‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 28 sur 89 · ÉTAT DE LA FIBRINE DANS LE SANG · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA FIBRINE DANS LE SANG

le liquide. Cet appareil était une membrane animale soumise à l'action d'une forte pression de la part de l'air. Je tendis une vessie humide sur un large tube de verre susceptible d'être vissé hermétiquement au récipient de la machine pneumatique , de manière que son extrémité entourée par la vessie fît saillie dans le vide , tandis que le sang introduit dans le tube était exposé à la pression de l'atmosphère. Si le sérum contenait de la fibrine dissoute, et que l'action rapide du piston le fît passer dans le vide à travers la vessie , avant la coagulation du sang, il devait se former un caillot incolore dans la portion qui aurait traversé cette membrane. Afin de trouver une vessie assez mince pour cette expérience, qui devait durer très-peu de temps, je fis plusieurs essais sur une liqueur contenant des globules , sur du lait. Les vessies trop minces crevaient sur-le-champ ; les vessies trop épaisses ne laissaient point passer assez rapidement le liquide. Lorsque je crus avoir trouvé le point juste, j'expérimentai sur le sang d'un Lapin à qui j'avais coupé les vaisseaux du cou, de manière que le sang en masse tombât sur-lechamp dans le tube, et immédiatement après je mis la pompe en jeu. En quatre minutes une forte goutte de sérum traversa la vessie. Ce sérum avait très -légèrement teint en rouge , mais translucide; il ne se coagula pas. En l'examinant aumicroscope, je reconnus qu'il était passé aussi quelques globules , mais peu nombreux. On aurait tort de conclure de cette expérience que le sérum ne tient pas de fibrine en dissolution-, car sa durée ( quatre minutes jusqu'au passage du sérum ) était beaucoup trop longue, puisque deux minutes suffisent au sang de Lapin sorti des vaisseaux pour se coaguler. Pour la rendre concluante , il aurait fallu employer du sang qui se coagulât moins rapidement, il aurait fallu retarder la coagulationde ce liquide par l'addition du sous-carbonate de potasse. Mais je suis parvenu à trouver un moyen bien meilleur pour arriver à la solution du problème.

J'ai remarqué d'abord que quand on reçoit du sang de Grenouille dans un verre de montre , un caillot incolore et limpide comme de l'eau se produit avant la formation du caillot général , et qu'on peut le retirer en le soulevant sur le bord avec

l38 ÉTAT DE LA FIBRINE DANS LE SANG, une épingle. On aperçoit aussi des points et de petits lambeaux de caillot incolore et transparent lorsqu'on décante le sang du verre de montre une ou deux minutes après son écoulement. Ces petits caillots sans couleur restent alors adhérens au fond. Pour éviter l'objection que , pendant la section de la cuisse de Grenouille, qui est le moyen le p'us facile de déterminer une hémorrhagie, il s'était écoulé, en même temps que le sang, quelques gouttes de lymphe , à la fibrine dissoute de laquelle devait être attribué le phénomène , je recueillis le sang de l'artère crurale , qui accompagne le nerf à la partie postérieure de la cuisse; je mis ce vaisseau à découvert, et, au moyen de diverses précautions , je parvins à n'obtenir que son contenu , de manière à être certain d'avoir du sang pur. Je procédai de même sur le cœur mis à nu et ouvert. Chaque fois je remarquai qu'avant la coagulation complète du sang, il se produisait de petits caillots limpides comme de l'eau. Si je portais une goutte de sang pur sous le microscope , et que je l'étendisse de sérum , afin de bien écarter les globules les uns des autres , je voyais la substance auparavant dissoute produire , entre ces corpuscules , un caillot, par l'intermédiaire seul duquel ils se trouvaient dès-lors unis ensemble , de sorte que, quelque éloignés que fussent les globules, quelque grands que fussent les intervalles entre eux , je parvenais à les déranger tous à la fois en tirant avec une épingle le caillot qui remplissait leurs interstices. Comme les globules du sang de la Grenouille paraissent extrêmement volumineux à un fort grossissement , cette observation est facile à faire , et ne laisse point place au doute.

Cependant il y a encore une manière beaucoup plus facile, et peut-être même plus sûre encore , de se convaincre que la fibrine est réellement dissoute dans le sang. Comme je savais par expérience que le volume des globules de la Grenouille surpasse environ quatre fois celui des globules de l'homme et des Mammifères , je pensai que le filtre pourrait bien les retenir, au lieu de se laisser traverser par eux , comme il arrive à ces derniers. La chose a lieu en effet, et cette idée simple , qui ne me vint , comme à l'ordinaire , qu'en dernier lieu , me permit de constater que la dissolution de fibrine

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passe parfaitement claire à travers le papier, et ne se coagule qu'après. L'expérience peut se faire avec le sang d'une seule Grenouille ; un très-petit entonnoir en verre et un filtre de papier joseph ordinaire sont les seuls ustensiles qu'elle exige ; on conçoit que le filtre doit préalablement être mouillé , et il est bon d'étendre sur-le-champ d'une égale quantité d'eau le sang qu'on vient de verser dessus. Le liquide qui traverse le papier est alors du sérum étendu d'eau, limpide et presque incolore, à part une très-légère teinte rouge, provenant d'un peu de matière colorante que l'eau ajoutée a dissoute : cependant, comme l'eau dissout assez lentement la matière colorante du saug de Grenouille , le liquide est à peine rougeâtre , et parfois même il n'a pas la moindre couleur. Si , au lieu d'eau pure , on emploie de l'eau sucrée (une partie de sucre et deux cents d'eau pure) , il ne se dissout point du tout de matière colorante pendant la filtralion , et l'on obtient un produit parfaitement incolore , exempt de tout mélange étranger. En l'examinant au microscope , on n'y découvre aucune trace de globules. Quelques minutes suffisent pour qu'il s'y forme un caillot tellement limpide et transparent, qu'on ne l'aperçoit même pas après sa production, à moins qu'on ne le retire de la liqueur avec une épingle. Peu à peu il se condense et devient filamenteux et blanchâtre : il ressemble alors à celui que j'ai obtenu de la lymphe humaine dans mes expériences.

Telle est la manière d'obtenir la fibrine du sang dans un état de pureté qu'on n'avait pu lui procurer jusqu'à présent. Quelques essais préliminaires sont indispensables pour trouver le papier qui convient. Si le filtre est trop mince , il laisse passer un petit nombre de globules , qu'on n'aperçoit ensuite qu'en examinant au microscope le caillot limpide dans lequel ils sont emprisonnés. Il va sans dire que, par ce moyen , on n'obtient pas la totalité de la fibrine dissoute dans le sang ; la plus grande partie se coagule dans l'intérieur du filtre , n'ayant pas le temps de le traverser avant que la coagulation s'empare d'elle. Pour une expérience qui n'exige pas beaucoup de précision , il suffit de prendre le sang qu'on obtient en coupant la patte d'une Grenouille au genou, et de le laisser aussitôt couler dans le filtre, sur lequel on a mis un peu

\l[0 ÉTAT DE LA FIBRINE DANS I.E SANG, d'eau à peine sucrée. Mais cette méthode est grossière^ en ce qu'un peu de lymphe peut se mêler avec le sang. Pour opérer sur du sang pur, il faut mettre à nu le cœur même de la Grenouille, l'ouvrir et recevoir le liquide qui s'en échappe. La fibrine qu'on obtient alors n'est pas sensiblement grenue , mais parfaitement homogène : ce n'est qu'après qu'elle s'est fortement resserrée sur elle-même, et qu'elle est devenue blanchâtre , qu'on y aperçoit , au microscope composé , des espèces de granulations très-petites, et à peine sensibles, qui peuvent fort bien tenir à des inégalités de la surface.

Si l'on reçoit le liquide qui traverse le filtre dans un verre de montre plein d'acide acétique , la fibrine de la Grenouille ne se coagule point, et demeure dissoute. Si le verre contient une dissolution saturée de chlorure de sodium , la fibrine ne s'y coagule pas non plus , ou du moins il n'y en a qu'une très-petite partie qui se prend en masse, de même que cette dissolution , ajoutée au sang frais de Grenouille , en retarde extraordinairement la coagulation , effet que produit également la solution de sous carbonate de potasse, sans détruire cependant la faculté de se coaguler.

Si l'on reçoit le liquide qui suinte du filtre dans un verre de montre contenant de la dissolution de potasse caustique , la fibrine ne se coagule point en une seule masse , mais il se produit peu à peu de très-petits flocons , qu'on ne remarque toutefois qu'en y faisant beaucoup d'attention. Ces petits flocons se forment d'une manière plus sensible encore lorsqu'on fait tomber le liquide dans un verre de montre contenant de l'éther sulfurique , qu'on renouvelle à mesure qu'il s'évapore. La manière dont la fibrine dissoute du sang de Grenouille se comporte avec la potasse caustique établit une différence essentielle entre elle et l'albumine du sérum , qui , en pareil cas , ne dépose ni globules ni petits flocons. La réaction de l'éther est importante aussi ; car, suivant Tiedemann et Gmelin , l'éther coagule bien l'albumine de l'œuf, mais non le sérum du sang. Mêlée avec l'ammoniaque liquide, la dissolution de fibrine du sang de Grenouille ne donne ni globules ni petits flocons.

Tous ces phénomènes me paraissent très-dignes de fixer

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l'attention, puisque personne jusqu'ici n'a pu Taire d'expériences sur la fibrine fraîche et dissoute. Ce que nous savions à l'égard de cette substance se rapportait soit à la fibrine coagulée, soit à celle-ci redissoute par des réactifs.

Prévost et Dumas ont cherché à déterminer la quantité des globules dans le sang de divers animaux , d'après la quantité du caillot sec. Leurs expériences, sous ce rapport, ne sont point sans intérêt ; cependant Berzelius a déjà fait remarquer que le résultat d'une telle analyse quantitative ne saurait jamais être exact, parce que le caillot renferme en lui une grande quantité de sérum , qui, parla dessiccation, laisse son albumine et ses sels , tandis que le lavage enlève non pas seulement du sérum , mais encore de la matière colorante. D'ailleurs, Prévost et Dumas étant partis de la supposition que la fibrine du sang provient des globules , leurs résultats ont besoin d'une nouvelle correction. En effet, ce qu'ils appellent la quantité des globules doit être nommé la somme des globules et de la fibrine auparavant dissoute. Moyennant cette correction, les nombreuses évaluations quantitatives de ces physiciens conservent leur valeur. Il est nécessaire aussi de la faire subir aux analyses de Lecanu sur la quantité des globules dans les divers tempéramens et chez les deux sexes. Des expériences tout-à-fait nouvelles sont nécessaires pour déterminer la quantité de la fibrine dans le sang desdifférens animaux. Le meilleur moyen pour cela est le fouettement du liquide.

En fouettant le sang , on obtient, à l'état de caillot incolore, ou à peu près , la fibrine que ce liquide tenait auparavant en dissolution , tandis que les globules demeurent suspendus dans le sérum , sans avoir subi aucun changement. Quand on examine le sang après qu'il a été fouetté , il conserve encore toutà-fait son aspect naturel; on trouve les globules qui y nagent uniformément , et qui n'ont éprouvé aucune altération, pourvu qu'on n'ait point ajouté d'eau. Je ne sais à quoi peut tenir que Berzelius dise le contraire. Il fait remarquer, en effet, que quand, après avoir fouetté le sang, on l'examiné* au microscope composé , on n'y aperçoit plus de globules, mais seulement de petits corpuscules rouges et brisés , qui nagent dans

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un liquide jaune , et qu'il regarde comme des débris de l'enveloppe de matière colorante : il ajoute que ces corpuscules passent à travers le filtre de papier ; mais la môme chose arrive aussi aux globules du sang frais des animaux supérieurs. Il dit que quand on conserve du sang fouetté pendant plusieurs jours à la température de zéro , ces corpuscules rouges tombent lentement au fond , et que la liqueur s'éclaircit au dessus d'eux, quoiqu'elle soit parfois encore rendue rougeâtre par une petite quantité de matière colorante non dissoute. Malgré tout le poids que j'attache aux opinions du grand chimiste suédois, je dois faire observer que je retrouve les globules , sans changement aucun , dans le sang fouetté , tant qu'il n'y a point été ajouté d'eau. Je les ai vus dans le sang ainsi traité du Veau et du Bœuf , tant avec le microscope de Frauenhofer , qu'avec un autre instrument , et ils n'avaient subi aucune altération ni dans leur volume ni dans leur forme, de sorte qu'il m'était aussi facile d'y constater même leur aplatissement que dans du sang frais. Le sang fouetté conserve son apparence naturelle pendant plusieurs jours à une température de quinze degrés du thermomètre centigrade ; les globules s'y maintiennent donc en suspension , et ne tombent point au fond. Au bout de douze heures , le sérum jaunâtre n'était qu'à une seule ligne au dessus du niveau des globules nageans , et au bout de deux jours ces derniers ne s'étaient abaissés que de deux lignes à deux lignes et demie au dessous du sérum, dans un vase suffisamment large et haut de huit pouces. Ce phénomène tient évidemment à la grande pesanteur spécifique du sérum du sang des animaux supérieurs. Les globules de la Grenouille se précipitent avec promptitude au fond du vase, dans un mélange de globules et de sérum. Si l'on ajoute de l'eau à du sang fouetté , une partie de la matière colorante se dissout , et une portion des globules tombe au fond, sous la forme de dépôt. J'ai déjà dit précédemment qu'il est absolument nécessaire , pour expliquer la couenne inflammatoire, de connaître la pesanteur spécifique du sérum du sang enflammé. Ici je vais donner le résultat de mes recherches sur celle des diflërens matériaux constiluans du sang de Bœuf.

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Un petit flacon bouché à l'émcri , de la capacité de cent quatre-vingt-quinze grains et treize seizièmes d'eau distillée , contenait deux cent grains et demi de sérum de sang* de Bœuf, el deux cent sept grains du même sang débarrassé de la fibrine par le fouettement ( globules et sérum ). De là résulte que la pesanteur spécifique du sang de Bœuf dépouillé de la fibrine dissoute est de 1,057, et celle du simple sérum de 1,024.

Le fouettement du sang procure l'avantage extraordinaire, et qu'on ne peut obtenir par aucun autre moyen, d'isoler les globules sans leur faire subir le moindre changement , en les séparant de la fibrine qui était auparavant dissoute. Si l'on passe la masse à travers un morceau de toile , qu'on lave avec soin la fibrine, pour la dépouiller de tout le sérum qui pourrait y adhérer, et qu'on la fasse sécher, on obtient d'une manière certaine la quantité précise de fibrine que contenait une quantité donnée de sang. Mais la quantité des globules ne saurait être déterminée d'une manière aussi rigoureuse. Quand on a calculé la quantité du caillot rouge dans centpartios, et qu'on en a soustrait celle de la fibrine dans cent parties de sang, on obtient bien la quantité des globules contenus dans ce caillot , mais on en a simultanément une indéterminée d'albumine provenant du sérum qui se trouvait emprisonné dans le caillot , et dont l'albumine et les sels sont restés pendant la dessiccation. Il y a bien un moyen détourné , que Lecanu a proposé , pour déterminer la quantité de la matière colorante rouge ; mais ce chimiste est parti aussi d'une supposition. On détermine la quantité d'albumine dans le sérum du sang, on dessèche du sang fouetté , débarrassé de fibrine , et on apprécie la quantité d'eau qu'il perd. Si maintenant on suppose que cette eau tenait en dissolution , d'une manière parfaitement uniforme , autant d'albumine qu'on en a trouvé dans le sérum , si par conséquent on admet que l'eau qui pénètre la substance des globules contenait aussi tout autant d'albumine, on peut déterminer la quantité d'albumine existant dans le mélange desséché de sérum et de globules de sang fouetté , et il reste la quantité des globules.

Comme il n'y a que la quantité de l'albumine préalable-

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ment dissoule qu'on puisse déterminer d'une manière certaine, en opérant pour cela sur du sang fouetté , je ne me suis occupé que de ce point. De 3027 grains de sang de Bœuf fouetté j'ai obtenu 48 grains de fibrine à l'état sec , et de 3'J45 grains de sang de Bœuf non battu, 641 grains de caillot rouge, également à l'état sec ; ce qui fait , sur cent parties de sang de Bœuf, 16,274 de caillot rouge sec, dans lequel il y a 0,u,j.j de fibrine.

Prévost et Dumas ont trouvé plus de globules dans le sang artériel que dans le sang veineux ; mais on doit aussi entendre par là une; plus grande quantité de caillot rouge. Comme les organes fournissent continuellement de la lymphe qui tient de la fibrine en dissolution , on doit s'attendre à ce que cette dernière soit plus abondante dans le sang artériel que dans le sang veineux. C'est aussi ce que Mayer a trouvé dans plusieurs expériences. Cependant il m'a paru nécessaire de m'en assurer moi-même et directement. J'obtins , d'une Chèvre, 4392 grains de sang provenant de la veine jugulaire, et peu de temps après, 3004 provenant de l'artère carotide. Ces deux sangs furent fouettés, en évitant avec soin les éclaboussures. Le sang artériel donna quatorze grains et demi de fibrine sèche, et le veineux cinq grains et demi. Le sang artériel de la Chèvre contient donc 0,484 pour 100 de fibrine dissoute, et son sang veineux , 0,395.

La matière que les chimistes ont étudiée jusqu'à ce jour comme étant la fibrine du sang , n'était que la fibrine dissoule dans ce même sang , et que l'on obtenait pure quand on fouettait ce liquide , mais qui , lorsqu'on la lirait du caillot rouge épuisé par le lavage, pouvait contenir encore les noyaux des globules, en supposant qu'il y ait réellement des noyaux dans les globules du sang de l'homme et des Mammifères. Cependant la quantité de ces noyaux ne saurait être bien considérable ; car lorsqu'on lave du caillot rouge sur un filtre, on n'obtient pas plus de fibrine que quand on fouette du sang. 11 pourrait arriver que ces noyaux, qui, dans tous les cas, sont d'une pelilcsse extraordinaire , se détachassent pour la plus grande partie du caillot pendant le lavage , et qu'ils fussent tenus en suspension dans la dissolution de matière colorante ,

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de même qu'en se contentant d'agiter le caillot rouge du sang de Grenouille même , on obtient avec le sérum une énorme quantité de globules entiers et non altérés , qui se détachent. Ces noyaux sont difficiles à découvrir au microscope dans une dissolution de substance colorante, s'ils s'y trouvent réellement contenus. Quand , après avoir placé une goutte de sang humain sur le porte-objet du microscope , on l'étend de plusieurs gouttes d'eau , les globules ne tardent point à devenir indiscernables , et la matière colorante se dissout dans l'eau , sans qu'on voie distinctement apparaître de noyaux; si l'on opère de la même manière avec de l'acide acétique , on n'aperçoit plus de globules qu'en y faisant beaucoup d'attention. Je ne sais pas si les noyaux de globules que j'ai obtenus du sang de Grenouille sont de la fibrine ou non; ils ont les propriétés générales de la fibrine et de l'albumine coagulées , ils se dissolvent aisément dans les alcalis et difficilement dans les acides , et l'acide acétique ne les altère point, même après vingt-quatre heures de réaction, quoiqu'il se charge d'ailleurs volontiers d'une certaine quantité de fibrine. Les globules du sang de la Grenouille , mis en petite quantité dans l'acide acétique , forment une poudre brune qui , examinée au microscope , ne montre plus rien de l'enveloppe colorante , et ne laisse apercevoir que des noyaux elliptiques. La fibrine ne se comporte pas ainsi avec cet acide, dans lequel elle devient transparente et incolore. Cependant la coloration en brun des noyaux ellipsoïdes tient peut-être aussi à de la matière colorante qui y adhère. Du moins le dépôt blanc de noyaux de globules du sang de Grenouille, qu'on obtient en étendant de beaucoup d'eau un mélange de sérum et de globules, ne se colore-t-il point. Le brunissement des noyaux dans l'acide me rappelle au passage de la Chimie animale de Berzelius , dans lequel il dit que l'acide acétique concentré convertit la matière colorante des Mammifères en une gelée tremblante et brune, qui, lorsqu'on la met digérer avec de l'eau, donne une liqueur à demi claire et d'un brun rouge , laissant un résidu noir insoluble.

Qu'on me permette encore une remarque au sujet du choléra). Le sang des hommes et des animaux en santé ne contient pas vi. 10

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d'acide , comme Ta prétendu Hermann , qui n'en a pas trouv é non plus dans le sang des cholériques. Le sérum réagit d'une manière évidemment alcaline chez l'homme et les Mammifères , tandis que celui du sang de Grenouille exerce si peu d'action sur les couleurs végétales, que l'on ne commettrait pas une bien grande erreur en le rangeant parmi les substances neutres. 11 est évident que la principale altération du sang des cholériques consiste dans la tendance que ce liquide manifeste pendant la vie même à se coaguler. Que ce changement du sang soit la cause des symptômes, ou seulement l'effet de la cause immédiate , toujours est-il qu'on doit voir en lui le plus grand des obstacles à la guérison ; car il n'y a plus de vie possible dès que des caillots se forment dans les vaisseaux. Il me paraît donc que le premier problème des médecins devrait être de combattre cette altération du sang. Or on sait que le sous-carbonate de potasse et celui de soude enlèvent au sang son aptitude à se coaguler, et il résulte des observations de Prévost et Dumas que le sang des animaux supérieurs ne se coagule plus quand on y ajoute un millième du second de ces sels. La même chose arrive avec le carbonate de potasse , quoique , même en grande quantité , il ne fasse que retarder pendant long-temps la coagulation du sang de Grenouille. Comme le sous-carbonate de potasse est une substance assez peu capable de nuire , il conviendrait , dès le début du choléra , de le donner à grandes doses et en insistant sur son emploi. J'invite les médecins qui en auront l'occasion à mettre ce conseil en pratique avec quelque persévérance.

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