CHAPITRE VI
Des Urétro-hémorrhagies.
5oi. Les hémorrhagies qui siègent sur la muqueuse de l’urètre , occupent le plus souvent l’e:^trémité interne de ce canal au point où il se continue avec la vessie ^ aussi les a-t-on désignées tantôt sous le nom d’hémorrhagies de l’urètre , tantôt sous celui d’hémorrhagies ou d’hémorrhoïdes du col de la vessie. Nous les comprenons toutes dans la dénomination d’ Uréiro-hémorrhagies.
Ces hémorrhagies n’ont point été décrites par le plus grand nombre des auteurs comme des maladies séparées de l’hématurie. P. Frank est le premier nosographe qui les ait considérées comme des maladies à part.
Art. I. Description des urétro-hémorrliagies.
5o2. Un homme de cinquante-huit ans, d’une forte constitution, n’ayant jamais eu d’hémorrhoïdes, se livra à des excès de table et à des marches prolongées durant cinq à six jours consécutifs, dans les vives chaleurs du mois de juillet i835. Il fut pris dans les lombes et dans toute la région dû sacrum d’une douleur gravative qui s’étendait vers les aines et à la partie supérieure des cuisses. Cette douleur obtuse ne l’empêchait pas de marcher •, il la considérait comme rhumatismale , parce qu’il avait , en effet , éprouvé plusieurs fois des douleurs lombaires , qu’il avait toujours regardées comme étant de cette nature. Il souffrait ainsi depuis trois jours, lorsqu’il sentit en urinant une ardeur très-vive sur toute la longueur du canal de l’urètre , s’étendant jusqu’au périnée. Ouelques instants après, il s’aperçut que des gouUes de
DES URÉTRO-HÉMORRHAGIES. 26 1
sang s’écoulaient par Turètre et se succédaient lentement. Ces gouttes de sang continuèrent à se présenter pendant toute la nuit suivante , durant laquelle une chaleur avec douleur gravative, et comme pulsative , plus gênante que cuisante, se faisait sentir sur tout le trajet du canal de l’urètre et surtout au périnée. Les urines déterminaient une douleur ardente sur la muqueuse de l’urètre, et exigeaient pour leur expulsion une sorte d’eftbrt insolite. Le lendemain matin le sang avait cessé de se montrer •, la douleur dans le trajet du canal de l’urètre était fort affaiblie.» Le malade se leva, mais les accidents revinrent dans la journée et firent de tels progrès, que le soir, lorsque nous le vîmes, il ne pouvait uriner que goutte à goutte , avec une douleur ardente à la base de l’urètre vers le col de la vessie •,mais le sang ne cessait de sortir par le méat urinaire, au point qu’on pouvait évaluer à plusieurs onces la quantité de ce liquide qui s’était écoulée en deux heures. L’issue du sang n’était accompagnée d’aucun besoin d’uriner. Le malade continuait à ressentir une douleur gravaüve aux lombes, à la région du sacrum et vers les aines*, il n’éprouvait aucun mouvement fébrile 5 mais le pouls était large et plein, les battements du cœur étaient vigoureux , la tête était lourde et la face colorée. Nous fîmes immédiatement pratiquer une saignée du bras et placer le malade dans un bain de siège froid. L’hémorrhagie cessa, les douleurs et l’ardeur dans le trajet de l’urètre, au moment de l’émission des urines, diminuèrent. Le lendemain tous les accidents revinrent avec autant d’intensité que la veille, l’hémorrhagie reparut même avec plus d’abondance 5 une nouvelle saignée géné” raie fut pratiquée et vingt sangsues furent posées au périnée. De ce moment la maladie cessa pour ne plus se renouveler. Les symptômes observés chez ce malade se liaient évidemment de la manière la plus immédiate à une congestion sanguine prononcée de la muqueuse urétrale et à l’hémorrhagie survenant par exlialation à la surface de
202 HÉMORRHAGIES BES MEMBRAJVES MUQUEUSES.
cette membrane dans le cas suivant , les accidents ont eu une plus grande intensité ^ principalement due à ce que lliémorrhagie avait son siège plus profondément.
Un homme de 65 ans ^ habitué à une vie molle et aux excès de table ^ avait, depuis l’âge de 3o ans, des hémorrhoïdes , qui fluaient de temps en temps dans les efforts de la défécation. Depuis six mois le flux hémorrhoïdal ne s’était pas renouvelé ; mais les tumeurs hémorrhoïdales avaient pris un volume considérable et devenaient souvent le siège de doüleurs vives. Cet homme fut pris dans la nuit, sans aucun accident précurseur , d’une hémorrhagie de l’urètre, qui s’annonça par la sortie d’une quantité de sang peu considérable par le méat urinaire. Cet accident avait cessé le matin , il se reproduisit quatre fois à l’intervalle de deux ou trois jours , mais la quatrième fois il sortit une beaucoup plus grande quantité de sang par l’urètre par gouttes et d’une manière continue. Le lendemain le malade s’aperçut que ses urines étaient rendues avec quelques efforts; elles n’amenèrent point de sang. Le soir les urines se supprimèrent; elles s’accumulèrent dans la vessie. Appelé dans le milieu de la nuit , nous reconnûmes l’hémorrhagie , qui continuait de manière qu’il sortait une goutte de sang toutes les cinq à six minutes par le méat urinaire ; la vessie était distendue par l’urine et s’élevait presque jusqu’à l’ombilic. Une algalie introduite amena environ un litre d’urines rouges, dans lesquelles nageait une matière floconneuse brunâtre, qui se déposa au fond du vase en grande quantité , et lorsque la vessie fut vide , on obtint environ une once de sang brun demi-liquide , se déposant dans les urines et s’en séparant avec une grande rapidité. Cependant l’hémorrhagie de l’urètre se suspendit après une saignée qui fut immédiatement pratiquée ; mais le malade conservait une douleur gravative à la base de l’urètre avec une sensation de chaleur sur toute la longueur de ce canal. Les urines accumulées de nouveau dans la vessie furent
BE^ URÉTEO-HÉMORRHAGIES,
extraites le soir par la sonde , qui ne fit sentir que des urines jaunes brunâtres, assez odorantes, sans mélange de sang. Les accidepts diminuèrent progressivement, et deux ou trois jours après le rétablissement était complet. Il ne fut pas de longue durée, car, au bout d’une semaine, après une nuit pendant laquelle il avait eu de la douleur gravative dans les lombes ? à la région du sacrum et au périnée , cet homme s’aperçut , au sentiment d’ardeur qu’il ressentait dans l’urètre, que du sang sortait par le méat urinaire.
Cette hémorrhagie dura, ainsi vingt-quatre heures, pendant lesquelles on put évaluer à huit ou dix onces la quantité de sa.ng qu’elle fit perdre. Les urines ne furent pas supprimées^ elles furent excrétées avec une sensation de cuisson et d’ardeur au col de la vessie et dans le canal de l’urètre. Une large saignée et l’application au périnée de trente sangsues
mirent fin à ces accidents ^ il ne resta qu une douleur gravative obtuse , qui disparut en quelques jours par l’usage des bains de siège froids, administrée deux fois par jour.
5o5. Ces observations nous montrent les formes sous lesquelles se manifestent les hémorrhagies de l’urètre. Ces maladies se rencontrent presque exclusivement chez les hommes. P. Frank parle cependant de ces hémorrhagies survenant chez des femmes , après la déviation des règles,
Soâ. Les prodromes de ces hémorrhagies consistent dans P/odrômes de s
U uretro - hemor «
une douleur gravative dans le trajet de l’urètre , au périnée , dans la région des lombes et du sacrum , se prolongeant vers les aines et jusque dans la partie supérieure des cuisses. Cette douleur est souvent accompagnée d^une vive ardeur dans le canal de l’urètre et au col de la vessie, augmentant surtout par le passage des urines. Au plus haut degré d’intensité de ces accidents , les urines ne sont excrétées qu’avec un certain effort *, elles finissent même par être retenues dans la vessie au point d’exiger l’introduction du cathéter.
5ü5. On ne peut méconnaître dans les prodromes de
Fliëmorrhagie de Furètre les symptômes d’une congestion sanguine urëtrale plus ou moins prononcée , déterminant la difficulté d’excréter les urines , par suite de l’engorgement hyperaimique des vaisseaux nombreux , qui rampent dans l’épaisseur et au-dessous de la muqueuse , à la base de Furètre , autour et dans l’épaisseur de la prostate.
5o6. Les prodromes de l’hémorrhagie de Furètre ou plutôtles symptômes de l’hyperaimie de Furètre, du col de la vessie et de la prostate, constituent souvent seuls tous les accidents éprouvés par le malade *, il est plus fréquent d’observer la maladie à ce degré qu’avec l’extravasation du sang par Furètre et dans la vessie, qui forme sa deuxième période ou la maladie confirmée.
5oy. Dès que l’hémorrhagie se déclare, le sang sort avec plus ou moins de lenteur par gouttes par l’extrémité de Furètre, sans cependant qu’il se manifeste aucun besoin d’uriner. Le sang excrété est pur et sans mélange avec les urines*, il continue à sortir, même quand l’excrétion des urines est impossible, au point qu’on se trouve forcé de les extraire par le cathétérisme. Le sang, en sortant par Furètre, ne détermine qu’un sentiment d’ardeur qui va pourtant quelquefois jusqu’à la douleur vive, tandis que chez quelques sujets peu irritables ce n’est qu’une sensation de
chaleur comme celle que produit un fluide chauffe. Le plus souvent le sang qui s’extravase dans Furètre est rejeté successivement au dehors*, mais lorsque la maladie occupe surtout la base de Furètre et le col de la vessie , le sang s’extravase dans la vessie. Cette circonstance est rare. Lorsqu’elle se présente, les urines extraites par le cathéter, ou qui sont excrétées spontanément, ont une teinte rougebrun , et laissent déposer immédiatement le sang auquel elles se sont mélangées dans la vessie.
5o8, La quantité de sang perdu dans les urétro-hémorrhagies n’est pas assez considérable et sort avec trop de len ^ teur pour déterminer l’oligaimie. L’hémorrhagie n’est
DES URÉTRO-HÉMORRHAGIES.
même pas ordinairement suffisante pour faire cesser les symptômes de la congestion sanguine sur la muqueuse de l’urètre et du col de la vessie et sur la prostate, qui forment les prodromes de la perte du sang , et qui persistent avec elle. Cependant ces symptômes diminuent jusqu’à un certain degré à mesure que le sang coule -, et lorsqu’il a cessé de se montrer, ils persistent en diminuant pendant peu de temps.
5og. Les urétro-hémorrhagies parcourent rarement toute leur durée d’une manière continue*, elles se reproduisent presque toujours comme par accès revenant à des intervalles rapprochés. Ces accès ont une durée très -variable; tantôt elle n’est que de quelques instants , tantôt elle se prolonge pendant plusieurs jours. Dans les intervalles des accès , le malade éprouve le plus souvent les symptômes précurseurs de l’hémorrhagie ; quelquefois il les ressent à un plus haut degré d’intensité que dans le début de l’hé-. morrhagie ; d’autres fois il ne conserve qu’un obscur sentiment de pesanteur et de chaleur sur le trajet et à la base de l’urètre.
5 10. Les urétro-hémorrhagies se montrent quelquefois comme des maladies chroniques et habituelles , se renouvelant par accès, à des périodes irrégulières et à l’occasion de causes qui peuvent appeler sur les organes génitaux la congestion sanguine. Ainsi les urétro-hémorrhagies que l’on voit chez des sujets hémorrhoïdaires , peuvent se reproduire pendant un grand nombre d’années sans provoquer de graves accidents. F. Hoflinann parle de ces hémorrhagies, qu’il a observées ^ Hercule Saxonia rapporte*^ qu’un Batave eut pendant cinq ans , après la cessation du
* c Nos aliquot memoria tenemus exempla, ubi certis periodis in viris et » ipso pene fluxit sanguis per aliquot hebdomades purus , salis largiter, præ- » cedente tensivo quodam in inguine ac femoribus dolore » . ( Med, rat, sijst, , t. IV, p. 11, sect. I, cap. VI, § vi^)
Opéra pract,^ lib. m, cap. iv, Pataviî, 1658,
Des urétrohémorrhagies chroniques.
flux hémorrhoïdal , des pertes de sang spontanées qui survenaient par intervalles par l’urètre , sans excrétion des urines.
Terminaisons 5 11, L’hémorrhagic de l’urètre ne se termine iamais moirhagies. d uue manière funeste pour le malade ^ au moins n avonsnous vu citer aucun exemple de fâcheuse issue de cette maladie 5 elle n’est même jamais portée au point d’amener un certain degré de débilité dans l’économie ^ parce que 1^ perte de sang est toujours peu considérable. L’accident le plus grave qui soit la suite de l’hémorrhagie de l’urètre est la rétention d’urine , qui résulte évidemment de la tuméfaction que la congestion sanguine entretient dans la pro- State et à la base de Furètre, au col de là yessie. Nous avons vu cet accident se prolonger pu plutôt se renouveler du-r rant des semaines à des inteirvalles rapprochés.
Les hémorrhagies urétro-vésicales qui se produisent comme maladies habituelles supplémentaires des hémorrhoïdes cessent d’ordinaire quand le flux hémorrhoïdal se rétablit 5 même lorsqu’elles durent depuis longtemps. G. Rolfinck a recueilli l’histoire d’un homme chez lequel des hémorrhoïdes habituelles s’étant supprimées furent remplacées par une urétro - hémorrhagie qui se prolongea pendant un grand nombre de semaines, et qui cessa subitement par le retour d’hémorrhoïdes qui ne fournissaient qu’une très-petite quantité de sang ^ Il arrive aussi que l’urétro - hémorrhagie se montre comme maladie habituelle chez des individus ^ et cesse tout-à-fait quand des hémorrhagies , en quelque sorte critiques, se substituent à cette maladie urétrale. Nous donnons habituellement nos soins à un vieillard qui avait une urétro-hémorrhagie revenant quatre à cinq fois par an, ne durant chaque fois que quelques jours et ne provoquant aucun accident sérieux. Cette maladie a cessé entièrement,
* G, Rolfinckius, Disserta anal. , lib, v, cap, 26. Noribergæ 1656.
DES URÉTRO-HÉMORRHAGIES. 267
après S'être montrée pendant six armées, par la manifestation de tumeurs hémorrhoïdales fluentes.
612. P. Frank a distingué " les urétro-hémorrhagies en division des
. ^ ^ U rétro - hémor-
deux espèces, suivant 1 intensité des accidents. Dans la d’après
, . , . , r leur intensité,
première espèce , le malade s aperçoit a peine de 1 hémorrhagie qui ne s’annonce que par l’écoulement de sang qui se fait par l’urètre*, dans la deuxième espèce, le canal excréteur de Furine est le siège d’un sentiment d’ardeur brûlante *, il y a du priapisme et tous les symptômes de la blennorrhagie cordée. Il est évident que cette dernière urétro-hémorrhagie , sur laquelle le praticien de Vienne a rapporté une observation, est une hémorrhagie symptomatique de l’inflammation de la muqueuse de l’urètre.
Dans l’hémorrhagie urétrale idiopathique , quelque intense que soit la maladie, les accidents n’acquièrent pas toute la violence qu’ils ont dans ces cas*, mais aussi le plus souvent ils sont plus graves que ceux que P. Frank as-
bénigne. Presque toujours la cou- Hpro statique se décèle au dehors par une demi-érection du pénis, et par un sentiment de chaleur et de pesanteur insolite dans cet organe , et profondément au périnée.
5i3. Nous ne pouvons rien dire de l’état anatomique des parties affectées dans les urétro-hémorrhagies. Nous n’avons jamais été dans le cas de les examiner directement.
Art. II. Étiologie des urétro-hémorrhagies.
signe à l’espèce la plus
gestion sanguine urétr(
5 14. Les sujets qui sont affectés d’hémorrhoïdes ou de Causes prc-
rtiy 1*11 11 11 1 disposantes des
flux hemorrhoidal, et chez lesquels des pertes de sang\ se «rétro - hémor^ produisent, à des époques plus ou moins fixes, par l’anus, sont ceux chez lesquels on observe le plus souvent les urétro-hémorrhagies. L’hyperaimie hémorrhagique ne reste plus alors limitée au rectum 5 elle s’étend au col de la vessie,
* Epii, de curandis honu morbîs , clas. v, ord. ni, gen, vu, § 63S.
268 HÉMORRHAGIES DES MEMBRAINES MUQUEUSES.
à la muqueuse de l’urètre^ où elle occupe plus spécialement ces parties dans les cas où l’hémorrhagie urétro-vésicale se montre comme suppléant et remplaçant celle qui se produisait habituellement par le rectum. Ces hémorrhagies ne se manifestent guère que chez des personnes déjà avancées en âge. Nous ne connaissons pas d’exemple de leur production chez de jeunes sujets^ F. Hofimann s’exprime ainsi sur la cause et la nature de ces hémorrhagies : « Les pissements » de sang critiques et salutaires arrivent par le transport » que les Grecs ont appelé métastase, soit des menstrues , » soit des hémorrhoïdes à leur cessation, ou lorsqu’elles » sont supprimées ou dérangées ’ . »
Causes dé- 5i5. Les causes physiques irritantes dirigées vers les uTeTro ouganes génitaux externes peuvent déterminer l’hémorrha-
urétrale. Ainsi les tentatives de cathétérisme sont fréquemment suivies d’hémorrhagie de l’urètre. Il est vrai que ces hémorrhagies sont le plus souvent légères. Les causes physiques dirigées vers la région du périnée, telles que les coups, les chutes, les fatigues de l’équitation, presque toutes les causes qui disposent aux hématuries ou qui les déterminent (J\ÇK^etsqq.) ont la même efficacité pour produire l’hémorrhagie de l’urètre ou du col de la vessie. La congestion sanguine entretenue sur les organes génitaux par la masturbation, par les excès vénériens, peut aussi provoquer cette maladie.
5 1 6. Les hémorrhagies de l’urètre et ducoldela vessiesont quelquefois symptomatiques de phlegmasies intenses de ces parties. Ainsi l’hémorrhagie urétrale se manifeste quelquefois comme symptôme des blennorhagies intenses (5 1 2) ; elle peut même , dans ces cas , produire une diminution dans l’intensité de la congestion sanguine inflammatoire , et par suite de la phlegmasie urétrale. L’amélioration qui résulte de cette hémorrhagie est devenue l’indication d’une prati que barbare , qui consiste à la provoquer violemment,
^ F. Hoffmann, 1. c., §\ii.
DES URÉTRO-HÉMORRHAGIES.
dans les inflammations de Furètre, qui sont portées à ce degré dans lequel le pénis en érection morbide est tenu renversé par le canal de Furètre tuméfié, et raccourci par Finflammation. Ce moyen violent qui consiste à renverser ou à tordre brusquement le pénis produit immédiatement Fliémorrhagie de Furètre, qui devient quelquefois trèsabondante dans ces cas. C’est de la même manière et par l’influence de semblables circonstances que les contusions exercées sur les organes génitaux pendant l’érection peuvent déterminer cette maladie. Nous en avons observé , à la clinique de Boyer , un exemple sur un homme qui reçut un coup de poing sur la verge en érection , au moment où il allait se livrer au coït. Il y eut une hémorrhagie urétrale qui fut abondante et qui se renouvela cinq à six fois dans les trois à quatre jours suivants , pendant lesquels il ne se manifesta cependant pas d’accidents inflammatoires des organes génitaux. Les accidents locaux ne dépassèrent pas ceux d’une douleur modérée et d’une tuméfaction peu considérable dans le pénis. Il y eut cependant rétention d’urine et nécessité d’introduire un cathéter, ce qui renouvela deux fois l’hémorrhagie. P. Frank a rapporté un fait semblable \
617. Les causes qui favorisent et provoquent la manifestation des urétro-hémorrhagies peuvent les reproduire et les faire ainsi persister dans l’économie comme maladies habituelles. C’est ainsi que quelques personnes qui ont eu des attaques intenses de ces maladies en sont reprises à un léger degré, et sans qu’il en résulte d’accidents très-sérieux, toutes les fois qu’elles se livrent au coït ou même par les seules érections du pénis. On voit quelquefois même de ces sujets avoir de légères urétro-hémorrhagies après les pollutions nocturnes , dont le fréquent retour chez eux est sans doute Feflet de Fhyperaimie des organes génitaux, laquelle n’est elle-même que le premier degré de l’élément primor-
Causos des ré cidives des uré tro ' hémorrha gies.
E'pit, de eurandis hom, morbh v, ord. iii, gen. vu, § 086.
dialdeFhémorrhagie. Le plus grand nombre des personnes affectées de ces maladies sont en même temps sujettes aux hémorrhoïdes.
Art. III. Diagnostic des urétro-hémorrhagîes.
Diagnostic dif- 5i8. Les liémorrhagies de l’urètre et du col de la vessie
ferentieldesuré- ^ ^ ^
tro - hémorrha- constitucnt cette hémorrhagie que les anciens, d après Cœ-
gies et des hé- . » . . , .. .
maturies. lius Aurelianus , appelaient hémorrhoïdes de la vessie. Ces hémorrhagies ne peuvent être confondues qu’avec les hématuries ; elles en diffèrent par cette circonstance que le sang qui sort par l’urètre sort sans se mélanger avec l’urine, sans que le malade éprouve même de besoin d’uriner. Lorsque le sang extravasé au col de la vessie s’accumule dans cet organe, il ne se mélange que très-imparfaitement avéc l’urine. L’effort plus ou moins considérable que le malade est obligé de faire pour excréter les urines, et fréquemment la rétention absolue des urines dans la vessie , par l’obstacle que la tuméfaction delà base de l’urètre , effet immédiat delà congestion, oppose à leur passage, sont des signes suffisants pour caractériser ces maladies.
- 5 19. La coïncidence d’hémorrhoïdes , ou la manifesta-
tion des accidents du côté de l’urètre et de la vessie , à la place de symptômes hémorrhoïdaux auxquels le malade était habitué , sont des circonstances si fréquentes qu’elles sont d’un grand poids pour le diagnostic de ces hémorrhagies, et surtout pour le diagnostic de la congestion sanguine hémorrhagique qui se montre si souvent seule et sans extravasation sanguine, au point qu’elle est une cause assez fréquente des rétentions d’urine qui surviennent aux vieillards hémorrhoïdaires.
Art. IV. Prognostic des urétro-hémorrhagîes.
urét?o°-^hem^^ ^^0. Lcs urétro-hémorrhagics DG sont jamais par elles-
pérar^ sé- jnêmes des maladies dangereuses^ quand elles sont considérables et qu’elles se manifestent avec intensité , elles déterminent des symptômes pénibles qui inquiètent beau-
URÉTRO“HÉ]VïOKRHAGIES, 2*^ î
coup les malades; elles ne deviendraient dangereuses que si on les exasjiëraitpar un traitement mal conçu. La rétention d urine est le plus grave des accidents que ces maladies déterminent 5 souvent elle ne devient dangereuse que lorsque le cathétérisme qu’elle nécessite est fait sans précaution , ou par les accidents d’inflammation que l’opératiôn peut déterminer dans le bas-fond de la vessie, chez les sujets dont cet organe est très-irritable, ou qui ont été obligés dé se soumettre un grand nombre de fois à l’introduction de la sonde.
521. Un est pas rare de voir des personnes qui conservent pendant des années , sans en éprouver d’accident , des uretro-hemorrhagies qui se reproduisent par intervalles à là manière du flux hemOrrhoïdal , souvent en même temps que ce flux, et quelquefois alternativement avec lui (5 lo). Il ne faut cependant pas rester dans une complète sécurité sur l’issue de ces urétro-hémorrhagies chroniques, et devenues presque habituelles. La répétition de la congestion sanguine sur l’urètre et sur la muqueuse du col de la vessie et sur la prostate finit par y déterminer et y entretenir une subinflammation qui peut être assez faible pour exister long temps sans se deceler par des symptômes directs , et qui n’en finit pàs moins par entraîner une induration et une tuméfaction de ces parties , laquelle devient le point de départ des gonflements prostatiques et des catarrhes du col de la vessie , qui entraînent tant d’accidents si graves dans l’âge avancé.