PREMIÈRE SUBDIVISION
ÏJE LA FORMATION DU SANG DANS LES TISSUS ET DANS LES ORGANES DICESTIFS.
CUAPITRE PREMIER.
De la résorption.
§ 910. Une espèce particulière d'absorption est la reprise par le système lymphatique de la substance organique sortie du système sanguin, ou la résorption , qui, conjointement avec la digestion , constitue le premier degré de l'hématose.
1. C'est dans les liquides organiques qu'elle est le plus facile à apercevoir.
1° Toutes les sécrétions qui s'accomplissent dans le lissu cellulaire sont résorbées; car il n'y a pas d'autre voie ouverte pour le renouvellement des matériaux (§ 809, 6°). La résorption doit s'exercer sans interruption dans le tissu cellulaire et les sacs séreux, puisque, après les avoir dépouillés de leurs liquides, nous voyons ceux-ci reparaître promptement, d'où nous sommes fondé à croire que la sécrétion ne s'arrête jamais. Ainsi, par exemple, après l'opération de la cataracte par extraction , peu de jours suffisent pour que les chambres de l'œil s'emplissent de nouveau du liquide dont on a déterminé la sortie. Suivant Magendie, la sérosité qui entoure la moelle épinière disparaît promptement après la mort, époque où elle a cessé d'être sécrétée, de sorte qu'on n'en trouve les méninges remplies que chez les animaux vivans, ou chez ceux qu'on vient de tuer. De même, la graisse disparaît dans l'amaigrissement, et si l'on en a trouvé une quantité considérable dans le sang de personnes chargées d'embonpoint chez lesquelles il était survenu une suppression d'hémorragies habituelles, ce phénomène peut fort bien provenir de la résorption (1), de même que la moelle des os diminue aussi dans certaines maladies de consomption (2).
(4) Treviranus, Biologie, t. IV, p. 50». (2) Hildebrandt, t. I, p. 328.
2° Dans le système dermatique ou ectoplaslique (§ 784, 1° ), il n'y a généralement qu'une partie des sécrétions qui soit résorbée ; quelquefois cependant la totalité l'est. Mais, ici, la résorption n'est jamais accomplie que par le tissu cellulaire. Les ampoules produites par une légère brûlure disparaissent en quelques jours, ce qu'on ne peut attribuer à une évaporation qui se serait faite à travers l'épiderme (§ 906, 3°). Après la suppression d'une diarrhée occasionée par une sécrétion surabondante, il survient des déjections consistantes. La résorption se montre surtout bien évidente dans les réservoirs d'organes glanduleux ; c'est par elle que la bile peut se concentrer davantage dans son réservoir (§ 826, 2# ), passer en partie dans le sang ( § 857, IV) , et disparaître entièrement de la vésicule, quand le conduit excréteur de cette dernière est obstrué (1). L'urine subit le même changement dans la vessie (§ 827, 3°) ; elle peut se déposer dans d'autres organes lorsque les reins cessent de sécréter (§ 857), et être résorbée en totalité dans le cas d'occlusion de l'urètre. Il a déjà été question de la résorption dans la matrice (§ 482, 7*), dans les vésicules séminales (§ 567, 9°) et dans les canaux galactophores (§ 543, 8°).
3° Chez les sujets atteints d'ulcérations dans certains organes , les poumons et le foie, par exemple, il n'est pas rare de voir du pus former un sédiment muqueux dans le sérum du sang ou dans l'urine. La même chose arrive dans la variole conlluente (2); et danslescas même de petite-vérole discrète, une partie du pus est résorbée, tandis que l'autre forme des croûtes en se desséchant.
4° Lorsque la peau a subi une contusion, les alentours s'imbibent de sang épanché , de sorte que le centre est d'un bleu noirâtre, et la périphérie verte, bordée de jaune, teintes qui s'effacent toutes au bout de quelque temps. Les extravasations disparaissent de la même manière dans les diverses cavités du corps. Bruckner trépana un Chien, coagula, au moyen de l'acide sulfurique, le sang qui s'était épanché sur
(1) Voigtel, llandbuch der patUolatjischen Anulomic, t. III, p. 80.
(2) Journal de MngcmMc, ». II, p. 9.
98 de la résorption.
la dure-mère, et n'en retrouva plus rie traces après un certain laps de temps. Kees injecta du sang dans la dure-mère de plusieurs Chiens ; il s'en échappa un peu avec l'urine, et un moment vint où le crâne n'en contenait plus du tout (4). Une résorption a lieu jusque dans la substance même du cerveau ; quand celte substance a été déchirée par un épanchement, et qu'un foyer de suppuration s'y est formé , il n'est pas rare d'y trouver plus tard des vestiges de cavernes cicatrisées, le sang ou le pus ayant été résorbé (2). Le caillot obturateur qui se produit dans les artères blessées, est résorbé ( § 862, 3° ), et Hewson (3) n'a retrouvé que de la fibrine concrète, sans cruor ni sérum , dans la veine jugulaire d'un Chien qu'il avait tué trois jours auparavant.
II. Quant à ce qui concerne les parties solides : 1° Dans le cours normal de la vie, les organes transitoires, comme les corps de Wolff (§ 450), Fallantoïde (§ 447, 6°), la vésicule ombilicale ( § 437 , 40 , 5° ) , la membrane pupillaire ( § 433, 5° ), les racines des dents de lait (§ 551, 1°, 2"), et le thymus (§ 550, 11°), sont résorbés. Ce phénomène prend part aussi au flélrissement du cordon ombilical (§ 499, 4° ), du conduit de Botal, des artères et de la veine ombilicales ( § 509, 3°j 4°, 6° ). La même chose a lieu pendant l'accroissement ; car, bien que les os conservent la forme générale qu'ils avaient (§ 427, 11° ), des cavités se développent dans leur intérieur (§§ 427, 14° ; 500, 7°, 13° ; 560, 7° ). La résorption s'exerce également, dans un âge avancé (§§ 586, 2° ; 645, III), sur le système vasculaire (§§ 587, 1° ; 588, 6°), les os (§§ 587, 3°; 589, 4°, 8°), les dents (§ 587, 2°) et les organes génitaux (§ 588, iCc).
2° Les muscles surtout participent à l'amaigrissement qui succède à la fièvre ou à toute autre cause, ce qui fait que, dans les maladies consomptives , tous les muscles, et, dans les plaies, inflammations et paralysies , ceux qui avoisinent immédiatement le mal, deviennent tellement minces qu'on a
(1) Buvdach, Vam Baue uni Lelen ios Gehirns , t. III, p. 9,
(2) Loc. cit., p. 46, 25.
(3) Expérimental inquiries, t. T, p. 20.
de la peine à les reconnaître. Les nerfs peuvent s'atrophier, et devenir ainsi transparens. Il en est de même de quelques parties du cerveau , par exemple, des couches optiques, qui perdent de leur hauteur et de leur largeur ; lorsqu'il se développe des productions anormales, la substance cérébrale superposée paraît souvent amincie et sans sillons, et il y a atrophie générale de l'encéphale quand la dure-mère forme des plis à sa surface (1). Les testicules peuvent s'atrophier jusqu'au point de disparaître entièrement (2).
3° La transformation de la substance des organes ( § 858 ) suppose en partie une résorption -, la peau reprend sa couleur naturelle après la jaunisse, les taches de la cornée disparaissent, et il arrive quelquefois au cristallin, déjà devenu opaque, de reprendre sa transparence.
4° La peau tendue sur les abcès s'amincit peu à peu, jusqu'à ce qu'elle finisse par se rompre , et de toutes les parties molles, le tissu cellulaire est le premier qu'attaque la suppuration, de sorte que, dans les abcès, les muscles, les ligamens, les nerfs et les vaisseaux sont totalement dépouillés de ce tissu et de graisse. Les parties frappées de mort se détachent du corps par l'effet d'une résorption (§ 863,11). Le cristallin disparaît peu à peu lorsqu'il est tombé dans la chambre antérieure, ou que sa capsule a été atteinte d'une plaie considérable.
5° Les os prennent part à l'atrophie dans la phthisie et dans les maladies qui obligent à garder le lit pendant longtemps , par exemple, dans les paralysies ; ils deviennent cassans dans la syphilis et le scorbut, se ramollissent dans l'ostéosarcose , et se détruisent dans la carie , où l'on voit quelquefois apparaître dans l'urine les sels calcaires qui leur ont été enlevés (3). La jaunisse et l'usage de certaines matières colorantes ( § 865, VII ) leur font acquérir une teinte étrangère , qui se dissipe ensuite d'elle-même. Les esquilles frap-
(4) finrdach, Corn Uaue und Lelen des Gehirns , t. III, p. 25.
(2) Voigtel, Loc. cit., t. III, p. 404.
(3) Haller, Elem. physiol., t. VII, p. 362. — Sheldon, The history of thg absorbent System, p, 31.
pées de mort sont détachées par la résorption , et l'on connaît des cas dans lesquels des portions du crâne ont péri sans cause appréciable et se sont séparées du reste de la boîte (1). Tandis qu'une fracture se guérit, i'os cylindrique se remplit d'abord, puis se creuse (§ 863, 12° ). Des pointes d'os disparaissent (§ 863, 2°), et des pièces osseuses totalement détachées finissent par être résorbées peu à peu (2). Les exostoses s'affaissent aussitôt que la diathèse qui leur avait donné naissance a cessé.
(Le travail de la résorption est précédé d'un gonflement dos parties environnantes, qui rend celles-ci plus tendues et plus sensibles. Si l'on pratique des incisions à cette époque , on en trouve la surface , non point d'un rouge vif, comme dans la véritable inflammation , mais d'un jaune rougeâtre ; le sang qui s'écoule n'est pas très-rouge ; il est plus séreux ; le tissu cellulaire est compact , et unit toutes les parties d'une manière plus intime ; la surface de la plaie est moins lisse au toucher que de coutume. La guérison de cette plaie simple par instrument tranchant s'accomplit avec une rapidité extraordinaire, et sans qu'il survienne de nouvelle réaction inflammatoire; bien au contraire, l'irritation qui existait auparavant diminue pendant la cicatrisation. Ce n'est que quand le gonflement a totalement cessé, et que les parties sont redevenues molles, que la résorption a lieu ; mais celle-ci ne paraît s'accomplir d'une manière complète qu'autant qu'il y atuméfadion préalable. La circulation cesse dans un membre gravement blessé (écrasement des os, déchirure des gros vaisseaux, etc.); ce membre devient bleu , puis noir, et se momifie , comme dans la gangrène sénile. La mort s'étend plus loin à la surface que dans l'intérieur ; le vif forme un cône saillant au milieu du mort , et dont le sommet est représenté par l'os encore vivant ; la ligne de démarcation qui, par l'effet d'une séparalion spontanée, se convertit en un vide, montre toujours cette forme du moignon. Les esquilles , qu'elles tiennent ou non à l'os encore vivant , sont toujours rejetées, et non résorbées.
(4) Gerson, Mayasin, t. IX, p. 396. '
(2) Magendie, Journal do phjsioloy ie, t. I, p. 17.,
Cependant ces phénomènes n'ont lieu que rarement ; en général, le membre se réduit en une sorte de putrilage. Lorsqu'une pièce osseuse demeure en communication avec le reste de l'os , quelquefois par un col très-mince , ou même quand la connexion n'est établie que par un large lambeau de périoste , cette petite portion peut être résorbée ; une volumineuse ne fait que devenir plus lisse à la surface, s'arrondir sur les bords, et se couvrir peu à peu d'un tissu cellulaire cartilaginiforme. Dans les surfaces osseuses dépouillées de périoste, la résorption commence par lediploe ; la pièce se perce d'abord, comme un crible , de trous à travers lesquels pénètrent les bourgeons charnus, et elle finit par disparaître en totalité) (1).
III. Mais la résorption a lieu pendant la vie entière. Nous en avons déjà la preuve dans le besoin de nourriture , qui ne dépend pas uniquement de la diminution des liquides, car les parties solides y contribuent aussi pour leur part ; en effet , ces parties , les muscles surtout, perdent de leur masse, et leur composition normale finit par s'altérer, lorsque la nourriture manque. Une addition de matériaux nouveaux suppose une consommation correspondante , et comme le corps demeure semblable à lui-même quand la nutrition ne subit aucune interruption , celle-ci doit avoir pour antagoniste une résorption , dont la quantité proportionnelle est trop forte dans l'atrophie, trop faible dans l'hypertrophie. Le renouvellement des matériaux doit accompagner tous les actes de la vie ; car l'accroissement de l'activité dans une sphère quelconque de la vie entraîne à sa suite, ou le besoin d'une plus grande somme de nourriture et de repos , ou l'émaciation et l'épuisement. C'est ce qu'on observe dans les fièvres, de même qu'après l'exercice violent, les veilles prolongées, les travaux opiniâtres de cabinet et les orages des passions. D'après cela, notre corps est assujétià un changement continuel de sa substance, de sorte qu'au bout d'un certain nombre d'années , il ne reste plus un seul atome de la matière dont il est actuellement formé. Les iatro-mathématiciens ont cherché à déter-
(1) Addition de J. F. Dieffenbach.
miner l'étendue de cette période. Suivant Keill , il ne reste plus, au bout d'un an , que seize livres de l'ancienne matière , qui, d'après Bernoulli , serait réduite au tiers seulement de sa masse primitive , ce qui ferait neuf ans suivant l'un et trois selon l'autre, pour le renouvellement complet (1). Les bases de ces calculs sont trop incertaines pour que nous puissions y attacher la moindre valeur.
§ 911. Arrivé maintenant à la question de savoir quels sont les Vaisseaux qui accomplissent la résorption , nous sommes tentés d'attribuer de préférence celle fonction aux lymphatiques , soit parce que , en vertu de la disposition de leurs radicules ^§ 904, 3°), ils ne peuvent recevoir leur contenu que par la voie de l'absorption, d'où l'on est porté à conclure que ce sont eux qui prennent le plus de part à l'absorption de substances étrangères (§ 905, 3°); soit parce que, dans le nombre de ces substances , ils semblent s'emparer avec préférence de celles qui sont assimilables (§ 90o , 4u), et les transformer en quelque sorte (§ 908), de manière qu'on peut les supposer aptes aussi à préparer la conversion en sang de matériaux encore assimilables de l'organisme lui-même , tout en reconnaissant qu'en certaines circonstances, ces matériaux peuvent passer immédiatement dans le lorrent de la circulation. Mais tenons-nous en, pour le moment, aux faits.
1» Pendant les premiers temps de la vie embryonnaire, lorsqu'il n'y a pas encore de vaisseaux lymphatiques , la résorption a cependant lieu déjà, et elle s'accomplit de toute évidence dans le cartilage lorsque ce corps dense se transforme en os. Il se peut qu'ici les veines agissent, comme chez les animaux invertébrés, qui ont des veines et point de vaisseaux lymphatiques. Mais le premier développement de l'embryon implique déjà l'absorption, et il s'opère dès avant qu'on découvre des veines , qui n'existent pas non plus chez les animaux vertébrés inférieurs. Si donc, à un certain degré de l'échelle vitale, l'absorption consiste en une simple imbibition , on ne peut conclure de là qu'à des degrés plus élevés de la même échelle , où il existe des veines, puis des lymphatiques,
COIIaller, loc. cit., t. VIII, P. II, p- 65.
ces vaisseaux ne soient point chargés de présider à la fonction. On n'a pu parvenir à démontrer des lymphatiques, d'un côté dans l'intérieur du cerveau et de l'œil, d'un autre côté dans les cartilages et les os, c'est-à-dire, précisément dans les sphères les plus élevées et les plus inférieures de l'organisme; maison en trouve à l'extérieur de ces organes , et comme une imbibition du tissu doit précéder toute admission dans les vaisseaux (§ 904, 7°), le liquide à absorber peut se répandre aussi de celte manière jusqu'à ce qu'il rencontre des lymphatiques, comme le suc plastique doit s'échapper des vaisseaux avant de parvenir au milieu d'un îlot de substance (§ 877, 4°). Dans la métamorphose des Insectes (§ 379), la résorption joue évidemment un rôle, pour amener de nouveaux rapports de conformation des organes , et comme ici les vaisseaux sanguins sont peu abondans, il faut qu'avant de les rencontrer le fluide qui doit être absorbé, imbibe des portions considérables de tissu.
2° Les ganglions lymphatiques ont une teinte rougeâtre aux membres , un peu jaunâtre dans le voisinage du foie, brunrougeâtre à la rate , noirâtre aux bronches (l).Saunders (2), Tiedemann (3) et autres (4) ont trouvé qu'après la ligature du canal cholédoque , les lymphatiques venant du foie étaient gonflés et jaunes, et que la lymphe du canal thoracique contenait de la bile. Portai , André , Assalini (5), Mascagni , Andral (0) ont observé des phénomènes analogues, sur des cadavres humains, dans des cas d'obturation maladive des conduits biliaires, et les conclusions à en tirer ne laisseraient place au doute que quand il y avait en même temps jaunisse générale (7). Les lymphatiques de la matrice se dilatent chez les femmes enceintes, comme ceux des mamelles chez les
0) Hildebrandt, Anatomie, t. III, p. 108.
(2) Voigtel, loc. cit., 1. 1, p. 510.
(3) Recherches expérimentales sur la digestion , trad. par A. J. L. Jourdan, Paris, 1827, t. II, p, 5.
(4) Breschet, Le système lymphatique,Vatis,lSZ6, in-S, p. 214.
(5) Essai sur les vaisseaux lymphatiques.
(6; Précis d'anal, pathol., Paris. 182y, t.I, p. 500. (7) Magendie, Journal, t. H, p. 282.
104 DE LA. lŒSOUPTlON.
nourrices (1), et quand la sécrétion de lait se dérange chez ces dernières, il survient un gonflement douloureux des glandes de l'aisselle. La graisse libre que Ribes (2) a trouvée dans le sang, et non dans la lymphe , pouvait tout aussi bien provenir du chyle qu'avoir été absorbée.
3° Plusieurs observateurs (3) , notamment Mascagni , ont remarqué souvent, dans les extravasations , que les vaisseaux lymphatiques étaient pleins de sang. Magendie (4) objecte , et Andral emploie le même argument (5), que la lymphe , celle surtout du canal thoracique , a quelquefois une teinte de sang, quoiqu'il n'y ait pas d'extravasation, tandis que fréquemment elle est claire comme de l'eau , bien que cette dernière existe. Mais il n'a jamais été prétendu que le sang fût absorbé dans tous les cas , et il n'y a possibilité de confondre la lymphe rougie avec du sang absorbé que quand on ne fait point attention aux circonstances de localité. Foderà (G) appliqua une double ligature à une portion d'intestin d'un Lapin, et y fit une incision ; au bout de quelque temps, les lymphatiques du point blessé s'emplirent de sang. Laulh (7), ouvrant le corps d'un Loup qui avait été tué d'un coup de feu à la poitrine, trouva les lymphatiques de la paroi pectorale d'un rouge foncé jusqu'à leurs ganglions , au delà desquels ils étaient incolorés. Collard de Martigny (8) assure également que les lymphatiques admettent du sang lorsqu'en gênant le courant veineux d'un membre , on détermine une pléthore factice dans ce dernier. Ces vaisseaux s'emplissent quelquefois d'air dans la putréfaction, au dire de Scemmerring(9), et dans l'emphysime , selon Mascagni , qui a également observé , dans les
(1) Sœmmerring, Gefœsslehre, p. 504.
(2) Mêvi. de la Soc. mèd. d'émulation, Paris, 1817, t. VIII, p. 616.— Mémoires et observations d'anatomie, de patholoyie et de chiruryie. Paris, 4844, t. I, p. 25.
(3) Voigtel, loc. cit., t. I, p. 508.
(4) Précis élémentaire, t. II, p. 486.
(5) Journal de Mayendie, t. II, p. 280.
(6) Rech. e.vpérim. sur l'absorption et Vexhalation, Taris, 4S24, p. 69.
(7) Essai sur les vaiss. lyviphat., p. 61.
(8) Journal de Magendie, t. VIII, p. 20S.
(9) Gefœsslehre, p. 492.
DE LA RÉSORPTION. 1 o5
cas d'épanchemens d'autres liquides , la similitude parfaite entre ces derniers et le contenu des vaisseaux lymphatiques voisins.
4° Les ganglions lymphatiques se gonflent souvent dans le voisinage d'un organe vers lequel les sucs affluent d'une manière extraordinaire ou anormale , en raison de l'exaltation de l'activité vitale, par exemple sous le menton dans la dentition difficile , aux aines quand l'accroissement se fait avec rapidité (§ 555 , 1° ) , aux aisselles lorsque la sécrétion du lait commence, et au voisinage des parties atteintes de rhumatisme ou d'une autre inflammation. De même aussi, dans les cas d'ulcère, de carie , de cancer, etc. , les vaisseaux lymphatiques de la partie malade se dessinent souvent sous la forme de cordons noueux, et l'on peut présumer qu'ils reçoivent les substances sorties du mélange organique, pour les transformer en quelque sorte pendant leur trajet , et les rendre plus propres à être admises dans le sang. Du pus a également été rencontré dans les lymphatiques d'organes suppurans , par Dupuytren, Velpeau, Portai et autres (1), et dans ceux qui avoisinaient un cas de tumeur blanche au genou par Collard de Marligny (2) ; Andral (3) a observé de la matière carcinomateuse dans le canal thoracique, chez une femme atteinte de cancer à la matrice : Astley Cooper(4) et Rust (5) en ont vu dans les lymphatiques de testicules frappés de sarcome , ainsi que dans le canal thoracique. Les lymphatiques ont offert des amas calcaires dans la carie , au dire de Sœmmerring , et dans les gonflemens des os , suivant Otto ; le canal thoracique en contient , d'après Cheston (6), dans le spina venlosa. Magendie (7) objecte contre ces observations , qu'on ne s'est pas suffisamment convaincu de l'identité
(1) Journal de Matjendie, t. II, p. 9. — Andral, Précis d'afiat. palh., t. H, p. 442.
(2) Journal de Matjendie, t. VIII, p. 198. ,
(3) Précis d'anat. pathol., t. II, p. 439, 445.
(4) Isenflamm, lieitrœtjefuer die Zeryliederunijskunsl , 1. 1, J>. 52.
(5) Horn, Neues Archiv, 4815, p. 734.
(6) Sheldon, The historij of tho absorbent sijslem, p. 30.
(7) Précis élémentaire, t. II, p\ 193.
du liquide contenu dans les lymphatiques avec celui des ulcères , et que , quand bien même ce liquide eût été seulement du pus , il aurait pu être produit dans les vaisseaux euxmêmes. Cependant ces objections n'atteignent pas tous les faits indistinctement , et le gonflement visible des lymphatiques provenant d'une partie qui suppure , parle plus en laveur d'un passage en nature que de toute autre hypothèse. A la vérité , il demeure difficile de comprendre comment les globules du pus peuvent arriver dans les lymphatiques sans orifices béans; mais la même difficulté s'élève contre l'absorption par les veines , et il ne répugne pas de penser que le pus imbibe les parois sous la forme purement liquide , qu'il ne prend celle de globules qu'après avoir pénétré dans l'intérieur des vaisseaux ( § 855, VI). Nul doute que le pus ne puisse être absorbé également par les veines, quoiqu'il se forme aussi avec beaucoup de facilité dans leur intérieur même, comme l'a démontré spécialement Cruveilhier (1). Si Gendrin (2) en a trouvé dans les lymphatiques elférens du mésentère, il en a rencontré aussi dans les veines. Ribes en a vu (3) dans des veines , sans que celles-ci fussent enflammées, chez des personnes atteintes d'ulcères. Blondel (4) en a reconnu également dans les lymphatiques des parties suppurantes. Les veines ont plusieurs fois offert de la matière encéphaloïde ou carcinomateuse dans les tubercules et le cancer (5), quoiqu'il fût possible ici que la dégénérescence se fût propagée par infection à ces vaisseaux.
5° A l'ouverture des cadavres des hydropiques , on trouve en général les vaisseaux lymphatiques gorgés de liquide , probablement parce que l'atonie les a mis hors d'état de transporter plus loin la sérosité sécrétée en trop grande abondance qu'ils ont résorbée. Aussi a-t-on attribué cette ma-
(1) Anatomie pathologique, livraisons 2, 41, 43, 27, in-fol., fîg. col.
(2) Histoire anat. des inflammations, t. II, p. 95.
(3) Mém. de la Soc. mcd. d'émulation, Paris, 4817, t. VIII, p. 6CS. — Mémoires et observations d'anaiomic, de pathologie et de chirurgie, Paris, 4844, t. I, p. 47.
(4) Foder.i, Hechcrchos sur l'absorption, p. 69.
(5) Journal do Maycndie, t. VIII, p. 198.
DE LA RÉSORPTION. I07 ladie et l'œdème à la stagnation de la lymphe (1). Mais si, comme l'a observé, par exemple, Bouillaud (2), l'œdème a lieu dans le cas d'obstruction des veines d'un membre par des caillots ou par une tumeur qui les comprime , ou s'il est bien vrai qu'une gêne de la circulation hépatique entraine l'ascite à sa suite , ce ne sont point là encore des preuves que la congestion séreuse tienne à la suspension de la résorption par les veines (3) ; car elle peut,' loin de là, dépendre d'un accroissement de sécrétion, occasioné lui même par l'accumulation du sang dans les vaisseaux capillaires (4). Une ligature fortement serrée autour d'un membre détermine l'œdème; mais, en pareil cas , la compression porte également sur les lymphatiques et sur les veines. Enfin ,dans les cas où l'œdème ne survient point après l'extirpation de ganglions axillaires malades, il n'est démontré ni qu'il n'est pas resté de ganglions intacts , ni que la lymphe , trouvant ses ganglions obstrués, nes'estpoint frayé d'autres voies. Astley Cooper (5), ayant lié le canal thoracique gauche sur un Chien, trouva fortement distendus les vaisseaux lymphatiques des membres , principalement de la patte antérieure gauche , et ceux du côté gauche du cou.
D'après toutes ces considérations réunies , nous paraissons èire en droit d'admettre que , dans l'état ordinaire , la résorption est opérée par les vaisseaux lymphatiques.
§ 912. Le liquide parvenu de celte manière dans les vaisseaux lymphatiques , porte le nom de lymphe. On n'a eu , jusqu'à présent , qu'un assez petit nombre d'occasions de l'étudier avec soin. Brande (6), Magendie et Chevreul (7).
(1) Ilaller, Elem. physiol., 1. 1, p. 167. — Oudemann, De venarum fabricâ et aclione, p. 85.
(2) Journal de Magendie, t. III, p. 89.
(3) Magendie, Leçons sur les phén. physiques de la pie, 1. 1* p. 81.
(4) Oudemann, De venarum fabricâ et actione, p. 43. — Ilewsoii, Expérimental inquiries , t. Uf. p. 141.
(5) Isenflamni , Loc cit., t. I, p. 62.
(6) Meckel, Deutsches Archiv, t. II, p. 283.
(7) Magendie, Précis de physiologio, t. II, p. 171.
Gmelin et A. Muller (1), Gmelin et Tiedemann (2), ont examiné le contenu du canal thoracique chez des animaux qui étaient demeurés long-temps sans nourriture : à la vérité, il y a impossibilité de déterminer en pareil cas s'il n'est pas demeuré un peu de chyle dans le conduit , ou si les restes d'alimens contenus dans le tube digestif n'en ont point fourni une certaine quantité, qui a passé dans le système lymphatique. La lymphe provenant des vaisseaux de parties autres que l'intestin, a été examinée chez les Bœufs par Desgenetles (3), puis avec plus de soin, chez les Chevaux , par Reuss et Emmert (4) Tiedemann et Gmelin , A. Muller et Gmelin (5), Leuret et Lassaigne (6), enfin chez les Grenouilles par J. Mul - 1er (7). La lymphe humaine dont on a étudié les propriétés avait été obtenue de tumeurs lymphatiques par Fr. Nasse (8), Friedrich (9) et Krimer (10), de plaies, non cicatrisées par Sœmmerring(ll) , G. Nasse (12), J. Muller (13) , Trog (14), Marchand et Colberg (15).
1° La lymphe est très-coulante , claire , généralement incolore ou d'une teinte tirant un peu sur le jaunâtre ou le verdâtre , inodore , et d'une saveur légèrement salée. Elle est neutre suivant Brande, alcaline selon Tiedemann et Gmelin , Reuss et Emmert, Leuret et Lassaigne , H. Nasse et Trog. Sa pesanteur spécifique a été trouvée de 1022 par Magendie, de 1037 par Marchand et Colberg, de 1045 par Kri-
(1) A. Muller, Diss. expérimenta circa chylum systens. Heidelberg, 1819.
(2) Rech. surladig,,trad.par A. J. H. Jour dan. Paris, 1827, t. II, p. 92. ; (3) Schreger, Theoretische und praktische Beitrœge zur Cultur der Saugaderlehre, p. 237.
(4) Scherer, Allgemeines Journal der Chemie, t. V, p. 691.
(5) Loc. cit.
(6) Recherches sur la digestion. Paris, 1825, p. 142.
(7) Gilbert, Annalen der Physikund Chemie, CI, p. 515.
(8) Horn, Neues Archiv,i&n, t. I, p. 382.
(9) Ibid., 1819, t. I, p. 363.
(10) Versuch einer Physiologie des Bluts, p. 147.
(11) Gefœsslehre, p. 542.
(12) Zeitschrift fuer Physiologie, t. V, p. 21.
(13) Gilbert, Annalen, t. Cl, p. 513.
(ii)Diss. do lympha. Halle, 1737.
(15) Gilbert, Annalen, t. CXIX, p. 647.
DE LA RÉSOUrTloN.' lOQ
mer. Dans le cas observé par Scornmerring, elle laissai l'évaporation un résida visqueux, jaune doré, translucide, sur lequel se montrèrent plus tard quelques cristaux salins; réduite à moitié par l'action du feu, elle devint gélaliniforme. Brande a trouvé que cet extrait verdissait les couleurs bleues végétales. Suivant Sœmmerring , la lymphe ne se putréfie qu'au bout de quelques semaines.
2° Ce liquide contient, comme l'a découvert Hewson , des corpuscules sphériques, translucides , incolores ou blanchâtres , insolubles dans l'eau , qui , d'après Wagner, ont, chez les Mammifères , leur surface garnie de fines granulations , et un diamètre la plupart du temps de 0,0040 ligne. Chez l'homme , leur volume varie , au dire de G. Nasse : suivant Berres (1), ils n'ont que 0,0005 à 0,0012 ligne , et sont en partie de forme allongée ou ovalaire.
3° Hors du corps , la lymphe se coagule au bout d'environ un quart d'heure , comme l'avait déjà remarqué Diemerbroek. Elle se comporte alors comme le sang, c'est-à-dire qu'elle se sépare en deux portions , la sérosité et le caillot. Provenant de vaisseaux à l'état normal ou blessés , elle ne se coagule souvent qu'avec lenteur et d'une manière incomplète , même insensible. Le caillot apparaît tantôt sous la forme de petits flocons ou d'un tissu semblable à une toile d'araignée, tantôt sous celle d'une masse gélatineuse. Il s'élève à 0,0030 de la lymphe, selon Desgenettes; 0,0050, suivant Gmelin; 0,0066, d'après H. Nasse. La lymphe obtenue de tumeurs lymphatiques se coagulait promptement, et donnait d'après Friedrich 0,0144, suivant Krimer 0,1900 de caillot. Leurel et Lassaigne disent que sa coagulation s'opère aussi dans le vide, dans le gnz hydrogène et dans le gaz acide carbonique.
4° Le caillot consiste en fibrine (qui, d'après Desgenettes, forme, à l'état sec, 0,0008 de la lymphe), avec une portion des granulations chyleuses. Magendie lui a trouvé, chez les animaux soumis au jeûne , une couleur rougeâtre , qui devenait écarlate dans le gaz oxygène, et purpurine dans le gaz
(1) Analomie der mikroskopischen Gebildo dos menschlichcn Kœrpors , p. 72.
acide carbonique. Celui qui provenait de la lymphe des tumeurs lymphatiques rougissait à l'air , d'après Friedrich ; suivant F. Nasse , le nitrate de potasse , le chlorure de sodium et le gaz oxygène le rendaient rutilant, tandis que le gaz acide carbonique lui faisait prendre une teinte foncée.
5° Le sérum est un peu jaunâtre, et verdit les couleurs bleues végétales. Sœmmerring et Brande ont vu l'alcool et les acides ne le troubler que faiblement. Suivant H. Nasse , au contraire, ces réactifs y font naître des flocons , et le nitrate d'argent ou le sublimé corrosif y produit un précipité caséiforme. D'après Reuss et Emmert , il laisse , après avoir été desséché, 0,0375 de résidu. On y a trouvé de l'albumine et des sels , en partie aussi de l'osmazome , de la ptyaline et de la graisse , à l'état de combinaison. Les sels sont , suivant Chevreul , du chlorure de sodium et du carbonate de soude , du phosphate de chaux et de magnésie, et du carbonate calcaire ; d'après LeuretetLassaigne , de la soude, du chlorure de sodium et de potassium, et du phosphate de chaux ; selon Tiedemann et Gmelin , du carbonate , du sulfate et de l'acétate de potasse et de soude, avec des chlorures de potassium et de sodium ; le chlorure de sodium y prédomine , et Chevreul l'évalue à 0,0061 de la lymphe.
6° La proportion des principes constituans était :