‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 25 sur 89 · VI. h · texte numérisé non relu

VI. h

vu que l'existence de cet acide n'est point prouvée. D'ailleurs il est difficile de concevoir que le fer, qui n'entre que pour un millième dans le sang , ou un vingtième dans le cruor sec (§ 683, 8°), puisse lui communiquer une teinte rouge aussi intense que la sienne.

2° D'autres admettent un pigment purement organique, qu'ils appellent hêmatosine, ou matière colorante du sang. Berzelius et Engelhart ont suffisamment réfuté l'assertion deBrande(l), qui prétendait quelle cruor ne renferme pas plusde fer qu'aucune autre partie animale quelconque, notamment que le sérum et la fibrine. Wells paraît avoir élevé une objection plus importante contre le fer (2), en disant qu'aucune couleur métallique ne se détruit àune chaleurde soixante degrés, comme il arrive àcelle du sang ; cependant , si le cruor brunit par la coagulation, on peut rétablir la couleur rouge , au dire d'Engelhart (3). Wells ajoute que la couleur métallique qui est détruite par la potasse se laisse rétablir par les acides, ce qui n'arrive point au cruor, et que, la matière colorante du sang étant soluble dans l'eau , le fer devrait exister à l'état de sel, ce qui n'est pas; mais ce dernier fait n'est pas démontré d'une manière rigoureuse , et le premier prouve seulement que le fer ne peut point être considéré comme le pigment proprement dit. Selon Brande , la matière colorante du sang est précipitée par les sels métalliques, le chlorure d'étain par exemple, et combinée avec eux d'une manière si intime qu'il y aurait possibilité de l'employer, comme d'autres pigmens organiques, à la teinture des étoffes ; ce n'est cependant point encore là une preuve que le fer n'ait aucune part à la couleur du sang.

Ce qui démontre que les substances colorantes énumérées précédemment (§ 682, 4°-9°) n'existent pas dans le sang vivant sous la forme qu'elles affectent entre les mains des chimistes , c'est qu'on ne les obtient qu'en exerçant sur le sang des actions très-vives , qui doivent nécessairement décomposer la substance organique. Mais la question se présente de savoir

(4)AMeckel, Dcutsches Archiv, t. II, p. 297.

(2) Philos. Trans., 1797, p. 427.

(3) Comm. de vcra maieriœ sanguini jmrpurcum cohnm imperiientis nahira, p. 43.

CONSTITUTION CHIMIQUE DU SANG. gg

si l'on ne parvient point aussi à extraire une matière colorante à l aide d'un traitement simple , et si par conséquent le cruor ne serait pas composé d'une partie colorée et d'une autre incolore. La réponse a été presque toujours affirmative ; car Schrœder(l)et autres observateurs, 'sur l'exactitude desquels on peut compter , disent que les globules du sang restent sans couleur quand on a extrait leur matière colorante par le moyen de l'eau. S'il en est réellement ainsi , ces deux parties sont primitivement ou séparées, ou non séparées dans les globules. Home et quelques autres auteurs admettaient le premier cas , parce qu'ils croyaient avoir trouvé le siège de la matière colorante dans l'enveloppe ( § 691, 1), après l'enlèvement de laquelle reste un globule plus petit et incolore , comme le dit aussi Young(2). Mais , suivant la remarque de Blainville (3) , il est certain que l'enveloppe , quand elle se détache par lambeaux, ne paraît pas plus colorée que le noyau , et Raspail assure que les globules décolorés du sang ont le même volume qu'auparavant (4). (Les observations de Home sur le noyau et l'enveloppe , notamment sur le siège de la matière colorante dans 'cette dernière , ne s'accordent pas avec les miennes. Si l'on étend le sang de Grenouille d'une très-grande quantité d'eau , la matière colorante se dissout dans l'espace de vingt-quatre heures , et rend l'eau rougeâtre, tandis que les globules conservent le volume et la forme qu'ils avaient auparavant , c'est-à-dire une forme elliptique, très-aplatie , avec une élévation elliptique dans le milieu , de sorte qu'ils ressemblent à un plat ovale du côté de la convexité. Il semble donc que , dans l'état frais , la matière colorante pénètre toute la substance du globule , à l'état de dissolution) (5).

Moscati prétendait qu'il n'y a que le noyau qui soiUe siège de la matière colorante. Cette opinion , qu'on attribue aussi à

(1) Loc. cit., p. 49.

(2) Jahresbericht ueber die Fortschritte der physikalischen JVisscn< schaften, 1. 1 f p. 324.

(3) Loc. cit., t. I,p. 214.

(4) Nouveau syst. de chim. organique , p. 369.

(5) Addition de J. Muller.

Gruithuisen (1) , n'est pas plus fondée que l'autre. Mais , sans prétendre rien décider à cet égard , je dois avouer qu'il ne m'a pas plus réussi qu'à Hodgkin et Lister (2) de jamais voir distinctement la matière colorante se séparer des globules , qui , chez les Grenouilles surtout , sont plutôt gris que rouges. J'ai reconnu que le globule entier se dissout dans l'eau , qui par là se colore ; et ceux qui résistaient plus long-temps que les autres à la dissolution , ne m'ont pas paru autrement colores que dans le principe , de sorte que je crois devoir considérer leur substance entière comme la seule partie colorée du sang qu'on puisse mettre en évidence.

3° Quoi qu'il en soit , on ne peut au moins pas, sans des motifs autres que ceux qui ont été allégués jusqu'ici , conclure de la couleur particulière du cruor qu'il existe dans le sang une matière colorante spéciale ; car c'est une bien mauvaise tendance que celle de vouloir assigner une substance propre à chaque propriété , et on ne peut mieux la comparer qu'avec la propension des physiologistes à chercher la cause de chaque phénomène vital dans un organe particulier. La couleur du cruor peut être le résultat de sa composition entière. Tout ce qui dérange la proportion de ses principes constituans, change aussi sa couleur; et comme sa constitution chimique , en général , n'est que le produit de la vie , nous ne pouvons pas non plus rétablir sa couleur avec les moyens empruntés à la nature inorganique. Mais si le cruor en bloc contient la raison suffisante de sa couleur , chacune des substances qui le constituent , notamment le fer , y prend part. Le cruor étant le seul des matériaux immédiats qui aitune teinte rouge, et le seul aussi qui contienne du fer , dire que sa rougeur tient à ce métal , ne serait donc point une erreur dans le sens qui vient d'être établi. En effet , ainsi que le fait très-bien remarquer Berzelius, le fer ne se comporte point ici comme une matière tinctoriale , qui teindrait le sang , mais comme un élément qui , par sa combinaison avec d'autres élémens , produit un corps rouge , à peu près de même que l'oxyde de

(1) Smidt , Ueber die Blutkœrner, p. 35.

(2) Froriep , Notizen , t. XVIII , p. 244.

mercure est rouge , quoique le mercure et l'oxygène ne le soient ni l'un ni l'autre.

Les substances carbonées sont celles surtout qui se montrent colorées, c'est-à-dire qui décomposent la lumière , et, de toutes les parties du corps , celle qui offre la coloration la plus intense est le pigment de l'œil , qui , avec du fer , contient plus de carbone qu'aucune autre ; le cruor ne représenterait-il pas une combinaison analogue ? Autenrieth prétendait que c'est lui qui , après le pigment oculaire , donne la plus grande quantité de résidu charbonneux , et Nasse (1) faisait provenir de là sa couleur, comme aussi Hunefeld (2) croit vraisemblable que la couleur du sang tient à une combinaison de fer contenant très-peu d'oxygène avec une substance animale fort riche en carbone. Cette couleur paraît donc être originairement foncée, ou d'un rouge tirant sur le noir, et devoir suriout sa teinte plus claire aux sels neutres ; car tout sang quelconque s'éclaircit quand on'y ajoute de tels sels. Steevensa trouvé que , dans la fièvre jaune , le sang était extraordinairement pauvre en sels , et noir comme de l'encre , mais qu'il redevenait vermeil par l'addition d'un sel neutre (3).

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