‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 26 sur 89 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du sang dans l'organisme.

§ 688. De même que nous commençons par ouvrir des cadavres avant de chercher à approfondir la conformation matérielle de l'organisme, de même nous avons considéré jusqu'ici le cadavre du sang, afin d'acquérir les données nécessaires pour nous élever à la connaissance de sa vie. Le premier pas que nous faisons sur cette nouvelle route nous mène à examiner quel est l'état du sang dans l'intérieur de l'organisme.

a. Etat physique de ses parties.

Pendant la vie , le sang contenu dans les vaisseaux se com-

(1) Meckel , Deutsches ArcUv , t. [TI, p. 448.

(2) Loc. cit., t. Il, p. 79.

(3) Medico-chirurgical review , t. XXV, p. 217.

pose manifestement de globules , que nous connaissons déjà (§664), etd'unliquide limpide comme de l'eau, qu'on appelle sérosité (lympha sanguinis). C'est ainsi que le microscope nous le montre dans les parties transparentes des animaux vivans , par exemple le mésentère des Mammifères, l'aile des Chauvesouris , la membrane natatoire des Grenouilles , la queue des Salamandres, les branchies du Protée , les nageoires des Poissons , le corps de certains embryons en partie au moins transparens , tels que ceux des Oiseaux et des Poissons , enfin celui des larves de Salamandres. Mais si , au lieu de la lumière réfractée ou passant à travers l'objet, on emploie la lumière directe, celle qui tombe sur ce dernier, on peut faire la même observation partout où les vaisseaux sont très-déliés et non couverts d'une masse opaque. Gruithuisen (1) prétend même qu'en cherchant à découvrir des étoiles à l'œil nu , après le coucher du soleil , il lui est arrivé d'apercevoir les globules du sang de son propre œil , sous la forme de petits corps brillans dont le mouvement devenait plus rapide quand sa circulation s'accélérait par suite d'un effort ; mais ce n'étaient là sans doute que des illusions, puisqu'on ne peut point songer à chercher dans l'œil les moyens de grossissement qui sont nécessaires pour apercevoir les globules du sang; d'ailleurs les vésicules admises par Gruithuisen dans le sang semblent n'être que des bulles d'air ( § 665 ).

I. Suivant Grimaud (2), Capilupi croyait que le sang n'est point liquide dans le corps vivant , et qu'il y représente un tissu fibreux constituant une partie des vaisseaux. Une telle hypothèse ne mérite pas qu'on la réfute. Rosa regardait la sérosité transparente du sang comme de l'air (3), [et Dœllinger (4) prétendait que l'existence d'un semblable liquide est non seulement incertaine , mais même improbable , les globules pressés les uns contre les autres ne laissant aucun vide entre eux , de sorte que , suivant lui , le sang ne serait pas

(1) Medisinisch-chiruryische Zeituny , 1822, t. I, p. 314.

(2) Cours complet de physiologie, t. II, p. 93.'

(3) Giornale per servira alla storia raygionata délia mcdicina di questo secolo, 1. 1, p. 268.

& (4) JVas isl Absondcruny , und wic ycschichl sic £ p, 21.

plus liquide qu'un tas de pois, et qu'il coulerait non comme de l'eau , niais comme du sable dans un sablier. En émettant cette conjecture , l'ingénieux Dcellinger n'a pas tant voulu la présenter comme une opinion arrêtée, que montrer par un exemple qu'il ne faut rien admettre , dans la sphère de nos connaissances acquises par les sens, qui ne tombe immédiatement sous ces derniers. La sérosité du sang n'est assurément pas plus visible , à cause de sa transparence, que l'eau contenue dans un verre ; mais les autres phénomènes nous autorisent à conclure qu'elle existe. En observant les vaisseaux capillaires, surtout quand la circulation se fait avec lenteur, on aperçoit les globules du sang distincts les uns des autres et séparés par des intervalles plus ou moins grands , qu'un fluide gazeux ou liquide doit remplir , puisque les globules s'y meuvent avec agilité. Or le mouvement de ces globules n'est ni une chute,, comme celle du sable dans un sablier , ni une rotation , comme celle de pois glissant les uns sur les autres , mais une natation ; ils doivent donc se mouvoir ou dans l'air ou dans l'eau, c'est-à-dire nager ou voler. Quand le sang s'arrête dans un rameau , les globules qui viennent après rétrogradent déjà dans la branche et avant d'être arrivés à l'endroit de la stase (1). Dcellinger a vu un globule, dont l'une des extrémités était accrochée à la paroi vasculaire , flotter par l'extrémité opposée suivant le rhythmedu flot de sang (2). Lorsqu'un tronc vasculaire a été pendant quelque temps sans recevoir de sang, et qu'il recommence, par exemple après la cessation de Ja compression, ou après le retour des battemens du cœur, à chasser ce liquide dans les vaisseaux capillaires , les globules du sang rentrent en mouvement avant d'avoir été touchés ou poussés par ceux qui viennent du tronc (3) ; il doit donc y avoir entre eux un liquide qui , mis lui-même en mouvement, les entraîne. Un courant d'air ne saurait être admis, parce qu'à part tous les autres argumens qui s'élèveraient contre cette hypothèse , il ne sort point d'air libre d'un vaisseau ouvert : nous

()) Haller, Opéra minora , t. I , p. 83.

(2) Donhschriften des Akudemie zu Muennchen, t. VII, 1>. 1S4.

(3) Haller, Opéra minora, t. I , p. 181.

104 QUALITÉS DU SANG DANS i/ORGANISME.

apercevons , au contraire , dans les gouttes de sang qui viennent de s'échapper, outre les globules, un liquide transparent et incolore, qui est invisible par lui-même, mais que ses limites par rapport au verre sur lequel il repose font remarquer. Quelquefois aussi il sort, par l'ouverture d'un vaisseau, un liquide sans couleur et sans globules. Les courans plus considérables ne présentent point d'intervalles, il est vrai , parce que les globules du sang sont opaques ; mais comme ces globules ne sont pas des cubes exactement adaptés les uns aux autres, il doit y avoir partout des interstices. Nous pouvons donc considérer l'existence de la sérosité du sang comme prouvée.

II. L'existence des globules du sang n'est pas moins certaine. Nous les voyons dans l'intérieur des vaisseaux, comme dans le sang qui vient de s'en échapper , et nous remarquons que, quand la circulation s'arrête et la vie s'éteint, ils perdent leur forme particulière dans les vaisseaux , de manière qu'ils ont en grande partie disparu dans le sang qu'on tire de ces canaux quelque temps après la mort , comme on n'en découvre également plus dans celui qui a été extrait pendant la vie, mais conservé long-temps. Nous concluons de là qu'ils font partie de l'essence du sang. Mais Schultz (1) a été plus loin ; car il admet leur existence permanente. Ayant remarqué un tremblotement dans le courant du sang, il l'attribue à un mouvement intestin des élémens de ce liquide , qui , suivant lui , seraient en conflit continuel, se transformeraient sans cesse les uns dans les autres, et sans cesse aussi se décomposeraient, de manière que leur substance ne cesserait pas un seul instant de se produire et de se détruire , et qu'elle ne prendrait la forme sphérique que par l'addition do l'eau , qui lui ferait perdre en même temps son mouvement propre. Burkhart (2), qui adopte cette doctrine, prétend que les globules ne sont point matériaux constituans du sang vivant, qu'on doit voir en eux les premiers commencemens du caillot produit par la coagulation, que quand la vie est faible chez un animal, ou

(1) Der Lobensproccs/i im. Blute , p. 31-36, 66.

(2) Ueber das Blut vnd das Athmen , p. 27, 43.

QUALITÉS DU SANG DANS lORGANISME. 1 o5

seulement dans une de ses parties , ils se forment dans les vaisseaux , dès que le sang commence à mourir , mais que le tremblotement du sang n'est point visible là à cause de Topacité des parois vasculaires, quoiqu'il doive avoir lieu tout aussi bien dans leur intérieur que hors d'eux, puisque c'est une manifestation fondamentale de la vie du sang.

Cette théorie repose sur une erreur d'observation. Quand on examine du sang frais au microscope , on voit des corps bien limités, qui se croisent, montent et descendent; et quand le mouvement cesse, on remarque, dans les globules en repos, la même forme que dans ceux qui , suivant J. Muller (1) , restent tranquilles à la périphérie d'une goutte dont le milieu est agité du mouvement le plus vif. Du reste, on n'a pas besoin d'étendre le sang d'eau pour découvrir ce mouvement des globules, et il suffit de l'étaler en couches de médiocre épaisseur. Le tremblotement vague dont Schultz a fait la base de sa théorie, se voit, d'après Muller (2), dans tout liquide composé qu'on examine à la clarté du soleil , après l'avoir agité , par exemple dans le lait bouilli , le mucus, la salive, l'urine et le café. Meyen(3) l'a observé aussi dans le gruau d'avoine, et il l'attribue à ce que, le liquide n'ayant pas une densité uniforme, la réfraction de la lumière y change à chaque instant.

Un tremblotement des globules, sur lequel nous reviendrons encore plus tard ( § 740 ) , a donc lieu dans le sang sorti des vaisseaux. Mais il n'y a pas le moindre motif d'admettre rien de semblable dans le corps vivant, puisque le sang se trouve , pendant la vie , dans un tout autre état et dans des conditions tout autres que sur le porte-objet du microscope. Des milliers d'observations , simples et faciles à répéter, prouvent que, chez un animal plein de vie et non blessé, par exemple dans la membrane interdigitaire d'une Grenouille, les globules du sang marchent d'une manière uniforme dans une direction déterminée , sans se détourner le moins du monde ,

(1) Iria , 1824 , p. 288.

(2) VAd., p. 274. — Jierzelius, Jahresberichl dcr Schwedisvhen Aka.demie dcr JVisscnschaftan., p. 79.

(S)lsU, 1828, p. 407.

ni s'attirer les uns les autres. On n'aperçoit pas le moindre vestige de l'espèce de coruscation tremblotante dont parle Schultz. Celte théorie ne repose donc sur aucun fait. D'ailleurs, considérée en elle-même, elle est insoutenable. Que des parties homogènes s'attirent par une force inhérente , qu'elles se confondent ensemble , et que , sans former de masses plus volumineuses, elles se séparent au même instant, ce sont là des idées inconciliables avec celles que l'expérience nous a procurées de l'attraction et de la répulsion, do la synthèse et de l'analyse des corps , outre que , nulle part dans la nature , on ne rencontre rien d'analogue.

Il est donc certain , comme le dit aussi Mu lier (1) , que le sang vivant et circulant se compose d'une sérosité et de globules concrets.

1° Suivant la remarque déjà faite par Hewson (2) , puis confirmée par Prévost et Dumas (3), les globules du sang ont la même forme et le même volume dans les vaisseaux du corps vivant qu'au dehors de ces réservoirs. Wedemeyer (4) prétend qu'ils paraissent toujours plus gros dans ce dernier cas.

2° Ils nagent à côté et à la suite les uns des autres , sans exercer d'action mutuelle sensible , sans perdre leur propre délimitation. Ce n'est que quand le mouvement du sang s'arrête, parla diminution de l'activité vitale et l'intermittence des battemensdu cœur, ou par la violence de l'inflammation, qu'ils contractent adhérence ensemble et se confondent en une seule masse ; mais si le cœur recommence à battre , ou si l'inflammation diminue , ils se désagrègent , et se remettent à nager, séparés les uns des autres , comme auparavant. Ces phénomènes, qui ont été observés pendant l'intermittence du pouls, par Haller surtout (5) et Wedemeyer (6), dans les inflammations par Kaltenbrunner , et dans la compression des veines

(1) Isis, 4824, p. 287.

(2) Expérimental inquiries , t. III , p. 28.

(3) Biblioth. univers, de Genève , t. XVII , p. 298.

(4) UnlorsuchuiKjenuehcr don Krcislauf des Blutes, p. 354.

(5) Opéra minora, 1. 1, p. 189.

(6) Loc, cit., p. 195,

par'Baumgaerlner(l), sont les seuls qui aient fourni des exemples avérés d'union et de désunion de globules du sang. Leeuwenhoek , qui admettait que chaque globule se compose de six sphères, résultant aussi chacune de six sphérules (2), croyait les avoir vus se diviser en ces diverses particules (3). Quoique ce ne fût là qu'une hypothèse, Boerhaave ,'Gorter et Yanswieten l'adoptèrent, afin d'en faire l'application à la théorie de phénomènes pathologiques (4). Mayer prétend (5) avoir observé fréquemment, dans l'embryon de Brebis, que deux petits globules se réunissaient en un plus gros, qui continuait de marcher dans la même direction 5 s'il ne s'agit point là de bulles d'air ( § 665 ), le fait ne pourrait probablement se rapporter qu'à des cas de stase du sang.

3° Il arrive quelquefois aux globules du sang de se replier ou de s'allonger davantage dans le courant, phénomène que Weber (6) , par exemple , a observé sur des têtards de Grenouille ; et comme ils ne tardent pas à reprendre leur forme primitive, cet effet paraît dépendre d'une action mécanique exercée sur eux et de leur élasticité (§664,9°). On l'a surtout observé fréquemment dans les endroits où le courant changeait tout à coup de direction. Ainsi Haller (7) et Spallanzani (8) ont vu \ les globules, l'un se ployer, l'autre s'allonger dans les flexuosités d'un vaisseau. Schmidt a remarqué aussi qu'ils s'infléchissaient au moment de passer dans une branche latérale (9) , et Dœl- Jinger a fait la même observation sur les globules qui entraient isolés dans un petit courant rapide et qui étaient en même temps obligés de changer de direction (10). On ne sait point encore s'ils subissent dans les petits vaisseaux une compres-

(1) Beobachtungen ueber die Nerven und das Blut , p. 181.

(2) Philosoph. Trans., 1674 ,• p. 23 , 121.

(3) Uni., 1700, p. 556.

(4) Haller, Elem. physiol., t. II , p. 64.

(5) Supplantante zur Lehre vont Kreislaufe , p. 71,

(6) Anulomie des Menschen, t. I, p. 159.

(7) Opéra minora, 1. 1, p. 179.

(8) Expériences sur la circulation , p. 177.

(10) ûenkschriften (1er Aliadmio'^zu Muonnchcn , t. VII, p. 181.

108 QUALITÉS DU SANG DANS i/ORGANISME.

sion qui les rende plus grêles. Haller n'a jamais pu rien voir de semblable (1). Reichel (2) prétend qu'ils sont ronds dans la Grenouille, et qu'ils ne prennent que dans les capillaires la forme oblongue , qu'ils conservent aussi en partie dans les veines; Wedemeyer (3) affirme la même chose; mais les globules de la Grenouille sont toujours elliptiques, tant dans le sang artériel que dans le sang veineux. Hunter dit qu'ils prennent une forme elliptique en traversant les petits vaisseaux. Wedemeyer (4) assure avoir fait la même observation. Dcellinger lésa également vus quelquefois s'allonger dans les capillaires les plus déliés, où ils ne pénètrent plus qu'un à un; mais il assure qu'on les voit plus souvent alors se tourner de manière à former un angle droit avec l'axe du courant, ce qui annonce que l'espace est encore suffisant pour eux . et que les parois du vaisseau ne peuvent pas les comprimer. Du reste, i\n'a observé cet allongement que dans le courant veineux, là surtout où il est le plus rapide, c'est-à-dire au voisinage d'une branche , et il le regarde comme un indice de la tendance qu'éprouvent les globules à s'unir les uns avec les autres.

4° Nous devons encore faire mention ici des diverses hypothèses qui ont été imaginées relativement à la substance des globules du sang. Celte substance peut être hétérogène ou homogène : dans le premier cas , elle peut être liquide au centre et solide à la circonférence (5°) , ou molle en dehors et ferme en dedans; dans le second (6°) , celui d'une substance solide partout , le centre et la périphérie peuvent ou être séparés (7°) , comme un noyau et son enveloppe , ou avoir une densité diverse (8°) , et enfin ne pas différer l'un de l'autre (9°).

5° Si l'extérieur est solide, ou vésiculeux , le contenu peut être gazeux ou liquide.

Haller (5) a démontré que les globules ne sont pas des

(1) Elem. physiol., t. II , p. 58.

(2) De sanguine ejusque motu expérimenta , p. 49.

(4) Loc. cit., p. 221,351.

(5) Opéra, minora , 1. 1 , p. 65 , 180. — Elem. physiolog., t. II , p. 60.

bulles d'air (§ 665), parce qu'ils constituent la partie la plus pesante du sang , qu'ils n'acquièrent pas par la chaleur un volume plus considérable que celui qu'ils ont à froid, et qu'ils ne changent point de forme sous le récipient de la machine pneumatique.

Weiss et Poli pensent qu'ils renferment un liquide (1). Mais , quand on les déchire , on ne voit jamais de liquide s'en échapper; loin de là même, lorsqu'ils se dissolvent, ils laissent une noyau solide.

Malpighi (2) , qui les avait découverts dans le courant veineux du mésentère, les regardait comme des vésicules adipeuses ; mais ils se dissolvent dans l'eau , et ne sont pas plus combustibles que les autres parties du sang.

6° Àckermann (3) , ayant placé une Grenouille sous le récipient de la machine pneumatique , a vu , dans sa membrane interdigitaire , les globules du sang disparaître quand il faisait le vide, et des bulles d'air s'élever ; d'où il conclut que les globules sont des granulations d'albumine entourées d'une atmosphère particulière ( aura oxygéna ) . Mais , comme on a souvent exposé le cruor à l'action du vide sans que les globules disparussent , l'observation microscopique précédente, qu'on ne peut répéter d'ailleurs qu'avec de grandes difficultés, est probablement erronée. Il ne faut pas perdre de vue, en outre , qu'un gaz ne saurait être ce qui détermine les limites et la forme d'une substance solide.

7° Nous avons déjà fait remarquer précédemment (§ 666, 1°) que , suivant plusieurs observateurs , le globule du sang est composé d'un noyau et d'une enveloppe , mais que cette distinction de parties ne' résulte que d'un commencement de décomposition. En examinant les granulations contenues encore dans du sang qui circulait, Kaltenbrunner n'a reconnu aucun vestige de noyau ni d'enveloppe , et toutes lui ont constamment paru être une masse homogène (4). Sous ce

(1) Schmidt , loc. cit., p. 29.

(2) Hewson , Expérimental inrjuiries , t. III , p. 26.

(3) De comljuitionis lentœ pkœnomenis , p. 8.

(4) ïïroriep , Notizcn , t. XVI , p. 307.

HO QUALITÉS DU SANC DANS l'OROANISME.

rapport , mes observations s'accordent avec les siennes. C'est donc avec raison que Blumenbach, Hodgkin et Lister (1), Blainville (2) , Raspail (3) et Wederaeyer (4) ont soutenu que les globules du sang sont des masses homogènes. Wedemeyer a remarqué , chez des Grenouilles , que le noyau plus foncé semblait souvent être déjà indiqué dans l'intérieur même des vaisseaux , mais jamais néanmoins au même degré que dans le sang extravasé et exposé à l'air depuis quelque temps (5). Il a vu aussi , dans la Salamandre , que , quand le sang commençait à s'arrêter, il se formait un noyau arrondi , de couleur foncée et entouré d'un anneau clair (6).

8° Cependant on peut admettre encore qu'il y a inégalité de densité entre les diverses couches du globule , à peu près comme dans la sphère vitelline ( § 340 , 2° ) ou dans le cristallin. On ne saurait douter que la densité de la surface surpasse celle de l'intérieur, puisque c'est précisément cette différence qui constitue l'essence de la délimitation; toute partie quelque molle qu'elle soit , présente plus de cohésion à sa surface ; chaque goutte d'eau y oppose plus de résistance aux corps étrangers que dans le reste de sa masse , et les vapeurs elles-mêmes prennent la forme de vésicules. Aussi , comme le disent Hodgkin et Lister (7), voit-on les globules du sang , dont le bord a été endommagé , adhérer les uns aux autres , ce que d'ordinaire ils ne font point auparavant. Mais les changemens qu'ils éprouvent d'ailleurs semblent annoncer que la substance située immédiatement au dessous de la surface est plus lâche, et que la densité va toujours en augmentant vers l'intérieur. La dessiccation faitfronceret rider la substance périphérique , qui, plongée dans l'eau, l'absorbe , s'y gonfle et s'y dissout. Schmidt (8) a vu , chez des Poissons

(1) Md.,t. XVIII, p. 241.

(2) Cours de physiolog. générale, 1. 1, p. 214.

(3) Syst. de chimie organique , p. 371.

(4) Untersuchunyenucber den Kreislauf des Blutes,']}, 353.

(5) Ibid., p. 346.

(6) lbid., p. 352.

(7) Loc. cit., p. 245.

(8) Loc, cit„ p. 29.

QUALITÉS DU SANCr DANS t'ORGANISME. 1 1 1

et des Oiseaux , quand le globule s'était renflé dans l'eau, le noyau devenir mobile et roulant dans son enveloppe. Suivant Kaltenbrunner, l'enveloppe se dissout promptement, mais le Boyaa ne disparaît jamais , ce qui fait qu'on voit fréquemment des noyaux nus, mais jamais d'enveloppes vides. Wedemeyer a parfois trouvé, chez des Grenouilles (1) et des Salamandres (2) , dans l'intérieur des vaisseaux , des globules plus petits, qui étaient peut-être des noyaux de globules arrêtés pendant leur cours et à moitié détruits par la dissolution. Cependant tous ces faits ne prouvent point encore que l'inégalité de densité existe dès le principe.

9° Comme , au contraire , on n'aperçoit primordialement aucune différence de parties (8°) , il nous paraît plus vraisemblable qu'à l'état de vie le globule du sang contient des parties solides et des parties liquides réparties d'une manière uniforme , et que , quand il vient à mourir, ces parties se séparent , les solides se réunissant pour produire un noyau central , tandis que les liquides deviennent prédominans à la périphérie et entourent le nbyau; n'étant plus alors attirés par les parties solides de ce dernier, ils déploient leur affinité pour les choses du dehors, absorbent de l'air et de l'eau, et s'y dissolvent quand l'un ou l'autre devient assez abondant. Cette hypothèse coïncide avec celles qu'ont proposées Wedemeyer (3) et Blainville. Ce qui la rend plus probable qu'aucune autre, c'est qu'elle nous donne une image de la coagulation du sang ; car la masse est l'expression de leurs molécules, et, de cette manière , nous pouvons conclure qu'il y a dans ces dernières la même modalité de mort ou d'abandon de la vie que nous observons immédiatement dans l'autre.

b. Etat chimique des parties du sang.

§ 689. Nous avons vu que le sang vivant , qui existe dans l'organisme , est composé d'un liquide et d'une substance solide , insoluble dans le liquide , mais tenue en suspension par lui, à cause de sa réduction en molécules d'une grande ténuité.

(1) Loc. cit., p. 346.

(2) Ibid., p. 353.

(3) Loc. cit., p. 352.

11 nous reste à déterminer comment les trois principaux matériaux immédiats du sang sont répartis dans ces deux substances.

I. Comme le sang se sépare, hors du corps, en un liquide , le sérum , et une substance solide, insoluble dans ce liquide, le caillot, rien n'est plus naturel que d'admettre identité, d'une part , entre le sérum du sang tiré des vaisseaux et la sérosité dusang, de l'autre, entre le caillot et les globules. Le sérum est un liquide incolore , comme la sérosité du sang , et il entoure le caillot, comme celle-ci enveloppe les globules. La rougeur du cruor annonce que le cruor a son siège dans les globules. Mais nous ne connaissons pas la fibrine à. l'état liquide; elle ne nous est connue que sous forme solide , ou à l'état de coagulation : elle sera donc déjà solide dans le sang , mais extrêmement divisée et suspendue , et , comme elle fait la base du caillot , dans lequel le cruor s'amasse en raison de son affinité adhésive , le même rapport entre les deux substances aura lieu aussi dans les globules du sang. Comme les globules du sang perdent fort aisément leur matière colorante dans l'eau , celle-ci réside probablement à leur surface , et les petits globules incolores qu'on aperçoit quelquefois sont vraisemblablement les noyaux fibrineux. La coagulation consiste donc uniquement en ce que la fibrine, qui jusqu'alors était formée de globules distincts , se prend en une masse fibreuse , à laquelle le cruor adhère , de la même manière qu'auparavant il adhérait aux globules.

Cette théorie a été pour la première fois indiquée par Hewson , dans ses papiers posthumes (1) ; mais c'est surtout Home qui l'a soutenue (2). Home admettait que le cruor adhère par du mucus au globule formé de fibrine , et qu'il se dissout quand le mucus vient à être dissous par l'eau (3) ; qu'ensuite les globules se disposent à la suite les uns des autres, et qu'ils représentent ainsi la fibrine concrète. 11 a même prétendu avoir observé d'une manière immédiate la séparation du globule en ses deux principes constituans.

(1) Loc. cit., t. III, p. 119-137.

(2) Lectures , t. III, p. 4.

(3) Ibid., p. 28. w

gr ALITÉS DU SANG DANS I/ORGANISME. llû

Une théorie si commode fut presque généralement adoptée. Elle a surtout compté parmi ses partisans Edwards, Prévost et Dumas. Wedemeyer lui-même (1) posa en fait que l'enveloppe colorée se dissout dans vingt parties d'eau, et que le noyau incolore tombe au fond du vase. Cependant toutes ces assertions reposent plus sur des conjectures que sur des faits avérés et incontestables , comme il résulte déjà de ce qui a été dit précédemment (§ 666) , au sujet de la décomposition des globules du sang.

II. JNous ne pouvons point admettre l'identité du sérum et de la sérosité du sang , du caillot et des globules, et cela par les motifs suivans :

1° La sérosité du sang est parfaitement incolore et limpide comme de l'eau dans l'intérieur des vaisseaux ; le sérum n'a jamais ces qualités , car il présente toujours une teinte jaunâtre. Les matériaux constituans paraissent donc être combinés d'une manière plus intime dans la première.

2° L'impossibilité d'une forme liquide de la fibrine n'est point prouvée. Si nous n'avons pas le pouvoir de ramener à l'état liquide , sans la décomposer , la fibrine enlevée à du sang coagulé et mort , ce n'est pas une preuve qu'elle ne puisse jamais être liquide dans l'organisme. On sait généralement que le sang coagulé repasse à l'état liquide dans le corps vivant. Lorsque Dieffenbach injectait du sang dans les veines d'animaux vivans, après l'avoir secoué pendant quelque temps, sa fibrine réduite en fibres et en flocons redevenait probablement liquide , puisque les animaux survivaient à l'opération. Le cruor offre des phénomènes analogues. Quand les globules du sang sont confondus ensemble hors du corps, on ne peut, suivant la remarque déjà faite par Hunter, leur rendre à l'aide d'aucun moyen la forme qu'ils avaient primitivement ; tandis qu'il n'est pas rare que, dans les vaisseaux de l'animal vivant, ils se détachent, sans avoir subi aucun changement, de la masse à laquelle ils avaient donné lieu par leur agglomération , lorsque le cours

(i) Unlersuchunijen ueber den KreisJmif, p, 249. — Mecke!, Ài chivfucr Atiutomic , d82S , p. 356.

vi. S

Il4 QUALITÉS DU SANG DANS 1,'oïlGANISME.

du sang, jusqu'alors interrompu, vient à se rétablir ( § 690, 2°).

3° La fibrine forme, d'après Denis, 0,002 du sang, et le cruor 0,181 , c'est-à-dire qu'elle est à lui dans la proportion de 1 * 72. Au contraire , suivant Home , l'enveloppe colorée serait au noyau fibrineux comme 1 '. 4.

4° Les globules du sang des animaux sans vertèbres , par exemple des Mollusques et des Crustacés , se séparent égale ment, lorsqu'ils se décomposent, en un noyau et une enveloppe (1). Mais ici cette enveloppe ne peut point être constituée par la matière colorante , puisque le sang est incolore. Hewson (2) a même trouvé , chez le Homard , que les enveloppes étaient plus considérables , proportionnellement aux noyaux, que chez les animaux vertébrés.

5° D'après les observations de Muys , Hewson , Hodgkin et Lister, les globules du sang peuvent se réunir ensemble , sans qu'il soit nécessaire pour cela , comme le prétend Home (3) , que leur enveloppe se dissolve. Kaltenbrunner a remarqué que , quand ils sont rapprochés les uns des autres en grand nombre , ils s'accollent ensemble et forment un caillot , dont l'opacité ne permet pas de distinguer s'il est uniquement composé de noyaux ou non (4).

6° Il n'est pas démontré, au moins de manière à ne plus laisser place au doute , que les fibres du caillot résultent de globules placés à la suite les uns des autres (§ 676 , 3° ). Quand bien même la chose serait prouvée , il ne s'ensuivrait point encore que les globules qu'on aperçoit après la dissolution partielle des granulations du sang, fussent composés uniquement de fibrine , puisque les globules de la substance nerveuse, qu'on aperçoit d'une manière beaucoup plus distincte encore, sont composés uniquement d'albumine. En outre, on dit avoir vu des globules ronds dans la fibrine d'Oiseaux, de Reptiles et d'un grand nombre de Poissons , quoique les noyaux des globules du sang soient elliptiques chez ces animaux (5).

(1) Weber, Anatomie des Menschen, t. I, p. 150.

(2) Loc. cit. , t. III , p. 40.

(3) Weber, Anatomie des Menschen , t. I , p. 151.

(4) Froriep , Notisen , t. XVI , p. 307.

(5) Weber, loc, cit., t. I , p. 152.

, QUALITÉS DU SANG DANS t 'ORGANISME. Il5

7° D'après la théorie en question , le cruor adhérent au caillot devrait se composer d'enveloppes déchirées , et c'est effectivement ce que dit Hunefeld (1) , parce qu'il n'y a point trouvé de «lobules du sang. Mais cette dernière circonstance doit être alribuée uniquement à ce qu'avant l'examen le cruor avait été mêlé avec de l'eau. Prévost et Dumas accordent que l'on aperçoit encore un grand nombre de globules non décomposés dans le caillot frais; la vérité est qu'on ne peut découvrir aucune trace de dissolution d'un seul de ces corpuscules. Lorsque , la coagulation étant complètement achevée , dix heures et plus après la sortie du sang des vaisseaux , on exprime le cruor du caillot , on y trouve des globules tout aussi nombreux et tout aussi bien conformés qu'avant la coagulation, et l'on n'y voit aucune enveloppe vide ni aucun lambeau d'enveloppe. Ce cruor, consistant en globules complets du sang , se dissout ensuite dans l'eau , sans laisser nulle trace de fibrine coagulée. Wedemeyer (2) battit du sang frais pendant une heure , au bout de laquelle toute la fibrine était coagulée , et il ne se formait plus de caillot ; mais la partie liquide du sang contenait les globules ordinaires. Quand on fait sécher rapidement une goutte de sang, et qu'ensuite on la ramollit avec de l'eau , on trouve de la fibrine coagulée et des globules qui n'ont subi aucune altération. Ainsi , dans aucune circonstance , la coagulation de la fibrine ne se montre dépendante d'une décomposition des globules du sang.

8° Le cruor, qui consiste en globules du sang non décomposés, ne se coagule pas de lui=même, comme la fibrine, et en général il se comporte tout autrement que cette dernière , sous le point de vue chimique.

9° Le sang menstruel contient une très-grande quantité de cruor, avec des globules parfaits, et cependant on n'y trouve que fort peu ou même point de fibrine.

TH.. La théorie dans laquelle on admet ce partage des matériaux du sang pèche donc par la base , et , si nous réfléchis-

(1) Phyxinloyiiche Chemio , t. II, p. 48.

(2) Untersuchwujen , p, 250.

Il6 QUALITÉS DD SANG DANS LORGANISME.

sons que la séparation en caillot et sérum ne se rattache qu'à la mort du sang , nous trouvons très-concevable que rien d'analogue n'ait lieu dans le sang vivant. Au contraire , nous remarquons des circonstances qui prouvent et que les globules du sang contiennent une partie de la sérosité , et que la sérosité renferme une portion du caillot:

10° Le sang qui coule dans les vaisseaux est beaucoup plus riche en globules qu'en sérosité , et cependant, hors du corps, nous trouvons plus de sérum que de caillot. Dejlà il suit que les globules contiennent en eux une partie de la sérosité , et qu'ils la laissent échapper quand ils commencent à se décomposer. Dœllinger (1) a le premier appelé l'attention sur cette circonstance , et Kallenbrunner donne comme un fait observé , que les globules laissent transsuder du sérum lorsqu'ils contractent adhérence les uns avec les autres. Schmidt (2) présume que c'est principalement leur périphérie qui se convertit en sérum, parce que, dans les Poissons, chez lesquels le sérum se sépare avec une rapidité extrême , la partie périphérique des globules du sang se dissout aussi d'une manière presque instantanée. Ajoutons encore qu'avant la séparation en caillot et en sérum, le sang qui se coagule représente une masse homogène , gélatiniforme , dans laquelle la sérosité paraît être absorbée et enchaînée en totalité par les parties solides.

11° La sérosité du sang contient probablement de la fibrine, comme le présument aussi Gruithuisen (3) , Berzelius et Denis (4) ; car elle commence à se coaguler dès avant que les globules se dissolvent. Les observations de Haller sur la production des caillots, qui ne peuvent point être dus à de l'albumine , mais qui consistent en fibrine , comme l'a démonlré l'examen des fausses membranes , fournissent une preuve à l'appui de cette conjecture. Haller (5) a remarqué, en effet, qu'autour des vaisseaux blessés se forme un nuage de liquide

(1) Denkschrifteti der Akademic su Muennchen , t. YII ,'p. 186.

(2) Loc. cit., p. 39.

(3) Bcitrœye zur Physioynosic , p. 161.

(4) Loc. cit., p. 118.

(5) Opéra minora , t. I , p. 181 .

QUALITES DU SANC DANS l/OBGANISME. ll^

pâle , qui se condense et donne souvent lieu à un petit tubercule , dans le centre duquel on aperçoit un grumeau rouge , tandis que les globules de sang extravasés ne produisent jamais de nuage semblable. Plus tard (1) , il a vu distinctement que ce caillot est produit, sur une plaie artérielle, par la sérosité du sang , attendu qu'il était quelquefois traversé par quelques globules, qu'on distinguait fort aisément. Les concrétions qu'on rencontre dans les vaisseaux des cadavres, mais dont la plupart ne se forment que pendant l'agonie et peu de. temps avant la cessation totale de la circulation , consistent ordinairement en fibrine pure et blanche , tandis que , dans le sang tiré de la veine , le cruor adhère tellement à cette dernière qu'on ne parvient à l'en détacher qu'au moyen d'une énorme quantité d'eau. Si ces concrétions provenaient de globules décomposés, la matière colorante y serait probablement demeurée attachée. Il est donc plus vraisemblable que la fibrine s'est précipitée de la sérosité du sang , et que les globules non altérés du sang ont continué de cheminer.

c. Etat général du sang.

§ 690. La réplétion des vaisseaux varie non seulement suivant que la masse du sang augmente ou diminue , mais encore sans que cette masse change , et par l'effet d'états divers de l'activité vitale. Dans les mouvemens violens et les accès de colère , dans la chaleur de la fièvre et surtout dans les phlegmasies de certains organes internes, les artères paraissent plus pleines au toucher, les veines font plus de saillie , la peau est rouge , gonflée et chaude par tout le corps ; or nous ne trouvons aucun fait qui prouve que la quantité du sang soit diminuée proportionnellement dans les viscères soustraits à notre observation immédiate. Au froid, sous l'influence de la crainte et de la frayeur, pendant la syncope et dans le froid de la fièvre , le contraire a lieu , et , quoique alors les organes internes , par antagonisme avec les membres et la surface cutanée , reçoivent plus de sang qu'à l'ordinaire , ils ne sont pas pour cela

(4) Iiïd., P. 220.

dans l'état d'exaltation d'activité vitale que nous remarquons quand l'alllux du sang augmente vers un organe quelconque : loin de là môme , l'organisme entier présente des phénomènes attestant une diminution de la vitalité. Si ces vicissitudes ne dépendent ni d'un changement de masse , ni d'une inégalité de répartition, nous ne pouvons les expliquer que par un état tantôt de hausse et tantôt de baisse de la force expansive du sang; le sang lui-même doit ou se distendre davantage et gonfler les vaisseaux , ou se resserrer et occuper moins d'espace. C'est ce que confirme la comparaison entre l'état de vie et celui de mort. Sur le cadavre , nous trouvons les artères vides , très-peu de sang dans le cœur et les vaisseaux capillaires, les petites veines moins pleines que pendant la vie, et cependant les gros troncs veineux non distendus outre mesure : le système vasculaire paraît donc beaucoup trop spacieux pour la quantité de sang existante , et c'est même sur cette observation que Kerr (1) s'est appuyé pour nier l'entrée du sang dans les artères et la circulation. Cependant , comme il est certain que , durant la vie , le système vasculaire entier est plein de sang , ce fait prouve seulement qu'alors le sang est plus dilaté et occupe davantage d'espace qu'après la mort. Rosa lia , sur un animal vivant , une artère pleine de sang , l'excisa et la laissa refroidir ; son calibre fut alors trouvé plus petit des deux tiers , et le sang ne remplissait qu'un tiers du vaisseau rétréci (2) ; de sorte que le volume du sang mort serait à celui du sang vivant comme 1 \ 9 , si les mesures prises par Rosa étaient parfaitement exactes et certaines.

§ 691. 'La quantité du sang est difficile à déterminer chez un individu , et plus encore quand il s'agit de la fixer par rapports à une espèce en général, car elle varie singulièrement selon l'état de la digestion et de la respiration , de la nutrition et de la sécrétion, j

(1) Observations on the harveian doctrine of the circulation of tho llood, p. 147. j

(2) Giornale per servira alla sloria délia medicina , t. I , p. 185.

1° Chez l'homme ; on ne peut arriver qu'à une estimation approximative , dont l'énoncé présente en outre de grandes diflerences , ainsi qu'on en jugera d'après les détails dans les quels Halier (1) et Herbst (2) sont entrés à cet égard. Les deux extrêmes sont huit livres ( suivant Allen Moulins) et cent livres (selon Keil). Sur le cadavre, les vaisseaux sont contractés pendant la rigidité', et une fois celle-ci dissipée , le sang ne tarde ni à se coaguler ni à pénétrer dans le tissu des parties solides (§ 634,10°). Herbst (3) estime la quantité du sang de dix à quatorze livres , et prétend qu'il ne faut pas plus de vingt livres de masse pour injecter le système vasculaire entier ; mais il est bien difficile de! remplir complètement les vaisseaux capillaires , et peut-être même n'a-t-on jamais injecté d'une manière parfaite un cadavre avec tous ses viscères. A en juger d'après les injections partielles qui ont le mieux réussi, et dans lesquelles la masse est revenue par les veines, la totalité du système vasculaire est assurément capable d'admettre plus de vingt livres. Les hémorrhagies qui se font avec lenteur et par intervalles ne prouvent rien , parce qu'en pareil cas la formation du sang se trouve accélérée , et que nous n'avons aucun moyen de la calculer (4) ; mais cette même circonstance n'a guère de valeur assurément lorsqu'en peu d'heures , et sans que la mort s'ensuive, un homme perd dix livres de sang par, le nez , douze par le vomissement (5) , ou quand , comme dans le cas cité par Taylor, on enlève cent quarante-quatre onces de sang , indépendamment des purgatifs , pour débarrasser un malade d'une difficulté de respi rer (6). Suivant Wrisberg, une femme morte de métrorrhagie, avait perdu vingt-six livres de sang, et l'on a recueilli vingtquatre livres de ce liquide chez une autre femme pléthorique qui avait subi le supplice de la décapitation. Nous ne commettrons donc^pas d'erreur.en évaluant à vingt livres Ja masse

(1) Elem. physiolog., t. II /p. 2.

(2) Commentât, de sanguinis quantitatc ,Jp.f453.

(3) Loc. cit., p. 55.

(4) Ibid., p. 56.

(5) Haller, loc. cit., t. II j p. 4.

(6) Gerson, Magasin, t. X.VI , p. 448.

1 20 QUANTITÉ DU SANG DANS LORGANlSME.

totale du sang d'un homme bien portant , et admettant que cette masse est au poids du corps dans la proportion de 1 * 8.

2° Pour juger de la quantité du sang des animaux , on les fait périr d'hémorrhagie , en ouvrant simultanément plusieurs vaisseaux. Herbst coupait , dans cette vue , l'aorte, la carotide , l'artère crurale et les vaisseaux pulmonaires. Mais la vie et la circulation cessent avant que tout le sang soit écoulé,', et il en reste beaucoup dans les vaisseaux capillaires. On obtiendrait un résultat plus exact en noyant les animaux dans de l'eau médiocrement échauffée , les laissant dans ce liquide , dont on entretiendrait la température au même degré , jusqu'à ce que la période de la raideur cadavérique fût passée , inje.ctant alors du suif dans le cœur et les artères , et comparant avec la quantité de matière grasse qu'on emploierait celle du sang qui s'écoulerait des troncs veineux coupés. Pour le présent nous donnons les résultats des observations de Herbst (1) dans la table suivante, où nous considérons la quantité du sang comme unité à laquelle nous rapportons les proportions diverses du poids du corps. Afin de rendre cet aperçu plus complet, nous y ajoutons d'autres évaluations relatives à quelques animaux sur lesquels Herbst n'a point fait d'observations.

. Bœuf (3). :

Triton (5). -

. Chien (6). . .

Grenouille.

. Cheval (7) Pigeon.

. Lièvre . Moineau.

(1) Loc. cit., p. 46-51.

(2) Dans le Limaçon des vignes , comme 1 ' 5,67 et 1 * 6,11 , selon Erman

(AbhandluiMjen der Akademie su Berlin, 1816-1817, p. 203), comme 1 * 9,60 d'après Carus ( Von don œussern Lebensbediiujungcn , p. 85).

(3) i; 10,86, d'après Haies.

(4) Suivant Carus (toc. cit. ).

(5) D'après Blumcnbach (Kleïne Schriften , p. 68).

(fi) 4 • 12 — 1 ' 21 , d'après Herbst ; 1 ; 9,60 , selon Allen Moulins. (7) D'après Haies.

QUANTITÉ DU SANG DANS i/ORGANISME. 121

Chèvre.

Veau (1).

Agneau (2).

. Renard.

. Chat. . Serin.

Brebis (3).

. Souris.'

. Ane (4).

. Lapin (5).

.... Coq.'

Vipère (6)

. . . . Canard (7).

. . . . Poule. *

3° Si nous admettons ces données comme de simples approximations , et que nous les supposions exactes dans leur proportion réciproque , elleSxiious donnent d'abord des résultats négatifs. En effet, elles ne confirment pas ce que d'autres circonstances ont porté'à admettre, savoir, que les jeunes animaux possèdent plus de sang que les vieux, les animaux sauvages plus que ceux qui sont privés, les petits plus que les gros , ceux à sang chaud plus que ceux «à sang froid (8) ; car, d'après la table précédente , le Bœuf avait plus de sang que le Veau , le Chien que le Renard , le Cheval que l'Ane , le Limaçon et aussi la Moule , d'après7 Erman , que les Mammifères et les Oiseaux. Il est clair également que la quantité de la masse du sang n'est point en rapport exact avec la perfection de l'organisation , et qu'on se trompe en attribuant d'une manière absolue moins de cette liqueur aux animaux inférieurs qu'aux animaux supérieurs. Ce qu'il paraît y avoir de certain , c'est que la quantité du sang est plus considérable

(4) 4 122, suivant Rosa.

(2) 1 * 20, selon Allen Moulins; 1 ' 22, suivant Rosa.

(3) 4 : 22 , d'après Allen Moulins ; 1 1 23 , selon Rosa.

(4) D'après Rosa.

(5) 4 : 29 , selon Allen Moulins.

(6) D'après Haller (Elem. physiol., t. II, p. 6).

(7) D'après Allen Moulins.

(8) Haller, Elément, physioloy., t. II . p. 6.

122 QUANTITÉ DU SANG DANS i/ORGANISME.

chez les animaux qui ont la substance du corps molle 'et im prégnée de sucs, moins grande, au contraire, chez ceux, d'une constitution sèche, et que la différence est enharmonie avec le mode divers d'influence qu'exerce le monde extérieur. L'eau nourrit , l'air consomme ; les animaux aquatiques ont plus de sang que les animaux aériens. Nous trouvons cet antagonisme entre les Mollusques, qui regorgent de sucs, et les Insectes, chez lesquels les courans de sang se dessèchent pendant que l'air se répand dans tout leur corps. Nous en voyons un semblable, parmi les Vertébrés , entre les Mammifères amphibies et les Oiseaux ; les premiers, conformément à leur élément humide, ont une énorme quantité de sang, même dans le tissu adipeux, et en quelque point du corps qu'on fasse une entaille , il s'écoule comme d'une poche ; au contraire , le corps plein d'air des Oiseaux est pauvre de sang et sec. Les bêtes à cornes qui vivent d'herbes juteuses et^consomment beaucoup d'eau , sont plus pléthoriques que le Rongeur qui vit d'alimens secs et a moins besoin d'eau. La grande quantité de sang que nous trouvons chez l'homme se rapporte peut-être aussi à son mode normal de vie et à la flexibilité de sa complexion , ce que semblerait indiquer la proportion de ce liquide chez les femmes ( § 166 , 179 ) ; mais il se pourrait également qu'elle tînt au plus haut développement de sa vie animale.

APPENDICE (i).

Des globules du sang, de l'état de la fibrine dans ce liquide , et de l'action du galvanisme sur lui.

Les assertions des auteurs diffèrent tant les unes des autres, en ce qui concerne la forme des globules du sang , qu'il m'a paru indispensable de soumettre cet objet à un nouvel examen. J'ai employé pour cela différens instrumens d'optique , et en particulier un précieux microscope de Frauenhofer.

Lorsqu'on veut étudier les globules du sang, il ne faut pas les étendre d'eau , car alors on les verrait tout autrement qu'ils ne sont dans le corps vivant ; l'eau change leur forme à l'instant même ; les globules elliptiques y deviennent ronds, et tous y perdent une partie de leur aplatissement. 11 faut donc faire les observations sur une goutte de sang très-peu épaisse, et pure ou tout au plus étendue de sérum. Par exemple , pour examiner les globules - de la Grenouille , j'emploie une goutte de ^sérum du sang déjà coagulé, et j'y ajoute une petite quantité d'une goutte de sang frais. L'eau tenant en dissolution du sel de cuisine ou du sucre , peut également servir, car ces dissolutions n'altèrent en rien les globules. C'est à l'usage d'étendre le sang avec de l'eau et à l'emploi de mauvais instrumens qu'il faut attribuer les dissidences relatives à la forme des globules.

J'ai trouvé que , chez l'homme , les globules ont pour la plupart le même volume. Quelques uns sont un peu plus gros que les autres, mais aucun ne les dépasse du double. La même chose a lieu aussi dans la Grenouille. Cependant on en aperçoit aussi quelques uns qui , ayant d'ailleurs la même configuration , sont un peu plus petits , et semblent être pour ainsi dire en train de se former. Les globules de l'embryon du Lapin m'ont paru être ceux qui présentent le plus d'iné-

(1) Cet Appendice est tout entier de Jean Millier. ;

galité ; on en voit qui ne sonl pas moitié aussi gros que les autres, tandis que la majorité égalent en volume ceux de l'animal adulte. Les globules des têtards de Grenouille sont plus petits que ceux de l'animal parfait.

La forme des globules varie beaucoup chez les divers animaux. Cependant , circulaires ou elliptiques, ils sont toujours plats. Ils représentent des disques arrondis chez l'homme et les Mammifères. (Quelle peut être leur forme dans l'Ornithorhynque?) A l'instar d'autres observateurs, je les trouve elliptiques dans les Oiseaux (Pigeon et Poule), les Reptiles (Grenouille et Salamandre ) et les Poissons, où parfois cependant , comme dans la Carpe , ils se rapprochent un peu de la forme arrondie , sans être complètement ronds. Pvudolphi dit que ceux des Poissons sont ronds , comme je les avais vus autrefois dans l'Alose, lorsque je ne savais pas encore bien observer. C'est une erreur qu'il faut attribuer à l'action de l'eau; car j'ai constaté que l'addition de ce liquide faisait constamment passer les globules elliptiques des Poissons , des Reptiles et des Oiseaux à la forme ronde. Depuis, tous les Poissons que j'ai examinés, même TAlose, m'ont offert des globules elliptiques. Ceux des Reptiles, desjOiseaux et de la plupart des Poissons sont en général deux fois aussi longs que larges. J'ai reconnu l'aplatissement , non seulement dans les globules elliptiques des Poissons , des Oiseaux et des Reptiles , mais encore, de la manière la plus positive, dans les globules circulaires du Veau et de l'homme; mais il faut pour cela de bons inslrumens d'optique. On peut s'en convaincre en agitant sous le microscope une goutte de sang étendue de sérum , d'eau salée ou d'eau sucrée, de manière que beaucoup de ces petits corps se placent sur la tranche en coulant. Les globules sont plus plats , eu égard aux autres diamètres , chez les Reptiles que chez les Poissons ; la Salamandre est l'animal dans lequel je les ai trouvés le plus aplatis : ils le sont beaucoup aussi dans la Grenouille , où ils ont huit à dix fois moins d'épaisseur que de longueur. Ils sont fort plats aussi dans le Lézard , où leur volume le cède un peu à celui des globules de la Grenouille. Ceux de la Salamandre , quand ils sont placés perpendiculairement sur le côté , ne montrent pas de

saillie qui s'élève du milieu de leurs deux faces latérales , mais sont aplatis d'une manière uniforme ; quant à ceux de la Grenouille, ils présentent quelquefois , sur leurs deux faces , une élévation médiane , qui n'est pas toujours bien sensible , et qui les fait ressembler à la figure qu'en ont donnée Prévost et Dumas.

Quoique , comme je le ferai voir plus tard , les globules du sang aient un noyau intérieur , ce noyau ne fait cependant un peu de saillie à l'extérieur que chez les Grenouilles ; il pas raît ne point être saillant chez tous les autres animaux.

Les globules elliptiques des Oiseaux ne sont pas aussi plats que ceux des Reptiles ; mais ils présentent néanmoins un aplatissement sensible. Je n'ai pu me convaincre de l'aplatissement de ceux des Mammifères et de l'homme que depuis qu'il m'a été permis d'employer le microscope de Frauenhofer, depuis aussi que je sais .qu'on ne doit point étendre le sang avec de l'eau. Il est uniforme chez l'homme et les Mammifères, dont les globules n'offrent jamais d'élévation sur le milieu de leurs faces. Lorsqu'on les aperçoit placés de côté , ils ressemblent à un petit trait obscur et de même largeur partout , qui n'est point arrondi aux deux bouts , et qui cesse d'une manière presque brusque , comme ferait une pièce de monnaie vue sous le même aspect. Cependant la comparaison avec une médaille , qu'on a si souvent employée , est inexacte en ce sens que la largeur surpasse de beaucoup celle d'une pièce de monnaie ; chez l'homme , les globules sont seulement quatre fois plus minces que larges.

Les globules des Reptiles nus sont les plus gros que je connaisse. Ceux des Oiseaux et de quelques Poissons s'en rap prochent sous le rapport du volume. Ceux de l'homme et des Mammifères sont les plus petits ; j'ai trouvé ceux du Veau un peu plus petits que ceux de l'homme. Prévost et Dumas disent que ceux delà Chèvre sont les plus petits, de tous; je partage leur opinion à cet égard , car je n'ai pu soumettre les globules de cet animal à un examen rigoureux. Chez l'homme, le diamètre de leur surface plane est de 0,00023—0,00035 pouce. Ceux des Oiseaux, examinés comparativement avec ceux des Grenouilles , sont de moitié environ plus petits que

136 GIOBULES DU SANG.

ces derniers; ceux de la Salamandre surpassent un peu ceux de la Grenouille , mais non d'un tiers, et ils sont un peu plus allongés. Ceux des Poissons sont plus petits : ainsi , dans la Carpe, par exemple, ils sont un tiers, et dans l'Alose, moitié plus petits que dans la Grenouille. Comparés à ceux de l'homme , les globules de la Grenouille sont quatre fois environ plus gros, le diamètre transversal des premiers étant mis en rapport avec le diamètre longitudinal des seconds.

Au milieu des globules circulaires et des globules elliptiques , on aperçoit une tache , ronde dans les premiers , elliptique dans les autres, qui paraît claire du côté éclairé, et obscure du côté de l'ombre. Quelquefois, par exemple, chez les Oiseaux , les Reptiles et les Poissons , cette tache ressemble à un noyau intérieur , surtout lorsque la lumière est vive et qu'il n'y a plus d'ombre ; parfois aussi, ce qui a lieu quand la lumière est moins forte, elle paraît comme une élévation, phénomène qu'on observe surtout chez les Grenouilles , mais dont on ne trouve aucune trace dans les Oiseaux et les Poissons. On croit apercevoir plus distinctement une élévation elliptique, chez les Grenouilles, lorsque les globules sont contenus dans une petite quantité de sérum, et alors il semble aussi qu'on remarque un enfoncement entre le bord renflé et la saillie elliptique. Je dis seulement ce qu'on croit voir dans diverses circonstances, et non ce que je pense avoir lieu réellement. Mais comme les globules des Oiseaux , des Poissons et des Salamandres , placés de côté , ne montrent pas d'élévation médiane sur leurs faces latérales , leur tache médiane ne peut point être une saillie , et elle dépend du noyau du globule, dont on parvient aussi à démontrer l'existence d'une autre manière. En outre, comme les globules de la Grenouille, placés de champ, présentent quelquefois une élévation plane sur leurs faces latérales , il faut que le noyau fasse égalementici une saillie, peu considérable à la vérité. Les globules circulaires de l'homme et des Mammifères, observés à laide d'un bon instrument , ne montrent aucun vestige de saillie latérale quand ils sont posés sur leur tranche, et jamais non plus la tache, quand on la regarde du côté d'une des faces, ne présente l'aspect d'une élévation. En concluant de ce qu'ils

G LOBBIES DU SANCÎ. \2<j

voyaient chez uifanimal à ce qu'ils supposaient'chez d'autres, les écrivains ont fait naître une grande confusion sous ce rapport. Lesglobules du sang de l'homme etdes Mammifères, contemplés avec un bon instrument, semblent toujours un peu excavésdu bord vers le centre. L'opticien Young est tenté de regarder la tache commeun véritable creux : je ne dis pas que la chose soit, mais elle paraît être ainsi. Lorsque les disques.sont obliques, de manière qu'on aperçoive un peu'd'une des faces et un peu du bord supérieur , celui-ci forme un demi-cercle obscur" , convexe d'un côté et concave de l'autre. Comme il résulte indubitablement de mes observations , qui vont être rapportées tout à l'heure , que les globules des Grenouilles et des Salamandres contiennent un noyau , qui se comporte chimiquement d'une autre manière que l'écorce , comme en outre , dans les globules des Poissons et des Oiseaux , ce noyau paraît au microscope sous le même aspect absolument que chez les Reptiles, il est très-probable que les globules de l'homme et des Mammifères renferment aussi un noyau , ce dont leur petitesse ne permet pas de donner la démonstration directe. Mais , en tout cas , ce noyau ne produit point ici de saillie.

Le sang des Grenouilles , tel qu'on l'obtient pur du cœur lui-même , m'a encore offert des corpuscules d'une autre espèce, qui sont beaucoup plus petits, et qui ne s'y trouvent qu'en très-petite quantité. Ces corpuscules sont ronds, non aplatis , et à peu près quatre fois plus petits que les globules elliptiques. Ils ressemblent parfaitement aux granulations peu nombreuses de la lymphe coagulable des Grenouilles , telle qu'on la rencontre sous la peau , et sont évidemment des globules lymphatiques appartenant à la lymphe qui s'est mêlée avec le sang. Peut-être les noyaux des globules sanguins proviennent-ils des globules de la lymphe et du chyle. A la vérité, les noyaux des globules sanguins de la Grenouille, dépouillés de leur enveloppe par l'acide acétique, sont à peu près aussi gros que les petites granulations éparses dans le sang et que celles de la lymphe ; mais les dernières sont rondes les unes et les autres , tandis que les noyaux mis à nu dés globules sanguins ont une forme elliptique, et déplus, dans la Salamandre , sont manifestement aplatis.

Tant que les globules du sang sont contenus dans la sérosité, leur matière colorante ne se dissout pas; mais la dissolution de cette dernière a lieu dès que de l'eau entre en contact avec eux. Je n'ai rien observé qui confirmât ce que Home dit de la facilité avec laquelle les globules du sang se décomposeraient. Quand le sang des Mammifères a été fouetté , les globules* conservent leur forme, et si on les examine, plusieurs heures après, ou même le lendemain, les meilleurs instrumens ne font apercevoir aucun changement ni dans leur forme , ni dans leur volume. Au bout même de vingt-quatre heures , il ne s'en est rien dissous dans le sérum , et le sérum qui a formé pendant vingt-quatre heures une couche épaisse d'une ligne à une ligne et demie au dessus des globules tenus en suspension, est jaune et incolore. Le sang fouetté etdébarrassé des caillots fibrineux blancs , ressemble parfaitement au sang naturel ; les globules y nagent , et ils ne se précipitent point, sans que plusieurs jours d' exposition à une température de quinze degrés du thermomètre centigrade puissent les déterminer à gagner le fond du vase. Les globules rouges ne s'abaissent , en plusieurs jours, que de deux lignes et demie tout au plus au dessous du niveau de la liqueur, et au bout de ce laps de temps, le sérum, qui était d'abord sans couleur, n'en a acquis qu'une très-légère ; mais si l'on verse de l'eau dans du sang fouetté de Mammifères , ce liquide dissout une partie de la matière colorante , et la plupart des globules se précipitent. Chez la Grenouille , au contraire , les globules gagnent le fond dans la sérosité même du sang , qui reste incolore au dessus de l'eau, et ils se conservent ainsi pendant plusieurs jours, sans que le moindre changement s'opère dans leurs formes ou leurs dimensions. Pour obtenir du sang de Grenouille un sérum mêlé de globules , j'enlève le caillot, à mesure qu'il se forme , jusqu'à ce qu'il ne s'en produise plus , et je secoue ce caillot dans le liquide restant, afin que les globules qui y adhèrent se détachent. De cette manière, on se procure, après avoir retiré le caillot, du sérum contenant une grande quantité de globules , tandis qu'une autre partie de ceux-ci demeure emprisonnée dans le caillot. En cet état v les globules sanguins contenus dans le

GlOBUIÏES DU SANG. • j 5g

sérum peuvent servir à diverses expériences , après quoi on examine au microscope quels changemens ils ont subis, tandis que le sang frais ne saurait être employé, en raison du caillot qui s'y produit, à certains essais dont le but est de faire connaître la manière dont les globules se comportent avec tels ou tels réactifs. C'est toujours ainsi qu'a été préparé le sang de Grenouille mis en usage dans les expériences qui vont être rapportées. Les globules contenus dans le sérum du sang de Grenouille peuvent être., conservés pendant plusieurs jours sans qu'ils subissent de changement ; le sérum demeure clair, et ne s'empare d'aucune parcelle de matière colorante.

Je viens de dire que les globules du sang de la Grenouille tombent au fond, dans le sérum , tandis que , chez l'homme et les Mammifères , ils ne s'abaissent que de quelques lignes au dessous du niveau du sang dépouillé de sa fibrine , mais demeurent d'ailleurs en suspension. Ce phénomène doit tenir à ce que la pesanteur spécifique des globules est plus grande, comparativement à celle du sérum , chez les Grenouilles que chez les Mammifères. Dans le sang inflammatoire de l'homme, où il n'y a que la partie inférieure du caillot qui soit rouge , et où la couche supérieure est formée de fibrine d'un jaune blanchâtre, constituant ce qu'on appelle la couenne ( crusta inflammatoria ) , il faut ou que la pesanteur spécifique des globules ait augmenté, ou que celle du sérum ait diminué. Si l'un ou l'autre de ces cas a lieu , cè qui ne peut être décidé que par des expériences , le phénomène de la couenne inflammatoire s'expliquerait fort bien. En effet , comme le sang phlegmasique se coagule souvent d'une manière sensiblement plus tardive que celui des sujets bien portans, les globules rouges ont le temps de s'abaisser au dessous du niveau avant que la fibrine incolore dissoute dans le sang se soit coagulée, de sorte qu'alors la partie supérieure du caillot doit devenir blanche. Mais je prouverai plus tard qu'il y a réellement de la fibrine dissoute dans le sang.

Lorsqu'après avoir préparé comme je viens de le dire un mélange de {{lobules et de sérum de Grenouille exempt de caillots librineux , on y verse de l'eau , et qu'ensuite on agite le tout, la matière colorante des globules se dissout peu à peu vi. 9

l3o GLOBULES DU SANG.

dans l'eau, et il finit par rester au fond du verre de montre un sédiment blanc, composédejjlobules ronds, quatre fois plus petits que ceux du sang ; ce dépôt n'est point soluble dans l'eau. Il est bon d'ajouter beaucoup d'eau pour faciliter la dissolution de la matière colorante. On emplit un verre de montre de la liqueur ainsi étendue, on attend quelque temps, jusqu'à ce que les globules aient gagné le fond, et l'on plonge le verre dans un autre plus grand, également plein d'eau, en agissant avec assez de précaution pour ne point remuer le dépôt. On laisse l'appareil en repos pendant douze à vingt-quatre heures, au bout desquelles le précipité est devenu blanc , de rouge qu'il était. Si alors on l'examine au microscope, on n'y découvre plus aucun globule elliptique, mais une multitude de corpuscules quatre fois plus petits, la plupart arrondis, et dont il n'y a que fort peu qui soient ovalaires. En observant le dépôt à plusieurs reprises pendant le cours de douze à vingt-quatre heures, on peut se convaincre que la matière colorante , à mesure qu'elle se dissout dans l'eau et la colore, abandonne les globules elliptiques , de sorte que ceux-ci deviennent de plus en plus petits , jusqu'au momentoù il ne reste plus d'euxque des noyaux incolores et insolubles dans l'eau. On peut alors soumettre ce dépôt blanc à d'ultérieures recherches. Abandonné à lui-même dans l'eau , il ne se dissout point, mais finit par former au fond du Yase une masse mucilagineuse , composée encore des mêmes petits globules. Les alcalis le dissolvent. L'acide acétique ne l'altère point , même après être demeuré long-temps en contact avec lui. Soumis à l'action de la pile galvanique , il se comporte comme une dissolution de jaune d'œuf , ainsi que je le dirai plus loin.

Berzelius a fait remarquer, contradictoirement aux assertions de Prévost et Dumas , que la matière colorante des globules du sang se dissout dans l'eau en totalité et en toutes proportions , et qu'elle ne se borne pas à se réduire en petits fragmens qui restent suspendus dans le liquide. On peut s'en convaincre non seulement sur le sang de l'homme et des Mammifères, mais encore, et bien plus sûrement, sur les globules de la Grenouille- La petitesse extraordinaire des noyaux des globules de l'homme et des Mammifères ne permet pas de

GLOBULES DU SANG. î'3 1

voir ce qu'ils deviennent quand on mêle les globules avec de l'eau, et l'analogie seule avec le sang des Grenouilles porte à admettre , connue conjecture vraisemblable, que ces noyaux insolubles dans l'eau y restent en suspension, lorsque, après avoir battu le sang des Mammifères , et en avoir retiré tout le caillot , on l'étend d'une assez grande quantité d'eau pour dissoudre la totalité de la matière colorante des globules. Pendant la coagulation du sang non battu des Mammifères, les noyaux des globules demeurent unis avec le caillot rouge ; mais on se demande cependant si, quand on enlève la matière colorante du caillot par le lavage , ils ne se dissolvent pas , pour la plus grande partie, en même temps qu'elle.

Berzelius paraît attribuer l'insolubilité de la matière colorante dans le sérum à l'albumine qu'il contient, et fait remarquer que , quand l'eau dont on s'est servi pour laver le caillot dépose de la matière colorante , celle-ci provient de sérum demeuré adhérent. Je partage entièrement l'opinion que la matière colorante des globules est soluble dans l'eau en toutes proportions; mais je crois que la non-solubilité de cette matière dans le sérum dépend moins de l'albumine que des sels tenus en dissolution par ce dernier. En effet, lorsque, après avoir mis une gouttelette de sang de Grenouille sur le porte-objet du microscope J'y ajoutais quelques gouttes d'une dissolution aqueuse de jaune d'œuf , je voyais les globules changer de forme et s'arrondir avec presque autant de promptitude que quand j'employais de l'eau pure; mais, quand je mêlais avec une goutte de ce même sang des gouttes de dissolution d'un sel que le sang ne décompose point , par exemple de sous-carbonate de potasse ou de chlorure de sodium , la forme et le volume des globules ne changeaient pas le moins du monde. L'eau sucrée agit aussi à la manière de l'eau salée. La nature des globules du sang est singulièrement éclair cie par la manière dont ils se comportent envers diflërens réactifs , ce qu'on n'observe bien nettement , avec le microscope composé , que sur les globules volumineux de la Grenouille et de la Salamandre. On peut prendre pour cela des gouttes de sang deGrenouille frais ; mais, comme il s'y forme un caillot, le mieux est d'employer un simple mélange de sé-

rum et de globules préparé ainsi qu'il a été dit précédemment.

On étale une gouttelette de ce mélange sur le porte-objet , et à côté d'elle on en met une du réactif qu'on veut employer. Pendant qu'on observe, on unit les deux gouttes ensemble, et l'on examine quels sont les changemens que les globules éprouvent. Ou bien on contemple d'abord les globules seuls , on ajoute ensuite le réactif, et on observe de nouveau. Cette méthode est celle que j'ai toujours employée dans mes expériences.

Un phénomène fort remarquable est le changement instantané que l'eau pure fait subir aux globules. Ceux de l'homme deviennent indiscernables , et leur petitesse ne permet plus de rien apercevoir ; cependant je crois avoir reconnu qu'ils perdent de leur aplatissement. En effet, il m'a été impossible, parmi les corpuscules qui passaient sous le champ du microscope , d'en distinguer aucun qui laissât voir un bord tranchant en changeant de situation. Mais tout se voit très-bien dans le sang de Grenouille. Dès qu'une goutte d'eau entre en contact avec une goutte de sang, à l'instant même les globules , d'elliptiques et plats qu'ils étaient , deviennent ronds et perdent leur aplatissement , de sorte qu'il n'y en a plus un seul qui présente de tranche en roulant sur lui même. Je ne sais pas s'ils se gonflent alors ; ils deviennent plus petits que ne l'était le grand diamètre de l'ellipse , mais plus grands que son petit diamètre. Beaucoup d'entre eux paraissent inégaux , bosselés et tortus ; la plupart sont arrondis , mais irrégulièrement. Le noyau d'un grand nombre change de place par le contact de l'eau ; on ne le voit plus au centre, mais sur le côté ; dans d'autres , on ne le distingue plus du tout , mais ceux-là sont en petit nombre, et ils paraissent avoir perdu leur noyau par suite du changement violent que l'eau leur a fait éprouver; car on aperçoit dans le champ du microscope , outre des globules sans noyaux , des noyaux elliptiques sans enveloppe, mais peu nombreux. Ces noyaux chassés des globules diffèrent des petites granulations du sang de Grenouille dont j'ai parlé plus haut, par leur forme elliptique. Peu à peu, quand on ajoute encore de l'eau, les globules

devenus ronds, et dont la plupart ont conservé leur noyau , changent de volume. Ils se rapetissent sous les yeux de l'observateur, et au bout de quelque temps, il n'en reste plus que les noyaux, qui ne se dissolvent point dans l'eau. J'ai déjà fait remarquer que l'eau tenant en dissolution du souscarbonate de potasse , du chlorure de sodium ou de sucre, ne détermine pas le moindre changement dans la forme non plus que dans le volume des globules. Si l'on met les globules du sang de Grenouille en , contact avec de l'acide acétique étendu ou concentré , sous le microscope , ils se déforment sur-le-champ, deviennent en partie ronds, et leur enveloppe de matière colorante se dissout dans l'espace de quelques minutes , en sorte qu'il ne reste plus que les noyaux elliptiques. Ces résidus ne sont pas des globules contractés, mais bien réellement les noyaux non altérés , qu'on apercevait déjà auparavant, et autour desquels l'enveloppe de matière colorante s'amincit d'une manière visible , jusqu'à ce qu'elle soit totalement dissoute. Ces noyaux correspondent aux contours du globule entier. Dans la Grenouille , ils paraissent ne point être plats, du moins d'une manière notable; dans la Salamandre , au contraire , j'ai vu l^s noyaux qui restaient après le traitement par l'acide acétique aussi plats que les globules eux-mêmes. Dans la Grenouille, ils sont à peu près une fois aussi longs que larges , quoiqu'on en trouve aussi quelques uns qui se rapprochent davantage de la forme ronde ; dans la Salamandre , ils sont oblongs et ont des côtés presque parallèles , mais leurs deux extrémités sont arrondies.

Si l'on verse une certaine quantité d'acide acétique dans un mélange de sérum et de globules de Grenouille , et qu'on agite le tout , les globules subissent le même changement ; mais on voit aussi que les noyaux qui se déposent forment une poudre d'un brun clair ; cette poudre ne se dissout point en plusieurs jours , et le microscope constate qu'elle est encore composée des mêmes noyaux non altérés de globules. D'ailleurs la fibrine et l'albumine ne brunissent point dans l'acide acétique ; elles y deviennent translucides , et peu à peu se dissolvent en partie. Cependant la couleur brune de la poudre paraît provenir d'une petite quantité de matière colorante qui

l3/j. GLOBULES DU SANG.

y adhère encore et qui peut-être a subi quelque changement dans sa composition chimique ; car les noyaux des {{lobules qu'on obtient en plus grande quantité par le traitement de ces mômes globules au moyen de l'eau, sont blancs, et demeurent tels quand on verse dessus de l'acide acétique. L'acide dont je me suis servi était pur, d'après l'indication des réactifs , et un peu plus concentré que celui de la pharmacopée prussienne (*).

L'acide hydrochlorique dissout très-rapidement les globules du sang, sous le microscope : il n'en reste que les noyaux.

Dans le chlore gazeux , les globules de la Grenouillé deviennent d'abord bruns , puis blancs ; l'albumine du sérum se coagule en même temps. Examinés ensuite au microscope, les globules paraissent un peu rapetissés , mais seulement par resserrement sur eux-mêmes.

Le chlorure d'antimoine liquide et la solution de deutochlorure de mercure ne dissolvent ni l'enveloppe ni le noyau des globules ; ils ne font que resserrer et déformer ces derniers.

La teinture de noix de galle agit de la même manière.

Une dissolution étendue de chlorure de fer ne produit aucun changement dans les globules.

La dissolution de potasse caustique ne change pas la forme de ces corpuscules , mais les rapetisse dans toutes leurs dimensions , de manière que non-seulement l'envejioppe , mais encore le noyau se dissolvent très-rapidement, sans laisser aucune trace.

L'ammoniaque liquide les dissout plus promptement encore , et les arrondit dès le moment du contact. Les noyaux euxmêmes se dissolvent , sans qu'il en reste de vestiges.

L'alcool ne change point les globules : il les resserre seulement un peu, et les soustrait à l'observation, à cause des globules d'albumine qui se produisent dans le sérum , et qui obscurcissent le champ du microscope.

La strychnine et la morphine n'exercent aucune action sur les globules.

(*) La pharmacopée prussienne assigne à cet acide une pesanteur spécifique de 1,050—4,060.

GLOBULES DU SANG. l35

Les globules ont la même forme et le même volume dans le sang artériel et dans le sang veineux. Ce fait est en contradiction avec les assertions d'un observateur d'ailleurs fort exact, Kaltenbrunner, qui prétend que les corpuscules du sang se renflent un peu dans les vaisseaux capillaires , et que leurs bords deviennent un peu déchiquetés. J'ai trouvé aussi que la forme des globules n'avait subi absolument aucune altération .lorsque j'avais lié , puis excisé les poumons de Grenouilles , qui continuaient cependant encore de vivre jusqu'à trente heures , probablement par la respiration cutanée, comme les Poissons dans les expériences de Humboldt et Provençal. Il m'a paru d'un grand intérêt d'examiner quelle pourrait être l'action du gaz oxygène et du gaz acide carbonique sur ces corpuscules. Comme l'eau altère sur-le-champ leur forme , je fus obligé d'employer le mercure pour clore l'appareil.

Je me servis d'un tube de verre long de cinq pouces et demi , sur quatre lignes et demie de large , dont l'extrémité ouverte pouvait être commodément et parfaitement fermée à l'aide du doigt ; je remplis ce tube de mercure, de manière à n'y laisser qu'un petit vide de quelques lignes de hauteur ; je versai dans ce vide du sang de Grenouille , qui par conséquent surnageait le métal; alors je bouchai le tube avec le doigt, et je le rjournai, pour faire monter le sang à la partie supérieure , puis dirigeai dans son intérieur un tube amenant du gaz oxygène , que j'y laissai pénétrer jusqu'à ce que la plus grande partie du métal eût été expulsée. Je replaçai le doigt sur l'orifice du tube , et je secouai avec circonspection le contenu (sang, gaz et un peu de mercure), après quoi je replaçai le tout sur le bain métallique.

J'opérai de la même manière avec du gaz acide carbonique.

L'oxygène fit prendre une teinte vermeille au sang de Grenouille ; l'acide carbonique lui en communiqua une évidemment plus foncée, d'un violet sale, presque noirâtre. Le sang se coagula beaucoup plus tard dans l'acide carbonique que dans l'oxygène , ce qui néanmoins était peut-être accidentel , et doit faire désirer qu'on répète l'expérience , d'ailleurs aussi facile que sûre. Le sang demeura en contact avec le gaz

l56 ÉTAT DE LA F1HIUNE DANS LE SANG.

pendant trois quarts d'heure. Je mis alors auprès les uns des autres , sur le porte-objet du microscope , des globules puisés dans les deux sangs, celui qui était en partie coagulé et celui qui conservait en partie sa liquidité, puis je les comparai ensemble ; mais je ne pus apercevoir la moindre différence entre eux ; leur forme et leur volume ne différaient pas non plus de ce qu'ils étaient dans les globules provenant du sang d une autre Grenouille.

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