‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 68 sur 89 · SUBSTANCES INDIFFÉRENTES · texte numérisé non relu

SUBSTANCES INDIFFÉRENTES

Et d'abord examinons ce qui résulte de l'infusion des substances qui , lorsqu'elles entrent en contact avec d'autres parties de l'organisme , se montrent indifférentes , ou même contribuent au maintien de la vie.

I. Nysten surtout a fait de nombreuses expériences sur l'action des gaz. Il a trouvé, comme déjà Blumenbach (1) l'avait fait avant lui, que les gaz sont d'autant plus nuisibles, qu'ils se mêlent moins avec le sang (2). Il s'est convaincu, en outre , que le gaz qui parvient dans le sang ne tue point par paralysie du cerveau ; car il ne fait que déranger la circulation et la respiration, sans troubler l'action sensorielle ; de petites quantités d'air atmosphérique ou de gaz acide carbonique , poussées immédiatement dans la carotide , demeurèrent sans effet, et il n'y en eut que des quantités plus considérables qui , parvenues de cette manière au cerveau , déterminèrent l'apoplexie et la stupeur ; un peu moins occasionait un trouble dans la circulation et la respiration (3).

2° Lorsque Blundell (4) injectait cinq gros d'air atmosphérique dans les veines jugulaires d'un Chien , il voyait survenir la difficulté de respirer, avec irrégularité du pouls et accablement , et les animaux ne se rétablissaient qu'au troisième jour. Quand Nysten (5) avait injecté, dans les veines jugulaires de Chiens , de l'air par petites quantités à la fois , environ

(1) Scheel, Die Transfusion des Blutes, t. II, p. 272.

(2) Recherches de physiologie , p. 155.

(3) Ibid., p. 48, 98, 168.

(4) Physiological Rescarches , p. 131.

(5) Loc. cit., p. 33.

EFFETS DU SANG SUR l'oïïGANISME. /|05

vingt centimètres cubes , mais à plusieurs reprises , et de manière qu'au bout d'une demi-heure la somme totale s'élevât à deux cent cinquante centimètres cubes , les animaux paraissaient accablés ; le lendemain ils toussaient , avaient une respiration stertoreuse , rejetaient un mucus écumeux , et enfin périssaient ; leurs poumons étaient grisâtres et contenaient beaucoup de mucus écumeux. D'après cela , l'air introduit dans le sang faisait mourir par la suppression de la respiration; c'est ce que Nysten confirma, (d) , en remarquant qu'après de semblables infusions , le sang artériel finissait par devenir brunâtre. Nous devons donc présumer que le sang mêlé avec de l'air est impropre au conflit normal avec"1 l'atmosphère dans les poumons, que par conséquent il n'a point d'affinité pour l'oxygène, ou ne peut pas se débarrasser de son carbone. Mais Nysten (2) n'a jamais vu de bulles dans le sang artériel , lorsqu'il avait injecté de l'air dans les veines, et de là il conclut (3) que l'air s'arrête dans les vaisseaux capillaires du poumon , qu'il porte ainsi le désordre dans la respiration , et qu'en sortant il produit l'écume qu'on remarque.

Quand Nysten (4) injectait tout à coup , ou en peu de minutes, quatre-vingts centimètres cubes d'air dans les veines, la mort avait lieu promptement , et il trouvait le cœur droit distendu par du sang et de l'air, tandis qu'il y avait peu de sang et point d'air dans le cœur gauche. Aussi attribue-t-il la mort , en pareil cas , à ce que la distension qu'éprouve le cœur le fatigue et le rend incapable de se contracter convenablement. Mais, outre que le cœur droit , qui seul était affecté ici, suit les mouvemens du cœur gauche , dont la force, l'emporte sur la sienne , il ne pourrait arriver à une telle distension qu'autant que l'entrée du sang dans les poumons serait gênée, et nous devons présumer, d'après l'analogie des effets produits par de petites quantités d'air , que le sang ne circule point dans les poumons , et que c'est cette cause qui le rend

(1) Loc. cit., p. 44

(2) Loc. cit., p. 30.

(3) Loc. cit., p. 38.

(4) Loc. cit., p. 16.

4û6 EFFETS Ï)C SANG SUR l'oRGANISME.

stagnant dans le cœur droit. Quand Nysten (1) ouvrait la veine sous-clavière après la cessation des phénomènes vitaux, et chassait l'air par une compression exercée sur la poitrine , il voyait reprendre d'abord la respiration , puis les battemens du cœur, de sorte qu'alors l'activité des poumons se prononçait hautement comme étant la circonstance déterminante. Du reste , les animaux qu'on avait fait périr en leur injectant de l'air, avaient , suivant Sprœgel, le sang plus liquide que de coutume, et de l'air était épanché à la surface de leurs poumons , sous la forme de bulles (2) . D'après Hertwich (3) , leurs poumons étaient vides de sang, pâles et affaissés, et le cœur gauche contenait du sang noir, tandis qu'un mélange de sang et d'air remplissait le cœur droit (4). Leroy a observé parfois un emphysème des poumons ; mais il l'attribuait à ce que l'air déchire les vaisseaux capillaires par l'effet du changement de sa température, et il faisait dépendre la mort, ou de cette circonstance, ou du défaut d'excitation du cœur gauche , tenant à ce qu'au lieu de sang il recevait de l'air (5). Mais l'emphysème se voit rarement , et on ne trouve point d'air dans le cœur gauche. D'après une expérience de Gaspard , l'air paraît aussi interrompre la circulation dans d'autres organes ; lorsqu'il avait injecté sept à huit pouces cubes d'air dans l'artère crurale d'un Chien , un peu d'air revenait bien par la veine crurale , au bout de quelques minutes, mais le membre était crépitant au toucher, et les injections d'acide hydrocyanique ou d'extrait de noix vomique ne produisaient pas l'effet ordinaire (6).

2° Nysten (7) a vu des Chiens auxquels il avait injecté à la fois soixante centimètres cubes environ de gaz oxygène , périr rapidement; le cœur droit était gorgé de sangivermeil etécumeux, mais le cœur gauche ne contenait que du sang noir. Ici donc , ou le sang avait traversé les poumons sans rougir,

(1) Loc. cit., p. 22.

(2) Scheel, loc. cit., t. II , p. 256.

(3) Dieffenbach, Die Transfusion des Blutes , p. 42.

(4) Ibid., p. 37.

(5) Archives générales , t. III, p. 413.

(6) Journal de Mageudie , t. V, p. 329.

(7) Loc. cit., p. 54,

ou il n'avait point passé de sang à travers ces organes, et le liquide qu'ils avaient fourni en dernier lieu était devenu noir par le fait de sa stase dans le cœur gauche.

3° L'azote , l'acide carbonique , le gaz oxide d'azote , l'hydrogène pur , l'hydrogène carboné et l'hydrogène sulfuré , occasionaient la distension du cœur droit , et empêchaient le sang de prendre une teinte vermeille dans les poumons. Ce dernier effet appartenait surtout aux gaz contenant du carbone (1). Le gaz oxidule d'azote ne causait point la dilatation du cœur droit (2) , mais il s'opposait à ce que le sang devînt vermeil dans les poumons ; ceux-ci étaient surchargés de sang et de mucus écumeux , et le sang contenu dans les artères avait une teinte brune , qui ne passait pas non plus au rouge par l'exposition à l'air (3). Le gaz hydrogène sulfuré enfin tuait sans empêcher le sang de rougir , ni déterminer la distension du cœur droit (4).

II. On peut injecter quatre onces d'eau à des Chiens (5), et dix à des Chevaux (6), sans qu'il en résulte aucun effet nuisible. Poussée en plus grande quantité , elle détermine , d'après les expériences de Portai (7), de Magendie (8) et de Hertwich (9), des symptômes de réplétion du système vasculaire , notamment l'accélération des battemens du cœur et de la respiration , mais de plus une grande faiblesse de la vie animale , et de l'accablement. Si la quantité d'eau est considérable, on voit survenir un état apoplectique et enfin la mort. Chez un Cheval qui périt le quatrième jour après l'infusion , Hertwich (10) trouva des traces de décomposition dans le sang et les parties solides , comme chez les individus atteints de fièvre putride.

(1) Loc. cit., p. 160.

(2) Loc. cit., p. 120.

(3) Loc. cit., p. 133.

(4) Loc. cit., p. 163.

(5) Scheel , loc. cit., t. H, p. 25.

(6) DiefTenbach , loc. cit., p. 45.

(7) Scheel, loc cit., t. II, p. 112.

(8) Journal de physiologie , 1. 1, p. 44.

(9) Dieffenbach, loc. cit , p. 43.

(10) Loc. cit., p. 46.

4o8 EFFETS DU SANG SUR l'oKGÀNISME.

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