SECTION TROISIÈME
DES HEMORRHAGIES DES MEMBRANES SEREUSES,
564. On trouve dans les auteurs un assez grand nombre Appréciation
T rt . T , , , des faits publiés
de taits sur des epanchements de sang survenus sans rup- sur les hémor-
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ture ni érosion des parties environnantes dans des cavités branes séreuses, revêtues de membranes séreuses. C’est surtout dans la poitrine ou dans l’abdomen que des extravasations de sang se sont ainsi produites. On a recueilli des observations sur des exhalations de sang dans le péricarde; on a aussi conservé l’histoire de semblables épanchements trouvés dans la tunique vaginale Il est cependant impossible de tracer, d’après ces faits épars , une histoire générale de ces hémbrrhagies splanchniques , car on ne trouve pas en eux
* Consultez sur ces faits V Histoire ^philosophique ef médicale des causes des Hémorrhagies y par Latour, Paris, 1815, 2 vol. in-8.
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ces caractères communs à tous , et distincts en même temps ^ qui constituent les individualités morbides ^ et qui sont indispensables pour qu’on puisse considérer les lésions auxquelles ils se rapportent comme des maladies à part. On est même forcé de reconnaître, en soumettant ces faits à une rigoureuse analyse, que toutes les hémorrhagies sur lesquelles on a publié des observations complètes et recueillies avec des détails suffisants, n’ont été que des lésions secondaires , qui ne peuvent être considérées que comme des épiphénomènes graves d’une maladie d’une tout autre nature.
Un individu bien portant est pris subitement d’une violente douleur abdominale, accompagnée de nausées et de vomissements •, cette douleur devient en quelques heures d’une excessive intensité-, la face se décolore , les traits se crispent, une sueur visqueuse enduit les tempes et les côtés du cou; le pouls s’accélère, devient irrégulier et concentré; des mouvements spasmodiques occupent tous les muscles; des défaillances se succèdent; les forces,* rapidement brisées , se dépriment de plus en plus,; le ventre , pendant ce temps-là, se ballonne et ne peut supporter la moindre pression; la mort arrive ordinairement dans les vingt- €[uatre heures. A l’ouverture du cadavre, on trouve le ventre rempli de sérosité rouge, dans laquelle nagent des flocons fibrineux d’un rouge grisâtre; une exhalation de sérosité sanguinolente s’est faite évidemment dans la cavité de la séreuse abdominale; mais le péritoine est tàpissé d’une couche mince d’albumine coagulée, et plus ou moins teinte par la matière colorante du sang ; des anses intestinales sont agglutinées par cette couche albumineuse plastique. Le réseau des vaisseaux capillaires sous-péritonéaux, surtout sur la convexité du cylindre des intestins , est injecté et devenu très apparent; souvent on reconnaît déjà une facilité plus grande à détacher sur ces points le péritoine des couches adjacentes. On ne peut sans doute considérer
. hémorrhagies des membranes séreuses. 3o5
comme une hémorrhagie essentielle cette maladie qui a - présenté tous les caractères d’une péritonite très intense, dans laquelle l’exhalation a entraîné avec la sérosité du sang une certaine proportion de la matière colorante et fibrineuse de ce fluide. Les mêmes caractères de phlegmasie existent quand l’exhalation s’est opérée dans les plèvres , dans la poche péricardiaque ou dans l’arachnoïde^. Toujours elle s’est manifestée avec les douleurs intenses et tous les accidents excessivement graves d’une phlegmasie sur-aiguë ^ toujours l’ouverture du cadavre a fait reconnaître autour de l’épanchement de sang les caractères incontestables d’une inflammation encore très récente, et dont l’intensité excessive a déterminé très rapidement la mort.
A côté de faits semblables à ceux que nous venons de rappeler, nous trouvons dans les auteurs des observations sur des pleurésies chroniques ou des péritonites chroniques qui, ayant pris inopinément la forme aiguë , ont amené la mort avec promptitude. Dans ces cas encore on trouve quelquefois de la sérosité sanguinolente et même du sang dans la cavité de la séreuse enflammée *, cette membrane , les brides et les plaques pseudo-membraneuses formées à sa surface, sont pénétrées et infiltrées par du sang , ou présentent la rougeur qui caractérise une vive inflammation aiguë entée sur une phlegmasie chronique de la membrane séreuse; cette inflammation chronique est d’ailleurs reconnaissable à l’état d’induration et d’épaississement de la tunique séreuse elle-même et à la présence des granulations dont elle est revêtue, etc.
Des exsudations sanguines se trouvent quelquefois dans les cavités séreuses de cadavres de sujets qui ont succombé à des maladies aiguës d’une grande intensité. Ainsi , après des typhus , des scarlatines , des varioles graves , après des pneumonies gangréneuses, après des phlébites étendues, on rencontre .dans les plèvres, dans le péricarde, dans le
* Rochoui, Recherches sur l'apoplexie, 2e édition, p. 359, obs, 87.
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péritoine J des épanchements de sang liquide, séreux, servant de véhicule à du cruor en dissolution , à des caillots, à des flocons fibrineux noirâtres. Les vaisseaux, dans ces cas , sont presque toujours gorgés de sang noirâtre liquide. L^absence complète d’accidents et de symptômes qui puissent se rapporter à ces épanchements pendant la vie , ne laisse guère de doute qu’ils ne soient survenus après la mort, ou au moins dans les derniers instants de la vie. Serions-nous autorisés à considérer des faits de cette espèce comme des exemples propres à servir pour l’instoire des hémorrhagies des membranes séreuses?
Les épanchements de sérosité sanguinolente ou même de sang trouvés après la mort dans les cavités splanchniques des scorbutiques, ou des individus qui ont péri de maladies desquelles résultent de graves obstacles à la circulation, comme les maladies du cœur, ou du foie, ou des maladies des gros vaisseaux artériels et veineux, se forment aussi après la moît , ou s’ils surviennent dans la fin de la vie, ils ne sont que les symptômes du degré extrême des maladies auxquelles ils s’ajoutent. Dans ces cas, moins encore que dans tous les autres, on ne pourrait considérer ces hémorrhagies comme idiopathiques.
Les hémorrhagies qui se produisent par exhalation sur la surface des membranes séreuses sont donc toujours des lésions symptomatiques d’autres affections plus graves. Le sang extravasé qui en résulte , versé par exhalation ou par transsudation au moment de la mort, est toujours plus ou moins liquide et séreux. Sa présence dans la cavité de ces membranes n’est par elle-même la cause directe d’aucun symptôme morbide de quelque importance, auprès des accidents graves qui se produisent primitivement par le fait même de la maladie , dont l’hémorrhagie n’est devenue qu’un épiphénomène. Cette hémorrhagie ne se décèle même d’une manière évidente par aucun symptôme, qui la distingue -, comment en serait-il autrement , puisqu’elle
n’arrive que dans les derniers moments de la vie , ou lorsqu’elle est déjà terminée? Aussi reste-t-elle le plus souvent inaperçue. Il n’en résulte pas en général un grand inconvénient ^ puisque la maladie primitive doit absorber toute l’attention du médecin^ et peut seule fournir d’utiles indications thérapeutiques.
Dans l’état actuel de la science on ne peut donc admettre et décrire spécialement ^ comme des maladies idiopathiques, les hémorrhagies des membranes séreuses : elles ne sont que des accidents secondaires qui surviennent dans divers états morbides ^ les épanchements de sang , d’après lesquels on pourrait admettre qu’elles ont existé, se produisent vraisemblablement dans beaucoup de ces cas après la mort. Nous n’aurions même pas parlé de ces maladies si elles n’eussent été décrites par quelques écrivains comme des hémorrhagies idiopathiques, et si des auteurs ne les avaient introduites dans la pathologie, plutôt, à la vérité, pour compléter un cadre nosologique que d’après la discussion des observations cliniques.
})ES HKMOBÏIHAGIES ÏNTERSTTTIELLES,