‹ Traité philosophique de médecine pratiqueChapitre 34 sur 61 · DES ENTÉRO-HÉMORRH\GIES · texte numérisé non relu

DES ENTÉRO-HÉMORRH\GIES

éprouvent les accidents que nous décrivons ; il n’est point accéléré la peau n’a point de chaleur anomale les urines sont ordinairement rares et brûlantes.

Ces accidents se prolongent en venant par accès , surtout la nuit 5 pendant un temps qui varie de deux ou trois jours à deux ou4rois semaines , à moins que l’hémorrhagie ne se manifeste ou qu’on ne détermine leur cessation par une hémorrhagie artificielle.

Il n’est pas très-rare d’observer en pratique ces douleurs abdominales tormineuses; l’on méconnaît souvent leur nature et leur mode de terminaison parce qu’on ne suppose pas l’imminence d’une hémorrhagie intestinale.

400. La terminaison naturelle et la plus rapidement heureuse de tous ces accidents est la manifestation de l’hémorrhagie intestinale 5 qui les fait ordinairement cesser presque immédiatement. L’hyperaimie intestinale qui produit ces accidents cesse alors par l’hémorrhagie. Ce n’est pas cependant le seul mode d’heureuse terminaison de ces douleurs tormineuses *, elles disparaissent quelquefois par l’invasion d’une épistaxis, d’une sueur générale, ou même de selles liquides. Il arrive même , mais ce cas est fort rare , que la disparition de ces accidents se fait progressivement.

Dans ce cas, l’hyperaimie qu’ils représentent cesse par une sorte ]de résolution progressive. Cette résolution est néanmoins rarement complète; les malades restent pendant long-temps avec les symptômes moins graves de molimen hémorrhagique (SgS), et le plus souvent ces derniers symptômes reprennent plus tard toute l’intensité de ceux de la colique hémorrhagique, jusqu’à ce qu’une exhalation sanguine dans l’intestin soit venue les terminer définitivement.

401. L’hémorrhagie intestinale déclarée présente de Les symptômes

1 1 • f 1 ente r o ~ li e*

grandes dinerences , selon qu elle occupe les intestins greles morrhagies diiou les gros intestins. La maladie a une forme mixte dans le cas assez fréquent où l’hémorrhagie survient à la fois audessus et au-dessous du cæcum.

fhag tins grêles.

Symptômes de 402. L’entëro-hëmorrhagie des intestins grêles peut sema-

fhagie des intes* nifester sans prodromes , ou plutôt l’extravasation du sang peut survenir presque en même temps que les symptômes de l’hyperaimie intestinale^ qui existe nécessairement avant elle ou au moins en même temps. C’est ainsi que les choses se sont passées dans deux des observations précédentes (Sgd).

Une douleur de colique obtuse occupant principalement la région ombilicale ^ avec une douleur lombaire gravative d’une intensité modérée, se manifestent d’abord*, presque immédiatement après , les malades éprouvent un sentiment de défaillance et un frisson général plus ou moins prononcé. Dans les cas graves , le frisson se prolonge , le malade tombe dans la syncope, le pouls devient à peine perceptible, ou même s’efface complètement; les pommettes, les lèvres, les ailes du nez, se décolorent.[Si la maladie persiste, ou si, après avoir diminué temporairement, elle reparaît, la débilité devient de plus en plus grande ; elle est bientôt telle que la vie ne peut plus continuer; le malade ne sort plus alors de l’état de demi-syncope jusqu’à ce que la mort vienne terminer tous ces accidents.

Quand la maladie a une moindre intensité, le malade , une fois sorti de la défaillance dans laquelle il est tombé, reprend peu à peu des forces; le pouls, déprimé et affaibli, devient plus large et moins dépressible ; il se manifeste encore de temps en temps quelques douleurs de coliques ; des selles sanguines , noirâtres, floconneuses, arrivent quelquefois dès le jour même , mais le plus souvent le lendemain.

La maladie ne se termine pas toujours aussi promptement; il n’est pas rare de voir les accidents se reproduire plusieurs fois dans une même journée ou à des intervalles plus éloignés, mais toujours peu considérables. Chaque nouvel accident a.]Oute à la faiblesse du malade, et devient ainsi plus dangereux que le précédent. Des selles de sang, accompagnées de quelques dôuleurs de colique ,

DES ENTÉRO-HÉMORRHAGIES.

se reproduisent dans les intervalles. Cependant ces accidents se calment *5 le malade reste affaibli^ décoloré, et dans un état d’oligaimie^ les forces se rétablissent lentement, et la convalescence se confirme.

4o5. Le tube intestinal reste ordinairement irritable dans la convalescence de l’entéro-hémorrhagie , au point que des douleurs profondes vers l’ombilic, des coliques sourdes , et fréquemment des selles diarrhéiques liquides sont produites par l’ingestion des aliments , même les plus doux, pris en quantité très-modérée. Ces symptômes intestinaux , avec une faiblesse considérable , une décoloration générale , des palpitations qui reviennent dès que les malades se livrent à des mouvements d’une certaine étendue , persistent ordinairement dans la convalescence pendant un temps plus ou moins long ; ils diminuent progressivement, et finissent par disparaître à mesure que les téguments reprennent leur coloration , et que l’appareil circulatoire récupère toute son activité pour la réparation progressive du sang perdu.

4o4* Les hémorrhagies des gros intestins ou les flux i-entS^hémorhémorrhoïdaux sont le plus ordinairement loin d’avoir toute la gravité des hémorrhagies que nous venons de dé- hémorrhoïcrire.

Leur invasion est tantôt progressive , tantôt rapide. Dans le premier cas , le malade rend par l’anus , à chaque effort de défécation, une petite quantité de sang au lieu de matières fécales. Ces évacuations sanguines se' renouvellent à chaque fois que des gardes-robes surviennent. Les matières fécales sont alors mêlées à du sang noir liquide , dont la quantité est variable, mais toujours assez faible. Si l’invasion de l’hémorrhagie est brusque , le malade rend subitement à l’occasion d’un besoin de défécation, et souvent sans que ce besoin se fasse sentir avant le passage du sang à l’anus , une plus ou moins grande quantité de sang noir et liquide -, un sentiment de vacuité remarquable dans l’ab-

domen accompagne cette excrétion sanguine, dont le produit détermine à son passage une sensation de chaleur et de brûlure à l’extrémité du rectum.

Le flux de sang se reproduit ainsi par intervalles deux ou trois fois par jour, surtout le matin, pendant un temps variable. S’il devient très-abondant, ou même si les premières évacuations ont été considérables , le malade tombe rapidement dans l’oligaimie , pendant laquelle il ne reste ordinairement qu’un léger flux de sang.

Le flux hémorrhoïdal n’est pas le plus souvent trèsabondant; mais il se reproduit , dans le plus grand nombre des cas, pendant plusieurs jours et même pendant plusieurs semaines. Quelquefois le flux de sang alterne avec des évacuations séreuses provenant par exhalation, comme le sang lui-même, de la muqueuse du gros intestin, et qui sont quelquefois rendues aussi sans efforts de défécation.

405. Dès que le flux de sang se manifeste, il arrive le plus ordinairement que les accidents précurseurs cessent complètement avec rapidité. Dans beaucoup de cas même, la cessation de ces accidents précède de quelques heures l’issue du sang par l’anus. On observe néanmoins des cas dans lesquels tous les symptômes du molimen ou de la colique hémorrhagique persistent nonobstant la manifestation du flux de sang. Si pourtant le flux continue , ces accidents ne tardent pas à disparaître et la congestion sanguine à laquelle ils se rapportent cesse par l’issue du sang.

406. Si le flux de sang se suspend, gn voit presque toujours se reproduire à un certain degré les symptômes précurseurs , à moins que le flux n’ait été assez considérable et n’ait diminué progressivement. Il n’est pas rare de voir successivement plusieurs alternatives de colique et de flux de sang. On a coutume d’attribuer la reproduction de la colique à la suppression du flux sanguin. Il est certain que cette suppression, déterminée accidentellement ou à des-

DES ENTÉRO-HÉMORRIÏAGIES. 223

sein , est en effet le plus souvent suivie de la colique ou de la manifestation des symptômes d’une congestion hémorrhagique sur quelque organe éloigné. Cependant il est certain qu’il arrive souvent aussi que la suppression du flux est l’effet et non la cause des accidents que nous signalons, lesquels sont alors évidemment primitifs.

407. L’hémorrhagie intestinale est toujours une maladie m^rrhagitr ^naiguë quand elle a son siège dans les intestins grêles ; mais il n’en est pas de même des hémorrhagies des gros intestins. Il est peut-être plus ordinaire d’observer celles-ci à l’état chronique ; ou au moins si le flux sanguin et les accidents qui s’y rattachent ont souvent une marche aiguë , on voit le plus souvent les uns et les autres récidiver si fréquemment qu’ils deviennent ainsi une vraie maladie chronique à accès se reproduisant à des intervalles plus ou moins éloignés.

Quand l’hémorrhagie des gros intestins se manifeste pour la première fois , ou lorsqu’elle se montre par récidive après un long intervalle, les pertes de sang par l’anus durent le plus ordinairement huit à dix jours au plus, et encore pendant ce temps sont-elles de moins en moins considérables , car elles s’interrompent chaque jour pendant des intervalles plus longs. Lorsque cette hémorrhagie devient chronique , elle est ordinairement peu abondante , le sang excrété n’est même souvent que de la sérosité sanguinolente*, mais l’écoulement continue à se reproduire tous les jours , et même souvent plusieurs fois par jour, avec de nombreuses variations quant à sa quantité, pendant des mois entiers.

4o8. Les hémorrhagies intestinales, et surtout celles Récidives des qui occupent les gros intestins , récidivent avec une extrême facilité, au point qu’il est rare qu’on n’en soit affecté qu’une seule" fois en sa vie. Leurs retours se montrent souvent d’une manière périodique régulière plusieurs fois chaque année, quelquefois tous les mois. L’hémor-

224 HÉMORRHAGIES DES ME3IBRANES MUQUEUSES.

rhagie qui revient ainsi périodiquement est le plus ordinairement aiguë , mais quelquefois elle est chronique.

A mesure que ces hémorrhagies périodiques se renouvellent, les symptômes précurseurs deviennent de moins en moins intenses. La colique hémorrhagique ne se montre plus dans ces cas que comme un épiphénomène motivé par des causes accessoires et par des dérangements dans la manifestation facile du flux sanguin.

d ^fl 4P9* Les hémorrhagies des gros intestins, une fois éta-

rhoïdaL blies dans l’organisme comme une maladie habituelle à accès revenant par intervalles plus ou moins réguliers , constituent une sorte de fonction supplémentaire qui se coordonne avec les autres fonctions (67, 58) , et se lie ainsi à l’équilibre général de l’organisme. Toutefois cette hémorrhagie est rarement conservée toute la vie par ceux qui en sont atteints; il est rare qu’ils la présentent après leur soixantième année quand elle a commencé dans la jeunesse. La durée totale de cette maladie hémorrhagique chronique est le plus souvent de, vingt-cinq à trente années.

Lorsque cette maladie chronique approche de sa terminaison , les attaques deviennent plus éloignées, ou , le plus souvent, elles se reproduisent comme d’ordinaire ; mais le flux devient de moins en moins considérable. Dans quelques cas, la maladie semble se terminer violemment par une ou deux attaques d’hémorrhagie hémorrhoïdale très-considérable. Il arrive très-fréquemment à cette époque delà cessation du flux hémorrhoïdal ancien qu’il se produit dans l’économie des afléctions morbides de nature variable , particulièrement des diacrises ou des hétéro-sarcoses qui sont chroniques et sont toujours d’une grave conséquence. On voit souvent alors se manifester des hémorrhagies supplémentaires sur d’autres organes , ou au moins un état pléthorique ou d’hyperaimie locale sur des parties très-diflérentes de celles qu’aftèctent la maladie , ou sur des parties anatomiquement connexes avec elles. C’est

DES ENTÉRO-HÉMORRHAGIES.

Cest ainsi que des hyperaimies hépatiques, gastriques,

spléniques , se remarquent souvent dans ces cas. division

Æii. Les hémorrhagies intestinales se manifestent moins entéro-hé-

^ ^ morrhagies en

fréauemment comme lésion symptomatique, que les au- idiopathiques et

^ ^ symptomati-^

très hémorrhagies. Il n est guère de maladie plus commune que l’hémorrhagie des gros intestins*, il est pourtant assez rare de la rencontrer comme phénomène secondaire d’une autre maladie. Cependant cette entéro-hémorrhagie se voit chez des personnes qui sont affectées de lésions chroniques du foie ou de la rate, de nature à mettre obstacle à la circulation du sang dans les rameaux de la veine-porte. Elle se présente aussi dans les "ulcérations inflammatoires des intestins, surtout dans les fièvres graves, de même qu’elle s’observe par suite des carcinomes abdominaux , et principalement par suite de ceux de la muqueuse des intestins.

4-12. Les flux hémorrhoïdaux sont souvent compliqués desTntè^^-héavec les tumeurs hémorrhoïdales, et le gonflement de ces tumeurs et même leur rupture arrivent souvent comme prodromes du flux sanguin-, néanmoins ces deux affections se manifestent souvent indépendamment l’une de l’autre. La coïncidence de ces deux lésions hémorrhagiques, l’une par exhalation sur la muqueuse, et l’autre infiltrée dans le tissu sous-muqueux, qui tirent leur origine de vaisseaux communs , se comprend facilement , mais la communauté de causes immédiates à l’une et à l’autre, puisqu’elles se manifestent sous l’empire du trouble de la circulation dans un même appareil vasculaire, la difficulté de distinguer le flux sanguin provenant par exhalation des intestins de celui qui provient des tumeurs hémorrhoïdales, les font aisément confondre.

4i3. L’hémorrhagie intestinale est une maladie sporadique *, cependant elle s’est montrée épidémique sur les ouvriers d’une galerie de mine de houille à Anzin en i8o5 (4i5, 4^2), Cette maladie se caractérisait par des déjections noirâtres avec météorisme du ventre , douleurs ab-

dominales J dépression immédiate des forces et décoloration générale. L’état d’oligaimie consécutive, annoncé par la pâleur générale, l’affaissement de tous les vaisseaux apparents, les palpitations et la faiblesse excessive, futp or té si loin qu’il induisit en erreur Hallé, qui décrivit cette maladie comme une anémie essentielle ^ .

Art# II. Des altérations des organes dans les entéro-hémorrhagîes.

Épanchement 4^4» Lc premier désordre qui se présente à l’ouverture

du sang dans le« i ^i9rir i« i r

tube digestif, du cadavre apres i entero-nemorrnagie est la présence dans le tube intestinal d’une plus ou moins grande quantité de sang. C’est un liquide d’un rouge violâtre ,/mêlé de flocons de mucus, de grumeaux de matière jaune demisolide, et de petits caillots noirâtres fibrineux, à demicoagulés. ^

État delà mu- 4i5. Le poiut du tube intestinal où commence à se pré-

2aie^*^ senter l’épanchement de sang indique ordinairement d’une manière assez exacte le lieu où il s’est opéré. La muqueuse à la surface de laquelle le sang s’est ainsi exhalé présente une teinte rouge foncée, provenant du sang qui semble s’être combiné avec elle. Cette couleur est plus prononcée dans les parties du tube digestif qui se trouvent déclives par la supination*, elle est uniforme sur toute la muqueuse intestinale; il faut quelquefois une macération assez prolongée pour l’enlever.

La muqueuse intestinale, injectée et pénétrée de sang, présente le plus souvent un certain degré d’épaississement; elle ne nous a pas paru plus molle que dans l’état sain. Les artères et les veines des intestins sont très-gorgées de sang jusqu’à la racine du mésentère. Dans d’autres cas , la muqueuse intestinale , de la surface de laquelle le sang s’est exhalé , est à peine injectée, quoique une très-grande ' quantité de sang soit épanchée dans le tube digestif.

* Journal de méd,, chirurg* et pharmacie , de Corv isart , Leroux etBoyer 1. 1, p. d, 7i et 13S.

DES ENTÉRO-HÉMORMAGIES.

Ainsi après l’hémorrhagie des intestins , . comme après celle de l’estomac , le tissu de la muqueuse est exempt de lésion morbide. Lobstein rapporte aussi qu’il n’a trouvé aucune trace d’altération physique sur le cadavre d’un homme de soixante ans qui mourut d’une hémorrhagie intestinale à la suite d’une fièvre intermittente

416. Nous décrivons l’état des organes après l’entérohémorrhagie d’après cinq observations, dans trois desquelles les autres viscères abdominaux ne nous ont présenté aucune lésion. Dans les deux autres, la rate était volumineuse et très-gorgée de sang, et toutes les divisions principales de la veine-porte , et le tronc même de cette veine, étaient gorgés de sang. Nous n’avons cependant trouvé aucune trace d’obstacle à la circulation dans ces vaisseaux. Nous n’avons disséqué qu’un cadavre d’un sujet mort après avoir éprouvé depuis trois jours une entérohémorrhagie abondante des gros intestins. La fin du colon, sur une longueur de huit pouces, elle rectum contenaient environ quatre à cinq onces de sang brun liquide ; la muqueuse de la fin du colon , sur la longueur d’un pied , était le siège d’une injection sanguine très-prononcée, sans aucune altération dans sa texture. Cette injection avait évidemment son siège dans les artères intestinales. La petite mésaraïque était injectée dans toutes ses branches et ses divisions , ce qui rendait très-apparentes jusqu’à ses moindres radicules ; les autres branches d’origine de la veine* porte , et ce vaisseau lui-même , n’étaient nullement gonflési Il en était de même du foie et de la rate. Les vaisseaux lymphatiques chylifères étaient remplis de sang , mais le réservoir dePecquet et le canal thoracique étaient vides. La mort avait été l’effet d’une pneumonie compliquée de péricardite.

Nous avons plusieurs fois examiné la muqueuse des gros intestins sur les cadavres de personnes sujettes à des

* Traité d’anatomie path. , i, i, lib, î, p, 205, § 249.

flux de sang par Tanus. Cette membrane est pénétrée dW plus grand nombre de vaisseaux capillaires que dans Tétât ordinaire J depuis Torigine du colon descendant jusque vers le milieu du rectum. L’injection capillaire ne se prolonge jusqu’à Tanus que lorsqu’il existe des tumeurs hémorrboïdales.

417. L’engorgement des rameaux et des branches des veines mésaraïques ne se montre quelquefois qu’à un faible degré chez les sujets qui ont eu des entéro-hémorïhagies. Après les flux sanguins chroniques provenant des gros intestins , laprésence de cet engorgement est rare ; mais la congestion sanguine dans les veines mésaraïques est très-considérable quand l’hémorrhagie intestinale a été consécutive à un obstacle à la circulation dans la veineporte , dans le foie ou dans la veine-cave ascendante. L’hémorrhagie est alors évidemment l’effet de la gêne que cet obstacle oppose à la circulation. C’est une hémorrhagie symptomatique qui ne provient pas pour cela des rameaux de la veine-porte, comme on le pensait anciennement, mais qui provient des capillaires artériels afférents , dont le sang n’est plus enlevé par les veines à mesure qu’il arrive (106).

418. L’hémorrhagie peut être assez considérable pour vider complètement les vaisseaux et décolorer tous les tissus. L’ouverture du cadavre d’un ouvrier qui succomba avec des accidents fébriles intenses survenus pendant qu’il était affecté de la maladie épidémique hémorrhagique des mines d’Anzin (43^5, 422 ), montra que tous les organes étaient décolorés tous les vaisseaux artériels et veineux du corps étaient vides de sang , et ne contenaient qu’un peu de liquide séreux; la chair du cœur était pâle, comme si elle eût été macérée; l’estomac était à demi plein d’un liquide de couleur lie de vin , dont le duodénum et le jéjunum étaient également enduits. Il est à regretter que l’état de la muqueuse gastro-intestinale n’ait pas été décrit.

DES ENTERO““HEMOKRHAGlES,

419. Après les entéro-liémorrhagies symptomatiques, les État des viscè-

. J , P ^ 1 après les en*

dissections des cadavres tont reconnaître, avec les lésions téro-hémorrhaconstitutives de cette maladie , celles qui appartiennent aux tiques, états morbides dont elle est le résultat. Ainsi l’on rencontre après Tentéro-hémorrhagie qui survient dans les entérites et aux ulcérations tous les désordres qui se lient à l’inflammation du tube digestif (433). Ainsi les lésions propres aux carcinomes du tube intestinal se trouvent fréquemment avec celles de l’hémorrhagie symptomatique de cette dernière maladie (43o). On constate les mêmes coïncidences avec les lésions chroniques du foie et de la rate, et avec les maladies qui ont entraîné l’obstruction des vaisseaux abdominaux artériels ou veineux.

Art. III, Étiologie de l’entéro-hémorrhagie.

42 OL. Nous ne connaissons presque rien de précis sur les causes propres à l’entéro-hémorrhagie idiopathique. Elle peut très-probablement être produite ou au moins favorisée par les causes que l’observation a fait rapporter àla production de toutes les hémorrhagies (79 et sqq,). Parmi ces dernières , l’une des plus actives , quant à la maladie qui nous occupe, nous a semblé être l’état pléthorique et l’abus des boissons alcooliques. C’est surtout chez des sujets placés dans ces conditions que nous avons observé le plus souvent les congestions et les hémorrhagies intestinales.

421. Parmi les causes qui peuvent produire cette mala- Vers intesli"

J, „ P , ^ ^ ^ naux considérés

die, il laut aussi placer la présence du tænia dans les intes- comme cause da

, T r • • l’entéro- hémor-

tins. Le tait suivant, rapporté par Schmidtmann , estunrbagie. exemple d’entéro-hémorrhagie par cette cause ^ .

Une femme âgée de trente-neuf ans avait depuis plusieurs semaines de violentes coliques , qu’elle rapportait à la région ombilicale , et qui étaient si intenses, qu’elle ne pouvait même supporter le poids de ses couvertures.

Ses règles avaient paru huit jours auparavant , lors-

* S anima obs, mecL, vol, m, p, 43, $ x.

23o hémorrhagies des membranes muqueuses,

qu’à la fin d’une journée durant laquelle elle s’était bien portée y elle rendit subitement , après avoir réitéré cinq fois des efforts d’excrétion alvine ^ une si grande quantité de sang par les selles, qu’elle tomba en défaillance et dans un état de débilité voisin de la mort. Cette excrétion sanguine se renouvela deux fois avec la même abondance. Le pouls était vide et très-petit. Une poudre astringente , composée d’alun et de gomme Kino, fut prescrite , ainsi qu’un régime doux et tenu. La malade se rétablit. Trois mois après , elle eut par intervalles des douleurs gravatives dans le ventre, et elle rendit plusieurs aunes de tænia. Au bout de quelques jours, nouvelle évacuation de sang par les selles, mais peu considérable. Une poudre vermifuge^ fut conseillée, et, après deux jours de son usage , elle rendit un peloton de tænia et de vers lombrics. Schmidtmann y reconnut deux tænias ayant chacun leur tête, et tous deux de l’espèce du Tænia solium^ L, et trois vers lombrics. Cette malade fut alors si complètement rétablie, qu’elle n’eut aucune rechute. Cependant ses menstrues ne revinrent jamais : elle mourut seize ans après, d’une hémorrhagie de poitrine,

A l’occasion de cefait,Schmidtmannrappelleque Erhard a publié, en 1818% un exemple de semblable hémorrhagie des premières voies, qui guérit par l’expulsion de vingtun lombrics. Ces hémorrhagies provenait-elles de l’érosion des intestins par les vers? Le rétablissement immédiat de la malade après l’expulsion des vers ne permet guère de le penser : l’érosion aurait certainement entraîné une phlegmasie qui aurait eu une certaine durée.

Respiration A22. Les causes SOUS l’influeuce desquelles se produisent

de gaz délétères ^

considérée com - les entéro-hémorrhagies étant presque toutes propres aux

me cause de u i. 4. x a

i’entéro-hémor-

* Cette poudre était ainsi composée : Pr, limaille d’étaîn 48 gr., poudre de racine de fougère mâle 36 gr,, poudre de semence de cévadille 6 gr,; diviseîs en 24 doses , dont quatre seront administrées chaque soir.

^ Medicin, cliirurgische Zeitung, vol. i, p. 383. 1818,

DES ENTÉRO-HÉMORRHAGIES. 23l

malades^^il n’est pas étonnant que cette maladie ne se manifeste en général que sporadiquement.c Cependant il peut arriver que la maladie se développe à la fois sur un certain nombre d’individus exposés à une même cause. C’est ainsi qu’à Anzin, en 1802 , la maladie affecta à la fois presque tous les ouvriers qui travaillaient dans une galerie de mine où l’on reconnut la présence accidentelle d’une grande quantité de gaz hydrogène sulfuré (4i3)* Le docteur Defermon nous a fait voir, en 1829, une fille affectée d’une gastro-entéro-hémorrha*gie qui l’avait amenée au plus haut degré de l’oligaimie , et qui persistait depuis trois jours. Cette maladie s’était manifestée le lendemain d’une nuit passée dans une petite chambre où se trouvait un tuyau à gaz hydrogène pour l’éclairage, dont le robinet avait été laissé ouvert par oubli. Le bec par où le gaz sortait était situé immédiatement au-dessus du lit de cette fille , qui jusqu’à cette maladie avait été en très-bonne santé. La respiration du gaz hydrogène sulfuré et carboné serait- elle donc une cause de gastro-entéro-hémorrhagie ?

423. Parmi les entéro-hémorrhagies, celles dont la fré- Causes des flux quence est la plus grande , et dont on est le plus souvent

dans le cas de rechercher les causes , sont les hémorrhagies des gros intestins , qui constituent les flux hémorrhoïdaux,.

Leurs causes sont en général peu connues , et sont plutôt, quant à la production de la maladie , prédisposantes que déterminantes.

424. Les flux hémorrhoïdaux sont plus communs dans les pays froids que dans les pays chauds. P. Frank ne voit dans cette circonstance, qui n’est peut-être pas elle-mêïne au-dessus de toute contestation , que le résultat de l’action du froid qui refoule le sang de la périphérie au centre , et l’abus parmi les peuples du Nord des liqueurs spiritueuses ^ •

Ces causes ne peuvent évidemment agir que comme pré-

' Epit, de curandis hom, morbîs; class. v, ord. iii, gen, v, § 621. '

252 HÉMORRHAGIES DES MEMBRAiiES MUQEElîSES.

disposantes ^ il en est de même du régime alimentaire lia- Lituel trop stimulant , de l’influence de l’ingestion des boissons chaudes et spiritueuses , de l’abus des clystères , de l’équitation , etc.

425. L’âge viril est celui où les flux hépiorrhoïdaux se montrent le plus souvent ; c’est qu’à cet âge de la vie les congestions sanguines abdominales sont aussi communes que les congestions cérébrales sont faciles chez les enfants et chez les vieillards c’est aussi à cet âge que la pléthore , cet élément principal de toutes les hémorrhagies, survient le plus fréquemment.

426. La cessation du flux menstruel à l’âge critique est assez fréquemment l’occasion de la manifestation du flux liémorrhoïdal , qui alors remplace l’hémorrhagie fonctionnelle de l’utérus , et se renouvelle comme elle à des intervalles réguliers et comme périodiques.

427. La disposition presque verticale de la petite veine mésaraïque etl’absence de valvules dans cette veine, comme dans toutes celles qui concourent à produire la veine-porte, favorisent la congestion du sang dans les capillaires du colon et du rectum, et prédisposent ainsi ces parties aux byperaimies , et par conséquent aux hémorrhagies sur leur surface interne exhalante.

428. Le flux hémorrhoïdal est certainement l’une des hémorrhagies à la production de laquelle concourt le plus directement une prédisposition héréditaire. On ne peut expliquer que par cette cause la manifestation si fréquente de cette hémorrhagie sur tous les membres d’une même famille, placés d’ailleurs le plus souvent dans des conditions très-différentes.

429. L’administration des purgatifs drastiques aux individus prédisposés à ces hémorrhagies détermine souvent leur manifestation , et même les rend parfois trèsabondantes. Nous l’avons plusieurs fois constaté. Ces hémorrhagies ne s’observent presque jamais qu’une seule

Page 1