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II. Transformation

§ 909. 1° Les végétaux absorbent , dans le sol, de l'eau , qui ne contient point de matières organiques , ou du moins qui en renferme très-peu , et qui jamais n'est chargée des ' principes constituans propres à chaque plante ; mais ces principes se manifestent à mesure que le suc s'élève dans le corps du végétal. Wahlenberg a observé ce phénomène sur le Tetracera potatoria , et Saussure sur la vigne- Knignt a remarqué que la sève de l'érable était presque insipide à la partie inférieure du tronc , où sa pesanteur spécifique ne dépassait point 1004 , tandis qu'-à la hauteur de sept pieds cette même pesanteur était de 1008, et qu'à celle de douze elle était de

(1) Addition d'Ernest Burdacli.

4012 ; la saveur sucrée augmentait dans la même proportion. Quelque chose d'analogue a lieu dans toutes les autres plantes (1). Si les liquides absorbés ici se métamorphosent pendant leur trajet , et incontestablement par le contact des parois qui les renferment, cette circonstance suffit pour taire présumer une semblable transformation dans le système lymphatique. Sheldon avait déjà remarqué que les lortuosités des vaisseaux lymphatiques semblent l'annoncer, puisqu'elles allongent le trajet que les liquides ont à parcourir (2). Somme totale , le courant marche avec beaucoup de lenteur dans ces vaisseaux, et si le chyle coule plus rapidement , il ne faut pas perdre de vue que l'absorption n'est nulle part plus active que dans l'intestin , ni à aucune autre époque plus énergique que pendant la digestion. Pour parvenir des orteils , par exemple, dans le sang, la lymphe est obligée de s'élever jusqu'au sommet de la cavité pectorale , quoiqu'il y ait partout des vaisseaux sanguins dans son voisinage, et le canal thoracique n'a pas plus d'une à deux lignes de diamètre , bien que le système , considéré dans son ensemble , soit probablement plus spacieux quecelui des veines (3). Cette lenteur avec laquelle tes vaisseaux lymphatiques conduisent leur contenu au lieu de sa destination , ne saurait être sans but.

2° Ajoutons encore que , chez les animaux vertébrés inférieurs , ces vaisseaux présentent des dilatations et des plexus qui, chez les Mammifères, deviennent des ganglions, par leur rapprochement, leur division en branches plus déliées, leurs anastomoses plus nombreuses, et l'intervention d'une enveloppe de tissu cellulaire (§ 783). Les anciens physiologistes, qui assignaient pour usage à ces ganglions de faciliter le cours du liquide, étaient certainement dans l'erreur ; ils le ralentissent bien au contraire , et l'on en demeure convaincu , comme l'a démontré Haller (4) , lorsqu'on réfléchit

(1) Treviranus , fhysioloyie der Gewaechse , t. I , p. 415. — Nouveau système de physioloyie véyétale, p;ir F. V. Raspail. Paris, 1S37, t. II, p. 28 et suiv.

(2) The history of the ubsorhcnt System, p. 44.

(3) HHdebrandl, Jnacomie, t. 1H, p. 98.

(4) Elemen.pkysiol., t. Il, p. i92; t. VII, p. 239.

DBS SUBSTANCES ABSORBÉES. g3 non-seulement au mécanisme de leur structure ( §§ 711, 3°; 725 , 2°; 726 , 4°; 727, 5°) , mais encore à ce fait bien connu des anatomistes , que l'injection des lymphatiques contenus dans leur intérieur présente toujours plus ou moins de difficulté. Il ne saurait être question ici d'une endosmose accélératrice fl).

3° Une circonstance démontre combien les ganglions sont essentiels ; c'est leur fréquence. Mascagni n'a jamais vu de lymphatique qui n'en eût traversé quelqu'un. En remontant des membres au tronc , leur nombre augmente avec celui des vaisseaux, de manière, par exemple, qu'on en trouve deux ou trois à la malléole interne , quatre à cinq au genou , huit ou dix à l'aine (2) ; et dans la grande voie d'introduction des substances étrangères , le mésentère , leur nombre dépasse cent , de sorte que le chyle est obligé d'en traverser successivement plusieurs placés à la suite les uns des autres.

4° Comme des ramifications, à parois extrêmement minces, de vaisseaux sanguins et lymphatiques se trouvent en contact immédiat dans les ganglions , il est vraisemblable que les liquides contenus dans les deux ordres de vaisseaux se mettent en communication ensemble. Haller (3), Mascagni et Haase (4) étaient déjà très-disposés à croire qu'un liquide sécrété du saDg s'y mêle avec la lymphe , quoique d'ailleurs ils ne partageassent pas l'opinion de Nuck , qui donnait pour but à ce mélange d'atténuer et d'étendre la lymphe (5). Il serait possible aussi que quelque chose passât des vaisseaux lymphatiques dans les vaisseaux sanguins , conjecture parmi les partisans de laquelle on compte non seulement ceux qui admettent la continuité des deux ordres de vaisseaux (§ 900, 2°) , mais encore Weber (6) , qui ne croit pas à cette continuité. Le principal motif sur lequel ils se fondent, est que les vaisseaux lymphatiques ne grossissent point pendant leurs cours , que

(1) Dntrochet, L'Agent immédiat, p. 196. — Mémoires, etc., t. I.

(2) Mayo, Outlines of human physiology, p. 458.

(3) Loc. cit., t. I, p. 186; t. VII, p. 214,

(4) Loc. cit., p. 24.

(5) Haller, Elem.physiol., t. I, p. 192 ; t. VIT, p. 238.

(6) Hildebrandt, Anatomie, t. III, p. 449.

par conséquent leur contenu doit diminuer. Cependant cette dernière conclusion ne semble pas découler nécessairement des prémisses, puisque l'absorption ne s'exerce ordinairement qu'avec beaucoup de lenteur, qu'en conséquence les vaisseaux lymphatiques ne contiennent pas , la plupart du temps , beaucoup de liquide , et que , du reste, ils sont fort extensibles. Meckel (1) pensait que les parties aqueuses passent du système lymphatique dans les veines, par des ouvertures béantes, afin de perfectionner la lymphe. Celte opinion a contre elle que la lymphe ayant pour unique destination de former du sang , son perfectionnement aux dépens de ce dernier liquide n'aurait aucun but. D'un autre côté , en supposant, comme le fait Weber, que la portion achevée de la lymphe pénètre dans les veines à travers les parois , la question de savoir si les vaisseaux lymphatiques s'abouchent ou non avec les veines dans leurs ganglions , n'a aucun sens physiologique. Dans une telle incertitude , nous nous en tiendrons à la proposition établie par Weber (2) , savoir, que la lymphe et le sang réagissent l'un sur l'autre dans les ganglions , à peu près comme le font l'air et le sang dans les poumons ; et nous laisserons indécis, avec Breschet(3), le problème ayant pour objet de déterminer si le sang y donne ou s'il y reçoit , n'oubliant pas non plus de dire qu'il serait fort possible que l'un et l'autre cas eût lieu , ou qu'il n'arrivât ni l'un ni l'autre, et que le sang exerçât une action assimilante sur la lymphe , par le seul fait de son voisinage.

5° Le gonflement et l'inflammation qui s'emparent des ganglions lymphatiques après l'absorption de produits morbides, prouvent que ces organes possèdent, non seulement une vie fort active , mais encore une tendance à l'assimilation , qui détermine la réaction inflammatoire. Aux bubons ne succède point, la plupart du temps , la syphilis constitutionnelle ; il est vrai qu'alors le virus peut aussi être éliminé du corps par le fait de la suppuration , comme la prompte ouverture des bubons

(1) 2Vo»a expérimenta de finihus venarum, p. 9.

(2) Loc. cit., p. 110.

(3) Le Système lymphatique , considéré sous les rajyorts anat., phijs. çt pathol. Paris, 1326, in-8, fig.

pestilentiels est le phénomène qui promet le plus sûrement guérison. Lorsque les glandes de l'aisselle se tuméfient après la vaccination , il arrive souvent que le vaccin n'exerce pas d'action générale , et ne préserve point de la petite-vérole. De même , ce qui contribue peut-être à ce que les virus introduits dans les organes digestifs n'opèrent pas d'infection, c'est qu'en sortant de cet appareil , ils sont obligés de traverser une série de ganglions lymphatiques.

6° Heriug (1) injecta de l'huile d'olive dans la caviîé abdominale d'un Chat , et au bout de quatre jours il en retrouva dans les ganglions mésentériques : sur un autre Chat il injecta dans le rectum un mélange d'huile d'amandes arnères et de chlorure de fer, avec le précipité de bleu de Prusse qui s'était formé , et vingt-quatre heures après il rencontra ce dernier dans un ganglion du mésentère. Si nous semblons autorisés à conclure de là que les matières étrangères rebelles à l'assimilation sont retenues pendant quelque temps dans les glandes lympathiques , un autre fait paraît démontrer que le système lymphatique jouit d'un pouvoir modificateur ou transformateur : Emmert (2) , après avoir lié l'aorte ventrale , introduisit de la fausse angustuie dans la cuisse d'un animal; bien qu'aucun symptôme d'empoisonnement ne se fût manifesté, il retrouva cette substance dans l'urine : comme ici l'absorption n'avait pu se faire parles veines, et qu'elle avait été accomplie exclusivement par les lymphatiques, nous sommes en droit de présumer, avec Weber (3) , que le poison avait été dépouillé de ses qualités vénéneuses en traversant le système lymphatique.

(4) Deutsches Archiv, t. IV, p. 522, 525.

(2) Loc. cit., t. I, p. 478.

(3) Do pulsu et resorptionc , p. 10, 20.

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