‹ Traité philosophique de médecine pratiqueChapitre 23 sur 61 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des hémoptysies J ou des hémorrhagies hronehiques ,

Définition du 247* PHs daus la i'igueur de son acception , le mot hémoptysie s’applique à toutes les maladies dans lesquelles il y a expuition de sangL que ce fluide vienne des gencives, de la muqueuse buccale ou pharyngienne, ou des voies respiratoires, Celse comprenait toutes ces maladies sous le nom de sanguinis sputum.

248. Les médecins s’accordent, depuis Rivière, à dé- Distinction en- signer par le mot hémoptysie les hémorrhagies qui pro-

:re les différen- • . -i • 1 ^ •a* t r -i

Les expuitions Viennent des voies de la respiration. Le sang excrete dans C0S hémorrhagies est versé à la surface de la muqueuse qui s’étend depuis le larynx jusque dans les petites bronches, ou provient d’une exhalation sanguine qui se fait en même temps dans les cellules pulmonaires et dans les interstices de ces cellules dans l’épaisseur du tissu des poumons. Ce serait se montrer étranger aux progrès de la science , que de confondre aujourd’hui ces deux maladies : la première, seule, l’hémorrhagie bronchique, nous semble devoir conserver le nom d’hémoptysie; nous décrirons l’autre sous la dénomination depneumohémorrhagie dans le livre suivant.

* Hémoptysie, de hœmopiysîsou hœmoptoêj, de aî//.a sang et tttvw se crache,

DES HÉMOPTYSIES. î37

249* Les hémorrhagies qui proviennent de la muqueuse des gencwes, de îa bouche et du pharynx, sont trop rarement idiopathiques pour qu il ait été nécessaire de les décrire séparément. Elles se caractérisent toutes par Eexpuition du sang. Leur siège est facile à déterminer par l’examen de la muqueuse buccale , qui est toujours pénétrée d’une grande quantité^ de sang que l’on voit s’écouler à sa surface. Elles sont très-souvent symptomatiques du scorbut. Lorsqu’elles sont idiopathiques , tout ce que nous avons dit des épistaxis en général, excepté ce qui se rapporte spécialement à l’organe affecté , leur est rigoureusement applicable. Dans les cas assez rares où elles s’offrent à l’observation comme maladies idiopathiques , elles sont presque toujours le résultat d’une déviation des menstrues ou d’une congestion sanguine de la muqueuse buccale, consécutive à un état de pléthore sanguine générale.

Art. I. Des symptômes des hémoptysies.

250. L’hémoptysie se manifeste rarement sans prodromes*, elle est presque toujours précédée des symptômes précurseurs des hémorrhagies (59). Le malade ressent de plus un sentiment de chaleur dans la poitrine , une oppression dyspnéique pénible qui augmente quand il fait des efforts pour marcher, pour monter des escaliers ou pour soulever des fardeaux. Dans quelques cas, le malade éprouve un sentiment de douleur gravative qui s’étend à toute la poitrine, dans le dos et dans les épaules, joint à des palpitations et à une toux sèche, superficielle, saccadée, sans expectoration^ les extrémités sont froides et difficilement maintenues chaudes. Le malade se plaint d’un sentiment de courbature, ou plutôt de faiblesse générale.

251. Après deux ou trois jours de la durée des prodromes, souvent au bout de quelques heures seulement de leur manifestation et rarement presque en même temps

Prodromes des hémoptysies.

Sym.ptômes propres des hémoptysies .

l58 HÉBIOKRHAGÎES DES MEMBRANES MUQUEUSES.

qu’eux J le malade rejette subitement , avec quelques secousses de toux provoquée par un sentiment d’ardeur à la gorge et accompagnée de la perception d’une saveur salée ou d’un goût de sang^ une quantité plus ou moins considérable de sang rouge vermeil, écumeux.

262. Si le sang est rejeté en grande quantité, le malade éprouve en •même temps une oppression considérable occupant la région sous-sternale et supérieure de la poitrine. La respiration se fait péniblement et avec deseflbrts; elle s’accompagne du bruit que fait l’air en traversant un liquide légèrement visqueux. 11 se manifeste bientôt des secousses de toux comme redoublées, par lesquelles le sang est rejeté avec force par la bouche et jusque par les narines , comme s’il était expulsé de l’estomac par le vomissement. Les secousses de toux redoublent à mesure que le sang s’extravase dans les bronches-, elles deviennent souvent si fortes , qu’elles s’accompagnent de violents efforts de vomissements dans lesquels le malade rejette à la fois des aliments, des mucosités gastriques, du sang qui, expulsé de la trachée-artère, est descendu dans l’œsophage et jusque dans l’estomac.

253, Pendant que le sang est ainsi rejeté, la face du malade se décolore, ses extrémités se refroidissent, son teint devient comme plombé. Il survient des lipothymies et même des syncopes complètes. Cet état de dépression de forces est plus en rapport avec la vive impression morale que le malade ressent à la vue des accidents qu’il éprouve, qu’avec la perte de sang qui n’est pas, le plus ordinairement, très-considérable. Car, si toutes les hémorrhagies inspirent de la terreur, il n’en est point qui en inspire davantage que celles dans lesquelles le sang est rejeté par la bouche, soit qu’il vienne des voies aériennes, soit qu’il soit rejeté de l’estomac L II est cependant des cas

^ « Siquidem ici garnis œgrotos magna animi consternatio corripit, QuU

DEé) HÉMOPTYSIES.

log

assez rares 5 à la véritë, dans lesquels le sang se trouve versé en si grande quantité dans les bronches , qull les obstrue et provoque une asphyxie quelquefois mortelle. P. Frank signale cette terminaison fâcheuse , lorsque l’hémoptysie surprend les malades dans un profond sommeil et lorsqu'ils restent couchés sur le dos

264. Dans les cas ordinaires , l’hémorrhagie bronchique diminue rapidement, l’expuition sanguine se réduit à quelques crachats isolés et de plus en plus rares au bout de quelques heures. Si la quantité de sang rejeté est peu considérable , l’hémorrhagie continue quelquefois pendant deux ou trois jours et même plus. Dans beaucoup de cas, elle ne cesse pas complètement avec autant de promptitude, le malade continue pendant plusieurs jours à rejeter sans toux, ou au moins avec des secousses de toux rares et nullement pénibles, des crachats rouges, vermeils , quelquefois mêlés de mucus blanc visqueux.

255. Dans tous les cas , la cessation ou la diminution de l’hémorrhagie bronchique n’est pas suivie immédiatement de la suspension de tous les accidents thoraciques. Le malade conserve dans la poitrine un sentiment de chaleur et de douleur gravative, joint à un certain degré d’oppression et à quelques secousses de toux. Le pouls a ordinairement de la fréquence; il est plein et peu dépressible, à moins que la perte de sang n’ait été considérable. Ces symptômes diminuent à mesure que l’on s’éloigne de la cessation de l’hémorrhagie.

256. Le plus ordinairement, l’hémoptysie ne se termine pas ainsi après une seule perte de sang ; l’hémorrhagie se reproduit toujours plusieurs fois, tantôt à quelques heures , tantôt après quelques jours d’intervalle, durant lesquels

Dcnimvomens sangainem mortem înstantem non perhorrescat?^) (Aretæï de curât morb, aciit, , lib. ii, c. 2, p. 96 Lugd, Batav. 1735, trad. Boerrhaavio.)

^ P, Frank, Epit, de curandis hom, morbis, clas, v, ord, iii, § 603.

l4o HÉMORÎIHAGÎES DES MEMBRA3^ES MUQUEUSES.

les symptômes thoraciques, qui persistent après la première perte de sang, continuent.

Résultats de 267 . L’auscultaüon et la percussion du tlioiax fouTnis-

l’exploration de

la respiration

dans les hémo- , .-.ri rii .r*

ptysies. la quantité de sang versee dans les voies aeriennes est trèsconsidérable , le thorax devient moins sonore dans toute la partie qui correspond au poumon ou au lobe pulmonaire dans les canaux aérifères duquel le sang s’extravase. Mais dans les cas où l’hémorrhagie est peu considérable et ne verse pas dans les tuyaux bronchiques une quantité de sang suffisante pour y occuper une grande partie de la place de Fair, le thorax conserve toute sa sonoréité. L’oreille , appliquée sur les parois de la poitrine d’un individu affecté d’hémoptysie , perçoit dans chaque expiration un bruit de râle humide à grosses bulles qui se succèdent 'lentement, et que Laënnec comparait au bruit que produisent des bulles d’air qui viennent crever à la surface d’un liquide. Ce phénomène ne se perçoit que lorsque le I sang , versé dans les bronches , est en certaine abon-

dance-, lorsqu’il est en quantité plus faible, l’on perçoit dans l’expiration un bruit de râle muqueux à petites bulles qui ne diffère du râle crépitant humide qui s’entend à la période de diminution des pneumonies, que parce qu’il est beaucoup plus rare, et du bruit de craquement, qui s’entend dans les parties des poumons affectées de tubercules miliaires crus , qu’en ce qu’il est plus humide et nullement mêlé de sibillance comme ce dernier. Quand la quantité de sang versée dans les bronches est assez considérable pour y gêner le passage de l’air, il y a diminution si prononcée du bruit de la respiration , que l’on cesse de percevoir les inspirations et les expirations seulement un râle muqueux à grosses bulles s’entend distinctement dans les gros tuyaux bronchiques vers le sommet des poumons P O st ér leur emen t .

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