‹ Traité philosophique de médecine pratiqueChapitre 22 sur 61 · S VIII · texte numérisé non relu

S VIII

” Op. omnia f etc.^U ii, p. 2, sect, i, cap. i, §xvi.

DES EPISTAXIS,

coup sur cette disposition qui do^t être prise en grande considération pour le traitement rationnel. Nous pourrions citer une famille composée de trois enfants, sur lesquels nous avons v:u les épistaxis se renouveler avec la plus grande opiniâtreté (tous les cinq Ou six jours, de l’âge de huit à quinze ans , au point que ces enfants étaient dans un état de pâleur extrême. Le père et la grand’mèrê paternelle ont eu les mêmes .accidents;, et deux enfants nés d’une autre des filles du même père en ont aussi été aSéçtés,

<217# Les causes déterminantes et occasionnelles des Causes détermi-

r . . 1 • épi-

epistaxis consistent dans 1 action de tous les moyens qui staxis. agissent mécaniquement sur la pituitaire, de manière à déterminer -la . rupture de ses vaisseaux^ telles sont les manœuvres irritantes portées sur cette membrane, les contusions sur le nez, etc. L’hémorrhagie nasale est aussi prodüite immédiatement par toutes les causes qui peuvent instantanément appeler une congestion sanguine dans les capillaires de la muqueuse nasale , telles que l’application d’une vive chaleur à fa face et sur la tête, par l’exposition au feu, au soleil*, tels que les efibrts violents pour soulever des fardeaux, les cris poussés avec force , les éternuments fréquents , les quintes de toux , l’action des bains trop chauds, etc.

218. Les épistaxis sont symptomatiques de plusieurs ma- Causes patiiolüladies ; elles peuvent même dans ces cas déterminer utile- ftaUs! ^ ment des pertes de sang qui sont alors considérées comme critiques. Toutes les maladies qui appellent sur le système capillaire sanguin profond et superficiel de la tête , une vive fluxion sanguine produisent souvent l’épistaxis, qui dans ces cas exerce une influence souvent avantageuse en diminuant la congestion sanguine qui se fait vers la tête (208) *, le travail de la dentition , même lorsqu’il n’est pas porté au point de constituer un état morbide, produit de semblables résultats*, mais parmi les maladies, celles qui les occasionnent le plus souvent sont surtout les érysi-

HÉMORllKAGIES DES MEMBRANES MUQUEUSES.

Rapport des épistaxis avec Jes engorgements des viscères abdominaux.

pèles à la face, les phlegmons qui se développent dans quelques parties de la tête, etc. Cette hémorrhagie est aussi produite par les maladies qui, sans agir spécialement sur les vaisseaux encéphaliques, ont au moins pour résultat de déterminer Tinjection sanguine des capillaires de la peau et de l’origine des muqueuses de tout le corps*, telles sont les varioles, les rougeoles, les scarlatines, les typhus, etc. Enfin les épistaxis surviennent encore comme symptômes des maladies qui gênent mécaniquement la circulation, soit par leur existence même , soit par les mouvements spasmodiques violents qu’elles produisent; tels sont les obstacles morbides au passage du sang dans les gros vaisseaux, telles sont les toux convulsives, les dyspnées violentes, etc.

219. Les auteurs, et surtout les anciens, ont attaché une grande importance à la manifestation des épistaxis comme symptômes des engorgements chroniques ou aigus du foie et de la rate. L’épistaxis, dans ces cas, a été considérée comme s’opérant toujours par la narine du côté correspondant au siège ^de l’engorgement des hypochondres; on a aussi admis que le pouls devenait, dans ces cas , rebondissant ou dicrote du même côté où se faisait l’hémorrhagie nasale. P. Frank s’est arrêté à donner l’explication de ces phénomènes par la supposition d’une prétendue gêne de la circulation dans la veine sous-clavière du côté affecté , laquelle serait le résultat d’une augmentation dans la dilatation du lobe supérieur des poumons, pour suppléera la gêne de l’abaissement du diaphragme occasionnée par la tumeur des hypocondres L Ce sont là de pures hypothèses. Si les hémorrhagies nasales se montrent souvent dans les engorgements hépatiques, c’est que ces engorgements sont très- fréquents dans les maladies du cœur par suite des obstacles à la circulation veineuse; la gêne de la circulation produit alors l’un et l’autre phénomène. C’est

’ Epit, de curandu kom, morbis, h ni, § 589.

DES ÉPISTAXIS.

plus fréquemment par la narine droite que se fait l’hé« morrhagie-, car des veines supérieures, c’est dans les jugulaires droites que la gêne de la circulation est toujours alors la plus prononcée. Les hémorrhagies nasales qui surviennent dans les hépatites idiopathiques ne sont pas plus fréquentes par une narine que par l’autre , et ne sont pas plus spécialement liées à l’hépatite qu’à toute autre phlegmasie viscérale. Quant aux épistaxis symptomatiques des engorgements chroniques de la rate, elles ne se voient guère que dans les engorgements qui succèdent aux fièvres intermittentes chroniques; elles se lient à la cachexie qui est le résultat de cette maladie, cachexie bien voisine par ses effets de celle qui constitue le scorbut, autre maladie générale dans laquelle les épistaxis et plusieurs autres hémorrhagies sont des symptômes habituels.

220. L’analyse de toutes les circonstances dans les- Eléments morquelles se produisent les épistaxis et des phénomènes de staxYs. ces maladies , montre qu’elles existent souvent avec un état pléthorique général très-évident , qu’elles se montrent toujours liées à une congestion sanguine plus ou moins prononcée de la pituitaire et des parties voisines superficielles et souvent profondes de la tête. Les symptômes précurseurs et actuels de la maladie se rapportent directement à cette congestion sanguine qui est quelquefois très-considérable. L’invasion de cette congestion se manifeste par les phénomènes d’un afflux de sang vers les vaisseaux de la pituitaire , de la face et des parties profondes delà tête. La cause prochaine de cet afflux est souvent évidente, et n’est autre que l’action des agents qui produisent les mêmes phénomènes sur quelques parties du corps qu’ils agissent; elle est quelquefois inconnue, comme dans les épistaxis habituelles qui surviennent par une prédisposition inappréciable dans sa nature , et qui ne se constate que par ses effets (216).

122 HÉMORRHAGIES DES MEMBRANES 31EQUEUSES.

Épidémies d’é- 221. . Les cHUses prédlsposaiites des épistaxis peuvent se lier aux influences des saisons et des variations atmosphériques (82 et sqq.)-^ ces maladies peuvent ainsi se montrer d’une manière assez fréquente pour être épidémiques-, cependant elles ont rarement régné de cette manière. Nous ne connaissons de mention d’épidémie d’épistaxis que celle que rapporte Morgagni , qui l’a tirée des archives de son pays. Cette épidémie régna en 1200 dans l’Etrurie et laRorr magne ; elle fit périr beaucoup de monde , et la mort arrivait en vingt-quatre heures h Clémentini, historien de Rimini, rapporte que cette même année il mourut beaucoup de monde à Ravenne et dans les autres villes de la province par une perte de sang dont il n’indique pas le siège , et qui faisait mourir en vingt-quatre heùrés h.

Art. IV. Diagnostic des épistaxis.

222. be diagnostic d’une épistaxis pe présente aucune difficulté quant à l’ existence de la maladie . l’issue du sang suffit pour la caractériser : mais il faut, déterminer les cir-^ constances de la maladie quant à son siège, quant à fiétat et quant au degré de la congestion sanguine qui s’j^ rattache, quant à l’état, général de pléthore, et enfin, quant à l’état de maladie dont l’épistaxis ne serait qu’un symp^ tome. „

Diagnostic du siège de l’opistaxis.

:^23. Le siège de l’épistaxis est assez facile à constater: en faisant coucher le malade sur le dos de manière à déterminer l’écoulement du sang par les narines postérieures; on déterge alors, par une injection d’eau, qui n’est pas même toujours nécessaire , les narines antérieures , et l’on voit aisément, en écartant les ailes du nez, si le sang s’écoule de leur surface interne et de la surface inférieure du

cornet inférieur, ou s’il vient des parties profondes des fosses nasales (211).

' Episf, anal, mecL de sed, et cans» murb, ^ lib. i, Epist, xiv, $ 25. ht, dell, fond, di Riminiy 1, m.

DES EPISTAXIS.

2:^4* prQcJrômes de Fépi^taxis sont les symptômes évidents d^une congestion profonde sur la pituitaire et dans les yaisseaux encéphaliques ; ils sont difficiles à distinguer de ceux du cotjza que nous décrirons ailleurs. Heureusement qu’ils fournissent les mênies indications. Toutefois ^ lorsque ces symptômes se lient à un état de pléthore générale manifeste et qu’ils se montrent chez des sujets d’ailleurs prédisposés aux hémorrhagies, on les rapporte aisément à une épistaxis imminente. C’est dans un cas de cette espèce que Galien reconnut les prodrômes d’une épistaxis à l’injection de la face et des yeux, aux illusions d’optique qu’avait le malade qui croyait voir des objets brillants et scintillants , à l’écoulement involontaire des larrnes , à une surexcitation cérébrale qui allait jusqu’au délire. N’était-ce pas là tous les symptômes d’une fluxion sanguine sur les parties superficielles et profondes delà face? La distinction de l’épi;§taxis imminente et du çoriza commençant , est souvent d’autant plqs difficile à faire, que ces maladies se çonver tissent très-aisément l’une dans l’autre.

La pesanteur de la tête, l’injection des conjonctives, la chaleur aux tempes et au front, la sensation de douleurs gravaüves, de sécheresse et d’enchiffrenement dans les fosses nasales , la rougeur de la muqueuse buccale et de celle des ailes du nez , le gonflement des gencives , indiquent un assez haut degré de congestion sanguine dans les vaisseaux de la face et des parties profondes de la tête, et montrent que l’hyperaimie locale est le principal élément de l’épistaxis.

225. Le diagnostic des états morbides auxquels peut se lier la manifestation de l’épistaxis comme symptôme , est d’une grande importance ^ il se fonde sur la connaissance des signes propres à ces états morbides (i58 à i43), il ne faut jamais négliger de les rechercher. Les signes qui indiquent l’existence d’une prédisposition idiosyncrasique aux épistaxis (216 ), se tirent de tous les renseignements

Signes de VhypcraiiDie de la pii uitaire.

124 HÉMORRHAGIES DES MEMBRAINES MUQUEUSES.

Danger des épistaxis selon les sujets qu’elles affectent.

commémoratifs sur Tétât antérieur du malade et sur la santé de ses proches parents. Cette prédisposition se constate d’ailleurs par le retour fréquent et sans cause évidente des hémorrhagies nasales ^ nonobstant Tétat d’oligaimie qui est résulté de ces déperditions sanguines réitérées.

Art. V. Prognostîc des épistaxis.

226. L’hémorrhagie nasale n’est presque jamais assez considérable pour devenir par elle-même dangereuse chez les sujets d’ailleurs bien portants et dans la force de l’âge , il n’en est pas de même lorsqu’elle affecte des individus épuisés par l’âge , par d’autres maladies ou même par des épistaxis antérieures , ou lorsqu’elle survient comme symptôme d’une maladie qui a déjà débilité le malade.

L’on est assez porté à abandonner sans inquiétude à la nature les hémorrhagies nasales des enfants et des adolescents. Cette perte de sang paraît propre à dissiper l’état de pléthore générale, la disposition aux congestions sanguines vers la tête auxquels ses sujets sont disposés. Il ne faut se laisser aller qu’avec réserve à cette direction. Les épistaxis, chez ces sujets, et même chez ceux qui semblent avoir le plus grand besoin de fréquentes pertes de sang, ont toujours pour résultat de déranger l’accroissement, de jeter le malade dans un état général d’asthénie, et de susciter chez lui une irritabilité excessive du système nerveux. Cet état est d’autant plus fâcheux , qu’au moindre effort de réaction provoqué par l’art ou spontané, Tépistaxis se reproduit avec d’autant plus d’intensité qu’elle s’est renouvelée plus souvent.

227. Lorsqu’une hémorrhagie nasale coïncide avec une pléthore générale manifeste , elle peut , sans danger et même avec avantage , continuer pendant un temps assez long, se reproduire plusieurs fois, et même déterminer une perte de sang considérable. La suppression subite de

DES ÉPISTAXIS.

la perte de sang , soit spontanée , soit déterminée par Fart , est alors dangereuse; tant qu’elle n’a pas suivie une déplétion assez large des vaisseaux ^ elle peut être cause d’une congestion sanguine profonde et dangereuse sur un organe important.

228. Lorsque l’hémorrhagie nasale survient avec des ,Pes cas où

^ ^ rr\ . • cpistaxis son

prodromes très-prononcés (202 et 205)5 peut continuer vanta geuscs sans danger 5 et même elle est fréquemment utile , surtout chez les jeunes sujets. Elle prévient des èncéphalites qui sont souvent le résultat de la congestion sanguine vers la tête dont ces prodromes sont les signes. Si, à mesure que le sang coule, la tête devient plus légère, le pouls plus large, les yeux moins injectés , il faut regarder l’hémorrhagie comme très-utile. Si au contraire , nonobstant la perte de sang considérable et malgré l’affaiblissement du pouls qui en résulte, les artères temporales battent avec plus de force , si la tête reste lourde et même douloureuse , le malade peut perdre une très-grande quantité de sang sans être soulagé et au grand détriment de ses forces. Il arrive cependant encore, dans ces hémorrhagies si considérables et qui ont des suites si fâcheuses, que la suppression spontanée ou déterminée par l’art de l’épistaxis, est suivie d’une augmentation très-prononcée des phénomènes de congestion sanguine vers la tête. Ces circonstances sont celles où les épistaxis se renouvellent fréquemment et pour la moindre cause, et jettent et retiennent le malade dans un état habituel d’oligaimie , comme cet élève d’Hofmann qui était d’un tempérament sanguin, et qui devint, pendant ses études, sujet à des hémorrhagies nasales trèsconsidérables et très-fréquentes qui le réduisirent à un état de langueur, de débilité excessive avec anorexie, stupeur et engourdissement.

229. Les symptômes de débilitation qui se manifestent dans les cas d’épistaxis considérables ne doivent pas être appréciés par le seul aspect du malade. La terreur que 1 ui

k'S . aou

126 lIÉMORPtHAGIES DES MEMBRANES MUQUEUSES.

inspire l’hémorrhagie est souvent pour beaucoup dahsi’étât d’abattement dans lequel on le trouve. C’est dans l’appré ciation delà force du pouls , de la puissance de la systole du cœur, de la plénitude des grosses artères, que l’on trouvé un moyen de s’assurer et de l’état pléthorique qui peut exister (21), et du degré de débilitation réelle éprouvé par le malade (53).

23o. Les hémorrhagies nasales qui sont dérivatives des congestions sanguines encéphaliques profondes , soit simples, soit inflammatoires , sont toujours utiles. Celles qui surviennent comme remplaçant des hémorrhagies dont elles sont alors la déviation , s’apprécient , quant à leur prognostic , en comparant les inconvénients de la fluxion sangùine vers la tête , compagne inséparable de l’épistaxis, avec ceux de l’affection hyperaimique qui se lie à l’hémorrhagie primitive. Tant que les individus pléthoriques restent sujets à des épistaxis habituelles modérées, on peut porter un heureux prognostic de la manifestation de ces hémorrhagies : c’est de leur suppression subite qu’il faut s’occuper.

25 1 . ïl ne faut pas perdre de vue que les habitudes morbides n’ont jamais dans l’organisme qu’une durée limitée -, elles ne cessent utilement et sans danger que par les modifications que les révolutions de l’âge apportent dans l’organisme, ou que par la manifestation de quelque autre lésion morbide habituelle. L’habitude des épitaxis excède rarement deux septénaires d’années^ elle est trèssouvent remplacée par des hémorrhoïdes ou des sueurs locales. Nous n’osons présenter comme bien établi ce prognostic de F. Hoffmann admis depuis Hippocrate : <( Ceux qui, dans l’enfance, ont eu des épistaxis fréquentes, » contractent facilement dans la jeunesse des maladies » de poitrine graves, telles que l’hémoptysie, la pleu- » résie, la péripneumonie, et même la phthisie. Dans » l’âge viril avancé, ils sont sujets au flux hémorrhoïdal.

BIS ÉPISTAXIS,

)) aux affeetionsrhumatismales , arthritiques , ischiatiques ^

» néphrétiques et intestinales ^ . »

L’habitude des hémorrhagies peut être prédite avec une grande probabilité ^ après l’âge de la puberté , à tous ceux qui ont été sujets aux épistaxis. On peut aussi regarder comme très-probable que les enfants, qui oilt habituelle- ^ ment des écoulements muqueux et séreux par les oreilles et les narines, de viennent sujets aux épistaxis après la puberté^.

232, Les hémorrhagies nasales qui se lient à des maladies profondes , qui produisent uiie gêne de la circulation dans le cœur et les gros vaisseaux, ou dans le système de la veine-porte, sont toujours d’un fâcheux prognostic*, il en est de même de celles qui dépendent^ comme symptômes de cachexies graves, et surtout de la cachexie scorbutique,

La perte quelquefois excessive de sang que font ces malades , ne fait qu’ajouter à l’épuisement dans lequel les jette souvent leur affection primitive.

Art. VI, Thérapeutique des épistaxis,

233. Il ne faut entreprendre d’arrêter les épistaxis que lorsque la suppression de l’écoulement du san^ ne peut

^ X reter Jes epi

avoir aucun inconvénient , soit eu égard à la congestion «taxis, sanguine encéphalique, soit quant à l’état de pléthore dans lequel peut se trouver le malade, soit par rapport à un état morbide dont l’hémorrhagie serait la déviation , ou qu’elle tendrait à atténuer comme moyen de dérivation naturelle.

Lorsque l’hémorrhagie est modérée et qu’elle survient chez des jeunes sujets ou chez des adultes d’une bonne constitution, il vaut mieux l’abandonner à la nature que de s’exposer, en la supprimant, à provoquer une congestion sanguine sur quelques viscères importants *, il faut se borner alors à modérer l’intensité de la maladie. (

Lorsqu’elles sont dangereuses par la grande quantité

^ Fred. Hoffmamij Op, omn, etc., t. ii, pV 11 , sect. i, cap; t , § xix.

* Fréd. Hoffmann, Op^ omiu etc., t. n, p, II, Sect. t. cap, i,.§ xvi.]

Indicii

ratives

staxis.

de sang qu’elles soustraient , ou parce qu’elles surviennent sur des sujets qui ne peuvent sans inconvénient éprouver des pertes de sang^ il faut arrêter les épistaxis. Il ne suffit pas pour cela d’empêcher le sang de sortir, il faut combattre la congestion sanguine qui se rattache à l’hémorrhagie, et que la suppression de l’écoulement du sang laisserait subsister ou même augmenterait au grand détriment du malade. L’habitude des hémorrhagies nasales, lorsqu’elles se reproduisent trop souvent et en trop grande quantité, exige un traitement dirigé dans le but de prévenir les pertes de sang, ou au moins d’en modérer l’activité, lions eu- 254. Les indications capitales pour le traitement actif des epi- épistaxis , comme de toutes les autres hémorrhagies ,

c’est de remédier à la pléthore (i56ài6i)etàla congestion sanguine(i62 à 173). Le traitement dirigé d’après ces seules indications suffit le plus souvent pour faire cesser tous les accidents. Une saignée générale est le plus souvent nécessaire pour guérir une épistaxis abondante, quand le malade n’en est point arrivé, soit par l’hémorrhagie, soit par des accidents antérieurs, à l’état d’oligaimie prononcée. Si l’hémorrhagie persiste après ce moyen, une saignée locale derrière les oreilles aux tempes, à la nuque, est nécessaire pour épuiser par une dérivation hémorrhagique substituée à la perte de sang morbide la congestion sanguine qui a pris son siège dans les vaisseaux de la tête et de la pituitaire. On seconde utilement l’effet de ces moyens de traitement, en irritant les extrémités abdominales, en appliquant en même temps sur la tête des topiques froids ou même à la glace , en prenant , pour assurer l’efficacité de ces derniers moyens et modérer leurs inconvénients , toutes les précautions que nous avons indiquées (178). L’application des ligatures sur les membres , l’application des ventouses sèches à la nuque , entre les épaules , sur le devant de la poitrine, sont des moyens dont on tire un grand parti dans ce cas.

DES ÉPISTAXIS,

255. Dans tous les cas où Von doit combattre ou seule- Des moyens

, , , « . , guérison des

ment modérer les hémorrhagies nasales, il faut joindre épistaxis, aux moyens généraux de traitement des hémorrhagies que nous avons indiqués (§ i5o etsqq.) les moyens suivants, qui s’appliquent plus spécialement aux épistaxis :

Maintenir le malade demi-couché, la tête haute, faiblement renversée, et non inclinée en avant comme le font les malades, afin de faire sortir le sang qui s’écoule des narines -, il faut que les vaisseaux de la pituitaire ne soient pas dans une position déclive. A la suspension de toutes les causes excitantes propres à toutes les hémorrhagies, il faut joindre le silence, l’absence d’éternument , et le soin d’éviter tout attouchement dans les narines et même sur le nez. Pendant ce temps-là, on entretient une vive chaleur aux extrémités abdominales et thoraciques, soit par des bains de pieds , soit par des topiques chauds et même

irritants.

256. Si l’hémorrhagie nasale résiste aux moyens de Des moyens de

supprimer di-

traitement que nous venons de conseiller, et si, par sa per- rectement les sistance, elle menace de jeter le malade dans l’oligaimie, il faut la supprimer en agissant sur le siège de la perte de sang.

Il est presque toujours facile de reconnaître le point de la pituitaire d’où provient le sang (211 et 223 )*, on peut même souvent le comprimer directement avec le doigt et arrêter ainsi l’hémorrhagie. Valsalva, qui a le premier reconnu que c’est ordinairement d’un point assez rapproché de l’orifice des narines que s’écoule le sang dans les épistaxis , a arrêté ainsi une hémorrhagie nasale qui se renouvelait presque toutes les semaines depuis quatre ans.

Cette facile manœuvre , renouvelée à chaque retour de la perte de sang, la fit enfin cesser définitivement h

Le siège peu profond de l’hémorrhagie permet aussi d’y porter un pinceau imbibé d’un liquide styptique et astrin-

* Morgag^ïii ; Episi, anaU mcd, L, 1, Epist, xiv, art,

Du tamponne ment des nari nés.

iSo HÉMORRHAGIES DES MEMBRAÏÏES MUQUEUSES.

gent pour supprimer Fécoulement du sang. Une dissolution de sulfate d’alumine, de sulfate de zinc ou de sulfate de fer ^ une décoction de racines de bistorte, de tormentille, de noix de galle ^ de l’eau acidulée avec l’acide sulfurique, sont les moyens qui réussissent le mieux pour satisfaire à cette indication. Les auteurs ont conseillé de faire inspirer aux malades ces dissolutions ; mais on ne peut alors donner une assez grande activité à ces liquides , qui agissent d’une manière véritablement chimique , en tannant, en crispant les tissus ; il n’en est pas de même du procédé que nous conseillons de préférer.

L’on a aussi conseillé de porter sur le siège de l’hémorrhagie un bourdonnet de charpie imbibé d’une des dissolutions astringentes qui viennent d’être indiquées , ou imprégné de poudres de sang-de-dragon, d’écorce de chêne, de noix de galle, d’alun, sèches ou incorporées avec le blanc d’œuf. Ce moyen réunit l’action mécanique d’un agent de compression à l’action astringente; il exige qu’on ait bien reconnu le siège de l’épistaxis , afin d’y porter le bourdonnet de charpie au moyen d’un porte-mèche.

237. Il n’est guère d’épistaxis que l’on ne puisse arrêter par les procédés qui viennent d’être indiqués. Les seules contre lesquelles ils échouent sont celles qui naissent d’une partie profonde des fosses nasales, sur laquelle on ne peut agir immédiatement. Dans ce cas, il faut recourir au double tamponnement des fosses nasales. Cette petite opération se pratique en introduisant par la narine une sonde de Belloc ou un stylet en baleine très-flexible, au moyen desquels on ramène par la bouche d’arrière en avant un fil double très-fort, lequel entraîne un bourdonnet de charpie qui vient se porter sur la narine postérieure , ramenant avec lui un fil qui sert à le retirer plus tard ; un deuxième bourdonnet est introduit ensuite dans la narine antérieure, dans l’écartement du fil double qui est noué et rapproché sur lui. De cette manière, les narines antérieure et posté-

BES ÉPISTAXIS.

rieure se trouvent obstruées; le sang s’accumule dans l’intervalle des bourdonnets et devient lui-même ^ en se coagulant, le moyen immédiat de suppression de l’hémorrhagie. Cette petite opération est toujours pénible pour le malade; elle est suivie de l’accumulation et de la coagulation du sang dans une grande partie des cavités nasales , et, par suite, d’une douleur gravative dans toutes ces parties , laquelle s’étend quelquefois à tout le front. On supprime les bourdonnets le deuxième ou le troisième jour, la détersion des fosses nasales se fait lentement. Le malade est incommodé pendant plusieurs jours de la mauvaise odeur que lui communique le sang coagulé et altéré en contact avec la pituitaire. Nous avons vu, dans presque tous les cas , un coriza succéder à l’emploi de ce moyen. Heureusement que , par suite du siège de presque toutes les hémorrhagies nasales , il n’est presque jamais utile d’y avoir recours.

On a conseillé de suppléer au double tamponnement par l’introduction, dans la narine d’avant en arrière , jusqu’à la narine postérieure, d’une portion d’intestin de cochon desséchée et disposée par une ligature en forme de doigt de gant. On pratique ensuite dans la cavité de cet intestin une injection d’eau froide, et l’on retient le liquide par une ligature lorsqu’il a distendu l’intestin. Ce procédé ne nous semble avoir aucun avantage sur le double tamponnement; il est plus difficile à pratiquer exactement , et dans les cas fréquents où celui-ci est inutile, il est moins sûr et moins expéditif que l’introduction d’une mèche de charpie chargée de topiques astrigents par la narine antérieure.

208. Il ne suffit pas que le sang cesse de^se montrer par la narine antérieure pour qu’on puisse considérer l’hémorrhagie comme arrêtée, il faut s’assurer avec soin si ce liquide ne tombe pas dans le pharynx par les narines postérieures. Après qu’on a arrêté la perte de sang, il faut

i32 ÎIEMORKHÀGiES DES MEMBRANES MUQUEUSES.

continuer à tenir le malade en repos ^ dans la position et soumis aux précautions indiquées (235).

Traitement de 23g. L’hémorrhagie nasale une fois supprimée, si le malade éprouve des symptômes qui indiquent qu une certaine quantité de sang s’est épanchée dans l’estomac, il est toujours avantageux d’administrer un laxatif ^ ce moyen fait cesser l’anorexie et le malaise à l’épigastre , qui, dans ce cas, persistent souvent pendant plusieurs jours après l’hémorrhagie *, il a d’ailleurs aussi pour effet de dissiper la constipation , qui existe assez fréquemment chez les sujets affectés d’hémorrhagies nasales abondantes, et qui a l’inconvénient de favoriser leur retour.

240* Il ne suffit pas d’avoir arrêté l’hémorrhagie nasale , il faut porter toute son attention vers les indications qui peuvent se présenter par suite de la suppression de l’épistaxis. Si la tête reste pesante ou le devient , si la face et les conjonctives sont encore injectées ou s’injectent , si le sommeil devient comme continu , ou agité et troublé par des rêves pénibles, si le malade éprouve des tintements d’oreilles, il n’est pas douteux que la congestion sanguine a persisté, ou s’est reproduite après la suppression de l’écoulement du sang; elle exige un traitement approprié, dans la prescription duquel il ne faut pas se laisser trop effrayer par l’état d’oligaimie dans lequel le malade peut se trouver réduit. Toutefois, on doit tenir compte de cet état. Après les émissions sanguines locales et dérivatives, on a recours aux moyens qui ont pour effet d’appeler et de maintenir, sur des surfaces plus ou moins étendues du tégument interne ou externe, une fluxion et une congestion sanguines qui détruisent, comme révulsives, la fluxion et l’hyperaimie qui continuent à s’opérer vers la tête; c’est de cette manière qu’agissent les sinapismes , les épispastiques, les purgatifs, etc.

Traitement ap- 2^1. Si l’épistaxis était habituelle et fréquente depuis

Tudr^ des Ipu long-temps , il ne suffit pas de remédier aux phénomènes

staxis.

DES EPISTAXIS.

morbides qui peuvent succéder immédiatement à sa suppression J il faut se mettre en garde contre le retour de ces accidents qui ne manqueront pas de se reproduire plusieurs fois à des intervalles plus ou moins éloignés ^ en rapport avec ceux qui séparaient les retours des épistaxis.

242. L’habitude des hémorrhagies nasales exige un traitement curatif, qui varie suivant la nature des phénomènes qui accompagnent la maladie.

Si l’épistaxis était liée à un état pléthorique qui se reproduisait comme elle et dont elle était en quelque sorte la crise , c’est dans le traitement convenable pour empêcher cet état pléthorique de renaître , que l’on trouvera le traitement curatif de la maladie. Outre les déplétions sanguines que la plétliore peut nécessiter , il faudra , dans cette vue , tenir le malade à un régime diététique délayant très-ténu, continué pendant long-temps avec une certaine sévérité.

Le retour des hémorrhagies nasales est-il lié au retour de la fluxion et de la congestion hémorrhagiques devenu habituel dans l’organisme, il faut détruire cette habitude non seulement en modérant et annulant cette fluxion et cette congestion sanguine anomales , mais aussi en détruisant directement cette disposition vicieuse par des moyens propres à agir puissamment sur de grandes portions de l’appareil vasculaire capillaire , organe des fluxions et des congestions sanguines. De ces moyens, aucun ne nous semble plus efficace que les bains froids par immersion peu prolongée et par affusion. La perturbation que ces moyens produisent dans la circulation capillaire et la vive réaction qui en est la suite, sont éminemment propres à modifier l’irrégulière distribution du sang dans les organes , qui est la cause immédiate des fluxions et des congestions sanguines qui se renouvellent par habitude. Nous rapprochons des mêmes moyens, comme agissant à peu près de la même manière en dernier résultat , les douches sur les membres, les bains*de vapeur terminés par des

l34 HÉMORRHAGIES DI^ MEMBRAKIB MUQUEUSES.

affusions d’eau froide en pluie ^ les bains simples terminés par des frictions sèches.

243. L’habitude des épistaxis dépend aussi quelquefois d’une altération dans les conditions de structure de la pituitaire ^ qui fait que les vaisseaux de cette membrane restent distendus habituellement par le sang et facilement perméables à ce liquide , soit par rupture ^ soit par exhalation. Les hémorrhagies dont le retour n’est lié qu’à cette seule condition^ sont ordinairement prévenues par l’usage des errhins astringents et stimulants. C’est ainsi qu’on a recours à une poudre composée de magnésie et de sulfate d’alumine , à la racine de bistorte pulvérisée , et enfin c’est le moyen le plus fréquemment conseillé ^ à l’usage du tabac en poudre. Cette poudre agit à la fois par le principe âcre de la plante et par les sels que l’on fait entrer dans sa préparation.

Il faut observer avec attentionles malades chez lesquels on supprime ainsi j par l’usage ordinaire d’un topique appliqué à la pituitaire, l’habitude des hémorrhagies nasales. Très-fréquemment, la fluxion et la congestion sanguine habituelles se reproduisent et peuvent déterminer des accidents d’autant plus graves , que l’on a rendu impossible l’extravasation du sang qui épuisait l’hyperaimie des vaisseaux profonds.

244» Lorsque l’habitude des épistaxis se manifeste consécutivement à la suppression d’une hémorrhagie ou d’une sécrétion anomale habituelles dont l’hémorrhagie nasale n’est alors que la déviation , il faut avoir égard à cette circonstance. Le mode de traitement le plus efficace et le plus directement indiqué , consiste alors dans l’emploi des moyens les plus propres à déterminer le retour de l’affection primitive. Les hémorrhagies artificielles peu considérables, mais renouvelées fréquemment, sont au premier rang parmi ces moyens de traitement. Les topiques stimulants , irritants , appliqués sur le siège de l’affection primitive, réussissent très-bien aussi dans ces cas, en appelant

DES ÉPISTAXIS.

sur ce point une fluxion et une congestion sanguines qui sont propres à renouveler la maladie première, ou au moins à la suppléer , en exerçant sur tout l’organisme une influence analogue. *Dans cette médication, l’on a réellement pour but de faire d’un organe déterminé le siège et l’aboutissant d’une fluxion qui s’accomplit au détriment de la fluxion et de la congestion dirigées sur la pituitaire , et causes évidentes de l’hémorrhagie sur cette membrane très-vasculaire et très-aisément perméable au sang,

245. L’oligaimie qui succède à l’épistaxis exige tous les Traitement de moyens de traitement qui conviennent à cet état général îe°s^^lpistaxisr^* et que nous avons indiqués (187). Tout ce que ce traitement a de particulier, se borne à prévenir et à détourner la

fluxion et la congestion sanguines, qui tendront àse renouveler d’autant plus fréquemment sur la pituitaire ou vers les vaisseaux encéphaliques, que cette maladie se sera plus fréquemment reproduite et depuis un temps plus long.

246. Les épistaxis habituelles exigent , lorsqu’elles sont Traitement pro-

^ ^ ^ ^ phylactique des

considérables , qu on les prévoie et qu’on les prévienne par épistaxis, un traitement prophylactique, lequel a d’ailleurs l’avantage de modérer leur intensité, lorsqu’il est inefficace pour les prévenir. Ce traitement consiste principalement à éloigmîr du malade toutes les causes déterminantes de ces hémorrhagies, et à le tenir à un régime atténuant qui prévienne la pléthore. Il faut aussi entretenir et stimuler une grande activité de la circulation vers les parties inférieures du corps par les bains de pieds irritants, les frictions stimulantes sur les extrémités, une vive chaleur habituelle, etc.

L’usage des bains et des affusions froides nous a souvent été dans ces cas d’une très grande utilité.

L’un des moyens de traitement que les auteurs ont presque tous conseillé comme propre à diminuer les hémorrhagies, est particulièrement applicable à les prévenir, surtout pour celles qui nous occupent. Ce moyen consiste dans l’administration des boissons nitrées ou acidulées avec les acides mi-

l36 HÉMORRHAGIES DES MEMBRANES MUQUEUSES.

néraux. Nous ne croyons pas que Faction sédative sur la circulation attribuée à ces remèdes soit bien démontrée^ mais ils déterminent une diurèse considérable. Sous ce rapport, ils sont à la fois évacuants et révulsifs par Faction exagérée qiFils provoquent dans les reins. Nous les conseillons, dans cette vue, dans les hémorrhagies, surtout comme moyen prophylactique. Leur efficacité nous a toujours paru en rapport avec leur effet diurétique; aussi les remplaçons-nous souvent sans désavantage par d’autres diurétiques.

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