CHAPITRE V
Des Hématuries^
Définition du mot hématurie.
Division des hématuries.
Fréquence des hématuries.
456. On comprend sous le nom d’hématuries toutes les hémorrhagies qui surviennent sur les surfaces où se dépose et que parcourt l’urine depuis sa sécrétion jusqu’à son excrétion*
457. On a divisé ces maladies d’après leur siège, selon qu’elles s’accomplissent dans les reins , dans les uretères , dans la vessie ou dans le canal de l’urètre* Malheureusement ces divisions reposent moins sur des observations cliniques que sur des indications conçues dans le cabinet , au moins pour celles qui sont déduites du siège de la maladie, sur diverses régions des voies urinaires profondes. Il importe sans doute beaucoup au lit du malade de déterminer d’où provient le sang excrété par les voies d’excrétion de l’urine, principalement eu égard aux organes sécréteurs de ce liquide et au réservoir où il s’accumule. Cette distinction est sans doute quelquefois possible, mais le plus ordinairement elle ne l’est pas ; il arrive d’ailleurs que l’hémorrhagie des voies urinaires provient à la fois de ces diverses sources. Nousicomprenons donc sous le nom d’hématurie l’hémorrhagie qui s’accomplit dans les reins, dans les uretères ou dans la vessie. La seule hémorrhagie de l’urètre nous semble devoir être étudiée à part.
458. Les hématuries ne sont point des maladies fréquentes, surtout quand on en sépare les urétro-hémorrhagies. P. Frank n’a vu l’hématurie idiopathique que six fois sur quatre mille malades traités à l’Institut clinique de Pavie -, il n’en a vu qfu’une seule sur 1910 malades qu’il a reçus en sept années à la clinique de Vienne L Richter avait déjà insisté sur la rareté de l’hématurie essentielle Nous n’avons nous-même eu que peu d’occasions de voir cette
‘ Epit. de curnnd. Iiom, morb,\ lib. v,p. 111, § 62/]* ® Specîelle thérapie , yoI, m, p, 47.
BBS HEMATURIES.
maladie y aussi ne parlons-nous que d’après les observa-
tions de nos prédécesseurs, et surtout d’après celles de F. Hoffmann
Art. I, Des symptômes des hématuries.
• 45g- La manifestation de l’excrétion du sang et de l’u- hémafurûs!*'''' rine sanguinolente par Furètre est presque toujours précédée de douleur gravative aux lombes y à l’iiypogastre, et dans le fond de la vessie , vers le col de cet organe. Ces prodromes de la maladie se dissipent et se reproduisent souvent plusieurs fois sans que l’hémorrhagie survienne , mais ils se renouvellent aussi plusieurs fois après que la maladie s est déjà manifestée; ils précèdent et accompagnent alors les accès de cette maladie y qui reviennent toujours a un ou plusieurs jours d’intervalle.
460. Quand 1 hématurie est déclarée ^ aux symptômes symptômes des piécurseurs qui persistent se joignent les suivants : les Uri— clârées. nés sont ardentes; elles sont brunes et troubles, et entraînent avec elles un liquide brun rougeâtre, et même rouge et sanguinolent, qui se trouve mélangé avec elles à des degrés variables. Ces alterations de l’urine sont plus ou moins prononcées à differentes époques de la journée, pendant trois ou quatre jours, après lesquels l’urine reprend son aspect et ses propriétés normales; mais le malade continue presque toujours à éprouver des douleurs lombaires et une douleur gravative dans 1 excavation du bassin. Ces accidents sont même plus intenses après que des urines mêlées de sang ont été rejetées ; ils présagent un nouvel accès qui arrive presque toujours, et qui se renouvelle plusieurs fois pendant deux ou trois semaines. Les accès hémorrhagiques vont néanmoins en diminuant de gravité , car les douleurs diminuent à chaque paroxysme, et la quantité desang rejetée avec l’urine est aussi de moins en moins considérable.
Il est cependant assez rare que la perte de sang par les voies urinaires soit considérable. Le plus souvent le sang
' Med, rat» êystema ; t, n, part. ïî, sect. r , cap. ti.
n’est mêle à Turine qu’en quantité suffisante pour y être reconnu; il est rarement excrété presque pur.
461. Dans des hématuries graves, surtout chez des vieillards et chez des sujets qui ont une tuméfaction chronique de la prostate , le sang peut s’arrêter et s’accumuler dans la vessie avec l’urine , sans que le malade puisse le rejeter par les seuls efforts de la nature. Les symptômes dominants dans ces cas sont la distension de la vessie par l’urine accumulée dans ce réservoir, les besoins d’uriner sans résultat, une douleur gravative à l’hypogastre , etc.
462. L’hématurie n’exerce pas, au moins immédiatement, d’influence notable sur -tout l’organisme , à moins que , par une circonstance très-rare dans cette maladie , la quantité de sang perdu suffise pour amener un état de faiblesse et de décoloration générale des téguments.
463. L’hématurie sé reproduit facilement et un grand nombre de fois souvent à de courts intervalles. Dans ces cas, la pâleur générale des téguments, la faiblesse extrême du malade, quelquefois même un certain degré d’œdème des extrémités inférieures se manifestent. Il est vrai que ces accidents sont le plus souvent symptomatiques de quelque lésion profonde de texture dont l’hématurie n’est à son tour qu’un efiét. Nous avons néanmoins observé ces symptômes dans l’hématurie idiopathique.
Art. II. . Des altérations des organes dans les hématuries.
Lésions communes dans toutes les hématuries.
Altérations des organes après les hématuries qui viennent des reins
464. Nous avons été dans le cas de constater plusieurs fois les désordres intérieurs qui existaient après la mort survenue pendant des hématuries. L’altération principale que nous ayons rencontrée et qui est commune à toutes les hématuries , c’est la présence du sang plus ou moins mélangé à l’urine dans la cavité de la vessie.
465. Lorsque l’hémorrhagie provenait de la surface de la muqueuse vésicale , les uretères et les bassinets des reins ne contenaient pas de trace de sang; mais quand f’hé-
DES HÉMATURIES.
morrhagie a pris naissance dans ces parties , on rencontre du sang comme grumeleux, formant des stries de matière caillebotée à lavsurface de la muqueuse des bassinets.
Nous avons une fois rencontré les calices d’un rein remplis de sang coagulé qui enveloppait et revêtait immédiatement les mamelons ^ il n’y avait qu’une petite quantité de stries de cruor rouge brunâtre adhérentes par plaques disséminées à la surface de la muqueuse des uretères. Le fond de la vessie contenait deux ou trois cuillerées d’urine noirâtre , trouble , avec quelques caillots filandreux d’un cruor grisâtre. L’fiémorrllagie avait ei^ dans ce cas son siège immédiat dans le rein , dont tous les vaisseaux étaient gorgés de sang *, sa substance propre était d’un rouge violâtre, évidemment gorgée de sang , qui suintait par la pression qu’on exerçait sur les mamelons. La muqueuse des bassinets, des uretères et de la vessie, était tout à fait exempte d’altérations morbides.
466. Quand l’hémorrhagie a pris naissance sur la mu- Altérations qu
■*- existent après les
queuse vésicale , cette membrane est d’un rouge brun hématuries véuniforme, légèrement grisâtre. Elle contient dans sa texture une grande proportion de sang liquide qui suinte ’ sous la pression. Si la muqueuse avait perdu sa consistance et augmenté d’épaisseur , il serait impossible de distinguer la rougeur de la muqueuse , après les hémorrhagies vésicales , de celle qui se trouve dans cette membrane frappée de phlegmasie aiguë.
Cette teinte de la muqueuse vésicale produite par l’hémorrhagie n’est pas l’effet de la présence du sang déposé et accumulé dans la vessie *, nous ne l’avons pas rencontrée sur la muqueuse du bas fond de la vessie après une semblable accumulation de sang fourni par une érosion cancéreuse de la paroi supérieure de cette poche, et une autre fois après une hémorrhagie qui tirait son origine d’un anévrysme rompu de l’artère émulgente , à la surface duquel
Causes prédis posantes.
24S HÉMORRHAGIES DES MEMBRANES 31UQUEÜSES.
une adhérence s’était établie avec la cavité du bassinet du rein, et avec l’origine de l’uretère gauche.
467. Nous n’avons point encore trouvé l’occasion d’observer les désordres qui peuvent se rapporter à une hémorrhagie idiopathique survenue dans l’uretère. Nous ne connaissons même aucun fait qui établisse que cette hémorrhagie ait été rencontrée.
468. Les hémorrhagies de la vessie et des organes urinaires internes étant souvent symptomatiques , il suffit de dire ici qu’on rencontre dans ces cas , avec les désordres qui se rattachent immédiatement à la présence du sang extravasé , tous ceux qui se rapportent â la néphrite, à la cystite , aux calculs néphrétiques et vésicaux , aux carcinomes des reins et de la vessie , etc. , etc.
Art, III, Étiologie des hématuries.
' 469* Les hématuries peuvent être produites par presque
toutes les causes générales des hémorrhagies (79 etsqq.).
470. La position déclive de la vessie pendant la station, et des reins pendant que le malade est couché, prédisposent ces organes, déjà pourvus d’un grand nombre de vaisseaux assez volumineux , à devenir le siège de congestions et d’ex- . travasations sanguines.
471. C’est le plus ordinairement chez des sujets déjà avancés en âge que l’on observe les hématuries. Elles sont beaucoup plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes 3 on ne les observe même guère chez ces dernières que par suite de déviations menstruelles*, pour les hommes, l’habitude des hémorrhoïdes est une cause prédisposante des hémorrhagies vésicales , car elles sont souvent liées aux hémorrhoïdes ou supplémentaires de cette dernière hémorrhagie.
472. P. Frank a remarqué que la moitié de ceux chez lesquels il a observé des hématuries étaient des hommes habi"
DES hématuries.
Causes physiques des héma<f.
tués à l’abus des liqueurs spiri tueuses. Il a aussi remarqué que cette hémorrhagie était souvent occasionnée par l’abus
du coït.