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III. De l'action de la pile galvanique sur le sang

Pour bien juger des effets de la pile galvanique sur le sang, il faut d'abord chercher à connaître comment elle agit sur le sérum , qui est une dissolution d'albumine , avec des sels , et sur une dissolution aqueuse d'albumine du jaune d'œuf. Dans cette dernière, toute la substance animale n' est point dissout e , et la dissolution aqueuse d'albumine y présente encore au microscope des globules extrêmement petits, qu'on n'aperçoit qu'à de très-forts grossissemens. J'ai été conduit à examiner Tac-

tion du galvanisme sur toutes ces liqueurs par les ingénieuses expériences de Dutrochet. J'ai eu souvent occasion de constater l'exactitude que cet observateur distingué apporte dans ses recherches ; mais je ne suis pas toujours tombé d'accord avec lui en ce qui concerne les explications. Il faut se garder de considérer des faits intéressans dont on ne peut tirer aucune conclusion certaine comme des preuves à l'appui d'une hypothèse. Dans mes expériences , j'ai étendu une goutte de la liqueur à examiner sur une lame de verre , et je l'ai mise^ en rapport avec les pôles d'une pile de quatre paires de plaques minces, ayant deux pouces et demi de long et de large.

Si l'on galvanise une goutte de dissolution aqueuse de jaune d'œuf ( qui tient en suspension de très-petits globules microscopiques), on remarque bientôt les ondes que Dutrochet a observées le premier. L'onde qui part du pôle cuivre ou négatif, et dans laquelle s'accumule l'alcali des sels , est transparente , à cause de la dissolution de l'albumine par cet alcali. Celle qui part du pôle zinc ou positif , et dans laquelle se réunit l'acide , est opaque et blanchâtre , surtout à son pourtour , moins au pôle lui-même. Ces deux ondes se dirigent l'une vers Vautre, et sur la ligne où elles entrent en contact , il se forme un caillot linéaire , qui a tout-à-fait la forme de cette ligne, et qui parfois est frangé , comme l'était le bord des ondes à l'instantoù elles se sont touchées. Le contact des deux ondes a lieu avec un mouvement vif dans la ligne de rencontre , après quoi s'opère le dépôt du caillot. Mais dès que celui-ci est déposé, tout redevient tranquille , et l'on ne remarque jamais la moindre trace de mouvement dans le coagulum. Il est donc inconcevable qu'un observateur de premier ordre , tel que Dutrochet, puisse considérer ce caillot albumineux comme une fibre musculaire contractile produite par l'électricité. De plus, ce caillot, comme l'albumine qui, dans la galvanisation du sérum du sang, se dépose au pôle zinc, n'a point de consistance , mais consiste en globules faciles à séparer les uns des autres , et qui se sont seulement déposés sous la forme de la ligne de contact des deux ondes , sans avoir nulle cohésion entre eux. Si l'on expose aux deux pôles une goutte de sérum , peu importe qu'il provienne de la Grenouille ou d'un

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Mammifère , pourvu qu'il ne contienne pas de globules , on n'aperçoit plus d'ondes , probablement parce que la limpidité du sérum les rend invisibles. Mais il se fait au pôle zinc un dépôt de globules d'albumine , qui là augmentent de dedans en dehors , attendu que ceux qui s'appliquent les premiers autour du pôle sont repoussés par les nouveaux dépôts qui se produisent sans relâche. D'après les vues que Dutrochet a stiivies dans l'application de la pile galvanique à des .substances animales, on devrait considérer l'albumine du sérum du sang comme un corps électro-négatif , parce qu'elle se dépose au pôle zinc ou positif. Mais ce dépôt est le résultat de la coagulation de l'albumine par l'acide des sels décomposés qui s'accumule au pôle zinc, et s'il ne se fait pas de dépôt d'albumine au pôle cuivre , c'est que l'alcali tient là cette substance en dissolution. Cependant , lorsque la pile est très-forte , il se précipite aussi de l'albumine au pôle cuivre, comme l'a montré Gmelin , et ce phénomène tient alors vraisemblablement à la chaleur qui est mise en liberté. Evidemment c'est des sels contenus dans les liqueurs qu'il dépend que la dissolution de jaune d'œuf ne dépose point de caillot au pôle zinc d'une pile de la force de celle dont j'ai fait usage , mais qu'elle y produise seulement une onde opaque , qu'un caillot se produise au contact des ondes émanées des deux pôles , et qu'au contraire le sérum du sang dépose de l'albumine au pôle zinc. Lassaigne coagula de l'albumine au moyen de l'alcool , et la lava avec ce menstrue jusqu'à ce que le nitrate d'argent attestât qu'elle ne contenait plus de chlorure de sodium. De cette albumine ainsi coagulée il se dissout 0,007 dans l'eau. Cette petite portion dissoute n'était point coagulée par la pile voltaïque, parce qu'elle ne contenait point de chlorure de sodium, car elle se coagulait dès qu'on y ajoutait du sel (1).

Si je voulais expliquer mes expériences d'après les principes de Dutrochet, l'albumine du jaune d'œuf serait neutre, parce qu'elle ne se coagule qu'au contact des deux ondes, et celle du sérum du sang serait électro-négative , parce qu'elle se coagule au pôle zinc. Mais il suffit , comme je 1 ai éprouvé ,

(i) Annales de chimie', t. XX, p. 97.

d'ajouter un peu de sel marina la dissolution de jaune d'œuf, pour qu'elle se coagule au pôle zinc et qu'il ne se forme plus d'ondes.

Si l'on expose à l'action de la pile galvanique une goutte largement étalée de sang de Grenouille ou d'un Mammifère , les bulles ordinaires de gaz se forment autour du pôle cuivre, et l'albumine se coagule au pôle zinc, sous la forme d'un magma incohérent de granulations, absolument comme il arrive quand on traite le sérum du sang de la même manière. Les corpuscules du sang ne s'amassent ni au pôle positif ni au pôle négatif, la fibrine ne se coagule ni plus tôt ni plus tard qu'autrement , et elle ne le fait ni au pôle positif ni au pôle négatif , mais dans toute la largeur de la goutte , entre les deux pôles, et tout autour à quelque distance des pôles. Immédiatement autour des pôles les corpuscules du sang subissent une décomposition , à cause des acides eî, des alcalis qui s'accumulent sur ces points. Ceux du sang de Grenouille se rapetissent un peu , tant auprès du pôle zinc , qu'auprès du pôle cuivre , mais sans cependant se réduire jusqu'à leurs noyaux ; dans tout le reste de la goutte , ils ne subissent aucun changement. La décomposition paraît se faire, près du pôle cuivre, aux dépens de la matière colorante ; car, aussi. Irin que les bulles de gaz hydrogène s'amassent autour de ce pôle , il se dépose aussi une substance d'un brun clair et filante , qui se mêle avec les bulles. Ce mélange , examiné au microscope , consiste en bulles d'air et en corpuscules sanguins rapetissés, qui tiennent les uns aux autres. La fibrine se coagule au moment ordinaire dans toute la goutte , sans nul changement des globules, et cette coagulation a lieu de la même manière lorsqu'on emploie du sang artériel ou veineux de Lapin, au lieu de sang de Grenouille. Si , en opérant sur du sang frais de Grenouille , on enlève le caillot qui se forme, jusqu'à ce qu'il ne s'en produise plus , il reste enfin un mélange de globules et de sérum. On obtient davantage de ce mélange en agitant un peu le caillot qui s'est produit. Une goutte , largement étalée et exposée à l'action de l'appareil galvanique , présente les mêmes phénomènes que le sang frais , à l'exception de la fibrine, qui manque ici. Les globules ne s'accumu~

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lent ni au pôle positif ni au pôle négatif , et restent à leur place dans toute ta goutte. Au pôle zinc se forme un dépôt pultacé de globules d'albumine , comme quand on galvanise le sérum , si ce n'est qu'ici il est coloré en rouge par des globules. Au pôle cuivre se produisent l'écume ordinaire et la substance brunâtre et filante , provenant de globules décomposés. Cette matière brunâtre et filante s' obtient également lorsqu'on mêle avec une dissolution de potasse un mélange de globules et de sérum de Grenouille dépouillé de caillot. Un mélange de globules et de sérum provenant du sang fouetté de Mammifère ne dépose point de matière filante au pôle cuivre.

Il nous reste encore à examiner comment se comportent avec la pile voltaique, et une dissolution de matière colorante du sang , dépouillée autant que possible de sérum , et la fibrine débarrassée de tous globules.

Si on lave du caillot rouge de sang de Mammifère jusqu'à ce qu'il soit dépouillé de sérum , et qu'ensuite on lave de nouveau dans un peu d'eau le caillot rouge qui reste encore , la première eau contient de la matière colorante avec beaucoup de sérum , et la seconde de la matière colorante avec peu de sérum. En exposant à l'action de la pile de Volta une goutte de cette dernière dissolution aussi chargée que possible de matière colorante , j'ai obtenu des résultats dilférens , selon que je fermais la chaîne avec les fils de cuivre eux-mêmes , ou que j'ajoutais à celui du pôle zinc , qui s'oxide fortement , un bout de fil de platine, pour mettre hors de jeu l'oxidation du cuivre. Dans le premier cas , les phénomènes ont été diflèrens de ceux que décrit Dutrochet : dans le second ils ont été les mêmes.

Lorsque j'employais de simples fils de cuivre pour fermer la chaîne , il se produisait , autour du pôle zinc , un caillot pultacé rouge d'albumine et de matière colorante du sang. Ce caillot allait toujours en augmentant , parce que l'anneau rouge formé autour du pôle se trouvait chassé par le dépôt survenu en avant de lui. Mais les dépôts subséquens sont moins rouges, et la plupart n'ont qu'une teinte de gris-blanc. La coagulation a lieu tout autour du fil : cependant le caillot s'étend un peu plus vers le pôle cuivre qu'il n'a coutume de le faire à la pé-

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riphérie du pôle zinc. C'est une sorte de précipité , qui a là forme des ondes dans les expériences précédentes, mais qui se compose d'une bouillie consistante. Au pôle cuivre on remarque le développement ordinaire de gaz et quelquefois une onde très-peu marquée , dans laquelle la matière colorante est tout aussi dissoute que daus le reste de la goutte ; le bord de cette onde est un peu plus rouge. Dulrochet en fait une onde rouge, ce qui est absolument sans motif. C'est la dissolution alcaline de matière animale qu'on observe ordinairement autour du pôle cuivre qui tient ici, comme le reste de la goutte, de la matière colorante en dissolution , tandis que de l'albumine et de la matière colorante se coagulent au pôle zinc. Quand la lame de verre repose sur un fond blanc , on n'aperçoit pas l'albumine coagulée autour du pôle zinc , et l'on ne voit alors que le bord rouge provenant du premier caillot rouge qui s'est déposé autour de ce pôle et que de nouveaux dépôts ont successivement distendu. Si l'on pose la lame de verre sur un fond noir, on voit qu'il n'y a pas d'onde transparente qui chasse devant elle une bande rouge , comme le dit Dulrochet, mais que la bande rouge est tout simplement le bord également coagulé du caillot qui s'est produit au pôle zinc. Dutrochet décrit autrement les phénomènes de l'action du .galvanisme sur la dissolution de la matière colorante : il aperçut deux ondes ; l'onde acide au pôle zinc était transparente, et, en s'accroissant , chassait devant elle la matière colorante rouge , qui s'accumulait autour de cette onde , comme au dehors d'elle ; l'onde alcaline du pôle cuivre , au contraire, était prise parla matière colorante rouge. Les deux ondes , en se réunissant , produisaient un caillot léger, provenant de l'albumine du sérum. La . matière colorante rouge se combinait presque en entier avec ce caillot. De cette expérience, où la matière colorante est dite fuir le pôle positif et s'amasser au pôle négatif , Dulrochet conclut que cette substance est éleclro-posilive, conclusion que l'expérience elle-même ne justifie nullement. J'ai déjà dit que quand j'employais des fils de cuivre pour fermer la chaîne galvanique, la matière colorante se coagulait de suite, avec de l'albumine , autour du pôle zinc , et que le caillot rouge était

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seulement distendu de plus en plus par de nouveaux caillots d'albumine. Lorsqu'au contraire , pour éviter l'influence résultant de l'oxidation qu'éprouve le fil de cuivre , je terminais celui-ci par un bout de fil métallique non oxidable , en platine par exemple, j'obtenais presque entièrement les phénomènes décrits par Dutrochet. 11 se produisait réellement, au pôle cuivre et au pôle zinc, des ondes qui marchaient l'une vers l'autre; celle du pôle cuivre et celle du pôle zinc avaient toutes deux un bord rouge bien sensible. Dutrochet a omis cette circonstance dans Tonde du pôle cuivre , et cependant elle est fort importante. L'onde du pôle cuivre n'est pas plus rouge que la matière colorante hors de l'onde : son bord seul est plus rouge , de sorte qu'il y a inexactitude quand Dutrochet dit que la matière colorante s'accumule au pôle cuivre ; j'ai répété l'expérience un très-grand nombre de fois , et jamais je n'ai observé cette accumulation. La matière colorante rouge s'éloigne même jusqu'à un certain point du pôle cuivre , dans le bord rouge de l'onde , absolument comme , dans le bord rouge de l'onde de l'autre pôle , elle s'éloigne aussi du pôle zinc. Si l'onde du pôle cuivre n'est pas plus rouge que la matière colorante de la goutte hors de l'onde , l'onde du pôle zinc est , au contraire, réellement moins colorée dans l'intérieur que le liquide situé hors de l'onde , mais elle n'est pas non plus absolument incolore. Le bord de l'onde plus transparente de ce pôle est plus rouge que celui de l'onde du pôle cuivre , qui frappe aussi par sa coloration plus intense ; au bord de l'onde du pôle cuivre la matière colorante est à l'état de dissolution concentrée , et au bord de celle du pôle zinc elle consiste en de très-petits globules.

Dans mon opinion , cette expérience a une grande analogie, quant au résultat , avec celle qui consiste à faire agir la pile voltaïque sur une dissolution de jaune d'œuf. L'onde acide du pôle positif chasse ici des globules blancs devant elle , comme l'onde acide de la dissolution de matière colorante chasse des globules rouges ; cependant l'onde acide de la dissolution de jaune d'œuf est trouble , et celle de la dissolution de matière colorante est transparente et un peu décolorée. L'onde alcaline du pôle cuivre se comporte de la même manière dans les

deux cas; dans tous deux, elle est claire ; dans la dissolution de jaune d'oeuf, elle contient de l'albumine dissoute , et dans celle de matière colorante , de la matière colorante également dissoute. Dans la dissolution de jaune d'œuf , Tonde alcaline est claire , tandis que l'albumine du reste de la goutte contient aussi des globules -, dans la dissolution de matière colorante , l'onde alcaline est claire , comme la matière colorante du reste de la goutte. Si , en opérant sur la dissolution de matière colorante, on n'emploie que de simples fils de cuivre pour fermer la chaîne , de la matière colorante et de l'albumine se coagulent au pôle zinc ; si l'on ajoute un peu de chlorure de sodium à la dissolution de jaune d'œuf , l'albumine se coagule au pôle zinc. Quand on mêle un peu de sel marin à la dissolution de matière colorante , elle se comporte , même sur le fil de platine , comme la dissolution salée de jaune d'œuf : il ne se produit pas d'ondes , et un caillot blanchâtre se forme au pôle zinc. D'après toutes ces circonstances , je regarde comme non prouvée l'opinion émise par Dutrochet que la matière colorante du sang est électro-positive.

Dutrochet , qui considérait les noyaux des globules comme les parties constituant la fibrine du caillot , prit du caillot dépouillé de la matière colorante par le lavage, ou de la fibrine incolore, et en opéra la dissolution dans de l'eau alcaline. Ensuite il exposa celte dissolution à l'action de la pile voltaïque. Il se dégagea beaucoup de gaz hydrogène au pôle négatif, et du gaz oxygène au pôle positif. Mais les deux ondes n'eurent point lieu; la fibrine dissoute s'accumula seulement au fil positif ou au pôle zinc. Dutrochet conclut de là que la dissolution alcaline de fibrine se comporte comme un sel neutre , dont L'alcali se rend vers le pôle négatif et l'acide vers le pôle positif, et que la fibrine est électro-négative. Or on sait que la fibrine se comporte avec les alcalis et les acides de manière à pouvoir jouer tantôt le rôle d'une base et tantôt celui d'un acide. De sa manière d'agir à l'égard des acides on aurait pu conclure le contraire de la proposition établie par Dutrochet, puisque la fibrine est apte à former des corps neutres avec les acides minéraux. Cependant il est nécessaire d'examiner les expériences elles-même de ce physicien. Je les ai trouvées

exactes clans la plupart des points. Toutes les fois que j'ai exposé une dissolution de fibrine du sang dans une eau faiblement alcaline à l'action de la pile galvanique , sur un verre de montre ou sur une lame de verre, j'ai obtenu une faible quantité de caillot pullacé blanc au pôle zinc. Or comme j'avais pris la fibrine du sang de Bœuf battue , et que je l'avais lavée assez long-temps sur le filtre, je pouvais être à peu près certain qu'elle ne contenait ni sérum ni sels du sérum, de sorte que, au premier coup d'œil , la dissolution alcaline de cette substance semble se séparer en fibrine électro- négative et alcali électro-positif. Mais , en tirant cette conclusion , on ne songe point aux sels que la fibrine épuisée par le lavage contient comme parties constituantes d'elle-même , et dont la décomposition par la pile peut produire un dégagement d'acides au pôle zinc , et faire ainsi coaguler la fibrine par la formation d'un corps neutre. Cependant il y a des objections plus graves encore à élever contre l'expérience elle-même. Le résultat décrit par Dulrochet n'a lieu que quand on se sert de fils en cuivre pour fermer la chaîne ; on ne l'obtient pas lorsque , pour éviter l'oxidation de l'extrémité du fil de cuivre du pôle zinc, on garnit celui-ci d'un bout de fil en platine, comme je m'en suis convaincu dans toutes mes expériences à ce sujet. Dutrochet paraît n'avoir employé que des fils de cuivre. S'il se trouve un fil de platine au pôle zinc , le dégagegement de gaz est le même , et l'on voit encore plus de gaz écumeux au pôle zinc , parce que ce fil ne s'oxide point , comme celui de cuivre. Mais il ne se produit pas non plus le moindre vestige de caillot au pôle zinc. De là on doit conclure que la formation d'un caillot au pôle zinc d'un fil de cuivre plongeant dans la dissolution alcaline de fibrine , dépend de l'oxidation du cuivre. Peut-être l'oxide se combine-t-il avec la fibrine , comme on sait qu'une combinaison d'oxide métallique et d'albumine s'effectue lorsqu'on verse une petite quantité de sel métallique dans le sérum du sang , et qu'on ajoute un peu plus de potasse caustique qu'il n'en faut pour décomposer le sel, cas dans lequel l'oxide ne se précipite pas, mais forme avec l'albumine une combinaison solublc, qui peut

être coagulée par l'ébulliiion (i). Cependant le caillot de fibrine qui se produit autour du fil de cuivre du pôle zinc n'est point d'un vert céladon , comme il devrait l'être s'il devait naissance à de l'oxide^de cuivre, et il a une teinte opaline. | En un mot, la dissolution de fibrine dans l'eau alcaline n'est point décomposée par la pile galvanique , dès qu'on n'emploie pas un fil de cuivre au pôle zinc , et en conséquence la fibrine ne se comporte point comme un corps électro-négatif. On peut se convaincre , par la circonstance suivante , combien la précipitation de l'albumine et de la fibrine au pôle zinc dépend du sel contenu dans la dissolution : la dissolution alcaline de fibrine ne dépose jamais aucune trace de caillot sur le fil de platine de ce pôle ; mais la coagulation a lieu aussitôt qu'on ajoute un peu de sel marin à la liqueur , car alors l'acide hydrochlorique de ce sel fait naître un caillot au pôle zinc. De là il découle aussi que , si l'on veut expérimenter l'action de la pite voltaïque sur une dissolution de fibrine dans de l'eau faiblement alcaline , il faut avoir eu soin préalablement de bien dépouiller cette fibrine de sérum, parce que le sérum contient du chlorure de sodium. Or on se la procure exempte de sérum en la tirant du sang fouetté et la lavant à grande eau. Dutrochet regardait comme noyaux des globules la fibrine obtenue du caillot; c'est encore là une erreur, puisque, comme je l'ai fait voir, la fibrine est dissoute dans le sang.

Comme on peut, en suivant la méthode que j'ai indiquée , se procurer la fibrine du sang de Grenouille sans globules du sang, puisqu'elle passe incolore en filtrant le sang frais à travers du papier joseph qui ne soit pas trop mince, il me parut trèsintéressant de rechercher comment la pile galvanique se comporterait avec la fibrine fraîche encore liquide. Pour cela je versai sur le filtre parties égales d'eau et de sang de Grenouille , et je mis de suite la liqueur en contact avec les pôles de la pile : il se déposa de l'albumine pultacée au pôle zinc ; la fibrine limpide ne se rassembla ni au pôle zinc ni au pôle

(1) Berzelius , Traité de chimie , t. VII , p. 70 , 71.

cuivre, mais se coagula, comme à l'ordinaire, dans le milieu du liquide, et produisit un caillot isolé, de la môme manière absolument que si je n'eusse point appliqué le galvanisme. La coagulation de cette substance eut lieu dans le laps de temps accoutumé , sans que la pile influât sur elle. Le précipité albumineux au pôle zinc était de même nature que celui qui s'était produit en galvanisant la liqueur débarrassée de caillots fibrineux.

J'ai essayé aussi la pile de Volta sur les globules du sang de Grenouille. On prépare un mélange de globules et de sérum, en agitant le caillot et le retirant ensuite. Ce mélange est mis dans un grand verre de montre, avec de l'eau ; on le remue , puis on le laisse, en repos pendant vingt-quatre heures. Alors la matière colorante est dissoute , et l'on trouve au fond le dépôt blanc de noyaux des globules. On retire la plus grande partie du liquide surnageant au moyen d'une pipette. Si l'on mêle le dépôt avec un peu dieau , et qu'après en avoir étalé une grosse goutte sur une lame de verre , on l'expose à l'action de la pile voltaïque , on observe les mêmes phénomènes qu'en opérant sur une dissolution aqueuse de jaune d'œuf : il se produit deux ondes; celle du pôle zinc est trouble, et pousse des globules devant elle; celle du pôle cuivre est limpide, et ne contient point de globules. Ainsi l'onde du pôle zinc chasse devant elle des globules rouges dans la dissolution de matière colorante , des globules blancs dans le mélange d'eau et de noyaux des globules. Ici il n'y a point de différence électrique entre le noyau et l'enveloppe. L'onde du pôle zinc est seulement transparente dans la dissolution de matière colorante , et trouble dans le mélange d'eau et de noyaux des globules , ainsi que dans la dissolution de jaune d'œuf.

Les courans électriques que plusieurs savans français distingués admettent dans le sang, sont contraires à l'expérience et à l'esprit qui doit diriger aujourd'hui la physiologie. L'état actuel de la science veut qu'on n'admette ces courans que là où l'on peut en démontrer l'existence. Or, jamais on ne parvient, à l'aide d'un bon multiplicateur, à en apercevoir aucune trace ni dans les nerfs ni dans le sang , comme Per-

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son (1) l'a fait voir pour les premiers , et Pouillet (2) pour le sang humain. Cependant ils devraient se révéler à un instrument si sensible à l'influence des courans électriques , que l'oxidation des fds suffit déjà quelquefois pour agir sur l'aiguille aimantée , de sorte que , comme l'a fait voir Pouillet, on doit s'abstenir , dans les expériences délicates sur des substances animales, d'avoir recours à des métaux oxidables pour conducteurs. De deux multiplicateurs que j'ai employés dans les expériences de ce genre , l'un montre l'action galvanique de deux petites plaques de zinc et de cuivre unies par un papier humide et reposant sur du verre , par une déviation d'environ cent degrés de la boussole. Cependant cet instrument ne m'a jamais fait apercevoir, ni dans les nerfs ni dans le sang coulant , aucune trace de réaction , alors même que je plongeais un fil dans une artère et l'autre dans une veine. On devrait pourtant remarquer le courant électrique quand il n'aurait qu'un centième de l'intensité électrique de la paire de plaques dont je viens de parler, et même quand il ne serait qu'une partie aliquote d'un centième de cette intensité.

Les physiciens eux-mêmes, qu'on ne peut cependant point accuser d'aimer les hypothèses, n'ont que trop de tendance à adopter, au sujet des phénomènes delà vie , des hypothèses physiques dénuées de tout fondement. Il faudra étudier les forces organiques avec le même soin que les forces inorganiques , et posséder sur leur compte une masse de faits aussi complète que possible , avant de pouvoir se hasarder à établir des parallèles qui maintenant sont dénués de toute vraisemblance.

(1) Journal de Magendie , t. X, p. 216. (1) Ibid., t. V, p. S.

Section deuxième.

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