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I. Fluidification

§ 908. Les substances étrangères subissent des changemens que l'organisme détermine en elles, soit avant leur absorption, soit après (§ 909 ). Le premier cas arrive quand il a été absorbé une substance organique solide qui est capable de s'assimiler au sang, et qui, pour pouvoir s'introduire à cet effet dans les vaisseaux , doit nécessairement commencer par acquérir la forme fluide. Non seulement les organes digestifs , dont il ne peut point encore être question ici, mais encore d'autres espaces du corps animal opèrent , par le moyen du liquide sécrété dans leur intérieur, la

(1) Addition d Ernest Burdacli.

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lliiidifieation de la substance nutritive admise en eux, aiin que l'absorption puisse ensuite s'emparer d'elle. Le liquide fluidifiant peut être le produit d'une sécrétion ou normale ou rfibdliééé sous le rapport de ses qualités, et devenue ainsi1 plus active, par l'irritation que la substance étrangère a déterminée (§§858-855). Ainsi la fluidification peut ou se borner à la prise d'un autre état de cohésion, ou consister de plus en une transformation de substance.

1° Les sacs séreux sont, généralement parlant, peu aptes à modifier des corps étrangers solides de cette manière, pour ensuite les absorber , attendu que de pareilles irritations portent un trop grand trouble dans leur activité vitale , et les enflamment. Pierce Smith introduisit deux embryons et trois œufs de Souris dans le bas-ventre d'un Chat ; au bout de seize heures , l'animal étant mort , il ne restait plus qu'un morceau de substance osseuse de la grosseur d'une tête d'épingle : ayant porté de la viande , du foie , etc. , dans la cavité abdominale de Chais, il n'en retrouva plus aucune trace au bout de quelque temps, à moins qu'il n'y eût eu , parmi ces substances, des portions d'os , qui d'ailleurs semblaient avoir été ér osées : il ne resta non plus , au bout de soixante heures , qu'une petite quantité de substance osseuse d'une cuisse de Grenouille qu'il avait ainsi introduite renfermée dans une bourse de toile. Hering (1) introduisit une demi-once de viande hachée dans l'abdomen d'un Lapin : quatorze heures après, il la trouva attachée aux intestins par un liquide plastique épanché; chez un autre Lapin, la viande, du poids d'un gros, était, au bout de trente-six heures, fixée de la même manière, d'un gris pâle , molle , facile à déchirer , pleine de suc , plus lépfë de quatre grains , et entourée d'une matière caséiforme , qui avait des réactions acides; de la chair de mouton crue, s'élevant à deux gros , était ramollie après neuf journées de séjour dans la cavité abdominale d'un Chien; elle avait une couleur vert jaunâtre , comme du pus, une saveur aigre , des réactions acides , et ne pesait plus qu'un gros ; d'un gros de viande, introduite dans le ventre d'un autre

(1 ) Meckel, Hèètichét ArcMv, t. IV, p. b'00.

Chien, il ne restait plus , au troisième jour , qu'une petite quantité de liquide puriforme , épais, acide, et d'odeur désagréable : une inflammation considérable et un épanchement de liquide plastique se voyaient aux alentours. De la viande que Krimer (1) introduisit dans le ventre d'une Grenouille, avait pâli et s'était arrondie sur les bords pendant l'espace de deux jours.

2° Les substances organiques solides sont fluidifiées et absorbées dans le tissu cellulaire , sans exciter une inflammation aussi considérable. D'après les expériences de Smith , il faut peu de temps pour dissoudre de la viande qui a été insérée entre la peau et les muscles des Chats. Hood (2) glissa des languettes de viande, du poids de quinze à vingt grains, sous la peau de divers Chiens ; le mouton cuit était , au bout de treize heures , en partie dissous et en partie fibreux ; du mouton cru , porté dans la même plaie , était totalement dissous , sept heures après , et converti en une masse comme savonneuse ; au bout de douze heures, un morceau de viande crue était réduit en un liquide pultacé du côté qui touchait aux muscles, et le reste ressemblait à de la viande cuite : d'ailleurs, la viande était plus profondément attaquée lorsqu'on avait eu soin de la couper suivant la direction des fibres. Jameson (3) recommande de pratiquer la ligature des artères avec de minces bandelettes de cuir; il a'reconnu que ces bandelettes étaient devenues aussi minces que du papier en six jours, sur une Brebis, et que , chez une autre, elles s'étaient réduites en bouillie dans l'espace de trois semaines ; chez un Chien , elles étaient également converties en une bouillie jaune au bout de vingtcinq jours , et dans d'autres cas , il avait suffi de neuf jours pour les faire disparaître jusqu'aux nœuds , qui eux-mêmes étaient convertis en bouillie.

(J'ai fait à ce sujet les observations suivantes : 3° Un morceau de blanc d'oeuf durci , taillé en cône , et pesant douze grains, fut introduit, sur le côté du ventre d'un

(d) rersuch ciner Phijsioloijie des Blutes, p. 57.

(2) Analytic jtlujsiology , p. 466.

(3) Froïiep, Notisen, t. XVII, p. 249.

Lapin , entre la peau et les muscles ; la plaie extérieure , longue de sept à huit lignes , fut réunie par un point de suture ; elle était cicatrisée au bout de vingt-quatre heures. Le troisième jour, je tuai l'animal. Le morceau de blanc d'oeuf avait conservé sa forme, mais il était un peu ramolli partout, et d'une couleur sale , brunâtre ; il rougissait les couleurs bleues végétales , était couvert d'un peu de coagulum blanc à sa surface , et avait perdu un grain et demi de son poids. La même expérience , prolougée pendant huit jours , ne donna pas d'autre résultat.

4° Deux morceaux taillés en cône , l'un de carotte jaune , l'autre de pomme de terre crue , furent glissés sous la peau \ huit jours après , aucun d'eux n'avait subi de changement ; seulement, ils étaient couverts de lymphe plastique , qui en augmentait le poids de deux grains ; ils n'exerçaient point de réaction acide.

5° Les mêmes expériences , faites avec de la viande et du pain , donnèrent le même résultat. Au bout de huit jours , les deux morceaux étaient enveloppés de lymphe plastique , imbibés de liquide, et par conséquent devenus plus mous ; ils rougissaient aussi un peu les couleurs bleues végétales , mais ils n'avaient rien perdu de leur poids.

6° Un morceau de bois mou , ayant la même forme que les substances employées dans les expériences précédentes , fut introduit de la même manière sous la peau d'un Lapin ; mais l'organisme ne voulut pas souffrir uu corps qui lui était si étranger ; il survint de l'inflammation , la suture se déchira , et l'application des bandelettes agglutinatives ne put empêcher la sortie du morceau de bois.

7° On fit manger une carotte jaune à un Lapin qui avait faim , et on le tua ensuite. L'estomac fut trouvé distendu par une pelote alimentaire, colorée en verdâtre à sa surface, tandis que le centre conservait la couleur jaune pure de la carotte. On prit douze grains de cette dernière portion , et on les introduisit sous la peau d'un Lapin , au moyen d'une incision longue d'un demi-pouce. Au bout de huit jours , non-seulement le tout était revêtu extérieurement de lymphe plastique , mais encore il s'en était épanché entre les iragraens de

la carotte ; ceux-ci avaient pris une teinte verte , et rougissaient fortement le tournesol. On n'en put pas déterminer exactement le poids , mais il ne paraissait point avoir diminué.

8° Supposant que la formation de lymphe plastique , dans les expériences précédentes , avait été déterminée uniquement par le volume des morceaux introduits et par l'hémorragie qu'on ne saurait éviter en pareil cas , je répétai le? expériences avec des morceaux plus petits , et en évitant , autant que possible , tout épanchement de sang, On ne fil à la peau qu'une incision de trois lignes , et après que le léger saignement qui eut lieu fut complètement tari , on creusa une petite caviié entre la peau et les muscles , à l'aide d'une sonde boutonnée ; l'introduction de la substance qu'on se proposait de faire absorber fut enfin facilitée de beaucoup par un petit tube de verre. Voici quels résultats on obtint ainsi. Un petit morceau d'albumine, pesant un grain , était si complètement absorbé au bout de quatre jours, qu'on ne pouvait reconnaître l'eudroit où il avait été placé . qu'à un léger trouble laiteux et a la condensation du tissu cellulaire. Un petit fragment de carotte rouge, du même poids, fut retrouvé, le huitième jour, sous la forme d'un grumeau , long seulement d'une ligne , et formé d'une masse onctueuse, ayant une couleur verte foncée. Enfin un faisceau musculaire sec , ayant trois quarts de ligne de long et pesant deux grains , était entièrement ramolli au bout de huit jours , et réduit en un grand nombre de parcelles ayant à peine une demi-ligne de long.

9° Une languette de cuir mou, épaisse d'une ligne et demie, fut ramollie dans l'eau , tordue en fil , et séchée de manière à pouvoir être aisément passée , au moyen d'une aiguille , à travers un pli de la peau , sur le côté du ventre d'un Lapin. Afin d'avoir un terme de comparaison, on passa un fil ordinaire à travers un repli de la peau du côté opposé. Les deux fils furent coupés immédiatement à leur entrée et à leur sortie. An bout de quatorze jours, celui de lin était entourée d'une couche si épaisse de lymphe plastique , qu'il représentait un cordon de plus de deux lignes de diamètre; l'autre, au contraire , était converti en un filament très-mou , d'une ligue et

DES SUBSTANCES ABSORBÉES. gi

demie seulement d'épaisseur , d'une couleur livide , et ayant lout-à-fait l'apparence d'une petite veine pleine de sang.

10° On pratiqua une ponction au ventre d'un Chien, à l'aide d'un trois-quarts, et l'on glissa, parla canule, un petit morceau de viaude dans la cavité abdominale. Probablement l'opération avait blessé les intestins, car l'animal mourut au bout de trois jours. On trouva les intestins adhérens par places, au moyen de lymphe plastique , et le morceau de viande , également entouré de cette lymphe , tenait aux parois abdominales. On fit alors, sur un autre Chien , une incision d'un pouce et demi de long , à travers les tégumens du bas-ventre , on introduisit la canule d'un trois-quarts dans la plaie , et l'on s'en servit pour glisser dans la cavité abdominale un morceau de viande, pesant douze grains, et coupé suivant la direction des fibres, puis un cylindre de pomme de terre crue ayant le même poids. L'animal parut peu souffrir : il fut tué au bout de huit jours. Le morceau de viande était réduit à ses fibres isolées , qui elles-mêmes se trouvaient éparses dans la cavité ventrale , de sorte qu'on ne put en déterminer le poids ; mais toutes étaient brunes et très-cassantes. Nulle part on n'aperçut de lymphe plastique. Le cylindre de pomme de terre semblait peu changé : ses deux bouts étaient seulement un peu arrondis ; il n'avait pas dimioué de poids) (1).

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