j’eus lieu de faire la même remarque qui vient d’être faite dans les lobes de la prostate, c’est-àdire qu’elle avait dans le lieu de section des espèces de nodus.
Tout ceci confirme, autant que possible, les doutes que j’avais, que les changemens in-
DE IjA glande prostate. igi
ternes de structure de la glande sont produits par l’extravasation des vaisseaux rompus en differentes parties de sa substance , et que son augmentation en grosseur est plus ou moins rapide, selon que les vaisseaux sont plus ou moins gros, et qu’ils portent du sang rouge, ou les parties les plus ténues du sang.