‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 45 sur 58 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Cas d’irritation du vérumontanum entretenue par V affection des parties voisines.

L’irritation du vérumontanum est une maladie si cruelle, que quoiqu’elle ne soit pas accompagnée d’une grande altération des parties, elle est très-difficile à guérir : dans le premier volume , j’ai jugé à propos de la placer parmi les affections de la prostate, à cause delà liaison des symptômes, et de la difficulté qu’il y a souvent de distinguer une maladie de la glande de celle du vérumontanum. J’espère ajouter dans celui-ci quelque chose à ce que j’en ai dit ; je ferai mon possible pour jeter plus de jour sur ce sujet; je tâcherai de montrer que cette maladie est entretenue par des causes qu’on était éloigné de soupçonner, et que sur le nombre, il en est quelques-unes qu’on peut soustraire.

Les affections du col de la vessie se dissimulent quelquefois par l’écoulement d’un mucus, quoiqu’en général ce mucus ne vienne que du vérumontanum et du voisinage. Lorsqu’elles se comportent ainsi, l’envie fréquente

d’uriner est un symptôme concomillant tan} que le mal est intense; et c’est cette circonstance qui fait que l’affection est regardée par quelques médecins comme une maladie de la membrane interne de la vessie.

De semblables affections doivent aussi quelquefois dépendre de faction spasmodique du sphincter de la vessie ; il y a une grande douleur, et sous ce rapport , le chirurgien peut fort bien croire que ce muscle est le siège du mal, tandis qu’il rfest qu’un symptôme secondaire.

Ces erreurs, si on les commet, sont dangereuses, en ce qu’elles font adopter des procédés curatifs beaucoup trop violens pour abattre une irritation déjà établie.

Eclaircissons ce fait : supposé que le sphincter de la vessie soit dans un état de spasme occasionné par l’impression du froid , et que les parties voisines soient dans un état sain- si l’on introduit une, deux ou trois fois par jour, une sonde molle, on dissipera entièrement la maladie, parce qu’on distendra graduellement les fibres musculaires, et qu’on les délivrera de cet état de crampe où elles étaient tombées; mais si l’irritabilité est établie au vérumontanum , la même pratique aggravera souvent tous les symptômes , quoique dans

1 introduction de la sonde il y ait peu de douleur.

Que le spasme soit fixé au col de la vessie, ou à l’urètre, il est aisé de se méprendre sur le siège : 011 procurera presque toujours du soulagement, passager à la vérité, en introduisant une bougie molle, de manière à relâcher la contraction temporaire de l’urètre; mais il ne faudra pas tenter d’aller dans la vessie.

Le spasme du col de la vessie se distingue de celui de la vessie, en ce qu’il ya plus dedouleur dans l’expulsion des dernières gouttes d’urine; et lorsqu’on place une bougie ou un cathéter avec force, il y a une certaine disposition qui attire avec force l’instrument plus en dedans.

Lorsque , par suite d’une envie fréquente d’uriner, il est à croire que la maladie consiste dans la contraction de la vessie , le chirurgien dominé par celte idée, recommandera les injections d’eau chaude, afin d’élargir peu à peu la capacité de la vessie ; c’est une pratique qui peut meme réussir dans quelque cas, et quia pu être employée avec avantage toutes les lois qu’on voulait amener une pierre au col de l’organe, lorsqu’on 11c la sentait pas; dans toute autre circonstance, il y aurait à

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s’en méfier; mais dans cet état particulier de l’irritabilité des muscles, les suites d’une telle injection sont très-sérieuses; car si l’on vient à injecter au-delà de ce que peut contenir Ja vessie, le spasme augmente, les membranes de la vessie cèdent et se rompent. Il s’est présenté un cas de ce genre; la douleur devint subitement si intense , que le malade tomba en syncope , et les suites ont été telles qu’il en a souffert pendant plusieurs années, et n’en a jamais été bien remis.

Cet état d’irritation du vérumontanum peut être produit par une cause, et entretenu par une autre, comme les faits le prouvent; et dans les divers cas qui se sont, offerts à mon observation , les hémorroïdes souvent s’opposent à la guérison. Dans les deux cas suivans, on verra que la dissipation de cet accident emporta complètement l’irritation, et qu’elle ne reparut plus par la suite; si l’on y fait attention, on se convaincra que les hémorroïdes, cause très-commune de cette cruelle maladie, en entretiennent aussi les symptômes.

SECTION PREMIÈRE

Cas d irritation du verumontanum entretenu par les hémorroïdes .

DIX-NEUVIÈME OBSERVATION

A. R., âgéde trente ans, immédiatement après avoir été en rapport avec une femme, monta à cheval pour un voyage, et bientôt après il ressentit au col de la vessie une sensation pulsative, violente et très-exquise; ayant uriné, il mareha environ u ne heure, etcontinua sa route jusqu’à ce qu il eût besoin de verser encore de l’eau ; la sensation parut se porterau fondement. Au bout d’un mois, il y eut une évacuation muqueuse de la vessie. Les douleurs devinrent si intenses, qu’on lui passa une petite bougie qui fut maintenue quelque temps dans l’urètre. On en fit autant le jour suivant; le malade 11e sentit pas de picotement, mais les parties retombèrent dans l’état d’irritation. Les nerfs de cette partie de la prostate, par où passent les vaisseaux séminaux, furent dans unegrande agitation , et le picotement se fit sentir jusqu’à l’extrémité du pénis. Le malade attribuait l’évacuation de la mucosité sorliede la vessie, à la magnésie qu’il avait prise. Cette évacuation eut

lieu seulement Je malin en s’éveillant, au milieu de la plus grande souffrance. 11 prit, contre cet accident , une petite dose de baume de copaliu, et d’esprit de nitre dulcifié (acide nitriquealcoholisé), mais le mouvement pulsatif résista; il reparut après avoir versé de l’eau. C’était une sensation, mêlée de picotement et d’engourdissement, assez analogue au lourmillementd’un pied endormi. Un jour, elle fut très-peu sentie ; un autre , elle se porta à la vessie; elle était plus intense , et provoquait la fréquence du besoin d’uriner et le spasme; le jet d’urine en fut diminué, mais il n’y avait ni douleur, ni chaleur. Alors on recommanda les bains de mer; ils furent sans succès. On appliquadesvésicatoiresau périnée, aussi souvent que les parties purent les supporter, mais ils ne produisirent aucun résultat favorable. Avant l’emploi des vésicatoires , le malade avait ressenti un fréquent chatouillement à l’anus, avec des sensations incommodes et désagréables; mais depuis l’action vésicante, l’irritation augmenta, et produisit dans celte partie un sentiment de picotement, qui s’étendait quelquefois à l’urètre, et y suscitait des convulsions douloureuses, avec un grand spasme ou un tiraillement sur la partie vésicatoriée, d’où résultait des selles douloureuses : les nerfs des

200 TRAITEMENT DES MALADIES parties voisinesétaient très-affectés. On proposa à ce période de la maladie, l’application du sublimé corrosif à la partie antérieure de l’urètre, afin d’amener un écoulement, mais on ne réussit pas, et l’irritation qu’elle occasionna, augmenta tous les symptômes. On appliqua un peu de teinture d’eupliorbe sur le gland , qui l’enflamma légèrement , mais au même instant il donna presque les résultats des vésicatoires du périnée. A cette époque, la principale incommodité était une irritation de l’anus el du rectum, qui se faisait sentir principalement après avoir été à la selle , occasionnant une sortie de ces parties , devenues Je siège d’un sentiment de picotement intolérable. Dans cet état de souffrance, il était cruel pour le malade que l’opium lui fût contraire ; il l’excitait beaucoup; toutes les applications stimulantes l’avaient irrité, et n’avaient pu provoquer d’écoulement. 11 reconnaissait que le siège des sensations était difficile à déterminer, mais il pensait bien que, dans une épreuve aussi cruelle, il était le seul qui pût l’indiquer dans ce cas; il les sentait d’arrière en avant , entre l’urètre et l’anus, et quelquefois s’élançant vers le gland. Les symptômes d’irritation de l’anus augmentèrent tellement, que cette partie fut reconnue pour le siège du mal, et l’on se convainquit qu’iî

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n’y avait point de rétrécissement de l’urètre, par 1’inlroduclion facileque l’on fitd’une bougie assez grosse qui pénétra jusqu’au col de la vessie. Ce gentleman soutirait alors de celle cruelle affection depuis douze mois; éloigné de la ville, il me consultait par lettre. D’après les derniers détails , les symptômes étant devenus très-intenses vers l’anus, je lui témoignai le désir de le voir à Londres, afin de pouvoir 111’assurer de l’état du rectum, et que seulement alors je pouvais recommander un traitement nouveau. Il se rendit à la ville, et en l’examinant , je trouvai qu’il avait des hémorroïdes en grande quantité, qui, selon toute probabilité , avaient acquis beaucoup de développement par les efforts qu’il avait habitude de faire lorsque le col delà vessieétaitdans un violent étal d’irritation ; elles avaient aussi augmenté par l’usage des bains chauds de siège, qu’on avait fréquemment administrés au commencement de la maladie; et même depuis , la douleur devint si forte , que les hémorroïdes , qui, dans le principe, n’étaient que symptomatiques cl’une autre maladie , étaient alorsdevenues cause de symptômes ; je dis au malade, plein de confiance en moi , que s’il voulait que je lui enlevasse ses hémorroïdes, je diminuerais beaucoup ses souffrances , si même je 11’em-

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portais pas tout le mal. Il se soumit à cette opération qui, dans l’état d’irritation où il se trouvait, lut très-douloureuse. Mais après la guérison complète des parties , tous les symptômes qui l’avaient fait souffrir si atrocement pendant plus de douze mois, se dissipèrent entièrement.

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SECTION II

Irrita (ion du vèrumontanum , produite par! épaississement des tissus qui enveloppent les vaisseaux séminaux.

VINGTIÈME OBSERVATION

A. B., dont l’âge était inconnu, se plaignait d’une douleur qui se faisait sentir vers le col delà vessie ; elle se prologeait jusqu’au bout de la verge, et même dans le trajet de la vessie aux reins. Avec cela, les envies d’uriner étaient fréquenles. Ces symptômes se développèrent en très-peu de temps, eton lesapaisa plusou moins par des applications opiacées sur le gland , ou par des lavemens caïmans. Mais ces moyens ne procurèrent qu’un soulagement passager; et le malade mourut par suite de la douleur constante que produisaient ces symptômes.

En examinant les parties après la mort, on trouva que la prostate avait dégénéré à sa base en une tumeur dure, dans laquelle les vaisseaux séminaux étaient enveloppés; et le troisième lobe de la prostate, engorgé et déjelé dans la vessie, s’étendait plus en arrière que

2 ^4 TRAITEMENT DES MALADIES de coutume, en se portant sous la membrane de la vessie, entre les orifices des uretères ; si 1 on soulevait cette membrane, comme pour former une éminence , on voyait sur son sommet les uretères venir s’ouvrir transversalement, avec leurs tuniques déployées. Derrière cette éminence, il y availunecaviléqui paraissaitêtre la seule qui contenait l’urine. La membrane internede la vessie était très-enflammée, et couverte de flocons de lymphe coagulable ; l’inflammation s’étendait le long de la membrane interne de l’uretère dans l’étendue d’un pouce environ.

D’après ces résultats anatomico- pathologiques, on vit évidemment qu’une série de symptômes appartenaient à l’uretère et à la vessie, et qu’une autre dépendait des vaisseaux séminaux ressemblant exactement à l’irritation de la portion prostatique de l’urètre.

SECTION III

Irritation du vérumontanum liée a V engorgement de la glande prostate.

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