‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 37 sur 58 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Observations pratiques où se sont présentés les symptômes dont il vient d'être question.

Il est impossible que le jeune praticien se pénètre bien de ce qu’il doit savoir, si on ne lui expose point les faits pratiques : mais ils ne doivent pas etre présentés en grande quantité, ni sans méthode; un ou deux bien choisis suffiront pour distinguer et faire saillir les principaux symptômes.

Dans mon Traité des Rétrécissemens du canal de l'urètre , j’ai cité quelques cas, afin de signaler ceux des symptômes qui peuvent se présenter dans le traitement, et conséquemment pour montrer que ces symptômes, quoique rares , ne sont pas inutiles à la connaissance du praticien. Actuellement, en traitant d une maladie dans laquelle les symptômes , s ils ne sont pas arrêtés dans le principe , augmentent rapidement, et se terminent d’une manière fatale, il est surtout nécessaire d’indiquer les suites qui deviennent mortelles paL le délai, en montrant tout le mal qui peut •en résulter.

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SECTION PREMIÈRE

Cas d'hémorrhagie provenant du moyen lobe.

DEUXIÈME OBSERVATION

Un gentleman, âgé de cinquante-cinq ans , se plaignait, sans autre symptôme de maladie, de rendre une urine sanguinolente , après s’être promené à cheval. L’urine sortait toujours la première, et puis il s’écoulait un sang noir qui, descendant au fond du vase, présentait l’apparence d’un sang venu de la vessie. En m’informant de son genre de vie , j’appris que sa passion était de se promener à cheval ; elle était si forte, qu’il parcourait, par pur plaisir, cent milles par jour ; aucune raison ne put le déterminer à renoncer à cette passion , et cependant nul autre moyen ne convenait mieux pour arrêter le mal. Au bout de. quatre années, il augmenta beaucoup; je passai une sonde dans la vessie , mais je 11’y trouvai point de pierre; sous tous les autres rapports, la santé était très-bonne, et le malade continuait ses promenades à cheval autour de sa ferme, sans porter la moindre attention à un

mal dont il s’était fait une habitude. A l’âge de cinquante-neuf ans , étant à la campagne , après s’ètre promené plus qu’à l’ordinaire, l’écoulement de sang fut plus abondant ; l’on supposa qu’une quantité considérableétait retenue dans la vessie , vu la suppression d’urine qui survint; mais celle-ci sortit involontairement en petites quantités à la fois, mêlée de sang- La partie inférieure du ventre était très-tendue et résistante; il ne voulut permettre à aucun médecin du pays d’introduire la sonde dans sa vessie ; et quoiqu’il ne pût rendre volontairement de l’urine, il s’en écoula pendant qu’i! était au lit, en assez grande quantité, sans s’en apercevoir; ce' qui indiquait que la vessie ne prenait pas une grande dimension , mais qu’elle restait exactement dans le même état.

Quinze jours environ après , les symptômes reparurent ; ses urines, qui avaient toujours été sanguinolentes, sortaient naturellement en petites quantités, et devenaient limpides ; mais les personnes de l’art pensaient que la vessie n’avait jamais été complètement vidée. Environ sept jours après , ayant eu une rechute , il se rendit à Londres. A son arrivée, le 17 janvier 1817, je fus envoyé chercher , et lorsque je le revis , je le trouvai très-changé. 11

»98 TRAITEMENT DES MALADIES claiL très-faible, sa mémoire n’était plus aussi fidèle 5 il était devenu très-irritable, et cet état semblait exaspérer sa maladie. Je le sondai avec un instrument de gomme élastique , sans stylet , et je lui lis rendre trois pintes d’urine. Lorsque la vessie fut vidée, la douleur devint extreme ; il fallut sur-le-champ retirer l’instrument : cette douleur dura un quart d’heure. Au lieu d’être soulagé, comme on l’est ordinairement des résultats du cathétérisme, toute son économie fut ébranlée; il perdit entièrement la mémoire; il lui était impossible de retenir ce qu’il m’entendait dire. Le 18, j’essayai de faire couler l’urine de la même manière qu auparavant, mais je ne réussis pas; et comme il n’y avait point de tension de la vessie, ni urgence de faire couler l’urine, je me désistai de mes efforts. Le 19 , en me servant d’un cathéter d’une très-forte grosseur, je réussis, et je fus si étonné de la petite quantité , que je demandai un vase gradué pour mesurer à l’avenir, ce que la sonde faisait couler d’urine; j’attribuai 1 indisposition générale à la rareté de la sécrétion urinaire , car j’avais déjà vu les mêmes effets dans d’autres cas. Pendant les premiers jours, le malade ne rendit qu’une pinte d’urine dans vingt-quatre heures; mais au bout de dix jours , elle augmenta graduel-

lement de trois pin tes et quelques onces. Durant cette augmentation d’urine , sa constitution semblait se refaire; il devenait plus calme, sa mémoire revenait; son appétit, qui avait été très - mauvais, s’amendait : mais tout à coup la quantité d’urine tomba à quelques onces ; sa physionomie changea; il devint presque totalement insensible, incapable de prendre de la nourriture et les remèdes ; il éprouva une grande douleur dans la région vésicale, qui fut suspendue par le besoin d’uriner ; mais lorsque la sonde eut pénétré dans la vessie, il en coula un fluide clair comme du petit lait. 11 était dans cet état le 8 février, et le 9 son pouls devint si petit, qu’il parut être près de mourir; mais il traîna encore le 9 et le 10, souffrant, en toute apparence , d’une manière cruelle; et pendant ce temps , il 11e passa aucune goutte d’urine des reins dans la vessie; il mourut le 1 1 au matin.

A l’ouverture du cadavre , on trouva la vessie vide ; le moyen lobe de la prostate, engorgée dans une très-grande étendue; les lobes latéraux étaient très-volumineux , et arrondis sur leurs bords opposés. En examinant plus particulièrement la portion déjetée du moyen lobe , on en voyait une petite qui s’élevait audessus d’elle , de la grosseur de la moitié d’un

pois, et à cet endroit on distinguait facilement une veine rompue remplie d’un sang à moitié coagulé. Cette apparence disparaissait lorsqu’on le mettait dans l’eau.

Extérieurement , les reins avaient presque l’apparence naturelle, et lorsqu’on les ouvrit, la substance corticale ne présentait que peu ou point d’altération , et le tissu fibreux de la base de la substance mamelonnée n’était pas très-altéré ; mais les mamelons n’étaient ni gonflés, ni arrondis, comme ils le sont dans l’état naturel ; ils semblaient moux et affaissés.

La convexité des surfaces des deux côtés de la glande prostate, empêchaient qu’elles fussent en contact • elles ne se touchaient que par un seul point, et le moyen lobe, étant également arrondi , ne pouvait former d’excavation , mais il laissait un espace de chaque côté, le long duquel l’urine coulait ; car même dans les premiers degrés de la maladie, le patient n’avait jamais été sujet cà des suppressions d’urine, comme il arrive en pareil cas • et même après que le sang eut reflué dans la vessie, couché dans une position horizontale, etle moyen lobe n’étant point comprimé , il y eut un flux constant.

Telles sont les circonstances qui arrivent souvent dans cetlc maladie ; il était donc né-

cessairc de les faire connaître ; niais ce qu’il y a de plus curieux dans ce cas , c’est l’écoulement de sang qui ne se manifestait qu’après la promenade à cheval, produit évidemment par l’exercice qui rompait la veine située près de la surface du moyen lobe, dont l’orifice se cicatrisait facilement, dès que la compression qu'exerçait le mouvement du cheval n’avait plus lieu. Ceci montre ce que j’ai déjà fait connaître, que la secousse produite par l’exercice, se communique directement , avec beaucoup de force, au col de la vessie; et lorsque le moyen lobe est engorgé, il est immédiatement et consécutivement affecté, même lorsque le çheval ne va que lentement.

TROISIÈME OBSERVATION

J’ai le fait suivant en possession depuis quinze ans ; mais comme au moment où je publiai mon premier volume , je n’avais jamais rencontré de cas consistant dans la rupture d’un vaisseau rouge de la prostate, si ce n’est que cette rupture ait été occasionnée par le passage pénible d’un instrument dans la vessie (et dans ce cas , la quantité de sang est peu considérable), je ne pus reconnaître dans le cas actuel la partie d’où coulait le sang; aujourd’hui, je ne doute nullement que le sang

ne vintdu moyen lobede la prostate : vularessemblance qu’il a, sous tous les rapports , avec ce q ue je viens de rapporter, j’ai cru utile de l’insérer ici. L’historique en est si bien faite, que je ne me hasarderai point d’y faire le moindre changement.

16 juillet 1802.

«Le ier février dernier , un gentleman s@ promenait lentement à cheval; se sentant le besoin d’uriner , il mit pied à terre ; mais il fut bien étonné de voir du sang au lieu de 1 urine. Une demi - heure après cela, il me fit appeler ( je suis son apothicaire) (r). Après avoir resté assis quelque temps, il eut envie de rendre de l’eau, et il sortit à plein canal, et sans douleur, huit ou dix onces d’un sang très-rouge; le sang coulait comme d’une veine ouverte au bras. Il 11’avait point fait de chute, point d’exercice violent; il n’avait eu aucun symptôme de maladie des voies

(1) Le lecteur ne sait peut-être pas que les pharmaciens ou apothicaires à Londres , comme dans tout le reste de 1 Angleterre , exercent la médecine, et que souvent c’est sur l’avis qu’ils donnent , que le malade appelle un médecin avec lequel ils entrent en consultation. On pense bien qu’ils n’auraient pas ce droit , s’ils n’avaient acquis préalablement les connaissances nécessaires par des études médicales.

DE LA GLANDE PROSTATE. 2oS

urinaires, avant cet accident : pendant sa vie, il n'avait jamais eu la gravelle, ni la pierre, ni la goutte. 11 est, je crois, plutôt d’une habitude scorbutique; il a quelquefois été sujet à des éruptions sur les bras et sur les cuisses, et à des affections rhumatismales. Je le visitai le lendemain matin , dans sa propre maison; il avait de la fièvre : il n’avait point rendu une goutte d’eau, mais il y avait eu , pendant la nuit, un grand suintement, teint de sang, qui avait mouillé et pénétré plusieurs linges. Comme il était au lit, je pus examiner le ventre ; je trouvai la région de la vessie pleine et tendue. Je le saignai. Le sang était inflammatoire et filant; il fut saigné deux fois davantage dans le cours de trois jours; la dureté et la grosseur du ventre , surtout vers le pubis, augmentèrent tous les jours, mais il n’y avait point de douleur ; il n’urina point, mais il eut un suintement si considérable, que je pensai que la vessie n’avait que peu ou plus de ton ; le médecin fut du même avis. Cet état , sans rendre de l’eau , dura jusqu’au i3 février. On pensait alors, d’après le toucher, que la vessie pouvait contenir du sang ou de l’urine ; le cathéter fut introduit, et il coula cinq à six pintes d’urine très-colorée, mais elle n’était point sanguinolente. Il est à remarquer que le

3°4 traitement des maladies malade n avait pas éprouvé de douleur avant 1 opération ; qu’il ne semblait pas souffrir de ne point uriner; et qu’après l’évacuation de l’urine par le cathéter, le ventre paraissait aussi plein et aussi dur qu’au paravant. Même depuis ce jour (le i5 février) , à ce moment on avait employé le cathéter le malin et le soir, et quelquefois, trois fois dans les vingt-quatre heures, excepte vers latin de mai, qu’on suspendit pendant une semaine, d’après Je conseil d un chirurgien recommandable du Pays> qui dit que nous aurions toujours une urine rouge, tant que nous emploierions le cathéter. Quelques semaines avant ce conseil, le malade avait recouvré le pouvoir d’uriner occasionnellement, mais non pas suffisamment, et l’on n’employa plus le cathéter que de temps en temps; mais lorsqu’on n’avait fait usage du cathétérisme de toute une semaine, après une petilepromenade d’un quart de mille, 1 urine sanglante reparaissait en plus grande quantité , et la puissance expulsive de la vessie diminuait; par conséquent, la sonde devenait encore nécessaire , et maintenant on l’introduit matin et soir , quoiqu’il soit capable de rendre quelque peu d’urine à divers intervalles. Je dois observer ici que de grandes quantités de mucus , amassées depuis le commencement de

UE I<A GLANDE PROSTATE. ao5

la maladie, ont coulé à travers le cathéter : à la fin de l’opération , précisément avant de tirer l’instrument, et pendant les trois derniers mois, ce mucus avait une apparence purulente, une odeur très-fétide, et se trouvait mêlé avec plus ou moins de sang.

ce Le patient est âgé de soixante-quinze ans : je le connais presque depuis cinquante ans. Il a chassé le renard toute sa vie, il s’adonnait à ce plaisir avec passion ; il montait à cheval et ne craignait point la fatigue , même dans le principe de sa maladie. Sa longue affection et la sujétion du repos, l’on réduit à un état de faiblesse et de maigreur; mais ses facultés ne sont point altérées, son pouls n’est point vite et il n’y a point absorption de matière. La maladie est reconnueparles médecins pour une paralysie de la vessie ; quant à moi , j’ai pensé que le manque d’action de la vessie était dû à l’induration et à l’épaississement de ses membranes, et qui étaient survenus sans qu’il put s’en douter , quelque temps avant l’apparition de l’hémorrhagie. On a essayé les frictions mercurielles , le bain chaud , l’électricité et les vésicatoires, ainsi que le quinquina et les autres toniques. Il y a, dans ce moment, beaucoup de dureté vers le pubis; mais que ce soit dans la vessie ou dans le tissu cellulaires

qui 1 entoure , c’est ce que je ne déciderai point »

Ce gentleman mourut environ sept ou huit mois après la rédaction de l’histoire de cette maladie.

SECTION II

Cas d’hémorrhagie provenant de la vessie , en opposition aux cas précédents .

QUATRIÈME OBSERVATION

John Burlon, âgé de soixante-cinq ans, peintre et vitrier, qui depuis pi us de seize ansavaitélé obligé de quitter son travail pour des tremblemens des extrémités, pouvait «à peine se promener ; il chancelait, et marchait courbé. Toutefois, dans cet état, il prenait un exercice modéré : il avait une envie donstante d’uriner, ce qu’il faisait toutes les demi -heures ; pendant que l’urine coulait, elle paraissait rouge de sang, et lorsqu’elle était reposée, toute la masse formait un seul et uniforme coagulum. Cette hématurie dura un mois, et disparut.

: Elle 11e s’accompagnait pas d’autre symptôme ; de telle sorte qu’il était assez difficile de remontera la cause. Après lacessation de ce flux, le malade ne rendit de l’eau qu’après six heures d’intervalle. Il dit qu’auparavant il avait eu de pareils accidens , mais non pas aussi graves ni d’une durée aussi longue. Au bout de trois

mois , il ressentit la même affection ; il rendait une urine sanglante presque goutte à goutte , avec une grande souffrance. Il était très-faible ; ses tremblemens nerveux devinrent plus violons, et il se vitdépérir graduellement sous les symptômes d’une fièvre lente- environ quinze jours après , il mourut.

A l’examen cadavérique, on trouva le rein droit plus gros qu’à l’ordinaire; il contenait, dans sa substance, deux vésicules de la grosseur d’une noix; elles renfermaient une substance gélatineuse d’une couleur foncée : le bassinet et l'uretère étaient unis. Le rein gauche l’était égalemen t.

La vessie urinaire contenait deux onces de eoagulum : sa membrane interne était très-vasculaire, et auprès de l’orilice de l’uretère droit, il y avait une excroissance fongueuse et fibreuse; les fibres étaient d’un rouge luisant.

Les symptômes étaient évidemment produits par les divers retours de l’inllammation de la vessie , qui rendaient celte excroissance fongueuse plus sujette a laisser couler du sang; et toutesles fois quecessymptômes reparaissaient, il y avait une hémorrhagie , bien distincte de celle qui a lieu dans la glande prostate , ou à sa surface.

SECTION III

Cas d' ulcération du lobe moyen.

CINQUIÈME OBSERVATION

A. B. , Agé de soixante-treize ans environ , éprouvait une sensation de pesanteur sur la partie inférieur de l’abdomen , et souvent de la difficulté de verser de l’eau ; il ne pouvait en rendre qu’en petite quantité à la fois : cet état dura deux ou trois mois, et finit par disparaître. En peu de mois, celte incommodité revint, et disparut de la même manière. Il en fut pris plusieurs fois ; mais la dernière attaque fut si violente qu’elle l’empêcha de vaquer à ses affaires habituelles. Elle commença sur le soir, avec une violenledouleurdans lesaines, etavec une grande difficultéd’uriner ; si l’émission s’effectuait, elle était douloureuse; il y avait aussi u ne forte don leur à l’extrémité du pénis, toutes les fois que l’envie de verser de l’eau se faisait senlir, et elle durait jusqu’à ce que l’eau eut cesséde couler : ce désir se renouvelait huit ou dix fuis dans une heure, et chaque fois il n’en passait que quelques gouttes.

Le 29 juillet, on introduisit dans la vessie

une sonde de gomme élastique sans stylet, et il en sortit trente-deux onces d’urine : huit heures après le cathéter fut réintroduit, il s’en éco u 1 a do u ze o n ces ; l’in s tr u rnen l f u t ma i n t e n u dans la vessie. Le 5 o, la nuit fut tolérable, mais l’instrument éveilla une souffrance considérable au col de la vessie.

Le oi, l’urine fut tirée deux fois dans le jour; la contraction des membranes de la vessie sur le cathéter, causèrent une vive douleur, en soustrayant l’urine : cette douleur durait une ou deux heures après. Les viscères intestinaux qui avaient été toujours libres, se serrèrent; on employa l’huile de ricin pour les relâcher.

Le ier août, la cathéter fut enlevé, parce qu’il incommodait, mais du reste, le malade était mieux; on fit couler l’urine le matin et le soir , et pendant la nuit on lui administra un lavement d’eau de son, avec trente gouttes de laudanum.

Le 2, l’urine fut puisée deux fois dans le jour; il en coula à chaque fois douze onces; une si petite quantité montre que la sécrétion avait diminué au-dessous de la quantité naturelle.

Le 5, on tira, le matin, seize onces d’urine , et le soir douze. La douleur occasionnée par la contraction de la vessie, était diminuée.; mais

il y avait de si grandes douleurs dans les aines, que les chairs en étaient rouges.

Le 4, le matin et le soir l’urine coula dans les mêmes proportions que la veille - le malade se plaignit d’une grande prostration de force : le pouls était vite , et la peau chaude et sèche.

Le 5, on tira dix -huit onces de liquide, dans la matinée; mais la difficulté d’introduire l’instrument fut si grande , qu’on ne pu lie faire passer. Le soir, on administra un sel purgatif, et le vin antimonial.

Le 6, après midi, à une heure, on introduisit le cathéter, et il coula vingt-huit onces d’urine; avant l’opération, il en avait coulé sept naturellement.

Le 7, il en rendit six onces naturellement; vingt-huit onces furent puisées.

Les 8, 9, io, l’instrument pénétra plus fa* cilement, et, passé matin et soir, il fil couler quarante onces d’urine par jour.

Le 1 1 , douze onces le matin, et vingt le soir furent puisées; mais l’instrument, alors, causa une douleur plus sensible.

Le 12, le cathéter ne put entrer sansstvlet; il coula dix-huitoncesd’urine, et l’instrument fut maintenu dans la vessie.

Le 1 3 , le cathéter ne causait pas beaucoup de douleur ; on le laissa dans la vessie.

Le 1 4 ? il se réveilla tant de douleur^ qu’il fallut l’oter.

Le 1 5 , on eut besoin du stylet pour faire pénétrer l’instrument ; quarante onces d’urine furent rendues , vingt-quatre le matin , et seize le soir.

Le 16, même quantité 5 depuis ce moment, le malade est devenu très-mal, et quoique l’urine fut puisée deux fois par jour, et que chaque fois il en coulât trente onces , il mourut le 20.

A l’examen du cadavre , les reins se trouvèrent également altérés. Les deux bassinets contenaient un fluide purulent; les uretères avaient quatre fois leur dimension naturelle; la membrane interne était très-enflammée; et les tuniques musculaires de la vessie étaient très-épaissies.

Les lobes latéraux de la glande prostate étaient engorgés et durs dans leur tissu; le moyen lobe oflrait peu de proéminence, mais la membrane qui le revêt était déchirée , abrasée par la pointe du cathéter, et la surface qu’avait parcourue l’instrument, se trouvait dans un état d’abrasion. On observait les

mêmes traces dans la vessie , et adhérons à sa surface, il y avait des filamens membraneux de lymphe coagulable, qui, dans peu de temps, se seraient encroûtés de matière calculeuse ; et descendus dans l’urine, ils auraient suffi pour y former une pierre.

TRAITEMENT DF .s MALADIES

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SECTION IY.

Cas d engorgement du lobe moyen , avec rétrécissement de l'urètre.

SIXIÈME OBSERVATION

A. B. , âgé de soixante-seize ans, se plaignait de rétrécissement de l’urètre, depuis sa jeunesse • à l’âge de soixante-cinq ans, il se confia aux soins d’un chirurgien, qui essaya, sans succès, d’introduire dans la vessie une bougie ordinaire; élan boutdequelquetenips, le malade vint s’adressera moi. Après plusieurs mois de persévérance, je parvins, avec une bougie armée du caustique, à traverser deux rétrécissemens, mais je ne pus passer une bougie dans la vessie, la glande prostate s’y opposant toujours. Cette circonstance et les symptômes persévérant, je pus, néanmoins, introduire un cathéter courbe de gomme élastique, sans stylet, et j’arrivai dans la vessie. Je fis sortir l’urine une fois en vingt-quatre heures; la quantité allait ordinairement à une pinte environ. Quelquefois la vessie devenait irritable à cause de lelatdes intestins, et alors le spasme s’emparait de l’urètre, dans l’endroit où avait existé le

rétrécissement , au point d’opposer de la résistance au passage de la sonde. Je ne pus jamais engager le malade à laisser l’instrument dans la vessie , ni le persuader qu’une augmentation graduelle dans la grosseur de la sonde, serait suivie des plus grands avantages et avancerait sa guérison. Toutes les fois qu’il se trouvait un peu bien, il était content, et ne voulait plus rien faire, jusqu’à ce que ses intestins irrités de nouveau , et portant le desordre dans ces parties, le fissent souffrir cruellement; alors il permettait qu’on laissât l’instrument pendant vingt-quatre heures , mais rarement plus long-temps. Cela dura ainsi pendant plusieurs années , toujours dans l’impossibilité de se passer du cathéter, et de l’employer assez pour donner à la vessie son état naturel. Ses infirmités, et la fâcheuse disposition de son caractère, augmentèrent avec les années ; mais toutes les fois que la sonde était employée , il y avait du soulagement. Au bout de quatre ans, j’enseignai à son valet de chambre à le sonder; ce qu’il fit jusqu à la mort du malade, qui arriva quatre ans après : il ne réussissait pas toujours , et alorson était obi igé d’envoyer chercher du secours. La vessie devenait plus irritable; la douleur s’exaspérait, ce qui fesail qu’il avait plus souvent recours au cathéter qu au-

TliAITEMENT DES MALADIES

para vaut. Dans les deux dernières années de sa vie, il est évident que son valet de chambre avait mis quelquefois de la violence, lorsque le spasme était résistant : car l’introduction de l’instrument, à cetteépoque, exigeait plus de ménagernens qu’auparavant , et le valet de chambre, par une pratique familière, pénétrait dans la vessie, lorsque je ne le pouvais pas; et quelquefois cette difficulté était si grande qu il était nécessaire de laisser la sonde dans la poche urinaire.

Sa mort ne parut point être la conséquence dii ecle de 1 état de 1 uretre et de la vessie , mais delà fièvre, occasionnée par l’état des intestins, quoiqu’il n’y eût point de doute qu’en raison de la longue durée de la maladie, l’abcès

situé au col de la vessie n’en fût la cause réelle.

En examinant les parties après la mort, on trouva les membranes de la vessie peu épaissies; les lobes latéraux de la prostate étaient très-engorgés et épaissis; ils formaient un sillon profond au vérumontanum ; c’est lui qui formait l’obstacle au passage de la bougie, et qui obligea d’avoir un cathéter très-courbe, pour pouvoir entrer dans la vessie : le moyen

lobe était justement assez proéminent pour agir comme une valvule. En ouvrant le canal de l’urètre, on vit qu’il avait été forcé préci-

sèment aux endroits où avaient été les rétrécissemens, et qu’une fausse roule avait élé ouverte derrière la membraneinterne, dans presque l’étendue d’un pouce; mais l'extrémité de l’instrument , à cause de sa grande circurvation , et de l’emploi qu’on en avait fait avec le stylet , avait creusé encore un faux passage dans l’urètre, un peu plus loin ; je ne doute pas que, la dernière année de la vie du malade , le cathéter n’ait toujours pris celle voie, et qu’elle ne dût déranger que faiblement les parties environnantes du canal.

L’urèlre, près du vérumontanum , avait matériellement souffert de la violence imprudente exercée pour introduire la sonde, l’inflammation s’était portée à la graisse et au tissu cellul aire, entre la vessie et le rectum , et là s’étaient formés deux petits abcès; j’ai déjà dit que la cause de la mort était dans la fièvre , et flans les au très symptômes dépendans de l’existence de ces abcès.

Il est digne de remarque, que, dans une maladie où les lobes latéraux et moyen étaient assez affectés pour exiger que l’urine fut évacuée pendant huit ans au moyen du cathétérisme, l’engorgement durant ce période n’ait pas acquis un plus grand développement ; cela tenait probablement au rétrécissement de

2l8 traitement des maladies

l’urèlre, et aux contractions spasmodiques auxquelles il était sujet, qui empêchaient une pression trop violente sur les parties projetées de la glande.

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SECTION Y

Cas d’engorgement du lobe moyen compliqué d’une pierre dans la vessie.

SEPTIÈME OBSERVATION

A. B., âgé de soixante-seize ans, en 1812, commença à éprouver de la difficulté à uriner. Dans l’été de i8i3, pendant un long voyage, il eut une rétention d’urine qui fut gucrie par l’introduction de la sonde. A son retour à Londres, il avait toujours delà difficulté à rendre ses urines, accompagnée d’une grande douleur. En 1 8 1 5 , ces symptômes augmentèrent considérablement, et de plus il se plaignit d’une douleur brûlante dans legland.il était devenu excessivement maigre , et avait presque perdu le sommeil. A cette époque j’introduisis une sonde de gomme élastique d’une certaine grosseur , dans la vessie, d’où il sortit une pinte et demie d’urine. La douleur qu’occasionna l’opération fut très -vive, et dura trois ou quatre heures ; pendant ce temps il se promena dans un état de grande souffrance , sans qu’il

eut envie d’uriner. Par la suite il put satisfaire ce besoin assez souvent, mais en petites quantités. Le cathéter était introduit environ une fois chaque deux jours , et la douleur, qui devint extrêmement violente , fut tempérée par l’usage des lavemens opiacés. Au bout de quinze jours, il urina avec plus de facilité, et la quantité de liquide qui fut retenue dans la vessie, et puisée par le cathéter, avait diminué, mais la douleur qu’il ressentait au col de la vessie était devenue plus fixe. Dans l’espace de trois semaines , l’urine laissée dans la vessie pour en être tirée au moyen de la sonde , n’excéda pas huit onces : la douleur du gland fut al ors constante et intense, au point de ne laisser repos ni jour ni nuit. Un soir il fut pris d’une rétention d’urine ; le cathéter fut introduit, et la vessie vidée; pour la première fois on sentit un calcul , qui fut regardé comme la cause de toutes les souffrances. Dans l’espace de deux ou trois jours, il se soumit à l’opération de la taille, comme le seul moyen de le délivrer de tout ce qu’il souffrait. Dans l’opération , on observa que l’introduction des tenettes avait causé une douleur plus forte que d’ordinaire. On sortit vingt calculs, d’une forme presque sphérique , et de la grosseur d’un pois.

Il était à remarquer qu’en ouvrant les tenettes, la plus grande quantité des calculs s’échappa en dehors. Celle circonstance fut si extraordinaire, que lorsque je les sentis tomber sur mon pied , je crus que quelqu’un des assistais avait laissé tomber quelque chose.

Après l’opération , il éprouva une douleur considérable, tomba dans un assoupissement dont il ne sortit pas , et mourut à onze heures.

En examinant le cadavre, on trouva sept calculs dans le rein droit, mais pas un dans la vessie.

Le moyen lobe de la prostate était très-engorgé; la membrane qui le recouvre était ulcérée dans toute sa surface, et la membrane interne de la vessie était , dans sa totalité , très- enflammée. Les lobes latéraux se déjetaient aussi dans la vessie, et étaient unis au moyen lobe , de telle sorte que les trois ensemble formaient une cloison demi-circulaire entre la vessie et l’urètre. Sur le côté du lobe droit, près de l’autre, il y avait une petite protubérance semblable à une excroissance. L’urètre, dans une de ses extrémités, était engorgée bien plus loin que je ne l’eusse vu jusqu’ici.

D’après ces apparences et la violence des symptômes , il faut croire que les pierres , avant

TRAITEMENT DES MALADIES le voyage ? étaient dans la vessie, mais que le mouvement les avait portées dans la portion prostatique de l’urètre, et que par l’action de l’une sur l’autre, elles avaient agrandi le canal au point où il fut trouvé.

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