L’excrétion sanguine menstruelle est une sécrétion
‘ De générât^ animaU, lib. I , cap. xix.
Hisf, et ObSt rario, medic, , cent, iv, obs, 17,
EN GÉNÉRAL
naturelle dont les dérangements constituent une cause fréquente d’hémorrhagie ; l’habitude des pertes de sang qui résuite de cette fonction est pour les femmes la cause de cette aptitude à être affectées d’héiûorrhagies qu’elles présentent à un plus haut degré que les hommes. La réparation nécessaire des pertes fréquentes de sang qu’elle nécessite, et l’habitude de cette réparation contractée par l’organisme, assimile les femmes aux sujets qui ont l’habitude des saignées , chez lesquels la pléthore se- produit si facilement par l’omission des pertes de sang, et chez lesquels les hyperaimies locales et les hémorrhagies consécutives viennent si facilement suppléer à ces hémorrhagies , quand elles ne se manifestent pas. C’est ainsi que surviennent si fréquemment , chez les femmes , les hémorrhagies par déviation du flux menstruel.
g5. Les excrétions abondantes, habituelles chez beaucoup de personnes, sont souvent, quand elles se susr pendent, ou même quand elles diminuent, la cause déterminante des hémorrhagies. Ainsi nous avons vu des épistaxis succéder à des suppressions subites et accidentelles de l’excrétion cutanée. Nous avons observé, sur un individu âgé de quarante-trois ans , une hémorrhagie hémorrhoïdale alternant depuis deux ans avec une sueur chronique des aisselles.
96. Les commotions morales , les chagrins, les violentes Causes qui
1 r . , , 19 r proviennent des
et prolongées contentions d esprit , sont des causes d he- Animi pathemata . morrhagies très-fréquemment observées. Il serait facile de multiplier des (exemples de congestions et d’hémorrhagies cérébrales , d’épistaxis , d’hémoptysies et de congestions pulmonaires , de flux hémorrhoïdaux et métrorrhagiques, produits rapidement par des accès de colère , par la terreur, par des chagrins, etc. Haller attribue à la terreur et à la colère la production d’ecchymoses , de taches sanguines sous-cutanées et même de sueurs de sang actives
‘ Eleyn, pfiysio. , lib. XVlî , SGCL n , 6.
Des diverses conditions physiologiques qui deviennent causes des hémorrhagies.
Des sexes considérés comme causes des hémorrhagies.
58 ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
97. Les conditions physiologiques qui contribuent à produire les hémorrhagies sont relatives au sexe , à l’âge des individus , à leur tempérament et à l’accomplissement de certaines fonctions.
98. Les femmes sont plus exposées aux hémorrhagies que les sujets de l’autre sexe ; on trouve plus fréquemment chez elles que chez les hommes toutes les conditions physiologiques qui peuvent contribuer à la production de ces maladies. Indépendamment de ces circonstances , l’habitude des congestions et des hémorrhagies , dont les fonctions utérines sont le siège ^ rend les femmes très-disposées aux pertes de sang et aux congestions sanguines (94)* Tous les dérangements des fonctions menstruelles sont suivis, dans un grand nombre de cas ^ de congestions sanguines et d’hémorrhagies qui se font sur divers organes. Indépendamment même de ces dérangements et des déviations qui en sont la suite , il est évident que les femmes doivent à l’activité de la circulation capillaire qui paraît plus grande chez elles 5 à la facilité avec laquelle la moindre stimulation surexcite leur appareil de la circulation , une aptitude plus grande aux congestions sanguines , et , par suite , aùx hémorrhagies.
99. La plus grande aptitude aux hémorrhagies se montre, chez les femmes, quelquefois dès l’âge le plus tendre et par divers organes. Duverney commùniqua, en 1708, à l’Académie des sciences, l’histoire d’une fille de huit jours qui était réglée. Helwig a vu une petite fille qui eut , depuis l’âge de sept ans jusqu’à treize , une hémorrhagie par les yeux, qui ne cessa que par l’établissement des menstrues L Nous avons vu une jeune fille , d’une très-forte constitution, qui eut, depuis l’âge de huit ans jusqu’à douze, une hémorrhagie nasale souvent très-considérable , qui se reproduisait à des intervalles irréguliers , toutes les cinq à
f Fasckii, varia, cas, ci obs, ; Obs, 40.
EN GÉNÉRAL
six semaines. Cette hémorrhagie s’accompagnait constamment de l’élévation du pouls ^ de palpitations ^ de pesanteur
et de chaleur à la tête, d’un état d’assoupissement. Ce n’était qu’après deux ou trois jours de cet état que l’hémorrhagie paraissait.
100. L’aptitude aux hémorrhagies paraît encore plus prononcée chez les femmes après la puberté jusqu’à l’âge critique , même en ne tenant pas compte de l’hémorrhagie menstruelle. Cependant, cette dernière hémorrhagie est évidemment celle qui devient dominante •, comme ses manifestations et ses interruptions sont fréquemment en rapport avec les hémorrhagies qui peuvent survenir sur d’autres organes, on est en droit dépenser qu’elle concourt beaucoup à les produire.
101. Les hémorrhagies ne cessent pas d’être fréquentes chez les femmes après l’âge critique. La révolution qui s’accomplit à cet âge se manifeste même très- fréquemment par un état pléthorique, par des hyperaimies et des hémorrhagies considérables ; c’est la maladie la plus commune de l’âge critique. Après cet âge, les^émorrhagies ne cessent pas d’être plus communes chez les femmes que chez les hommes *, elles sont cependant moins fréquentes surtout qu’à l’âge critique. Des hémorrhagies nasales très-considérables, des flux hémorrhoïdaux abondants, quelquefois des métrorrhagies survenant irrégulièrement et à intervalles éloignés, des hématuries, sont les hémorrhagies le plus habituellement observées chez les femmes à cet âge de la vie. Les auteurs qui ont considéré les hommes comme plus exposés que les femmes aux hémorrhoïdes et aux hématuries , surtout dans l’âge avancé de la vie , nous semblent n’avoir pas appuyé cette assertion d’observations concluantes.
102. L’aptitude plus grande que les femmes ont aux hémorrhagies , pendant la presque totalité de leur vie , est une cause prédisposante qui les rend également plus su-
ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
jettes à la pléthore et aux hyperaimies. Cette aptitude les fait supporter mieux que les hommes les émissions sanguines, et indique d’insister dans leurs maladies avec moins de réserve sur ce moyen thérapeutique.
De ràgc con- io3. Ou observe des hémorrhagies à tous les âges de la
sidéré comme , i •! i a
cause des hé- Vie ; Cependant il est des âges auxquels elles se montrent
ndorrliâ ^'^ics
’ en plus grand nombre. Il faut bien admettre que la condition physiologique des individus est alors une cause de ces maladies.
Les nouveaux nés sont sujets aux hémorrhagies gastrointestinales. Cette prédisposition résulte évidemment^ chez eux J du développement très-considérable du réseau vasculaire à sang rouge de la muqueuse des organes digestifs.
Le moment de la puberté ^ Fâge auquel Faccroissement est terminé à la fin de Fadolescence , et la fin de Fâge mûr^ sont les trois périodes de la vie auxquelles les hémorrhagies sont les plus ordinaires. Dans un grand nombre de sujets 5 les accidents ne dépassent point ceux de la pléthore sanguine chez beaucoup il se produit des hyperaimies sans hémorrhagies ; enfin , chez ceux qui sont le plus fortement prédisposés , on observe à la fois la pléthore , les hyperaimies et les hémorrhagies.
104. Les divers âges semblent exercer une influence prédisposante 5 et souvent même déterminante , sur le siège des hyperaimies et des hémorrhagies : chez les nouveaux nés J c’est sur les voies digestives; chez les enfants et les adolescents ^ les congestions sanguines sur les sinus frontaux et ethmoïdaux ^ et les hémorrhagies nasales sont fréquentes*. Les adultes sont plus sujets aux congestions et aux hémorrhagies pulmonaires et intestinales. Dès cet âge aussi la pléthore devient commune ; elle Fest encore plus dans Fâge moyen de la vie : c’est alors vers le colon et le rectum que les hyperaimies et les hémorrhagies ont leur siège. Bientôt l’encéphale est l’organe le plus exposé à devenir le siège de ces états morbides. Dans la vieillesse, cette
EN GÉNÉRAL
disposition persiste et se joint à Taptitude aux hémorrhagies des voies urinaires. L’influence de Fâge des malades sur le siège des hémorrhagies fut très-manifeste à Breslau, en 169g, dans une constitution épidémique, dans laquelle les hémorrhagies furent très-nombreuses : chez les enfants , c étaient des épistaxis 5 les jeunes gens avaient des hémoptysies, et la maladie, chez les gens âgés, se manifestait par les hémorrhagies vers les vaisseaux hémorrhoïdaux, l’utérus et les reins ^ . Stahl disait donc avec raison que les progrès de l’âge changent la voie d’expulsion du sang chez ceux qui sont sujets aux pertes de sang. Aux épistaxis succèdent les hémoptysies, qui sont elles-mêmes remplacées par les hémorrhoïdes.
105. Les auteurs ont tous assigné, comme disposant spé- Des tempéracialement à'ia pléthore, aux hypéraimies et aux extravasa- rés comme cautions sanguines , le tempérament sanguin. Cette expression rSgfe?.
n est pas assez précisé : le tempérament qui prédispose lejplus a ces accidents est surtout celui que les auteurs ont nommé tempérament sanguin lymphatique , qui se caractérise par un grand développement de l’appareil circulatoire, joint a un certain embonpoint et à de la laxité du tissu cellulaire et de la peau et a une grande perméabilité de cet organe.
Ce tempérament est plus commun chez les femmes que chez les hommes; il est toujours joint à une assez grande susceptibilité nerveuse, qui augmente toujours l’activité des diflélents agents qui deviennent ainsi aisément les causes occasionnelles des hyperaimies et des hémorrhagies.
106. L accomplissement de certaines fonctions peut favo- dc l’accompiisliseï et même déterminer la production des hémorrhagies. l^inerVonctimîs
Les congestions et les hémorrhagies se produisent natu- me cardes rellement et comme phénomènes physiologiques dans les fonctions de la menstruation et de la parturition ; elles deviennent causes de maladies, lorsqu’elles se suppriment; elles entraînent souvent alors la formation d’hyperaimies et ^ Hist^ morb» wratislav.
ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
De l’hérédité considérée comme cause d’hémorrhagie.
d’hémorrhagies d’autres organes , plus ou moins éloignés, ou l’établissement d’un état de pléthore général. Ces phénomènes physiologiques deviennent aussi maladies par la trop grande intensité qu’ils peuvent acquérir. Ainsi, deux fonctions de l’accomplissement desquelles les hyperaimies et les hémorrhagies sont inséparables, la menstruation et la parturition, sont toujours causes prédisposantes de ces phénomènes devenus morbides par leur exagération ou leur irrégularité. La gestation est une cause prédisposante d’hyperaimie et d’hémorrhagie, probablement à cause de la suppression des pertes de sang habituelles qu’elle détermine; elle le devient aussi par la gêne mécanique que l’utérus développé et rempli du produit de la conception apporte à la circulation.
107. Toutes les fonctions qui réagissent vivement sur l’appareil circulatoire deviennent facilement des causes déterminantes d’hyperaimie ou d’hémorrhagie chez les sujets qui y sont d’ailleurs prédisposés. Le siège de ces maladies est ordinairement aussi déterminé par la prédisposition. Ainsi, les violents efforts musculaires , les digestions difficiles , le travail de l’accouchement , l’exercice du coït , sont des causes immédiates de congestions et d’extravasations sanguines chez les sujets pléthoriques , et surtout chez ceux qui ont des dispositions aux fluxions sur des organes déterminés. Le repos aussi complet que possible des organes est la condition la plus favorable pour prévenir ou pour faire disparaître ces maladies.
108. Le sommeil est une cause adjuvante incontestable des hémorrhagies : on n’en saurait douter quand on remarque que le plus grand nombre des hémorrhagies , sur les sujets d’ailleurs prédisposés, s’accomplissent le plus ordinairement pendant le sommeil.
109. L’hérédité est , sans aucun doute, une cause d’hémorrhagies ; on peut l’affirmer quand on voit des familles entières aflèctées , dans tous leurs membres et dans plu-
EN GÉNÉRAL
sieurs générations, par des hémorrhagies, occupant tantôt les mêmes organes , taittôt des organes différents. Nous connaissons des familles dont tous les membres sont hémorrhoidaires*, nous en connaissons une qui compte deux générations de malades affectés d’hémorrhagie de l’estomac.
110. Les conditions physiologiques que nous venons d’indiquer successivement et qui concourent à la production des maladies qui nous occupent, agissent principalement comme causes prédisposantes de ces affections; les trois dernières seules sont le plus ordinairement des causes occasionnelles, dont l’effet efficace suppose cependant toujours une prédisposition.
111. Les conditions pathologiques qui deviennent causes prédisposantes ou occasionnelles des hémorrhagies sont des états morbides de même ordre que les hémorrhagies elles-mêmes, c’est-à-dire des dispositions inhérentes à l’organisme dont la manifestation de cns maladies est en même temps l’effet et l’indice ", enfin , ce sont des maladies dont les hémorrhagies sont l’effet accidentel.
Des conditions pathologiques considérées comme causes des hémorrhagies.
112. Parmi les états morbides de même ordre que les hémorrhagies elles-mêmes et par lesquels ces maladies sont produites , se trouve d’abord la pléthore. Cette condition pathologique qui existe à des degrés variables dans presque toutes les hémorrhagies , ne subsiste pas long-temps dans l’économie, sans que l’on voie survenir des hyperaimies locales, souvent suivies de l’extravasation du sang (24)5 c’est surtout sous ce point de vue que les éléments constituants de l’hémorrhagie sont eux-mêmes cause de la maladie. Ainsi, une hyperaimie locale, par quelque cause qu’elle soit produite, est une cause d’hémorrhagie (33), non seulement siar l’organe où elle a son siège, mais même sur des organes qui se trouvent avoir avec le premier des connexions physiologiques ou anatomiques (40). Ainsi, une congestion sanguine sur la pituitaire détermine une épistaxis. Une congestion sanguine sur le foie amène des hémorrhoïdes , à
64 ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
cause de la connexion établie physiologiquement entre les divers départements de la veine-porte ^ et aussi parce que l’obstacle à la circulation dans cette veine est nécessairement suivi d’une hyperaimie dans les intestins , d’où elle soustrait incessamment le sang.
Habitude des hé- 1 13. L’habitude deshémorrhagies est aussi elle-même une
morrhagies con- . iJ'/£r i r
sidérée comme cause puissante de ces maladies (07^ 94;. Que ceshemor-
cause de ces ma- . . , • ^
ladies. rhagies surviennent spontanément ou soient le produit de
l’art J l’économie s’habitue à pourvoir aux pertes de sang et à les réparer. Si, par une cause quelconque, elles n’arrivent pas , la pléthore , des hyperaimies locales , en sont le résultat, et entraînent d^s hémorrhagies. C’est ainsi que l’habitude des saignées devient, comme l’avait déjà observé ‘Boerhaave ^ , une cause dp la pléthore sanguine et des hémorrhagies consécutives.
114. La suppression d’une hémorrhagie chronique ou d’une hémorrhagie qui se reproduit souvent, est encore une cause d’hémorrhagies*, il suffit que, par une prédisposition anterieure , ou que , par 1 ettet d une cause accessoire , un organe se trouve dans les conditions favorables pour devenir le siège d’une hyperaimie , pour que cet organe soit affecté par déviation sur lui du molimen hémorrhagique , dont les effets ont été arrêtés sur l’organe qu’il affectait auparavant.
De la diatèse ii5. La pléthore sanguine,* les hyperaimies consécutives qui se reproduisent après des hémorrhagies et finissent , par leur renouvellement, par constituer une habitude de ces maladies , sont des phénomènes morbides qui sont assez facilement compris. Il n’en est pas de même d’une disposition interne qui ne se caractérise par aucun phénomène appréciable , mais qui se décèle par ses effets qui sont de faire naître et de reproduire les hyperaimies et les hémorrhagies. Cette disposition ou diatèse hémorrha-
hémorrhagique.
^ Van^Swielen, Comment, in Boerli, aph, , Ap. 106, § 8.
en général. gj
gique (58) est incontestable chez certains individus, et peut— etre meme dans certaines familles ^ elle l'eproduit les hémorrhagies sur un organe , ou successivement sur plusieurs, malgré l’épuisement qui en résulte pour le malade. Parmi les faits nombreux qui ont été publiéà comme
exemples de cette disposition , le suivant est des plus remarquables.
« Isabelle Robertsonfit, à l’âge de quinze ans, une chute sur l’épaule gauche pendant que ses règles coulaient pour la troisième fois-, ses règles cessèrent immédiatement, et elle vomit peu après une grande quantité de sang. Le vomissement de sang se renouvela pendant deux- années; il revenait quatre, cinq, six, sept fois par jour; quelquefois le sang sortait par la bouche , par le nez et par les oreilles. De quatre en quatre jours, la malade avait pendant la nuit quelque apparence de mens trues. Pendant les quatre années suivantes, l’hémorrhagie continua par la bouche, par le nez, par les oreilles, par les yeux et par l’utérus, presque sans intervalles; il s’écoulait quelquefois sept et même onze semaines sans qu’il parût de sang par l’utérus. Dans la sixième année, on arrêta l’hémorrhagie par des ventouses au dos , durant sept semaines ; mais il en résulta de vives douleurs dans le sein et une tuméfaction de cet organe, qui fut combattue par des scarifications au-dessous du cartilage xiplloïde. Dans la huitième année de la maladie , il y eut une suppression d’urine qui dura huit ou dix jours, et qui se termina par l’expulsion d’un liquide qui ressemblait plus à du sang qu’à de l’urine. Dans la douzième année de la maladie , les hémorrhagies furent moins fréquentes; elles revenaient quelquefois tous les quinze à vingt jours , ou au plus deux fois par semaine. La malade resta encore en cet état pendant sept ans ; dans les deux dernières années, le sang ne sortait pas seulement par le nez, par la bouche, par les oreilles, par les yeux et par les selles, mais il s’échappait aussi par le sein et
ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
par les racines des ongles ^ tant des doigts que des orteils. Cette fille ne s’est jamais aperçue qu’aucun changement dans son régime eût modifié son état de maladie. Elle ne ressentait que très-peu et même point de douleur avant le retour des hémorrhagies ^ qui étaient annoncées par un engourdissement à l’extrémité des doigts et des orteils, et par une dureté de Fouie. A la suite de chaque hémorrhagie, elle était faible et indisposée pendant quelques, jours. » Cette fille avait quarante - quatre ans, quand Patrick Murray rapportait cette observation. <( Pendant les vingt premières années de sa maladie , elle pouvait, dans les intervalles des accidents, se promener-, mais ensuite elle fut obligée de rester habituelleinent couchée^ elle était fort pâle , faible et languissante. La saignée faite à la quantité de quatorze onces, immédiatement avant l’hémorrhagie, ne l’a jamais prévenue ; celle-ci était cependant moins considérable quand on saignait la malade pendant sa durée-, aussi la malade s’y soumettait-elle depuis près de vingt-neuf ans K »
Il est rare d’observer la disposition hémorrhagique au degré où elle existait chez cette femme -, mais il n’est pas rare de voir, à certaines époques de la vie, se manifester des hyperaimies locales et des hémorrhagies qui se succèdent sans cause évidente , sur le même organe ou sur difiérents organes , comme cela arrivait chez ce jeune homme cité par Stahl, qui avait plusieurs fois par an , sans aucun efibrt général sensible , tantôt un saignement de nez, tantôt une sueur de sang par les jambes. Si ces évacuations se suspendaient pendant long-temps, il survenait une fièvre qui se terminait par une abondante hémorrhagie nasale 116. Lorsque cette disposition hémorrhagique est trèsprononcée, les hyperaimies et les effusions sanguines se
' Patrick Murray, Essais et Obs. de médecine de la Société d' Edimbourg^ tom. II.
^ PathoU sj)ecUUf]}^ n, sec!:, i, art. vi.
EN GÉNÉRAL
reproduisent malgré les pertes de sang considérables. On pourrait presque dire que ^ dans ces cas extrêmes ^ la dernière goutte de sang qui resterait dans les vaisseaux ^ irait former hyperaimie et s’extravaser dans l’organe vers lequel tend le molimen hémorrhagique. Cette disposition, qui produit et multiplie pendant un certain temps de la vie les congestions et les extravasations sanguines, est la cause d’un grand nombre d’hémorrhagies. Beaucoup d’apoplexies , d’hémoptysies sont ainsi déterminées et reproduites plusieurs fois chez le même individu pendant des années. Cette disposition ne se manifeste par aucun symptôme qui puisse la faire reconnaître autrement que par ses effets. Les signes que des médecins ont voulu rattacher à cet état morbide nous font penser que ces médecins ont pris pour la disposition inexplicable que l’observation nous force d’admettre des états morbides dont les hémorrhagies n’étaient que le symptôme. Ainsi, la vibratilité du pouls signalée dans ces cas par Willis se rapporte soit à un état pléthorique, soit à une maladie du cœur ou des artères ; il en est de même de la violence des battements du cœur et de l’énergie de la systole artérielle indiquée par Lordat ^ . La chaleur hectique qu’observait Morton , dans ces cas , pouvait bien se rapporter à quelques lésions viscérales graves et chroniques.
117. Les hémorrhagies qui se manifestent sous l’influence de la disposition pathologique dont nous parlons surviennent le plus souvent à l’occasion d’une cause occasionnelle légère qui serait par elle-même insuffisante pour produire la maladie , ou au moins pour la faire naître avec autant de gravité. Elles se montrent le plus souvent à certaines périodes de la vie , comme l’âge critique chez les femmes, la fin de l’âge consistant et la première période de la vieillesse chez les deux sexes*, elles se reproduisent ordi-
^ Traité des hémorrhagies , ni® part. , chap. ni, p, 486.
ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
nairement pendant plusieurs années, et fréquemment elles aiïectent successivement plusieurs organes.
Nature des 1 18. Les maladies dont les hémorrhagies sont Feffet ac-
maladies dont .i.i rv».* i
les hémorrha- cidentei soiit toutcs les artections des organes qui ensymptômel traînent des obstacles à la circulation ; les congestions et les efïVisions sanguines sont alors des symptômes de ces obstacles et sont produites mécaniquement. Les ruptures vasculaires qui occasionnent les hémorrhagies sont une cause directe de ces maladies qui ne sont alors que les symptômes des maladies des vaisseaux qui entraînent ces ruptures. Les hémorrhagies se produisent aussi comme symptômes d’altérations qui surviennent dans la texture des organes, et qui y font naître des lésions accidentelles ou des développements anomaux de texture. Toutes ces anomalotrophies ou ces hétérosarcoses dont l’hémorrhagie est l’effet constituent, dans ces cas, l’état morbide primitif ou idiopathique dont il faut s’occuper *, l’hémorrhagie n’en est que le symptôme : symptôme pourtant assez important dans beaucoup de cas, puisqu’il est quelquefois le principal indice de la maladie , et qu’il détermine ou au moins hâte souvent sa terminaison fatale.
119. Toutes les maladies qui troublent la circulation sont des causes d’hyperaimie et d’extravasation sanguine ^ d’autant plus actives qu’à ces maladies se rattachent des hy-
peraimies très-prononcées sur divers organes. Ainsi, les phlegmasies, les diacrises aiguës très-étendues, sont des plus actives parmi ces causes. Toute maladie dans laquelle il se forme des hyperaimies ou un état de pléthore peut présenter des hémorrhagies dont la manifestation , en faisant cesser ou en diminuant les hyperaimies et la pléthore, peut devenir critique pour la maladie primitive.
Art. il Des causes prochaines et de la nature des hémorrhagies.
1 20. On ne peut apprécier les phénomènes essentiels des hémorrhagies , tant en eux-mêmes que sous le rapport des
, EN GÉNÉRAL. . 69
causes immédiates qui les produisent^ qu’en considérant isolément chacun des états morbides constitutifs de ces maladies (19).
121. Tous les phénomènes de la pléthore sanguine présentent la quantité du sang contenu dans les vaisseaux comme augmentée. Cette augmentation réelle ou apparente se décèle par un développement insolite et une activité fonctionnelle anomale de tout l’appareil vasculaire général et pulmonaire ^ elle se décèle aussi par la quantité excessive de sang que ceux qui sont dans cet état peuvent perdre impunément et réparer avec facilité dans un temps très-court. Les causes qui produisent et favorisent cet état de polyaimie agissent , soit en fournissant un excès d’aliment au sang , soit en stimulant les organes de la circulation et de l’hématose , soit en modifiant les agents physiques qui concourent à l’accomplissement de ces fonctions. Toutes les causes de la pléthore sanguine nous semblent se résumer ainsi dans leur action.
122. Les causes qui fournissent un excès d’aliment au sang, sont directes, comme, par exemple, l’usage habituel d’une nourriture trop substantielle*, ou indirectes, comme la suppression d’une hémorrhagie ou d’une excrétion habituelle. Le même eff et est produit par la suspension de l’exercice des fonctions qui déterminaient une certaine consommation du sang et des excrétions actives , telles qu’un exercice musculaire forcé , etc.
123. Les causes par lesquelles les organes circulatoires surexcités augmentent d’activité proviennent de l’extérieur ou se trouvent dans l’organisme. Nous avons des exemples des premières dans les effets des boissons stimulantes en excès, dans l’action d’une température trèsélevée , etc. Il ne paraît pas douteux que, pour plusieurs de ces causes, le principe stimulant pénètre dans l’économie et a pour moyen vecteur le sang lui-même : ainsi les préparations de fer augmentent la proportion de ce métal
étiologie des hémorrhagies
et celle de l’hematosine dans le sang; les liqueuTS alcoholiques se reconnaissent dans ce fluide à leur odeur pénétrante, etc.
Les causes internes qui surexcitent le système circulatoire sont inappréciables dans leur essence; elles sont liées au mécanisme intime des fonctions. Leur eflét se résume par l’incitation dont l’appareil circulatoire est l’objet après des commotions morales, ou dans la réaction que nous voyons se déclarer spontanément dans l’économie , souvent après des causes d’un effet tout opposé y telles que la réaction qui succède à l’exposition au froid , ou encore celle qui est déterminée après une commotion morale déprimante, comme la terreur, etc.
La surexcitation de l’appareil circulatoire ne produit pas instantanément une surcharge de cet appareil par une plus grande quantité de sang ; elle produit par l’accélération de la circulation les mêmes symptômes qûe s’il y avait surcharge réelle. Si cependant elle persiste, elle finit très-probablement par augmenter aussi la quantité du sang, car elle supprime , par suite de l’accélération qu’elle occasionne dans la circulation , les sécrétions et les excrétions qui enlèvent nécessairement au sang une partie de ses matériaux.
L’état pléthorique qui se développe par la surexcitation de l’appareil vasculaire se montre souvent avec une extrême rapidité; il a été appelé, par des médecins, fausse pléthore, pléthore indirecte. Comme principe des hémorrhagies et d’autres maladies des tissus , la pléthore indirecte est réellement plus active que la pléthore vraie.
124. Les causes qui agissent en modifiant les agents physiques qui concourent à l’accomplissement des fonctions de la circulation et de l’hématose déterminent la pléthore, soit en troublant la circulation par la diminution de l’action mécanique qu’exercent ces agents, telle est la raréfaction de l’air et la diminution du poids de ce fluide gazeux; soit par l’influence chimique ou physique que ces agents exercent
EN GÉNÉRAL
sur le sang et sur les vaisseaux. Ainsi agit rëlectricité atmospj^érique qui diminue en même temps le poids de Tair^ quand elle se trouve en excès; ainsi agit un air sec et chaud, ou encore Tair trop oxigéné qui peut être accidentellement formé dans certaines circonstances. Dans les effets de ces causes , le sang , moins condensé par le poids de l’air , ou raréfié par des agents impondérables , tels que le calorique ou l’électricité , augmente de volume , ou bien devient plus excitant par un excès d’oxigénation. ^
125. Toutes ces causes sous l’influence desquelles sepro- L’action des
duit la pléthore sanguine sont subordonnées, dans leur tho^rn’es^^ quë
action , à l’activité plus ou moins grande que les organes de l’hématose et l’appareil circulatoire peuvent avoir acquise. La prépondérance d’action de ces organes rend ces causes effectivement plus puissantes. Elle peut être naturelle ou congénitale chez le sujet ; dans ce cas , c’est une idiosyncrasie : elle peut être acquise ; elle est alors pro™ chainement produite soit par l’action longuement con~ tinuée de causes qui déterminent ou favorisent la pléthore, soit par la pléthore elle-même, et par l’habitude d’hémorrhagies qui n’ont pas été portées au point d’amener l’épuisement. C’est ainsi que chez les sujets qui ont des pertes de sang fréquentes modérées, soit naturelles, soit opérées par l’art, la réparation de ces pertes, renouvelée comme elles, détermine une habitude de production de ce liquide en excès, qui finit par être une cause prochaine de pléthore sanguine (5'/); c’est ainsi que l’omission ou la suppression de pertes de sang habituelles devient une cause d’accidents.
126. L’état morbide qui constitue la pléthore s’éloigne En quoi con. donc très-peu de l’état physiologique des fonctions de la
circulation et de l’hématose ; ce n’est guère que l’exagération de ces fonctions : aussi la pléthore est-elle à un certain degré compatible avec la santé.
ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
(«’aiises immédiates de rhypei aimie.
1 27 . L’iiyperaimie se montre par Fapparence d’une trop (grande quantité de sang dans les vaisseaux d’un or gao^î. héh causes qui se rapportent à cet état agissent, soit en excitant la circulation dans cet organe par la stimulation , soit en empêchant le retour libre du sang de cet organe dans le torrent delà circulation, soit enfin en diminuant les obstacles qui tendent à modérer et à tempérer la circulation dans cet organe.
La stimulation qui augmente l’afflux du sang dans un organe peut être accidentelle et externe, comme celle qui résulte de l’action d’un stimulant plus ou moins prolongée^ ubi stimulus , ibi fluxus : l’hyperamie est le seul effet de cette cause tant qu’elle n’agit pas avec une trop grande intensité, et qu’elle ne se prolonge pas trop. Cette stimulation est souvent physiologique , comme dans l’hyperaimie qui se lie à l’état d’accomplissement des fonctions-, mais l’incitation physiologique dont elle est l’effet dans ces cas ne devient cause de maladie que par son excès-, elle ne change pas pour cela de nature : la congestion qui s’opère normalement à certaines époques de la vie sur divers organes reconnaît cette cause. Cette incitation physiologique devient pathologique et productive d’une vraie hyperaimie quand elle est exagérée par suite de l’état de pléthore antécédent. C’est ainsi que les hyperaimies succèdent et s’unissent àja polyaimie. C’est ainsi que se produit l’habitude des hyperaimies : un organe devient, à certaines époques, le but d’une incitation interne , dont l’effet est d’y faire naître l’hyperaimie.
L’hyperaimie locale est aussi le résultat d’obstacles à la circulation, qui retiennent le sang en trop grande quantité dans l’appareil vasculaire d’une partie ; telles sont les congestions sanguines produites par des ligatures , des compressions sur des veines v enfin , elle est aussi le ré^sultat de la suspension des obstacles qui pouvaient modérer la circulation dans une partie ^ telle est la congestion qui
EN GÉNÉRAL. 75
succède à la suppression plus ou moins complète de Faction du poids de Fair sur un organe.
128. Les hyperaimies sont annoncées , à leur invasion , par des phénomènes qui réfléchissent l’excitation ou l’incitation qui appelle le sang sur l’organe où elles se forment ces phénomènes se réduisent à une plus grande activité de la circulation qui se montre dans les parties où Fhyperaimie s’établit^ ils constituent ce qu’on a nommé la fluxion sanguine, le molimen hémorrhagique. L’efficacité de ce molimen, l’intensité de la congestion, sont nécessairement subordonnées à l’activité de la circulation dans l’organe qui en devient le siège. Cette activité n’est pas seulement en rapport avec la texture plus ou moins vasculaire de l’organe , elle l’est aussi avec l’activité relative plus grande , chez l’individu , des fonctions de cet organe , et avec l’habitude qui peut s’être déjà établie de congestions sur cette partie •, car cette habitude d’une plus active circulation dans une partie devient un élément étiologique des congestions sanguines.
129. Il est très-facile de se rendre raison de Faction immédiate de la cause déterminante de l’extravasation sanguine , lorsqu’elle est de nature à produire la rupture des vaisseaux sanguins. Quelque petits que soient ces vaisseaux,! si l’organe est déjà ou devient immédiatement le siège d’une hyperaimie, ils fourniront promptement une grande quantité de sang , parce que Fhj^peraimie rendra en eux l’afflux du sang considérable et la circulation fort active. La cause prochaine de la maladie est plus obscure, lorsque l’on n’observe plus Faction d’une cause physique agissant directement sur les vaisseaux, et que l’hémorrhagie se manifeste immédiatement après, ou avec la congestion sanguine 3 il faut alors chercher la cause déterminante immédiate de l’extravasation dans Fhyperaimie elle-même. Le sang, accumulé en excès , ou rompt les capillaires et s’extravase , ou s’exhale comme un produit de
Causes immédiates des symptômes de l’hyperaimie.
Causes immédiates de l’extravasation du sang.
ÉTIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
sécrétion. L^augmentation de l’exhalation séreuse sur la surface et dans les mailles des organes qui sont à Tétât d’hyper aimie est un phénomène de même ordre que Textravasation sanguine , seulement , dans ce cas , ce n’est que la partie séreuse du sang qui franchit les bouches exhalantes.
Causes immé- i5o. Les hémorrhagies se reproduisent à différentes
diates du retour ^
des hémorrha- époques cle la joumée , souvent comme par accès et d’une manière presque périodique ^ fréquemment pendant le sommeil. Cette circonstance dépend des modifications que la circulation éprouve nécessairement plusieurs fois chaque jour 5 par le fait même de l’accomplissement des fonctions et des influences auxquelles l’organisme est inévitablement soumis.
De la nature des 101. Les hémorrhagies sont de toutes les maladies celles
hémorrhagies et , 9 f i •
de leur influence qui se rapprochent le plus de 1 état physiologique. Aussi
sur l’organisme. . %
ne peut-on voir souvent , dans ces maladies, quune sorte d’exagération de l’état physiologicjue. Stahl forçait les conséquences de cette observation : il considérait l’hémorrhagie comme une fonction essentiellement conservatrice dont le but est la soustraction d’une certaine quantité de sang surabondant qui par sa présence aurait entraîné de graves accidents chez ceux qui sont exposés, par leur grande susceptibilité nerveuse , aux faciles perturbations des mouvements circulatoires.
Les hémorrhagies, suivant Stahl, ne deviennent nuisibles qu’indirectement, soit parce qu’elles sont incomplètes, soit parce que des causes excitantes extérieures rendent excessif le trouble qui s’opère dans la circulation, ou enfin parce que l’hémorrhagie se fait par des voies mal appropriées relativement à l’âge, au sexe, etc. Lorsque la pléthore s’est établie dans l’économie, l’extravasation du sang qui s’opère , et qui fait cesser et la congestion sanguine et la pléthore, est sans doute la terminaison critique la plus heureuse et la plus utile que l’on puisse désirer. La doctrine de Stahl s’applique très-bien à ces cas qui , au
EN GÉNÉRAL
surplus^ s’observent souvent chez des jeunes sujets d’une vigoureuse constitution : mais les choses se passent souvent autrement; la pléthore, loin de cesser par les hyperaimies locales et les pertes de sang , si elle ne devient plus prononcée , au moins se reproduit plus facilement ou se continue avec opiniâtreté, au point de constituer dans l’organisme une disposition comme hémorrhagique, dans laquelle les malades deviennent sujets à de fréquentes et excessives pertes de sang qui les épuisent et constituent une sorte de colliquation sanguine. Dans des cas moins graves, on voit souvent les extravasations sanguines devenir hors de proportion, par leur quantité , avec l’état pléthorique et la congestion , et épuiser les malades même dès la première invasion de la maladie ; dans d’autres circonstances , cette extravasation restant trop faible laisse subsister une h}^peraimie excessive qui est elle-même une cause de graves accidents. Enfin, il n’est pas très-rare que l’hyperaimie et l’extravasation sanguine soient très -intenses, lorsqu’il n’existe qu’un état pléthorique très-faible, ou même nul. Ces circonstances, fréquemment observées, montrent que cette coordination des phénomènes morbides pour une fin déterminée admise par Stahl , n’est pas l’expression générale des faits. On le reconnaît encore bien mieux quand on examine ces maladies sous le point de vue des désordres que causent les congestions sanguines et les extravasations de sang dans les organes profonds.
Art. III. De rinfluence réciprocpie de plusieurs hémorrhagies; delà dérivation et de la révulsion hémorrhagiques.
162. Lorsqu’il se manifeste , pendant la durée d’une hémorrhagie , une maladie semblable , soit spontanée , soit déterminée par l’art , sur un organe plus ou moins éloigné de celui qui est primitivement aftècté, il arrive que cette nouvelle hémorrhagie détermine la diminution ou même la
Influences réci proqiies de plu sieurs hémor rhagies.
cessation de l’hémorrhagie première. On s’est depuis long-
Ce qu’il faut entendre par révulsion et par dérivation hémorrhagiques.
Conditions de la dérivation hémorrhagique.
Conditions de la révulsion hémorrhagique.
76 ETIOLOGIE DES HÉMORRHAGIES
temps rendu raison de cet effet , en considérant la nouvelle perte de san^j comme appelant sur une partie voisine de Torgane affecté la fluxion et , par suite , la congestion sanguine. Cet effet constitue une dérivation hémorrhagique. C’est une révulsion ^ si c’est sur un organe éloigné que l’hémorrhagie secondaire survient des médecins admettent qu’alors une fluxion sanguine nouvelle vient contrarier la première ou la faire rétrograder sur un point d’où elle tendait à s’éloigner.
133. Quand une hémorrhagie existe sur un organe et coïncide avec une pléthore sanguine prononcée , il peut survenir des hémorrhagies sur des organes plus ou moins éloignés du premier affecté ; il en survient même souvent ^ sans qu’il en résulte aucune modification dans la maladie première, tant que la pléthore subsiste. Ce ne peut donc être que comme opérant la déplétion que des hémorrhagies secondaires seraient utiles.
134. Si une hémorrhagie se manifeste sur une partie assez rapprochée du siège de la première maladie pour que la déplétion vasculaire qui en est l’effet immédiat s’étende aux vaisseaux actuellement à l’état de congestion de la partie où siège l’hémorrhagie , cette dernière diminue et même se suspend il y a véritablement alors dérivation , c’est-àdire déplétion de l’appareil vasculaire de la partie malade, par l’intermédiaire de la région voisine et continue de l’appareil vasculaire. Pour que la diminution et la suspension de là maladie première soit alors définitive et complète , il faut que cette maladie ne soit pas entretenue par une cause immédiate, toujours active , qui reproduise la congestion sanguine ; et il faut que la congestion et l’hémorrhagie dérivatives aient été assez puissantes pour faire cesser entièrement la congestion sanguine qui occupait les vaisseaux primitivement affectés.
135. La congestion hémorrhagique et l’hémorrhagie sur des organes dont l’appareil vasculaire ne communique
EN GÉNÉRAL
avec le réseau vasculaire de l’organe primitivement malade que par l’intermédiaire de vaisseaux plus ou moins nombreux, et de portions assez étendues du grand appareil capillaire à ^ sang rouge n’agissent sur la lésion morbide première que par la déplétion sanguine qu’elles produisent dans tout l’appareil vasculaire et dans les parties de cet appareil qui sont intermédiaires à l’organe qui s’affecte et à l’organe primitivement affecté. C’est ainsi que s’accomplit la révulsion hémorrhagique. Elle exige une action beaucoup plus grande sur le système circulatoire que la dérivation ; son efficacité est proportionnée à l’intensité de cette action; pour l’apprécier, il faut se soLivenir que l’influence qu’exercent sur le système circulatoire les congestions et les extravasations sanguines se mesure autant par la vitesse et l’intensité du développement de ces états morbides que par leur étendue et la quantité de sang qu’elles accumulent dans les vaisseaux, ou qu’elles en extraient. L’efficacité de la révulsion pour diminuer et suspendre les hémorrhagies est, comme celle de la dérivation, subordonnée a la puissance des causes qui peuvent produire ou entretenir la congestion sanguine et l’hémorrhagie primitives.
i36. Lorsque la suppression subite d’une hémorrhagie est suivie plus ou-moins immédiatement de la manifestation d’une semblable maladie sur un autre organe , il y a déviation hémorrhagique. Cette déviation suppose toujours la persistance d’une causepropre à entretenir ou à déterminer une hémorrhagie. Le plus ordinairement c’est la pléthore sanguine qui est la cause prédisposante de cet accident. Très-souvent la déviation est déterminée par Tinfluence sur l’organe où elle a son siège d’une cause propre à y attirer une congestion sanguine dont Thémorrhapîe secondaire est alors la conséquence. C’est ainsi que les déviations hémorrhagiques surviennent par une véritable dérivation ou révulsion qui fait cesser la congestion et
Condi lions de la déviation liémorrhagique.
78 DIAGNOSTIC DES HÉMORRHAGIES.
l’hémorrhagie primitive en en substituant une autre.
187. Les circonstances que nous venons d’indiquer se déduisent des observations cliniques qui se recueillent journellement sur les dérivations, les révulsions et les déviations hémorrhagiques •, elles font comprendre tous les eflets, en apparence contradictoires, qui s’observent dans les cas individuels qui se présentent en pratique. Envisagées sous ce point de vue , les hémorrhagies doivent encore être étudiées par l’appréciation analytique des éléments qui les constituent.