CHAPITRE III
Étiologie des hémorrhagies en général.
Art. I. Des causes prédisposantes et occasionnelles des hémorrhagies.
79. Les causes prédisposantes et occasionnelles des hémorrhagies se trouvent dans les agents extérieurs auxquels nous sommes soumis , ou résultent de l’accomplissement des fonctions de relation, ou bien ces causes consistent dans des conditions physiologiques ou pathologiques propres à l’organisme. Les unes et les autres ne produisent souvent que l’un des éléments qui concourent à constituer les
EN GÉNÉRAL
hémorrhagies. Selon que cef élément morbide est ou non immédiatement suivi de l’adjonction des autres éléments morbides , qui sont nécessaires pour qu’il y ait réellement hémorrhagie (56), la cause est déterminante ou seulement prédisposante.
80. L’habitude d’une nourriture très-substantielle et sti- Causes qui ti-
rent leur origine
mutante, l’usage ordinaire des liqueurs excitantes , sont des les causes les plus immédiates de la pléthore sanguine. La pléthore est à son tour l’état de prédisposition le plus direct aux hémorrhagies. Il suffit , lorsqu’elle existe , de l’action d’une cause excitante légère sur un organe pour que l’hyperaimie s’y produise, et pour qu’il s’établisse une extravasation sanguine.
L’action stimulante des boissons chaudes , telles que le thé et le café , prises habituellement , a été considérée par Zimmermann comme la cause des hémorrhagies chez les personnes oisives et qui mènent une vie efféminée.
L’ingestion de certaines substances qui ont une action stimulante spéciale sur des organes est pour ces organes ' une cause d’hyperaimie, et, par suite , une cause d’hémorrhagie. Telles sont les boissons excitantes emménagogues pour la production des congestions sanguines et des hémorrhagies utérines ^ tels sont les drastiques qui agissent sur le gros intestin pour déterminer les hyperaimies et les flux de sang hémorrhoïdaux.
L’ingestion continuée pendant quelque temps de substances excitantes du système circulatoire et peut-être des
organes de l’hématose , telles que les préparations de fer , est une cause immédiate de pléthore sanguine et, par suite, d’hyperaimie et d’hémorrhagie dans les organes qui se trouvent prédisposés à contracter cet état.
8 1 . Ces causes , qui se rapportent toutes aux ingesta^ sont le plus fréquemment prédisposantes; elles ne deviennent occasionnelles que lorsqu’elles sont assez long-temps continuées , ou lorsqu’elles trouvent déjà une prédisposition
5s ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
marquée aux hyperaimics et aux extravasations sanguines.
Causes qui pro- 82, L’habitation dans des lieux élevés et secs, l’action
viennent des CVr- . . • i i
cumfusa. continuc d une vive chaleur, soit atmosphérique, soit communiquée à l’air de l’habitation, sont des causés procatarc- ^ tiques qui rendent la pléthore sanguine , les hyperaimies
et les extravasations de sang très-communes chez ceux qui y sont continuellement soumis.
Les habitants des pays chauds sont beaucoup plus expo-* sés aux hémorrhagies que ceux des autres climats. L’in-
fluence de ces pays sur la production des hémorrhagies se montre par l’abondance habituelle des menstrues des femmes qui les habitent L Dans nos climats tempérés, on n’observe les hémorrhagies abondantes sur un assez grand nombre d’individus pour y reconnaître l’effet d’une cause générale, que dans les grandes chaleurs de l’été. Bontius a représenté les hémoptysies comme étant très-communes parmi les habitants de l’Inde.
83. L’action subite des causes qui nous occupent sur les personnes qui n’y sont point habituées n’est plus seulement prédisposante •, elle agit comme déterminante dans un grand nombre de cas. Ainsi, Blumenbach affirme que le plus grand nombre des femmes qu’on transporte d’Europe en Guinée , y périssent par des hémorrhagies survenant par l’utérus ou par d’autres voies
84. Les grands et subits changements météorologiques qui font varier la pesanteur de l’air et son action électrique, déterminent des hémorrhagies chez un grand nombre de personnes; c’est àcetté cause qu’il faut attribuer les hyperaimies et les hémorrhagies qui s’observent en plus grand nombre dans les orages, durant les tempêtes, dans les temps variables et venteux des équinoxes et des solstices. L’action puissante de cette cause des hémorrhagies se comprend trèsfacilement quand on réfléchit avec Mead à l’influence im-
^ Haller, Elcm, physîo, , lib. XXVI II , sect, m, $ 4.
^ De genei\ hum, variet, p. 129.
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médiate nécessaire de la pesanteur de l’air sur la circulation. Pitcairn a observé sur lui-même un exemple de. l’elFet de la diminution subite de la pesanteur de l’air dans la production des hémorrhagies. Il était à la campagne, prèsd’Édimbourg, au mois de Février 1687 , à neuf heures du matin , lorsqu’il fut pris subitement d’une épistaxis précédée par un sentiment général de brisement des forces. Il apprit le lendemain qu’à cette heure le baromètre s’était subitement abaissé beaucoup au-dessous du point où il était jamais descendu. Au même instant, dit Mead, qui rapporte ce fait, Cockburn , professeur de philosophie , périssait subitement d’hémoptysie , et cinq à six autres personnes des malades du docteur Grégory étaient prises d’hémorrhagies
85. L’influence d’une atmosphère très-froide devient souvent une cause déterminante d’hémorrhagie, probablement en suspendant l’exhalation cutanée et pulmonaire et en gênant la circulation par la répulsion du sang des capillaires extérieurs dans les vaisseaux profonds. Ainsi, dans la désastreuse campagne de Russie, en 1812, nos soldats étaient frappes par des hémorrhagies qui survenaient par le nez , par la bouche et sur différentes parties du corps
86. C est sans doute aussi par une cause qui peut être rapportée aux circumfusa, mais qui, comme toutes les causes epidemiques, ne peut être connue dans son essence, que s expliquent les hémorrhagies épidémiques dont l’on cl observe des exemples et qui régnent dans des contrées entières (104).
07. La raréfaction de l’air sur les très-hautes montagnes se rapproche , quant à sa manière d’agir dans la production des hémorrhagies , de Faction des orages , où l’électricité de l’atmosphère diminue le poids de la colonne d’air qui
lufluencc of and iiiooii upou liiiMun bodics ^ iu ïuediccil works of Richard MetuL Dublio, 1767, p. 167.
KiridîoR, Observ, mcd, , Miieslriclil , 181o, p. 56,
ÉTIOLOGIE DE$ HÉMORRHAGIES
presse nos organes. Cette cause peut être localisée ; elle est alors toute-puissante pour produire la congestion sanguine et les hémorrhagies. On le voit par l’application des ventouses au moyen du vide sur certaines parties du corps. Dans ces cas, l’hyperaimie est le premier élément de la maladie.
Causes qui pro- gg. Lcs violcnccs mécanioues exercées sur des organes
Tiennent des ^ i f
pUcatu, pourvus de vaisseaux nombreux et très-développes ^ déter-
minent facilement une hémorrhagie dans laquelle il n’est pas certain que la violence mécanique ait produit la rupture des vaisseaux. L’irritation produite par ces causes immédiatement ou médiat ement^ etpeut-etre par la sortie du sang elle-même , fait naître la congestion sanguine hémorrhagique. Cette hyperaimie ^ pour etre secondaire dans ces cas^ n’en entretient pas moins la maladie. On trouve des exemples d’hémorrhagies ainsi produites dans les épistaxis causées par des coups sur le nez ^ dans les hémoptysies qui succèdent à des contusions ou a des ébranlements très-forts des parois du thorax , dans les metrorrhagies produites par des coups sur le ventre ^ des chutes sur les genoux J etc.
Il faut considérer aussi comme dépendant de la cause qui nous occupe , les hyperaimies et les hémorrhagies qui surviennent sur des organes que l’on irrite par des epispastiqueSj ou qui reçoivent le sang par des vaisseaux qui naissent de branches artérielles communes à eux ^ et a des organes qui sont le siège de ces irritations topiques. C est ainsi que l’application des sinapismes et des vésicatoires sur les extrémités abdominales produit des congestions et des hémorrhagies utérines et hémorrhoïdales.
89. L’application immédiate des topiques excitants et tout à la fois émollients et relâchants sur des organes , peut faire naître en eux une hémorrhagie, en produisant une hyperaimie sur ces organes , et en favorisant en même temps l’issue du sang par les bouches exhalantes. Ainsi, les douches
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de vapeurs aqueuses et les cataplasmes émollients chauds favorisent l’issue du sang dans les hyperaimiès de la muqueuse des fosses nasales , de l’utérus , etc. Les topiques irritants et astringents auraient un eftbt opposé-, ainsi, l’inspiration de l’eau très-chaude produit ou favorise une épistaxis, l’inspiration du tabac en poudre la supprime. Timoni, qui avait exercé la médecine à Constantinople, a rapporté que les femmes turques éprouvent quelquefois dans les bains de vapeurs chaudes, dont elles abusent souvent, des hémorrhagies par les yeux, parle nez, parla bouche et par l’utérus. L’abus des injections émollientes est une cause d’hémorrhagies utérines chez les femmes.
90. Les compressions exercées à dessein ou accidentellement sur des parties étendues du corps sont des causes d’hyperaimies ou d’hémorrhagies, par la surabondance relative du sang dans les vaisseaux de certains organes, par suite de l’obstacle à son passage qui résulte de la compression sur des parties qui reçoivent leurs vaisseaux de branches ou de troncs vasculaires communs. Ainsi l’on voit des hémorrhagies survenant dans les poumons par ,1a compression accidentelle des parois du thorax, etc.
Van-Swieten a vu des épistaxis opiniâtres, produites par l’usage des cravates trop serrées K L’action des ligatures sur la circulation qui rend raison de cet accident peut être aussi mise à profit pour enrayer la production des hémorrha gies(i7o).
91. Les mouvements qui occasionnent des eflbrts prolongés et considérables , ceux qui nécessitent un ébranlement violent de tout le corps , deviennent des causes d’hyperaimies et d’hémorrhagies, en forçant le sang de refluer sur des organes profonds, ou en gênant la circulation. C’est ainsi qu’on voit survenir l’épistaxis , l’hémorrhagie cérébrale , après des efforts violents ^ c’est de la même manière que les secousses continues qu’occasionne l’exer-
* Comment, in Bocrk, aph, , § 1050.
ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
cice du cheval produisent des hémoptysies , des métrorrhagies , des hématuries et des hémorrhoïdes. Pour la production des hémorrhagies qui se font par les organes déclives, ces causes sont d’autant plus efficaces qu’elles gênent la circulation veineuse qui rapporte le sang vers le cœur contre sa propre pesanteur.
92. Si r exercice violent de l’appareil muBculaire peut provoquer des hémorrhagies ^ il est certain que l’habitude d’un exercice modéré de cet appareil est éminemment
Causes qui se déduisent des Excréta .
propre à s’opposer à l’établissement de la pléthore sanguine 9 de même que le repos habituel et continu de cet appareil est très-propre à favoriser l’établissement de cet état morbide, et à préparer ainsi les hémorrhagies chez tous ceux qui suivent d’ailleurs un régime alimentaire propre à augmenter la masse du sang (80).
g3 . L’action sécrétoire des organes est toujours liée , dans l’état physiologique , à un certain degré d’hyperaimie ou de fluxion, dont la partie qui accomplit cette fonction est le siège. Si la sécrétion ou l’excrétion est rendue excessive , ou trop long-temps continuée , elle détermine l’issue du sang. C’est ainsi que la titillation trop prolongée des mamelles des nourrices fait quelquefois succéder à l’excrétion du lait l’excrétion du sang pur. Ainsi, l’abus des plaisirs vénériens produit quelquefois des métrorrhagies chez les femmes, et détermine , en quelques cas , chez les hommes , comme l’avaient déjà observé Hippocrate et Aristote^ l’éjaculation du sang , au lieu du sperme. Borel rapporte qu’il fut consulté par une femme qui éprouvait , chaque fois qu’elle se livrait à l’acte vénérien , une hémorrhagie du vagin La cause immédiate de la fluxion hémorrhagique et de l’hémorrhagie , dans ces cas , est la cause excitante qui détermine ou augmente la sécrétion à l’état normal.