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ÉLECTRICITÉ

§ 993. t. L'électricité suppose un contraste déjà existant , et se manifeste dans deux corps hétérogènes d'une matière quelconque qui se touchent; ces deux corps, en agissant mutuellement l'un sur l'autre , se comportent comme un seul dans leur activité, de manière qu'une polarité se développe dans l'un, et la polarité inverse dans l'autre. L'électricité est le type de toute action réciproque , et l'on peut, à l'aide de moyens artificiels , la mettre en évidence à tout contact de corps hétérogènes, là même où elle ne tombe point sous les sens. Tandis que le magnétisme n'agit que dans l'espace et ne produit par lui-même que du mouvement , l'électricité pénètre plus profondément, et détermine en outre des changemens de combinaison, ainsi qu'un dégagement de chaleur et de lumière. Elle représente l'acte par lequel le dynamisme pur passe à l étal de force chimique, et la force se fixe en une existence matérielle déterminée. D'après cela, elle ne peut pas manquer de se rencontrer dans l'organisme , bien qu'elle s'y présente modifiée d'une manière spéciale. Elle n'apparaît qu'à l'occasion du rapprochement, du contact ou de la pression naturelle de deux corps, dont la substance, la configuration de la surface, le degré de cohésion, la température et la couleur diffèrent, bien qu'ils aient une certaine affinité l'un avec l'autre ; elle se manifeste surtout quand les substances affinées tendent à contracter ensemble une combinaison chimi-

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que, à la réalisation de laquelle elle s'éteint. Or, ces conditions existent dans l'organisme , où partout on voit des substances diverses entrer en contact les unes avec les autres , Je liquide et le solide alterner ensemble, et différentes parties élémentaires se mêler ou s'entremêler de mille façons. Plus un tissu renferme d'élémens divers, et plus sa vitalité est énergique. Aussi l'organisme présente-t-il des phénomènes analogues aux effets de l'électricité , propagation du mode d'activité , mouvement, changement de composition, dégagement de chaleur et de lumière. L'image de l'électricité se réalise donc dans le conflit organique, et par exemple nous avons expliqué la génération sexuelle (§ 325, 2°) , ainsi que la circulation , par des organes situés en dehors d'elles (§ 775, 1°) ; mais l'opinion que la modalité de la vie en général consiste en une opération électrique galvanique, a été exprimée surtout, d'après Ritter et Reinhold, par Autenrieth (1), Prochaska (2) et Hartmann (3).

II. Si l'on s'en tient aux phénomènes d'électricité qu'il est réellement possible de démontrer, nous voyons qu'ils sont plus prononcés que partout ailleurs dans l'opposition existante entre les nerfs et les muscles. Cependant, comme ceci rentre dans le domaine de la vie animale, nous le laisserons de côté, et nous nous bornerons à ce qui concerne la plasticité.

1° Suivant Pouillet, l'accroissement des jeunes plantes, pendant lequel il se forme de l'acide carbonique , est accompagné d'un dégagement d'électricité, positive dans le gaz, et négative dans le vase qui renferme le végétal.

2° Pfaff (4) a presque toujours trouvé , dans le corps humain , de l'électricité libre , qui est positive en général , et qui surpasse rarement en intensité celle que produit avec le zinc du cuivre mis en communication avec le sol. Elle s'est montrée plus forte chez les personnes vives, pendant la soirée,

(1) Handhuch d«r empirischen Physiologie, t. I, p. 71.

(2) Physiologie des Menschen, p. 26. — Disquisitio anatomico-physiologica organismi corporis humani ejusque processus vitalis. Vienne, 4 812 , p. 22-85.

(3) Medicinische Jahrbuecher, t. III, 2e cah.. p. 57.

(4) Meckel, Veutsches Archiv, t. III, p. 162.

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êt après l'usage de boissons spiritueuses. Ordinairement on ne réussit à la reconnaître qu'avec le secours de l'électromètre : mais elle devient quelquefois si intense , qu'elle se manifeste par des crépitations et des étincelles , quand le sujet dépouille ses Yêlemens ou passe un peigne dans ses cheveux. Ce phénomène a lieu principalement par un temps serein, sec et froid ; mais il ne se produit pas à la même époque chez des individus divers , de sorte qu'il dépend de l'état individuel de la vie. On voit aussi parfois des étincelles jaillir quand on frotte à rebrousse-poil des Chiens, des Chats, des Chevaux, etc., tandis que la peau de ces animaux, détachée de leur corps, ne donne lieu aux mêmes effets qu'après un frottement plus fort et plus long-temps continué. Enfin, il y a des cas de combustion spontanée dans lesquels des hommes ont été , pendant leur sommeil , convertis en cendres et en charbons gras, sans qu'on pùt découvrir aucune trace de feu capable d'avoir allumé l'incendie (1) ; on présume que le corps, amené à un degré insolite de combustibilité , par l'usage surtout des boissons spiritueuses , s'est enflammé sous l'influence d'un feu électrique développé dans son propre intérieur ; et ce qui donne quelque fondement à cette conjecture, c'est qu'on connaît plusieurs exemples d'hommes qui, loin de tout corps en ignition , ont ressenti subitement une commotion électrique , et remarqué en même temps sur les vêtemens une flamme difficile à éteindre.

3° Le sang est porteur d'une électricité qu'on assure ne pas être la même dans le sang veineux ( § 751, 3° ) et chez les personnes malades ( § 753 ) , que dans le sang artériel et chez les sujets bien portans. Suivant Dutrochet (2), le noyau de chaque globule du sang possède l'électricité négative, et l'enveloppe l'électricité positive. Gusserow (3) fait remarquer que la matière colorante du sang et la fibrine appartiennent bien à

(1) A. Devergie, Dict. de méd. et de chir. prat., art. Combustion spontanée, t, "V,p. 367. — Ann, d'hyyiène publique et de médecine Uyale , t. XX, p. 5 et 240.

(2) Mèm. pour servir à l'hist. anat. etpliys. des vèyèt. et des animaux, Paris, 1837, t. I.

(3) Die Chemie des Oryanistnus. Berlin, 1832, p. 207.

la classe des corps neutres, mais que la première se comporte plus électro-positivement que l'autre, et quelles produisent ensemble de l'électricité , parce qu'elles ont trop d'affinité l'une pour l'autre pour pouvoir se trouver rapprochées sans contracter une combinaison chimique. Il est plus vraisemblable que de l'électricité se dégage par l'effet de l'antagonisme existant entre les globules du sang et le plasma ou plutôt la substance organique environnanle. Hornbeck (1) a vu, comme Dutrophet (2), que quand il exposait du sang à l'action d'une pile voltaïque, les globules rouges étaient repoussés parle pôle positif et attirés par le pôle négatif , que l'inverse avait lieu pour la fibrine et les globules incolores , et que le sérum tenait le milieu sous ce rapport. Comme une commotion modérée accroît l'action galvanique entre les muscles et les nerfs (3) , il serait possible que l'impulsion du cœur eût le même effet, tandis que , d'après les conjectures de Berres (4) , le sang peut développer de l'électricité lorsqu'il est en contact avec les parois des vaisseaux capillaires.

4° L'endosmose est sous l'influence de l'électricité (§ 833). Elle en dépend, suivant Becquerel (5), parce que, quand deux, liquides hétérogènes , séparés par une membrane animale , agissent l'un sur l'autre , il se dégage de l'électricité , après quoi a lieu la pénétration accompagnée d'un changement de composition. D'après cela , l'électricité jouerait aussi un rôle dans la nutrition et la sécrétion. Ainsi , Edwards (6) considère les réactions acides et alcalines comme des effets d'une décomposition galvanique du sang ; Eberle (7) attribue la formation de l'acide du suc gastrique à la polarité galvanique de l'osmazome et de l'albumine du sang, qui, par leur action réciproque, décomposent le sel neutre et mettent l'acide en liberté.

(1) Diss. de sanguine. Copenhague, 1832, p. 33-41.

(2) Mèm. pour servir à l'histoire anatomiqne et physiologique des animaux et des végétaux. Paris, dS37, t. I.

(3) Hiimboldt. Ueberdiu gereizte Mushel-und Nervenfaser, \. I, p. 493.

(4) Medlcinische J 'ahrbueçher , t. XV, p. 254.

(5) Annales de chimie, t. LU, p. 244. — Traité expér. d'électricité et de magnétisme. Paris, 4834, t. II.

(6) De l'influence des ayons physiques sur la vie, p. 575. 7) Physiologie der Perdauung, p. 141.

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6° Berthold et Weber ont prouvé que l'opposition électrique que Donné disait avoir observée entre la peau et la membrane muqueuse , tient uniquement à l'inégalité de température. Pouillet (1) a trouvé que quand une aiguille d'acier, enfoncée de six lignes dans le bras , était mise en rapport avec un fil de fer tenu dans la bouche et un multiplicateur, l'aiguille aimantée oscillait , mais que ce phénomène n'avait point lieu lorsque l'aiguille et le fil étaient de platine , d'or ou d'argent, que par conséquent l'apparition de l'électricité se rapportait uniquement à l'oxydation du fer. Persoz (2) n'a pas pu non plus découvrir d'électricité dans le corps humain à l'aide du multiplicateur. Cependant ces expériences négatives ne paraissent point être décisives. Gusserow (3) fait remarquer que la grande facilité avec laquelle la substance animale se décompose, dépend de la faiblesse des affinités chimiques qui en retiennent lesélémens combinés, et que par conséquent l'électricité ne peut pas avoir beaucoup d'intensité dans l'organisme animal, puisqu'à l'état de liberté elle dépasserait déjà le degré nécessaire à l'action électro-chimique.

6° Chez certains animaux, l'excitation d'une électricité libre est un résultat de l'organisation même , et tellement forte que l'action au dehors de cette électricité leur sert d'arme offensive et défensive. Elle n'a lieu- que par une multiplication de l'enchaînement des parties dissimilaires qu'on observe dans tous les organismes animaux qui n'occupent pas les derniers échelons de la série. Plusieurs Poissons , comme les Torpilles, l'Anguille de Surinam , une espèce de Silure et une espèce de Tétrodon, ont à cet effet des organes spéciaux, consistant en des prismes tendineux à cloisons transversales, avec de nombreux vaisseaux sanguins et nerfs qui proviennent de la cinquième ou de la dixième paire cérébrale, ou des nerfs lachidiens, ou du grand sympathique, et un liquide albumineux gras contenu dans les cellules ; de sorte qu'on ne peut méconnaître l'analogie qui existe entre cet appareil et la pile voltaïque. Le sang ne prend aucune part directe au phéno-

(1) Journal de physiol. par Magendie, t. V, p. 4-12.

(3) Loe. cit., p. >[96.

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mène, car l'effet électrique ne diminue pas quand on empêche le sang d'arriver à l'organe , et il persiste même pendant quelque temps encore après qu'on a enlevé le cœur ; mais il cesse dès qu'on coupe les nerfs, ou les lobes postérieurs du cerveau, ou la tête , et les décharges sont subordonnées à la volonté de l'animal. Cependant on en observe aussi quand on irrite les nerfs coupés, et même lorsque, quelque temps après la mort, on fait agir de l'électricité artificielle sur le cerveau communiquant encore avec l'organe électrique par le moyen des nerfs. Quoique la nature réellement électrique des effets de cet organe soit démontrée par la propriété qu'il a de déterminer des secousses dans d'autres corps animaux sans éprouver luimême aucun mouvement , et par. la nature des substances qui lui servent de conducteurs ou d'isolateurs, cependant l'électricité y est modifiée d'une manière spéciale. Suivant Humboldt (1), la sensation qu'elle fait éprouver diffère de celle qu'excite l'électricité artificielle; l'organe donne rarement des étincelles crépitantes, auxquelles on devrait pourtant s'attendre d'après la force de ses commotions ; il n'exerce non plus ni attractions ni répulsions, comme d'autres corps électriques, et n'agit point sur l'électromètre. D'après cela, on ne doit pas regarder comme d'un bien grand poids les expériences dans lesquelles le corps humain n'a montré aucun des caractères qui signalent ordinairement, l'électricité.

III. En admettant que la modalité du conflit organique est électrique , nous sommes fort éloigné de regarder l'électricité comme la cause de la vie. Elle suppose déjà une différence et une pluralité de tissus , qui sont un produit de cette dernière. Elle donne les actions considérées une à une , mais il faut une autre force pour lier ces actions ensemble de manière à en faire sortir l'unité des fonctions de la vie générale. Si , après l'extinction de la vie générale , un reste de vie partielle se maintient dans le cadavre , ce reste montre encore des phénomènes électriques ; une fois les nerfs et les muscles morts , l'électrisation ne provoque plus aucun mouvement en eux , et il n'y a point de décharge électrique qui

(4) Reise in die Mquatorialgeyenden^ t. lit, p, 299-322.

CHALEUR. 617 soit en état de ranimer un cadavre. L'électricité n'est donc point le principe de la vie ; c'est seulement une forme sous laquelle ce principe se manifeste , une forme d'activité , que l'organisme possède en commun avec les corps inorganiques , mais à laquelle néanmoins il imprime une modification particulière.

a. Chaleur en elle-même.

au. Phénomènes de la chaleur.

§ 994. Les anciens regardaient la chaleur de l'organisme comme le principe vital ; mais ce n'est qu'une force générale de la nature qui se développe d'une manière particulière et avec des modifications spéciales, par l'exercice de la vie et dans l'intérêt de cette dernière.

I. Partout la vie a besoin d'un certain degré de température extérieure : elle s'éteint par une chaleur trop vive, de même que par un froid trop intense. Ce besoin varie beaucoup chez les divers êtres organisés , dont il y a quelques-uns qui ne peuvent vivre qu'à une température très-élevée , tandis que d'autres n'en supportent qu'une basse. Mais leur température propre n'est point déterminée d'une manière absolue par leur entourage; elle en est indépendante jusqu'à un certain point , et ordinairement elle est plus élevée que celle du milieu extérieur.

En effet , nulle part sur la terre la chaleur n est assez forte pour qu'aucun organisme n'y puisse subsister , au lieu que, vers les pôles, elle diminue au point de rendre toute vie impossible. De même , généralement parlant , la vie organique est plus active et plus variée dans les contrées et les saisons chaudes que dans les froides. C'est dans ce rapport que s'exprime le caractère de la vie. D'abord , elle dépend jusqu'à un certain point du monde extérieur : elle a besoin d'un entourage approprié , comme aussi du pouvoir de résister aux circonstances défavorables, tant qu'elles n'ont pas par trop d'empire, et de se maintenir dans une certaine indépendance à leur égard. En second lieu, une température la plupart du

temps supérieure à celle du milieu extérieur, correspond aux diverses opérations de la vie ; condition de leur accomplis sèment , elle est , à son tour, produite et entretenue par elles , et constitue par conséquent un membre organique de la vie.

1° La chaleur dilate, ramollit, fluidifie, volatilise; elle donne aux humeurs leur fluidité, rend possible leur pénétration dans les parties solides , leur séparation , leur évaporaiion , leur changement de composition , et procure au sang l'expansion qui lui est nécessaire , aux parties molles la flexibilité et l'extensibilité dont elles ont besoin. En accroissant l'expansion , elle établit un rapport plus intime , un conflit plus vivant entre les diflerens membres de l'organisme, dont elle fait sortir chacun de son isolement, et dont elle reporte l'activité au dehors. De cette manière , elle fonde non seulement l'activité des forces chimiques et l'action réciproque des différentes substances, mais encore les phénomènes dynamiques de la vie animale , le sentiment et le mouvement ; car son influence ayant pour résultat que chaque membre tend à sortir de ses limites et à entrer en jeu dans d'autres , il résulte de là que tous se rapprochent et s'entrelacent au point de donner lieu à une réaction plus vive.

2° Comme l'organisme est un corps qui se détermine luimême , la vie produit elle-même la chaleur propre qui est la condition de sa manifestation , et elle la produit, en partie par la nature de ses tissus , en partie par le mode de son activité plastique. Quant au premier point , les tissus organiques sont généralement mauvais conducteurs du calorique , c'est-àdire peu propres à propager des variations de température ayant leur cause déterminante à l'extérieur. En effet, tandis qu'un corps dense résiste davantage à l'action dilatante de la chaleur, et la conduit aussi avec plus de force, un lissu mou, semblable à la plupart de ceux qui constituent la substance animale , cède davantage à l'influence de la chaleur , et l'absorbe en quelque sorte , de manière qu'il a moins de pouvoir pour la^ propager. Ainsi la vie elle-même crée une épaisse fourrure pour se garantir des rigueurs de l'hiver qui approche ( § 617 ). Mais, après la morç , le corps se met, bien que

lentement, en équilibre avec la température ambiante. La, chaleur est donc produite par l'exercice de la vie, et elle esç en raison directe de l'énergie de celte dernière. L'œuf susceptible de se développer hors du corps maternel, résiste bien, jusqu'à un certain point, par sa vitalité , à l'influence de la température extérieure ( § 330 ); mais, à son début, la vie n'est pas encore assez forte pour développer de la chaleur , et comme elle en a cependant besoin pour sortir de son sommeil et entrer en exercice , les rapports naturels sont disposés de telle sorte que de la chaleur extérieure est communiquée , tant à l'œuf et à l'embryon ( § 358 , I ) qu'au nouve) individu dégagé de ses enveloppes ( § 517 , II ). La chaleur du dehors est également une condition de la procréation , et la favorise ( §§ 243 , 1° ; 245 , 2° ; 29G , 1° ).

II. La production de chaleur ne manque à aucun des degrés de l'échelle organique.

1° Elle est rarement percpptible chez les végétaux. La différence de température entre ces derniers et l'air , dépend surtout et du peu de pouvoir conducteur de la substance végétale, et de l'immersion des racines dans le soi , dont la température varie moins que celle de l'air. La température de l'intérieur d'un tronc d'arbre est plus élevée que celle de l'atmosphère en été, et plus basse en hiver : la différence est ordinairement d'un degré environ, mais elle va quelquefois bien au-delà : ainsi, d'après Salomé , elle ne variait qu'entre neuf et dix-neuf degrés, tandis que les variations de celle de l'air se trouvaient comprises entre deux et vingt-six degrés ; Schubler (l)l'a trouvée de — 1,75 par un froid de treize degrés audessous de zéro , et de seize à dix-neuf degrés par une chaleur de vingt-quatre degrés. Elle est plus élevée le matin , plus basse à midi et le soir, que celle de l'air , et comme cette différence a lieu aussi en hiver , elle ne saurait dépendre de la transpiration des feuilles (2). MaisSchubler (3) ayant trouvé

(1) Untersuchungen ueber die Temperaturverœnderungen der Vegetalilien, p. 9.

(2) Ha\deT,Beobachtunyen ueber die Temperatur dcr Pcgelabilien,^. 5.

(3) Loc. cit., p. 6, 8, 13.

la différence entre la température végétale et celle de l'atmosphère d'autant plus considérable que l'arbre était plus gros, qu'on y plongeait le thermomètre plus près de terre, et que la température extérieure avait varié avec plus de rapidité, il considère la chaleur des végétaux comme l'unique résultat d'une faculté conductrice du calorique très-peu développée et des connexions avec le sol ; cependant il fait remarquer que les troncs morts diffèrent à cet égard des troncs vivans, bien que d'une quantité fort peu considérable. Vrolik (1) a trouvé la température plus basse dans l'intérieur d'une feuille de plante grasse qu'à l'air extérieur , et il a vu des feuilles qui résistaient au froid de l'hiver se geler promptement lorsqu'elles avaient été écrasées. La différence de température que Hermbstedt avait observée dans les navets, les carottes, etc., tient uniquement , selon Gœppert (2) , au peu de conducibilité de la substance végétale. Mais une élévation de température de deux à vingt degrés R. a été fréquemment observée dans les fleurs, non seulement de plusieurs espèces d'Arum^ 247,6°), mais encore de diverses autres plantes, telles quele Colocasiaodora,\e Bignoniaradicans, etc. Gœppert (3) a découvert aussi que, pendant la germination des graines et des tubercules, il se développe une chaleur qui dépasse quelquefois la température extérieure d'environ quinze degrés R., que ce phénomène a lieu aussi dans des plantes où il s'est déjà développé du sucre et dont la végétation a été quelque temps interrompue, qu'on ne l'observe point quand les graines ont été contuses ou traitées par l'alcool , et qu'en conséquence la chaleur n'est pas produite ici par une opération purement chimique. Enfin il s'est convaincu aussi que de la chaleur se dégage pendant toute la durée de l'accroissement; car le thermomètre, placé auprès de plusieurs petites plantes très-serrées les unes conire les autres, s'y élevait d'un à deux degrés

(1) Comparez Reil , Arclriv , t. III, p. 394. — Raspail, Nouv. système de physiol. végétale. Paris, 1837, t. II, p. 355.

(2) Ucber die JVœrmeent wiekelung in den Pflanzen. Breslau , 1830, p. 464.

(3) Ueber ïFœrmeentwickelung in der lebenden Pflanz$. Vienne,

R. au-dessus de la température atmosphérique. Dulrochet(l) a également démontré, à l'aide de la thermo-électricité , qu'il se produit de la chaleur chez les végétaux.

2* La chaleur a été refusée aux animaux sans vertèbres , ainsi qu'aux Poissons et aux Reptiles, par Treviranus entre autres (2). Si Péron a trouvé une température supérieure de trois degrés à celle de la surface de la mer, dans des amas de Polyyes retirés des profondeurs de l'Océan, on pourrait penser que cette chaleur avait été communiquée par le fond de la mer. Mais Spallanzani a reconnu que si un seul Limaçon n'influait pas sur le thermomètre , plusieurs réunis le faisaient monter d'un tiers de degré à un demi-degré. Suivant Hunter (3) , il s'éleva de 2,25 degrés F. au milieu de quatre Limaçons , d'uu degré au milieu de plusieurs Sangsues, et de deux degrés au milieu de plusieurs Lombrics. Pfeifler a trouvé la température de la Moule des étangs supérieure de 0,25 degrés R. à celle de l'eau, et Rudolphi (4) celle de l'intérieur du corps d'une Écrevisse plus élevée d'environ six degrés que celle de l'air. Huber, Juch, Rengger, Nobili, Melloni , J. Davy, Newport et Berthold ont démontré qu'il se produit de la chaleur chez les Insectes. Au dire de Berthold (5), la température de cinquante Scarabées était de 0,25 à 0,75, celle de soixante chenilles de 0,5 à 1,5, celle de trente Bourdons de un à deux degrés, celle d'une ruche de sept degrés R. supérieure à celle de l'atmosphère.

3° On avait depuis long-temps déjà observé (6) , et les modernes ont constaté de nouveau, que les animaux vertébrés à sang froid ne sont pas totalement dépourvus de chaleur propre. Hunter a remarqué que l'eau qui entoure immédiatement un Poisson gèle plus tard, et que la température est plus élevée

(1) Comptes-rendus des séances de V Acad. des se, t. VIII, p. 908. — Mém, anat. et phys. sur les végétaux et les animaux, t. I.

(2) Biologie, t. V, p. 19. — Vie Erschainungen des Lebens,t. I, p. 416.

(3) Observations on certain parts of the animal œoonomy , p. 105.

(4) Grundriss der Physiologie, t. 1, p. 173.

(5) Neue Fersuche ueber die Temperatur der kaltbluetigen Thierg, Gœttingen, 1835, p. 35.}

(6) Haller, Elem.physiol., t. II, p. 28.

d'environ 3,5 degrés F. dansl'eslomac d'une Carpe qu'elle ne i'est dans l'eau. Despretz (1) évalue ladiiïérence à 0.78C. pour les Tanches et 0,86 pour les Carpes. J. Davy (2) a observé que la température était supérieure à celle de l'eau de 0,2 chez un Poisson volant, de 4,1 chez une Truite, de 1,3 entre les muscles de la queue d'un Squale, etde dix degrés dans la chair d'une Bonite. Suivant Becquerel et Breschet (3), une Carpe avait un demi-degré centigrade de chaleur de plus que l'eau. La môme chose a lieu chez les Reptiles. La température de l'air était inférieure de quatre degrés à celle de l'estomac d'une Grenouille, etde dix à celle d'une Vipère, d'après Humerai). Edwards dit qu'à quinze degrés centigrades, la température des Grenouilles est plus élevée d'un degré et demi à deux degrés (5j. J. Davy a trouvé la chaleur des Lézards supérieure de 1 2 C, celle des Tortues de 0,9 3,9 , celle des Serpens de 4,1-3,9, à la chaleur du dehors. Berthold (6) a fait des observations analogues ; cependant il a remarqué qu'on peut aisément être induit en erreur, les Reptiles ne prenant la température du milieu extérieur qu'avec une lenteur extrême , et parfois seulemeut au bout de plusieurs heures.

4° La chaleur propre des Oiseaux est de trente à trentecinq degrés R. ; c'est chez les Palmipèdes qu'on trouve la plus faible proportionnellement, et chez les Passereaux qu'elle est le plus élevée. Elle est de vingt-huit à trente-deux degrés R chez les Mammifères, et chez l'homme, terme moyen, de vingt-neuf à vingt-neuf et demi.

§ 995. Il se développe donc de la chaleur partout où la vie existe. Mais comme nous ne pouvons pas partager l'opinion des anciens, qui la croyaient identique avec le principe de la vie , de même nous ne saurions nous contenter d'une explication générale qui se borne à dire qu'elle est engen-

(1) Annales de chimie, t. XXVI, p. 338.

(2) 1/6., t. XXXIII, p. 194.

(3) Archives générales, 2e série, t. VIII, p. 255.

(4) Loc. cit., p. 30.

(5) Loc. cit., p. 193.

(6) Loc. cit., p. 40.

CtaALfcUR. 623 tirée par la force vitale. En efl'et, quoique sot) essence entre dans l'idée de la vie , celle-ci ne peut cependant la produire que par l'intervention des forces générales de l'univers.

I. La chaleur, considérée d'une manière générale , est une force expansive dégagée de tout conflit avec la force conlractive. En etl'et , elle est produite par toutes les circonstances dans lesquelles il y a contraction ;

1° Mécaniquement , par la pression , le frottement , le choc, la percussion ;

2° Chimiquement , par tout conflit de substances hétérogènes affiues , qui fait disparaître la différence existante entre ces substances , épuise leur force chimique et opère une condensation ;

3° Dynamiquement , par l'action coërcitive de la terre sur la lumière solaire , et par les conflits des électricités positive et négative qui rencontrent des obstacles à leur neutralisation réciproque.

Pour déterminer quelle est la manière dont la chaleur se développe dans la vie , il faut avoir égard aux différens rapports de cette dernière, en tant qu'ils influent sur le degré de chaleur, et d'abord à ceux de localité.

II. Comme le corps organisé est, à de rares exceptions près , plus chaud que les corps qui l'entourent , il doit les échaulfer, et perdre lui-même de la chaleur dans les points par lesquels il est mis en contact avec eux. Il doit donc avoir une température plus élevée dans son intérieur qu'à sa surface , de manière que la chaleur engendrée par lui s'écoule continuellement du dedans au dehors.

III. Par conséquent , la température est plus élevée dans les espaces intérieurs.

1° Le sang de l'homme a une chaleur de trente à trente-un degrés R. ; celui qui coule d'un vaisseau cutané est moins chaud de quelques degrés.

2° Becquerel et Breschet ont trouvé la température des muscles du bras de 29,33 degrés R. , et , terme moyen , plus élevée de 1 à 1,7 degré que celle du tissu cellulaire souscutané , qui est plus rapproché de la surface du corps , et qui reçoit moins de sang.

6a4 t>E LA DYNAMIQUE.

3" La chaleur est plus élevée dans l'intérieur des cavités revêtues de membranes muqueuses qu'à leur entrée. Hunter (1) introduisit un thermomètre dans l'urètre , et trouva qu'il marquait 26,6 degrés à un pouce de profondeur, 27,1 à deux pouces , 27,5 à quatre pouces , et 28,8 R. au bulbe. Dans le rectum, la température est la plupart du temps de vingt-neuf degrés et demi ; elle est telle aussi dans la bouche, au dessous de la langue, tandis qu'au dessus de cet organe , elle est moins élevée , à cause de l'air inspiré. Les expériences de Beaumont ont constaté qu'elle est de 30,2 degrés dans l'estomac.

4° La température de l'haleine est, suivant Martin, de vingtsix à vingt- sept degrés, celle de l'urine et du lait, à leur sortie du corps , de 28,6 degrés R. , en général.

5° Elle est plus élevée dans le pli des articulations que de l'autre côté ; on l'a trouvée de vingt-deux degrés à l'aisselle, et de vingt-huit au jarret.

IV. Une partie rapprochée du milieu de la longueur du corps , et dont la masse est considérable en proportion de la surface qu'elle présente, est plus chaude qu'une autre partie moins épaisse et plus rapprochée des extrémités.

1° D'après les observations que Martin a faites durant toute une année, la température de la surface extérieure était, au bas- ventre de vingt-huit à trente degrés R. , à la poitrine de 26,4 à 29,6 , à la main de 23,2 à 29,6 , au pied de seize à vingt-sept. J. Davy (2) a trouvé au dessus de l'ombilic ving-huit degrés , à la poitrine 27,1 à 27,5 , à la cuisse 27,5 , à la jambe 26,2 à 27,1 , au milieu de la plante du pied 25,7.

2° C'est dans les organes qui touchent immédiatement au diaphragme que la température est le plus élevée. Ainsi , d'après Hunier (3) > elle était, chez un Chien , de 30,4 dans le rectum, de 30,5 dans la substance du foie, de 30,6 dans l'estomac et le ventricule droit; chez un Muscardin engourdi(4),

(4) Observations on certain partslof the animal œconomij, p. 95.

(2) JVIeckel, Deulsches Archiv, t. II, p. 313.

(3) Loc. cit., p. 102.

[ï)mLoc, citn p. 98.

CIIALEUR* 6a5 de dix-neuf degrés au milieu de la cavité abdominale vingtun au-dessous du diaphragme , et vingt-deux au foie. J. Davy (1) l'a trouvée, chez un Agneau tué depuis un quart d'heure , de trente-deux degrés dans le milieu du cerveau , 32,2 dans le rectum, 3*2,4 à la face inférieure du foie et dans le ventricule droit, 33 dans la substance du foie et du poumon, 33,3 dans le ventricule gauche. On conçoit d'après cela, comment l'homme que Currie (2) exposa tout nu au froid se plaignit principalement de sensations désagréable» au creux de l'estomac , et pourquoi l'application d'une vessie pleine d'eau chaude sur cette région fut ce qui lu procura le plus de soulagement.

3° Une différence analogue a lieu entre les vaisseaux sanguins , suivant qu'ils sont plus ou moins rapprochés du cœur. Becquerel et Breschet ont trouvé la carotide plus chaude de 0,15 degrés que l'artère crurale, et la veine jugulaire externe de 0,30 que la veine crurale.

hb. Causes de la chaleur.

§. 996. On pourrait présumer d'après cela que la chaleur a sa source proprement dite dans les organes qui touchent immédiatement au diaphragme , et qu'elle ne fait que se communiquer de là aux autres parties du corps. En effet, on a cru trouver celte source tantôt dans l'estomac , tantôt dans le cœur ou les poumons.

I. Hunter regardait comme une chose très probable que l'estomac est le centre de la chaleur animale. Rigby, avant lui , avait fait provenir cette dernière de la digestion, qui ne lui semblait être qu'un travail de fermentation. Plus tard , Hermbstaedt l'attribua à la décomposition de l'eau dans l'estomac , et au passage de l'oxygène de la forme liquide à la forme solide.

1° On allègue encore , à l'appui de cette hypothèse , que la

(1> Loc. cit., p. 314.

(2) Philos. Trans., 1792, p. 2JS.

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