‹ Traité philosophique de médecine pratiqueChapitre 8 sur 61 · L'état de pléthore est habituel chez beaucoup d in · texte numérisé non relu

L'état de pléthore est habituel chez beaucoup d in

dividus dont l'appareil vasculaire est très-développé-, il constitue une sorte d'exagération du tempérament sanguin, qui ne peut réellement être considérée comme une maladie. Ce serait un état anomal, très-éloigné de la santé, chez des sujets d'une constitution differente. Aussi la pléthore, envisagée comme maladie , doit-elle être appréciée relativement aux individus, et nullement d'une manière absolue. o

24* La terminaison de la pléthore se fait souvent d'une manière lente et sans phénomènes appréciables *, d'autres fois cet état cesse subitement après une sueur spontanée abondante, ou un flux d'urines, ou par des évacuations alvines d'une abondance extraordinaire; mais le plus souvent c'est la production d’une hémorrhagie qui termine subitement cet état morbide. < " '

25. L'accumulation évidente du sang, en plus grande quantité , dans les vaisseaux d'un organe , est le caractère distinctif de cet état qu'on désigne sous les noms d'hyperaimie, de congestion sanguine, ou de pléthore locale.

26. La congestion sanguine n'est presque jamais exactement circonscrite, si ce n'est dans les organes qui doivent à leur disposition anatomique d'être isolés , à un certain degré, des parties environnantes *, tels sont, pami les or»

Définition de l’hyperainiie.

Description des congestions sanguines ou des byperaimies.

DESCRIPTION GÉNÉRALE

ganes externes , ToeUj le testicule et parmi les organes internes J la rate^ les poumons, les reins, l’utérus ou le foie *, et encore , dans ces cas , la délimitation de l’hyperaimie n’est-relle pas le plus souvent rigoureuse^ ainsi, les congestions sanguines du cerveau s’étendent en s’affaiblissant à la pituitaire, aux yeux, etc. Celles des poumons sont souvent partagées par les parois du thorax. L’hyperaimie n’a cependant pas toujours son siège dans la totalité d’un organe ; elle n’occupe quelquefois que quelques divisions de sa masse anatomiquement séparées des autres, comme un lobe d’un poumon, ou un (hémisphère cérébral, etc.

27. Lorsqu’une partie qui est le siège d’une pléthore locale est accessible aux sens , elle présente une rougeur plus vive que celle qu’elle a dans l’état normal*, son volume est augmenté; les artères qui la traversent, celles qui s’y rendent battent avec une force insolite ; ceux de ces vaisseaux qui sont apparents sont distendus et injectés. Les capillaires rouges de l’organe sont plus nombreux et plus gros que dans l’état sain, la main perçoit sur la partie malade une chaleur plus élevée que la chaleur normale , et le ma*^ lade y ressent lui-même de la chaleur et une douleur gravative très-obtuse, très-souvent avec la perception d’une augmentation de volume et de battements artériels. Si la congestion a son siège sur une membrane muqueuse apparente , la surface mucipare est sèche au sentiment du malade , la sécrétion y est en efïet suspendue. Les fonctions des organes, qui sont ainsi le siège de l’hyperaimie, sont consécutivement gênées et ne s’accomplissent qu’imparfaitement; quelquefois même elles sont tout-à-fait suspendues.

28. Dans les congestions étendues , et dans cellès qui affectent des organes doués d’un haut degré de vitalité, ou qui remplissent d’importantes fonctions, les symptômes de l’état morbide ne restent pas circonscrits dans la partie malade; un mouvement fébrile évident, caractérisé par la^ chaleur de la peau devenue plus élevée et la fréquence

DES HÉMORRHAlGIES.

augmentée des battements artériels , ou au moins par un état de malaise général , avec un certain degré de chaleur à la peau, se manifeste secondairement. Les fonctions auxquelles concourt l’organe malade peuvent être troublées; dans quelques cas même elles sont tout-à-fait suspendues.

Il arrive souvent aussi que par suite de l’irritabilité extrême dont l’organe affecté peut se trouver pourvu, la congestion entraîne de vives douleurs.

29. Les hyperaimies se manifestent, dans beaucoup de cas, successivement sur plusieurs organes. Quelquefois deux organes qui n’ont entre eux aucun rapport immédiat, se trouvent à la fois le siège de congestions sanguines; d’autres fois c’est sur des organes qui ont entr’eux des rapports fonctionnels , que l’affection frappe ainsi successivement ou en même temps.

30. Les congestions sanguines se reproduisent, sur certains organes , d’une manière habituelle , pendant des années, à des intervalles variables , souvent réguliers; en sorte qu’il faut considérer, dans l’état morbide, non seulement la pléthore locale, mais l’ensemble et la succession des congestions qui se renouvellent, à des intervalles plus ou moins éloignés, sur des parties déterminées.

31. La pléthore locale se développe presque toujours avec beaucoup de rapidité ; elle disparaît aussi avec la même promptitude; elle persiste rarement long-temps sur une partie : elle disparaît ordinairement d’une manière progressive au bout d’un temps assez court; quelques heures , un, deux ou trois jours au plus, ne laissant dans les parties qu’elle a occupées, même quelques instants après sa cessation, aucune lésion de texture apercevable. Cependant, lorsqu’un organe est le siège fréquent de congestions, il reste avec son système vasculaire plus développé et plus gorgé de sang, et avec une augmentation de volume.

32. Pour peu qu’une congestion sanguine persiste pen- Effets locaux dant quelques instants à un haut degré dans une partie,

DESCRIPTION GÉNÉRALE

l’exhalation séreuse interstitielle augmente ^ et le gonflement de l’organe ne tient plus seulement à l’afflux du sang en plus grande quantité dans ses vaisseaux distendus ^ mais -à un véritable œdème peu prononcé ^ et qui ne retient pas l’impression du doigt. L’exhalation séreuse augmente en même temps dans les locules séreuses , et même dans les grandes cavités séreuses qui se trouvent dans l’atmosphère de l’hyperaimie.

Lorsqu’une hyperaimie s’établit dans un organe sécréteur^ le plus souvent elle supprime la sécrétion de cet organe ^ et dès qu’elle commence à diminuer elle l’exagère au point qu’il s’établit consécutivement une vraie diacrise secondaire.

Terminaison 35. Les congestions se terminent dans la plupart des cas de 1 hyperamiie. hémorrhagic qui n’arrive pas toujours dans l’organe

ou dans le voisinage de l’organe où siège l’hyperaimie.

Lorsqu’une hyperaimie se reproduit ou surtout lorsqu’elle persiste assez long-temps dans un organe ^ elle peut finir par en déterminer l’inflammation dont elle est alors le prodrome, comme elle est ordinairement celui de l’hémorrhagie.

Les pléthores locales se terminent néanmoins souvent par résolution , sans qu’aucun autre phénomène insolite se montre dans l’économie ^ mais assez fréquemment leur disparition, est précédée, accompagnée et suivie de sueurs, d’évacuations diarrhéiques, d’urines abondantes, à la production desquelles il n’est pas possible de ne pas rattacher leur cessation.

Rapports de 5A« Les liyperaimies sont presque toujours coïncidentes

rhyperaimie et^ Tr

de la polyaimie. RVeC la polyahnie ; elles sont même le plus souvent liees à cet état général. Cette affection morbide se voit aussi sur des personnes qui sont loin d’êlre dans un état de pléthore sanguine générale. Il n’est* même pas très-rare de l’observer chez des sujets presque anaimiques , ou meme chez des individus épuisés par des maladies chroniques. Les personnes douées d’une grande irritabilité nerveuse sont , après les individus sanguins et disposés à la pléthore.

DES HÉMORRHAGIES. 2Q

celles qui offrent le plus souvent à Tobservation clinique des congestions sanguines.

55. Les contestions santuines ont été divisées en congestions actives et passives. Cette division repose sur une théorie des congestions. Dans les cas où on les croyait actives ^ l’on admettait une augmentation de vitalité ou une irritation dans les organes affectés , et une plus grande énergie dans Faction qu’on attribuait aux artères sur le sang dans les congestions passives on voyait une atonie, un relâchement des vaisseaux et de la contractilité des tissus qui cédaient alors passivement à Faction du sang.

La médecine pratique n’a que faire de cés théories hypothétiques ; il suffit d’examiner si les congestions se lient à une pléthore générale sanguine, ou si elles surviennent primitivement. Dans ce dernier cas, il est toujours assez facile d’apprécier le mode d’action des causes qui les déterminent, et de distinguer celles de ces affections qui se rattachent à des états cachectiques ou à d’autres maladies des tissus qui font naître des obstacles à la circulation. Ces dernières , qui seraient les seules qu’on pût rationnellement considérer comme passives , sont des affections symptomatiques dont nous ne nous occuperons qu’en parlant des maladies qui les produisent. Nous regardons comme d’une grande importance pour la pratique de tenir compte des congestions qui ne se produisent qu’une seule fois et comme accidentellement, et de celles qui se renouvellent fréquemment, parce que dans ces dernières il y a à considérer l’habitude de la congestion , soit par rapport aux organes sur lesquels elle s’opère, soit par rapport à l’organisme tout entier.

56. Les hyperaimies ont été observées dans tous les organes mous , et parmi ces derniers , ceux qui les présentent le plus souvent sont d’abord l’utérus , à cause de sa grande vascularité , et parce qu’il est naturellement amené à cet état par l’accomplissement de l’hémorrhagie menstruelle , ensuite la rate , puis le foie , les poumons , l’encéphale et

Nature des congestions sanguines. Leur division en actives et passives.

Siège des congestions sanguines.

DESCRIPTION GÉNÉRALE

les membranes muqueuses. Cette aptitude aux congestions est en raison directe de la quantité de vaisseaux rouges que reçoivent les organes.

57. La condition pathologique qui produit immédiate- Du moiimen ment les congestions sanguines, constitue un état moremorrhagique. caractérise par les prodromes ou les symp-

tômes d’invasion de la congestion -, on le désigne sous le nom de fluxion sanguine, ou même sous celui de molimen hémorrhagique. Cette condition morbide mérite une grande attention de la part des praticiens : mais elle ne peut se décrire isolément ; car elle ne se manifeste par aucun phénomène qui lui appartienne directement. C’est une cause prochaine dont l’évidence ne se reconnaît qu’à ses résultats.

38. La présence du sang hors des vaisseaux, lorsqu’il De l’extravasa- s’épauche sur dcs parties d’où il peut sortir extérieurenient , dei’hémoTrhag^e OU sur Icsquelles on peut le reconnaître à quelqu’une de ses

proprement dite

morrhagie confirmée 3 mais cette affection s’est annoncée dès avant son invasion par des prodromes : elle détermine des symptômes pendant qu’elle s’accomplit-, d’autres phénomènes morbides surviennent après qu’elle s’est arrêtée.

3g. Les prodrômes des hémorrhagies sont les symptômes Prodromes des dc l’hyperaimic , car, dans les cas les plus ordinaires, elle

hémorrhagies. , ^

précédé 1 extravasation du sang-, ce sont souvent aussi ceux de la pléthore sanguine générale. La durée et l’intensité de ces prodrômes varient beaucoup. La pléthore existe quelquefois depuis long-temps , sans qu’aucune congestion se soit manifestée sur aucun organe, et sans qu’il soit survenu d’hémorrhagie. Les congestions sanguines locales peuvent aussi persister long-temps , ou se reproduire plusieurs fois sur divers organes , ovi même sur un seul , sans qu’il s’établisse d’extravasation de sang , tandis qu’il arrive que cet accident se montre après des symptômes précurseurs de pléthore générale et de congestion sanguine locale qui

‘ propriétés physiques , est le premier symptôme d’une hé-

DES HÉMORRHAGIES.

n’ont duré que quelques instants , ou même qui se montrent pour la première fois. On ne peut donc apporter trop d’attention à recueillir et à Apprécier les symptômes qui indiquent la présence de la pléthore ou d’une congestion locale et l’imminence d’une hémorrhagie. Nous avons été souvent étonnés de voir se développer subitement des symptômes de pléthore très-prononcés , ne précédant que de quelques instants l’explosion d’hémorrhagies considérables. Dans nombre de cas, l’hypéraimie et l’hémorrhagie sont les premiers symptômes de la pléthore sanguine, qui ne s’était pas montrée évidente auparavant. Cependant on voit le plus souvent l’hyperaimie hémorrhagique et l’hémorrhagie elle-même immédiatement précédées par les symptômes suivants : Un frisson léger général, avec horripilations, se manifeste-, les extrémités se refroidissent, la peau devient pâle sur presque tout le corps, une sensation générale de fatigue et de courbature se répand dans tous les membres-, la région du corps dans laquelle l’hémorrhagie va éclater, est en même temps le siège d’une douleur gravative obtuse et d’une chaleur plus vive que la chaleur normale-, le pouls devient serré, dur; la diastole artérielle est courte et brusque , le pouls est dicrote -, en même temps, ou presqu’immédiatement après , les symptômes d’hémorrhagie se manifestent.

4o. La manifestation de l’hémorrhagie ne se fait pas toujours sur l’organe qui est le siège de la congestion sanguine antécédente; il n’est pas rare de la voir survenir sur d’autres parties, avec lesquelles l’observation a fait reconnaître que l’organe primitivement affecté a une certaine connexité, au moins dans l’état de maladie-, c’est ainsi que l’on voit chez des sujets pléthoriques la rate devenir le siège de la congestion sanguine , et la muqueuse nasale devenir le siège de l’hémorrhagie. Il est vrai que, dans ce cas, une hyperaimie se montre aussi sur l’organe qui devient secondairement le siège de l’hémorrhagie.

DESCRIPTION GÉNÉRALE

Symptômes des 4i. Les symptômes immédiats de Fhémorrhagie varient^

hémorrhagies. r i «n i ^ n

toutes choses égalés d ailleurs quant a 1 organe ou elles ont leur siège , suivant que l’hémorrhagie est considérable et rapide J ou selon qu’elle se fait lentement, ou qu’il survient plusieurs petites hémorrhagies , interrompues par intervalles.

42. Dans les hémorrhagies rapides et considérables , le malade éprouve immédiatement un froid général avec horripilation, pâleur de la face, sentiment de défaillance, et bientôt défaillance complète*, le pouls est petit, faible , à peine sensible , souvent irrégulier et intermittent, presque toujours accéléré. Cette brusque invasion des phénomènes lypothymiques est plus marquée quand le sang s’extravase au dehors , parce que son apparition en grande quantité imprime une vive terreur au malade et présente l’image de la mort imminente même aux hommes les plus courageux. Si la perte du sang continue à se faire avec une grande abondance, la défaillance continue, ou au moins à peine le malade a-t-il repris sa connaissance, qu’il la perd de nouveau ; la décoloration de la face est complète , les lèvres , les gencives et la langue sont d’un blanc de cire , la respiration est ralentie et ne se fait que par le diaphragme-, le pouls est insensible, toute la peau est froide , les mouvements du cœur ne se sentent plus -, les bruits qu’ils déterminent ne sont plus perçus. Bientôt une sueur froide, comme visqueuse, survient aux tempes. Dans les cas d’hémorrhagies excessives rapidement mortelles, qui sont trèsrares , à moins de rupture de gros vaisseaux , la mort arrive immédiatement dans la syncope.

Le plus souvent , malgré la perte de sang considérable , le malade sort de Fétat de syncope *, la respiration devient d’abord plus large -, des inspirations comme convulsives se montrent; pendant ce temps, l’artère radiale recommence à battre d’une manière sensible sous les doigts du médecin ; des efforts de vomissements , souvent accompa-

DES HÉMORKHAGÎES.

gnes (1 évacuations alvines involontaires, se- manifestent Si le malade n’a pas encore repris ses'^ens, il les reprend d’ordidaire à ce- moment. Neanmoins, si riiémorrhagie continue a etre excessive, la faiblesse reste ’ extrême la disposition à la défaillance persiste, le pouls n’acquiert’pas de développement, la peau reste crispée , pâle et froide au toucher, surtout aux extrémités. Mais si la perte de sane diminue, les forces du malade se relèvent assez rapidement" le pouls se fait sentir davantage d’instant en instant , et devient même souvent dur au toucher, quoique toujours fréquent ; l’état des forces , la régularité de la respiration la vigueur des battements du coeur , la chaleur assez élevée de la peau, contrastent avec la pâleur générale, surtout chez les jeunes sujets, et chez les hommes dans la force de l’âge chez lesquels l’hémorrhagie est presque toujours liée a un état pléthorique. Très-souvent il se manifeste, dans ce cas , des mouvements convulsifs des membres , ' de la céphalalgie qui devient même quelquefois fort intense, et une sorte de délire tranquille, qui participe du délire du coma vigil. Le docteur Hall dit que ce symptôme des emorrhagies considérables ne s’observe que chez les personnes avancées en âgeL Nous l’avons cependant vu se

manifester chez des jeunes femmes en couches après des métrorrhagies.

45.^ La quantité de sang perdu en peu d’instants, dans les hémorrhagies, est quelquefois si gi-ande , qu’on est surpris que les malades puissent la supporter. Haller a recueilli un certain nombre d’observations sur des hémorrhagies par lesquelles les malades ont perdu en peu de temps des quantités excessives de sang, comme dix, douze

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