‹ Traité philosophique de médecine pratiqueChapitre 46 sur 61 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

DES HÉMOB.RHAGIES QUI S^ACCOMPLISSENT DAINS l’ÉPAISSEUR DES TISSUS, OU DES HÉMORRHAGIES INTERSTITIELLES.

Caractères spéciaux des hémorrhagies interstitielles.

565. Tous les organes et tous les tissus reçoivent des vaisseaux sanguins en plus ou moins grand nombre. Les uns , les artères, leur apportent les éléments de leur nutrition et de toutes les élaborations de fluides qui doivent s’y opérer ; les autres, les veines, enlèvent et reportent dans le torrent de la circulation le sang qui a traversé les capillaires de l’organe , et avec lui les substances qui pénètrent de l’extérieur par absorption. Nous savons déjà que dans certaines conditions morbides le sang apporté par les vaisseaux franchit les bouches exhalantes pour s’épancher sur la surface des membranes qui sont le siège habituel d’une sécrétion ou d’une exhalation (197)-, dans les hémorrhagies qui vont nous occuper, ce même fluide sort des vaisseaux capillaires de la trame de nos organes, et s’épanche dans leur épaisseur, soit en écartant, soit en dilacérant les mailles de leur tissu. Cette circonstance imprime à ces hémorrhagies ce caractère commun que l’extravasation du sang est toujours suivie d’une altération de texture des tissus, qui ne peut guérir que par la résorption ou l’évacuation du sang épanché et par la réparation des désordres qui sont résultés de l’épanchement. Les maladies qui constituent ces hémorrhagies ont donc nécessairement à parcourir des périodes qui ne peuvent appartenir à celles dont nous avons traité jusqu’à présent. Ces périodes se caractérisent par tous les phénomènes qui se rattachent à ta présence du sang extravasé, [à la résorption ou à l’évacuation de ce sang, et au travail m.orbide qui résulte nécessairement

DES HÉMORKHAGIES INTERSTITIELLES. 5oQ

des conditions anomales dans lesquelles FiiémoiTliagie a ^ placé les tissus au sein desquels elle s’est accomplie.

566. Dès qu’une certaine quantité de sang s’est extravasée dans un tissu , une phlegmasie plus ou moins intense s’allume autour de l’épanchement ^ et prépare sa résorption. Cette phlegmasie, effet de la dilacération des fibres des tissus , ou même de la seule présence du sang , est souvent très légère. Ainsi dans l’ecchymose que produit une contusion, ou autour du trombus qui constitue l’hémorrhagie infiltrée du tissu cellulaire sous -cutané au pli du bras après la saignée, l’inflammation qui favorise et peut-être détermine la résorption, ne va pas ordinairement au delà de ce degré où elle produit une légère injection vasculaire et une légère douleur sous la pression ou par les mouvements du membre*, quelquefois cependant elle est assez intense pour constituer un phlegmon consécutif.

La phlegmasie est encore nécessaire, après les liémorrhagies interstitielles, pour la production des kystes et des cicatrices nécessaires à la cicatrisation du foyer hémorrhagique.

Dans quelques cas où l’hémorrhagie se reproduit continuellement , la phlegmasie consécutive, alors entretenue et prolongée à l’éîat chronique, modifie d’une manière loute spéciale la nutrition des tissus, comme cela se voit surtout dans les hémorrhoïdes (679 , 602).

Les circonstances qui viennent d’être indiquées dominent toute l’histoire des hémorrhagies interstitielles, elles sont d’une si grande importance , surtout pour fixer les principes rationnels de leur curation , qu’elles exigent que ces hémorrhagies soient groupées et étudiées séparément dans un traité de médecine pratique destiné à déterminer les règles raisonnées du traitement méthodique des maladies (17).

567. Le sang peut s’extravaser dans l’épaisseur de tous les tissus. Il n’est pas d’organe dans lequel on n’ait observé

La phegmasie est nécessairement l’effet de l’bémorrï;agie interstitielle.

Les hémon hagies interstilit.1les jicuvcnt se

5io

DES HEMORKHAGIES INTERSTITIELLES.

produire dans de Semblables hémorrhagies *5 il est même des maladies

tous les tissus et

tous les organes, dans lesquelles ces extravasations se produisent a la rois ou successivement dans presque toutes les parties externes et internes du corps : telles sont les fièvres hémorrhagiques, les fièvres pourprées, le scorbut, etc.-, mais dans ces maladies , la lésion locale n’est qu’un élément souvent très secondaire de l’état morbide. Sous ce rapport, cette lésion ne constituant qu’un symptôme, ne peut trouver place ici comme maladie idiopathique -, nous l’étudierons ailleurs , en traitant des maladies dont elle est un phénomène ordinaire ou accidentel. Nous ne nous occuperons donc ici que des hémorrhagies idiopathiques qui s’opèrent dans l’épaisseur des tissus et qui se décèlent par des symptômes distincts , qui ont permis de les considérer comme des individualités morbides. Trois hémorrhagies interstitielles seulement réunissent ces caractères-, ce sont : les

Jiemorrhoïdes } 2^ les apoplexies ^ ou les heînorrhagies encéphaliques et racliidiemies ^ 3® les pneumo-hémorrhagies , ou les apoplexies pulmonaires.

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