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IX. 4o

sensation de chaleur part de la Ti glon épigastrique , que la chaleur diminue quand la digestion s'accomplit mal , ou après l'usage des purgatifs, que les alimens et les boissons de nature stimulante l'accroissent, que manger réchauffe le corps et le met à l'abri de la congélation , qu'une nourriture trop abondante , surtout animale, échauffe trop et prédispose aux inflammations, et que la peau , comme organe expansif de la chaleur, fait antagonisme, sous ce rapport, à l'estomac, dont, au contraire, les connexions sympathiques avec l'encéphale sont cause que les émotions morales accroissent la chaleur du corps.

2° Plusieurs de ces argumens sont trop insignifians pour mériter qu'on s'y arrête ; mais, à part même leur faiblesse , on doit rejeter l'explication, parce que l'énergie de la digestion n'est point en raison directe de la chaleur animale. Les animaux à sang froid sont placés bien plus bas au dessous des animaux à sang chaud sous le rapport de leur chaleur propre que sous celui de leur faculté digestive. Newport (1) nous apprend que la températured'une Chenille qui consomme, en vingt-quatre heures, trois fois son propre poids d'alimens, est de 0,9 a 1,5 degré F., tandis que celle du Papillon , dont la digestion se réduit presqu'à rien , monte jusqu'à cinq ou dix degrés. Beaumont (2) a trouvé , en introduisant un thermomètre dans la fistule gastrique , que la température de l'estomac ne s'élevait pas pendant la digestion. Par conséquent si, comme l'a observé Martin, la température de l'homme à jeun est inférieure à celle de l'homme qui a mangé, qui surtout a pris des alimens confoi tans et stimulans , cet effet ne tient point à l'aciion de l'estomac , mais à l'état général de l'excitement. Au reste, il est ordinaire qu'on éprouve des frissons au début de la digestion , et si de la chaleur se fait sentir alors, c'est toujours un phénomène de maladie. Les observations faites par J. Davy (3), sur des peuples divers, ont eu pour résultat que la température de l'homme demeure

(1) Froriep, Neve Notizen, t. IV, p. 229.

(2) Neue Vtrsuche ueber den Magensaft, p. 45, 91.

(3) Annulés de chimie, t. XXXIII, p. 181»

la même, qu'il vive de viande, ou de végétaux, ou d'alimens mixtes.

II. La chaleur s'engendrerait dans le cœur, suivant Platon, par le bouillonnement du sang ; d'après Sylvius, par la fermentation résultant du mélange du sang de la veine cave supérieure, rendu acide par la lymphe allluente, avec celui de la veine cave inférieure, auquel des matériaux, provenant de la bile ont procuré le caractère alcalin ; selon Willis, parla combinaison du soufre contenu dans les alimens avec le sel provenant du ferment de l'estomac. Il y a long-temps déjà qu'on a démontré que toutes ces hypothèses n'ont aucun fondement. L'expérience a appris que le cœur ne peut point être considéré comme le foyer de la production de la chaleur, puisque, d'après les observations de J. Davy (1), la température du ventricule droit n'est que de 32,8 degrés R. , tandis que celle du parenchyme hépatique et pulmonaire s'élève à 33 : ces mêmes expériences ayant fait voir que la température du ventricule gauche et du sang de la carotide est de 33,3 degrés, elles établissent que c'est au sang artériel qu'on doit rapporter la cause de la chaleur.

III. Ceci nous conduit à l'hypothèse suivant laquelle la chaleur est produite dans les poumons. Haller, entre autres, fut conduit à celte théorie (2) par la considération de deux faits, savoir que le sang échauffe l'air dans la respiration , et que le sang artériel n'est pas plus froid que le sang veineux.

1° Stahl attribuait le phénomène à la condensation du sang. Crawford , insistant sur l'analogie , déjà entrevue jadis et reproduite par Priestley, entre la combustion et la respiration , soutint que celte dernière fonction est la source de la chaleur animale. Lavoisier, dont les recherches firent mieux connaître les phénomènes chimiques de la respiration et de la combustion, s'occupa aussi des causes auxquelles la chaleur doit être rapportée. Jl la" fit d'abord provenir uniquement de ce que

(4) Meckel, Deuschcs Archiv, t. IT, p, 314. Cl) Elem, phjsiol'., t. III, p. 346.

62S Dîî LA DYNAMIQUE,

l'oxygène , qui s'unit au carbone du sang pendantla respiration , laisse dégager , en perdant sa forme de gaz, la chaleur par laquelle il était constitué à l'état de fluide aériforme. Mais plus tard, après avoir calculé avec Laplace la quantité de l'acide carbonique produit par la respiration, recherché combien il se fond de glace pendant la formation d'une certaine quantité de cet acide , et comparé le résultat tant avec le degré de la chaleur animale qu'avec son pouvoir dissolvant de la glace, il trouva que la formation de l'acide carbonique dans la respiration ne suffirait pas pour donner naissance au degré existant de chaleur ; en conséquence il admit que le surplus de cette dernière vient de la combustion de l'hydrogène. Despretz (1) a fait des recherches plus exactes encore sur le degré de chaleur qui se développe pendant la combustion d'une quantité donnée de carbone et d'hydrogène, ainsi que sur celle de l'acide carbonique et de l'eau qui sont expirés ; le résultat de plus de deux cents expériences a été que si de l'acide carbonique et de l'eau se produisent par combustion dans la respiration , il ne peut provenir de celte source que 0,7 à 0,9 de la chaleur réelle du corps animal, dont il reste par conséquent 0,1 à 0,3 qui doivent prendre naissance ailleurs que dans les poumons. Des recherches analogues de Dulong (2) avaient établi que la formation de l'acide carbonique dans la respiration produit 0,49 à 0,55 de la chaleur des animaux carnivores, et 0,65 à 0,75 de celle des herbivores, et que bien qu'il s'y joigne aussi une formation d'eau , la respiration n'engendre cependant, au total , que 0,69 à 0,S0 de la chaleur animale.

2° Mais toute cette théorie s'écroule devant la preuve péremptoire qu'il ne se produit pas d'acide carbonique ni d'eau dans les poumons , et que ces substances y sont seulement dégagées du sang veineux qui les contenait (§ S75 10°; 974 4<> — io°). On ne remarque non plus aucun dégagement de chaleur quand du sang veineux , exposé au contact de l'air

I (1) Annales de chimie, t. XXVI, p. 338. (2) Jourml de Mngendie, t. III, p. 50.

atmosphérique , exhale du gaz acide carbonique et absorbe du gaz oxygène.

3° Brodie (1) décapita des animaux , après leur avoir lié les vaisseaux du cou , ou leur coupa la moelle épinière , ou enfin leur inocula, soildu woorara,soitde l'acide cyanhydrique, et trouva que la respiration artificielle , bien qu'elle fît continuer la circulation , n'entretenait pas la chaleur animale , qu'au contraire celle-ci baissait plus rapidement encore que chez d'autres animaux récemment mis à mort , mais dans les poumons desquels on n'insufflait pas d'air. Cependant Haie (2) a bien remarqué qu'un animal soumis à la respiration artificielle d'un air très-froid , après avoir été mis à mort par la section de la moelle épinière, se refroidissait plus vite qu'un autre abandonné à lui-même après sa mort; mais il a rencontré aussi des cas où, dans l'espace d'une heure, la chaleur diminue de dix degrés F. seulement, sous l'influence de la respiration artificielle, et de quatorze degrés et demi sans cette influence. Gamage (3) Emmert (4), Westrumb (5) et Williams ont reconnu que la respiration artificielle ralentit un peu le refroidissement des animaux tués par la section de la moelle épinière. Krimer (6) a trouvé que celle respiration diffère beaucoup de la respiration naturelle , et qu'elle diminue la chaleur , même chez les animaux bien portans. D'après les observations de Wilson (7), les animaux chez lesquels on a pratiqué la section de la portion cervicale de la moelle épinière se refroidissent plus vite, lorsqu'on leur a soufflé de l'air dans les poumons à plusieurs reprises plus ou moins rapprochées , que dans le cas contraire. De tous les physiologistes , Legallois (8) est celui qui a le plus aprofondi cette question, et voici quels sont les résultats auxquels il est

(1) Pveil , Archiv, t. XII, p. 140.

(2) Meckel, Deutsches Jrehiv, p. 211.

(3) Medicinisch-chirurgiscke Zeituny, 4818, t. II, p. 242.

(4) Meckel, Deutsches Archiv, t. I, p. 184. $ /*., t. II, p. 533.

(6) Physiolnqiiche Untersuchvmjen, p. 176.

(7) ÏJeberdie Getsctze der Functionen des Lobens, p. 161.

(8) OEuvres, Paris, 1824, t. II, p. 1-91.

arrivé. Les animaux auxquels on tranche la téle, ou coupe la moelle épinière immédiatement derrière l'os occipital , se refroidissent d'ordinaire un peu plus vite par l'effet de la respiration artificielle que quand on n'a pas recours à ce moyen; cependant la différence est tout au plus de deux degrés K. au bout d une heure et demie. Mais il faut prendre en considération que, la respiration artificielle entretenant la circulation du sang, la transpiration est plus forte, et qu'en conséquence il se perd davantage de chaleur, outre que les conditions dans lesquelles on place ainsi l'animal ne sont point normales. En effet, chez des Lapins vivans qu'on s'était contenté de lier couchés sur le dos, la chaleur diminua d'un à 2, 4 degrés R., dans l'espace d'une heure et demie , parce que la respiration avait été gênée ; cependant les animaux consommaient quelquefois autant et même un peu plus plus d'oxygène qu'à l'état de liberté, surtout lorsque les liens étaient peu serrés, l'air chaud , et le temps serein.

4° L'air s'échauffe dans les poumons, et quand on s'est échauffé beaucoup, on éprouve du soulagement en faisant de profondes inspirations. C'est pourquoi les anciens, Platon et Arisloie entre autres, attribuaient une influence rafraîchissante à la respiration. Cet ellel ne saurait tenir au passage de l'acide carbonique de l'état liquide à l'état gazeux, parce que la quantité de ce gaz est moindre que celle de l'oxygène qui passe de l'atmosphère daus le sang. On ne peut donc s'en prendre qu'a la transpiration pulmonaire; mais celle-ci n'est à celle de la peau que connue 1: 1,57 (§ »17, 6°), en sorte que le rafraîchissement ne peut s'accroître qu'autant que l'air est renouvelé plus souvent, et que les poumons s'en débarrassent aussitôt qu'il s'est échauffé. Comme la température demeure la même dans les poumons, la perte doit être compensée par quelque cho^e; mais une seule vérité ressort de là, c'est que la chaleur ne se produit pas moins dans les poumons que dans d'autres organes.

5° Si les poumons avaient pour fonction exclusive de produire de la chaleur, la température devrait y être plus élevéeqae partoutailleurs, Nous n'attacherons aucune importance aux. obser-

vations faites par Brodie(l), qui dit que la température y était de 0,9 à 1,3 degré R. moindre que dans la cavité abdominale, car Haie l'a trouvée, au coniraire, plus élevée d'un demidegré. Mais Davy , qui u'a pris aucune part à la discussion sur la production de lu chaleur animale dans les poumons, a remarqué dans ces organes la même température que dans le foie.

6° Le plus fort argument qu'on puisse alléguer en faveur de la production exc lusive de la chaleur dans les poumons, c'est que, non-seulement le sang artériel est plus chaud que le sang veineux (§ 751, 2"), mais encore le ventricule gauche du corps a une température qui dépasse celle de louies les autres parties du corps, comme l'a observé Davy (2;. Saissy (3) avait également remarqué, chez différens animaux, que la chaleur de l'oreillette pulmonaire l'emportait toujours d'un demi-degré R. sur celle du ventricule aortique Suivant Becquerel et Bretichet, le s.mg artériel est plus chaud que le sang veineux de 0,7 à 0,8 degré R.

7 Mais, si nous réfléchissons que la température varie souvent beaucoup, dans les diverses parties du corps, sans que ies circonstances extérieures exercent aucune influence à cet égard, que, par exemple, elle baisse dans les membres paralysés, croit dans les organes enflammés, devient plus forte à la paume des mains et à la plante des pieds dans la fièvre hectique, augmente à la tête et diminue aux pieds dans le coryza, nous demeurerons convaincus que c'est dans tout l'organisme, et non dans une seule de ses régions, qu'a lieu le dégagement de la chaleur, et que la formation du sang artériel par la respiration n'est qu'une condition de ce dégagement.

§ 997. Le degré de la chaleur animale correspond toujours à l'activité et à l'énergie de la vie.

1° La chaleur est plus considérable chez le nouveau-né (§ 517, 4°, o°-, 534, 4°); elle augmente pendant les progrès de la vie (§ 539, 2°; 556, 30), et baisse dans l'âge avancé (4)

(4) Lec. cit., p. J40, 144.

(2) Meckel, Deutsches Archiv, 1. II, p. 314.

(3) aeehtturle» animaux hylernana, p. 59.

(4) Recherches sur les maladies do la vieillesse (Mém. (le l'Acad. Roy de médecine, taris, 48io, t. Vill, p. 1 et suit.).

63a DE LA DYNAMIQUE.

(§ 588, 4°). Despreiz (1) l'a trouvée de 28 degrés R. après la naissance , 29,4 à dix-huit ans ; 30 à trente ans, ci 29 6 à soixante-huit.

2° Martin a reconnu qu'elle est moindre d'un degré à un degré et demi chez les sujets d'un tempérament phlegmatique.

3° Il a remarqué aussi que le bas-ventre devenait plus chaud de quelques degrés, sous l'influence des purgatifs, avant qu'il eût paru d'évacuations. Toute stimulation élève également la température de la partie sur laquelle elle agit. La production de la chaleur est déterminée aussi par la constitution plus ou moins excitante de l'atmosphère. Beaumont (2) a trouvé la température de l'estomac de 27 à 28 degrés R. par un temps couvert et humide, de 30, au contraire, par un temps clair et chaud,

4° Une augmentation de la chaleur par tout le corps s'observe chez les animaux en rut (§ 247, 6°), et pendant l'accouplement (§ 283, 2°); il s'en opère une locale dans l'incubation (§ 346, IV), la grossesse (§ 346, 4°), la dentition (§ 543, 5°). Suivant Martin, le lait d'une Chèvre était à 29,5 degrés R. pendant le rut, et à 28 pendant la gestation. La température de la matrice était, selon Granville (3), de 33,7 degrés R. pendant l'accouchement normal , et de 32,4 après la délivrance , de 30,2 dans une fausse-couche à sept mois, de 28,2 dans un accouchement par le forceps, de 39,1 pendant les fortes douleurs, et de 34,6 après la sortie de l'enfant. Elle était de 36,8 degrés à la suite d'un accouchement laborieux.

5° Hunter a observé une élévation de chaleur moins considérable qu'il ne s'y attendait dans des parties d'animaux où il avait déterminé de l'inflammation. Des linges imbibés d'eau à 7 degrés F., et appliqués sur des glandes enflammées, avaient une température de 2S degrés quand on les retira. Suivant Thomson (4), la température du sang s'élève quelquefois à

(d) Annales de chimie, t. XXVI, p. 338.

(2) Loc. cit., p. 90.

(3) Home, Lectures, t. V, p. 200.

(4) Traité mè dico-chiruryical do V inflammation, Paris, 4827, in-8".

CUALEUR. 635

34 degrés R. dans les maladies inflammatoires (1). Ce liquide se refroidit plus lentement à l'air, selon Lauer (2). Dans les fièvres, la température du corps s'élève parfois de quelques degrés (S).Parrot a (rouvé, dans une fièvre intermittente légère, que le rapport de la température, pendant la période du froid, était à celle de la période du chaud :: 22,5 : 29,5 à la main, ::26 : 30 dans la bouche, ::29 : 32 à la poitrine. Martin a observé, pendant le froid, 20,8 degrés R. à la main, et 28,8 à la poitrine; pendant lu chaleur, 33,5 à la main ; pendant la sueur, 25,5 à la main, 27,2 à la poitrine, et 28,8 (dans l'urine. La chaleur baisse au moment de la mort (§ 633, 9°j. Krimer (4) dit avoir vu la température s'accroître immédiatement avant la mort, chez des animaux auxquels il avait eulevé le cervelet.

6° Certains cadavres se refroidissent avec tant de lenteur, qu'il semble qu'une vie simplement partielle soit capable de développer encore un peu de chaleur (§ 634). J. Davy a ouvert plusieurs cadavres de jeunes gens , deux à six heures après la mort; la température , sous le ventricule aortique , était de vingt-cinq à trente-six degrés R. , c'est-à-dire de huit à dix-sept degrés supérieure à celle de l'air. Celle audessous du foie était de vingt-quatre à trente-cinq degrés : cependant les maladies qui avaient amené la mort ne permettaient de tirer aucune conclusion relativement à la cause de ces phénomènes (5). Dehaen a également observé des cadavres dont , quinze heures après la mort , la température de la surface dépassait encore de neuf à dix degrés R. celle de l'air.

§ 998. I. Comme il se dégage de la chaleur dans toutes les parties vivantes , mais que le sang est ce qu'il y a de commun dans toutes ces parties , et que l'harmonie entre les circonstances de la vie et l'intensité de la chaleur animale . peut être rapportée à un plus ou à un moins d'énergie de la vie du

(4) Krimer, fersuch ciner Physiologie des Blutes, p. 245.

(2) Literarischc Annalen der Heilkunde, t. XVIII, p. 282.

(3) Voyez Bouillaud, Clinique médicale de l'hôpital delà Charité. Paris, 1837, t. II. p. 466.

(4) Physioloyische Untersuchvnyen, p. 458, Ï73, 5i>6.

(5) Mcdicinisch-chiruryischo Zeituny, 4830, t. III, p. 380,

654 DE Lk DYNAMIQUE.

sang , c'est dans ce dernier que nous devons chercher le siège de la production de la chaleur. En effet , le sang , surtout l'artériel , paraît être ce qu'il y a de plus chaud dans le corps, ce qui fait aussi que , quand une hémorrhagie interne arrive , on éprouve un sentiment de chaleur plus forte qu'à l'ordinaire dans les parties touchées par le liquide qui s'épanche.

4° Plus un organe reçoit de vaisseaux sanguins, plus il est chaud ; la fraîcheur du nez , dans l'épistaxis, que Hunter (1) allègue contre cet axiome , tient au peu d'épaisseur de la peau et à l'abondance de la transpiration ; là où se trouvent de gros vaisseaux , et où la masse du sang est considérable, la peau sous-jacente a une température plus élevée. Ainsi J. Davy (2) a trouvé 27,1 degrés R. au-dessus de la sixième côte droite , et 27,5 au dessus de la gauche , dans l'endroit où le cœur bat; 27,5 au milieu de la cuisse , et 28,6 à i'aine ; 26,4 au milieu du tibia, et 27,1 au milieu du mollet. Suivant qu'une partie reçoit plus ou moins de sang qu'à l'ordinaire , et qu'elle rougit ou pâlit, sa chaleur augmente ou baisse ; l'engourdissement des doigts, qui provient de la vacuité passagère des vaisseaux , est accompagné de froid. Lorsqu'on lie l'artère d'une partie , la chaleur de celle-ci diminue; ainsi, par exemple , la température d'une cuisse atteinte d'anévrysme était de vingt-sept degrés R. ; dix minutes après la ligature de l'artère crurale, elle n'était plus que de vingt-quatre, et une demi-heure plus tard de vingt- trois (3). Chez les animaux auxquels Chossat (4) liait l'aorte au-dessus du diaphragme, la chaleur baissait d'environ deux degrés en une heure.

2° Le pléthore est accompagné d une élévation de la température, qui diminue , au contraire, lorsque l'hématose s'exécute mal, on qu'il y a eu perte de sang. Dans un cas de fièvre , par exemple , la chaleur , après une saignée , tomba rapidement de trente-un à vingt-six degrés , et même à vingtdeux lorsque survient une défaillance (5) : pendant une sai-

(1) Observations on certain parts of the animal œconomy, p. 91.

(2) Meckel, Deutsches Archiv, t. II, p. 313.

(3) Home, Lectures, t. V, p. 201.

(4) Annales de chimie , t. XVI, p. 48.

(5) Rudolphi, Grundriss der Physiologie, t. I, p. 186. — Bouillaud, Clinique médicale, t. II, p. 167.

CHALEUR. 635 gnée , elle baissa d'un degré et demi , et le lendemain encore elle était moindre que par le passé. Quand Busch faisait périr un Chien et lui ouvrait l'aorte verticale (1), la température du rectum tombait en cinq minutes de 30,6 degrés R. à 28,8 , et elle n'était plus que de 26,6 au boutd'une demi-heure.

3° Mais tous ces effets ne peuvent avoir lieu qu'à la condition d'un certain rapport entre le sang et l'activité vitale. L'accumulation du sang épanché dans les contusions n'occasione pas de chaleur , comme elle fait dans l'inflammation. Un membre dont la principale artère est liée, devient , au bout de quelque temps , plus chaud que celui du côté opposé, parce que, bien qu'il reçoive au total moins de sang , ses vaisseaux capillaires sont plus remplis par les branches collatérales, et que ce surcroît les stimule davantage , à la suite du vide qui yient de s'opérer en eux (2). De même, il arrive quelquefois que la chaleur, qui avait diminué immédiatement après une saignée , devient, au bout d'une ou plusieurs heures, plus forte qu'elle ne l'était auparavant , attendu que, quand la masse du sang se trouve diminuée un peu , la vie de ce liquide acquiert plus d'énergie elle pouls s'élève ; mais si, en général , la chaleur est en raison directe de la plénitude et de la fréquence du pouls, de sorte qu'on la trouve ordinairement plus forte le soir que le matin , cependant il n'est pas rare de rencontrer des exceptions à cette règle , par exemple , dans certaines fièvres qui ont pour point de départ, non pas précisément le système sanguin, mais une affection nerveuse : une opération plastique anormale locale peut , quoique le pouls soit petit , déterminer un développement extraordinaire de chaleur , comme Dehaen l'a observé , par exemple , dans un cas de cancer au sein ; de même aussi la température peut demeurer la même dans une partie , malgré l'excitation du système vasculaire , car Hunter , entre autres (3) , a vu la chaleur du rectum ne point changer, quoique le nombre des pulsations fût monté de soixante-treize à quatre-vingt-sept par

(1) Expérimenta quœdam de morte, p. 21.

(2) Deutiches Archiv, t. III, p. 428.

(3) Observations on certain parts of the animal aconomy, p, 98.

l'effet d'un souper copieux , largement arrosé de vin. Brodie (1) a trouvé que la respiration artificielle , chez les animaux décapités, ne produisait pas de différence notable dans le refroidissement, soit qu'il laissât persister la circulation, soitqu'ill'arrétâtpar uneligaturepbcéeà la base du cœur.

II. On a tenté plus d'une fois d'expliquer la production de la chaleur dans le système sanguin par des causes mécaniques. Les iatro-mathématiciens l'attribuaient au frottement du sang contre les parois du cœur et des artères, ainsi qu'à celui des globules du sang les uns contre les autres. Ils se fondaient sur ce que la chaleur dépend de la circulation, sur ce que la température s'accroît par le mouvement et les frictions faites à la peau , enfin , sur ce qu'il y a concordance entre le degré de cette chaleur et la densité des liquides. Mais on leur a objecté que les circonstances mécaniques de la circulation n'ont aucune analogie avec celles au milieu desquelles le frottement fait naître un égal degré de chaleur , et qu'en outre elles ne présentent pas , chez les animaux vertébrés et sans vertèbres, des différences aussi grandes que celles qu'elles devraient offrir pour que la température dépendît d'elles : on a dit que la vélocité du sang n'est point en raison inverse de la température, puisque la Grenouille , dont le cœur bat soixante-huit fois par minute, n'a que fort peu de chaleur, au lieu que celle-ci s'élève à trente degrés chez le Cheval , dont les battemens du cœur ne dépassent point quarante, et que, chez l'homme, la fréquence du pouls varie entre soixante dix et cent trente, tandis que les limites de la chaleur sont renfermées entre vingt-huit et trente-six degrés ; on a répondu enfin qu'il n'y a point de liquide qui dégage de la chaleur par le fait de ses frottemens contre les parois du canal dans lequel il coule (2). Mais le sang lui-même n'éprouve pas plus qu'aucun autre liquide de frottement capable d'amener un tel résultat, et comme ses globules marchent uniformément dans le plasma, sans se toucher , il n'y a point non plus à admettre de frottement entre eux.

Les fluides aériformes dégagent de la chaleur quand on les

(1) Reil, Archiv, t. XII, p. 451.'

(2) Ilaller, Elément, physioloij^ t. II, p. 293-302,

comprime. Lau (4), s'appnyant sur ce fait /attribue la chaleur animale à la pression du cœur sur l'air contenu dans le sang ; mais l'air a pris la forme liquide dans le sang, et les animaux à sang froid sont précisément ceux chez lesquels il conserve le plus fréquemment l'état aériforme. Winn fait dépendre la chaleur animale des alternatives d'expansion et de contraction des vaisseaux , parce qu'il a vu, dans des morceaux de caoutchouc et d'aorte , ces alternatives exercer de l'influence sur le thermomètre (2) : à cela on peut répondre qu'il ne s'opère point d'expansion et de contraction analogues dans les vaisseaux sanguins. ( § 720 , II.)

La chaleur animale est l'effet du frottement des parties solides les unes contre les autres, suivant Fryer, du frottement mutuel des liquides et des solides , selon Barthez. Mais la mollesse des tissus animaux et la facilité avec laquelle ils glissent les uns sur les autres, ne permettent pas l'accomplissement de mouvemens assez violens pour qu'il en résulte un frottement apte à développer de la chaleur. D'ailleurs , si telle était réellement la cause de cette dernière , la température devrait être la même chez les animaux à sang froid que chez ceux à sang chaud, et croître par les progrès de l'âge, qui rendent les parties dures plus sèches et plus rigides (3).

Enfin, Treviranus prétend que la chaleur naît uniquement , chez les Insectes, de ce que ces animaux se frottent les uns contre les autres , parce qu'ils n'influent sur le thermomètre qu'autant qu'ils sont réunis plusieurs ensemble. Mais nous avons vu qu'on ne découvre non plus de chaleur propre, chez les végétaux, qu'autant qu'ils sont très-rapprochés les uns des autres. (§994, 3°. )

III. Le sang ne fait, dans les vaisseaux , que se mouvoir , se porter en avant, et devenir un mélange plus homogène. Si donc la chaleur animale se produit en lui , mais non d'une manière aussi mécanique que le peignent les hypothèses précédentes , cet effet ne peut avoir lieu que dans les

(1) fVidoileijunij der chemischen Ansicliteii vont, Alhmcii, p. 44.

(2) Philosoph. Magaz., 3= série, no 14, p. 174.

(3) Bouillaud, Traita clinique des vialadies du cœur, 2e édit., Paris, 4841, 1. 1, p. 99 et suiv.

vaisseaux capillaires. A l'appui de cette théorie vient l'observation faite par Becquerel et Breschet,:que la température des muscles ne diminue qu'après quinze à dix-huit minutes de compression de leur tronc artériel , par conséquent après que leurs vaisseaux capillaires se sont vidés.

1° Crawford avait posé en principe que la capacité du sang artériel pour le calorique diminue , dans les vaisseaux capillaires , pendant sa conversion en sang veineux , et que de là résulte l'abandon d'une partie de sa chaleur absolue. Cette doctrine , appuyée sur des expériences et des calculs exacts, trouva beaucoup de partisans. Elle semblait, entre autres, répandre du jour sur les fonctions des ganglions sanguins, dans lesquels il ne s'accomplit qu'une transformation de sang artériel en sang veineux. Hofrichter , par exemple (1) , regardait la thyroïde comme un organe de production de chaleur, attendu qu'on ne la rencontre pas chez les animaux à sang froid, et que, chez les Oiseaux , elle est remplacée par les sacs à air , qui opèrent également une carbonisation de sang. Mais, d'après les recherches de J. Davy (2), il n'y a , entre le sang artériel et le sang veineux , d'autre différence , eu égard à leur capacité pour le calorique , que celle qui dépend de leur différence de pesanteur spécifique , laquelle est trop faible pour qu'on puisse en faire dériver le dégagement de la chaleur animale. Les contradictions qu'on remarque entre les assertions des observateurs , montrent combien cette différence est peu considérable : suivant Crawford , le sang artériel a plus d'expansion et moins de chaleur libre que le sang veineux, opiuion admise aussi par ceux qui développent sa doctrine d'une manière conséquente , comme Coleman, Cooper et Treviranus; mais Nasse le dit plus dense, et des recherches sur l'exactitude desquelles nous pouvons compter (§996) , ont appris qu'il est plus chaud , bien que Mayer (3) croie à une égalité de température entre les deux sangs. En général , ce qu'on entend par capacité pour le ca-

(1) Meckel, Deutsches Archiv, t. VI, p. 168.

(2) 2ô., t. II, p. 315.

(3) Ib„ t. UI, p. 456/

chaleur. 63g lorique semble exiger une autre, interprétation. En effet, l'expérience nous apprend que des corps froids peuvent devenir chauds par frottement ou autrement , sans recevoir aucune chaleur du dehors : or , comme il est admis que rien ne peut se créer sans la nature , on pense que la chaleur préexistait déjà dans ces corps, mais sans être appréciable , à l'état latent, de sorte qu'on appelle capacité d'une substance pour le calorique, son aptitude à dégager plus ou moins de chaleur, à prendre plus ou moins facilement un certain degré de température.

2° Treviranus (1) prétend que le sang artériel se resserre sur lui-même quand il se transforme en sang veineux , et que, comme il perd en capacité pour le calorique autant qu'il acquiert en densité , de la chaleur se dégage : delà résulte , suivant lui , que le sang veineux est plus chaud, et que si l'on a trouvé plus de chaleur au sang artériel , c'est que ce liquide commence déjà à se contracter dans l'aorte. Mais si la contraciion du sang artériel commençait déjà dans l'aorte, pour s'achever ensuite dans les vaisseaux capillaires , ce sang devrait être toujours moins chaud que le veineux. Aucun développement de chaleur n'a lieu pendant la coagulation du sang (§ 669, 2j) , et Treviranus émet une. assertion purement arbitraire quand il prétend qu'on ne doit pas considérer cette circonstance comme une objection contre son hypothèse , attendu que la contraction et la coagulation sont deux choses différentes l'une de l'autre.

3° Lagrange pensait que la chaleur se dégage pendant la circulation, par la suite de la combinaison que le carbone et l'hydrogène contractent peu à peu avec l'oxygène admis dans le sang durant la respiration. Suivant Laplace et Hassenfratz, cet effet aurait bien lieu pendant le cours de la circulation, mais il s'accomplirait aussi en même temps dans les poumons.

4» La nutrition a été considérée comme un moyen de production de la chaleur. Castberg, Josse et autres ont soutenu cette opinion, parce que le passage de l'état liquide à l'état solide diminue la capacité des corps pour le calorique. Four-

(1) Biologie, t. V, p. 01.

6/jÔ DE LA DYNAMIQUE.

croy, Atlteurieth, Ilildebrandt, l'randis, Ackermann, etc., la partageaient aussi, parce que l'oxydation qui accompagna lu nutrition produit le même résultat. Mais la nutrition s'accomplit d'une manière insensible (§ 876, 2U), et si la chaleur en était le produit, elle devrait être également insensible. Quant à ce qu'elle consiste en une oxydation, c'est une hypothèse sans preuves (§ 879, III), et dans tous les cas cette oxydation ne saurait être assez considérable pour donner lieu à une chaleur de 29 degrés R. A chaque instant de la nutrition, il s'opère une fluidification correspondante à la solidification, qui devrait consommer autant de chaleur que celle-ci en aurait développé. Celte fonction n'est pas moins vive chez les animaux à sang froid que chez ceux à sang chaud. Pendant la vie embryonnaire, la solidification est incomparablement plus active et la production de chaleur plus faible que durant l'âge mûr. Enfin, dans les fièvres, la nutrition s'arrête, et dans la fièvre hectique surtout la fluidification l'emporte sur elle, tandis que le développement de la chaleur s'accroît à un point extraordinaire.

5* Suivant Paris (1), les sécrétions produiraient de la chaleur, parce que les liquides sécrétés ont moins de capacité pour le calorique, et Williams adopte cette hypothèse, parce que, dans les sécrétions comme dans la fermentation et la putréfaction, la substance organique se trouve réduite en matériaux plus simples, composés d'un moindre nombre d'atomes. Mais Paris n'a comparé la capacité des liquides sécrétés pour la chaleur qu'avec celle de l'eau, et Nasse (2) a trouvé la différence trop peu considérable pour qu'il soit possible d'en dériver la chaleur animale. Quand bien même l'urée et le picromel contiendraient , comme le dit Williams, moins d'atomes que la fibrine et l'albumine, aux dépens desquelles elles se forment, elles ne se produisent pas en assez grande abondauce pour faire contrepoids à la sécrétion vaporeuse et gazeuse, à celle par conséquent qui diminue la chaleur. D'ailleurs, il n'est pas prouvé que la chaleur qui se dégage dans

(1) Deutschos Archiv, t. II, p. 310.

(2) IL., 1. 1, p. 500.

la fermentation et la putréfaction dépende du passage de la matière organique à des combinaisons plus simples.

IV. Il n'est pas douteux que la respiration exerce de l'influence sur la production de la chaleur ; car le sang qui revient des poumons est plus chaud que celui qui y arrive. Les deux fonctions sont en raison directe l'une de l'autre dans la série animale. C'est chez les Insectes, parmi les invertébrés, et chez les Oiseaux, parmi les vertébrés, qu'elles sont portées au plus haut degré, et les vértébrés à sang froid se distinguent, non-seulement par leur température plus basse, mais encore par la moindre pureté de leur sang artériel. De même, les deux fonctions sont proportionnées l'une à l'autre aux diverses périodes et dans les diverses circonstances de la vie ; l'aptitude à produire soi-même de la chaleur commence à la naissance, avec la respiration, et se perfectionne en même temps que cette dernière ; elle diminue avec elle pendant l'engourdissement hibernal, et chez les animaux plongés dans ce sommeil léthargique, on parvient à la ranimer, d'après les observations de Saissy et de Prunelle (1), en provoquant une respiration plus forte par des irritations mécaniques ou galvaniques. Cependant la concordance n'est pas tellement parfaite que nous puissions regarder la chaleur comme l'effet immédiat de la respiration.

1° Les Hyménoptères se distinguent par un degré de chaleur plus élevé, quoique l'exhalation d'acide carbonique (§ 818, II) et la consommation d'oxygène soient moins considérables chez eux que chez certains autres animaux sans vertèbres. Les Chéloniens (§ 967) ont une respiration assez énergique pour communiquer à leur sang la couleur qui caractérise le sang artériel, et cependant la température de leur corps s'élève très-peu. Chez les Cétacés, la respiration a peu de fréquence, et le sang une teinte assez foncée ; pourtant la chaleur est considérable. Suivant Allen et Pepys, les Pigeons, malgré leur température élevée, consomment moins d'oxygène et exhalent moins d'acide carbonique, proportionnellement à la masse de leur corps, qu'un ;Cochon-d'Inde,

(1) Annales du Muséum, t. XVIII, p. 54.

64a DE LA DYNAMIQUE,

dont la chaleur est'inférieure de plusieurs degrés à la leur.' La proportion de la masse du corps à l'oxygène consommé dans l'espace de trois heures était, d'après les observations de Legallois (1), de 1 : 0,159 chez des Chats, de 0,lf)6 chez le Chien, et de 0,347 chez des Lapins, différences malgré lesquelles tous ces animaux ont à peu près le même degré de chaleur.

2° Lorsque Séguin avait, par des mouvemens exécutés pendant la digestion, élevé la consommation d'oxygène jusqu'à quatre mille six cents pouces cubes par heure, la respiration et le pouls acquéraient plus de fréquence, mais la température changeait à peine. D'un autre côté, la respiration est souvent tout-à-fait naturelle durant la chaleur de la fièvre ; elle est même faible et interrompue dans les fièvres putrides, où la chaleur est brûlante. La chaleur est fréquemment accrue chez les phthisiques. Il y a beaucoup de cas dans lesquels la température ne correspond point à la fréquence de la respiration : ainsi, par exemple, Donné (2) a trouvé, chez quelques malades, que le nombre des respirations variait entre 24 et 32, tandis que les variations de la chaleur n'allaient que de 38 à 37 degrés centigrades. Dans la cyanose, les membres seuls sont moins chauds que chez les personnes en santé ; les parties internes n'offrent pas cet abaissement de température (3j, et Nasse (4) a même observé que la température était de 28 degrés R. dans la bouche, immédiatement après un accès de suffocation et quand la couleur bleue de la peau continuait encore à prendre de l'intensité. Chez les asphyxiés qui reviennent à la vie, on voit la chaleur se rétablir avant la respiration [6).

3° Suivant Provençal et Humboldt, les Poissons conservent la température du milieu extérieur, qu'ils respirent ou l'air mêlé avec l'eau, ou l'air atmosphérique pur, le gaz oxygène, le gaz azote. Lavoisier et Seguin n'ont point observé d'aug-

(1) OEuvres, t. II, p. 60.

(2) Hist. de VAoad. des se, 1789, p. 576.

(3) Archives générales, 2e série, t. IX, p. 446.

(4) Meckel, Deutches Archiv, î. I, p. 253.

(5) A. Devergie, Die, do méd, et de Chirurgie promue, art, Asphyxie, t. III, p. 642,

CHALEUR. 645 mentation de chaleur chez des Cabiais qui respiraient du gaz oxygène. Selon Prout (1), les boissons spiritueuses diminuent l'exhalation d'acide carbonique, tandis qu'elles accroissent la chaleur. Dans l'asphyxie causée par la respiration du gaz acide carbonique, la chaleur naturelle se maintient (2), et les cadavres des personnes mortes par l'effet delà vapeur du charbon, demeurent très-long-temps chauds. Becquerel et Breschet n'ont pu remarquer de différence de température, chez l'homme et les animaux, dans les vallées profondes et sur les hauteurs considérables, où cependant la respiration est difficile, et par cela même accélérée.

IV. D'après ces faits, et autres du même genre , nous concluons que la respiration ne produit pas immédiatement la chaleur , mais qu'elle est une des conditions de sa production .

1° Crawford est parti de cette idée , ce qui ne l'a pas empêché de construire sa théorie sur la supposition d'une chaleur propre. Suivant lui, le sang artériel a plus de capacité pour le calorique , ou renferme plus de calorique latent que le sang veineux , et en conséquence il a pris quelque chose de l'atmosphère pendant la respiration ; comme l'acide carbonique a moins de capacité pour la chaleur que l'air atmosphérique, sa formation par l'oxygène de l'atmosphère met en liberté de la chaleur, qui passe dans le sang (3). Mais les recherchfs des modernes ont prouvé que Tacide carbonique expiré ne se produit pas dans les poumons, par le fait de la respiration , que la capacité de ce gaz pour le calorique surpa-se celle de l'air atmosphérique , et que, sous ce rapport, il n'y a pas de différence essentielle entre les sangs artériel et veineux.

2° Comme la respiration fait acquérir au sang les qualités f-n vertu desquelles il est apte à maintenir la vie en général (§ 976;. nous sommes en droit d'admettre que c'est elle qui le met en état d'exciter l'action vitale de laquelle dépend la production de la chaleur.

(4) Reil, ArcUv, t. X, p. 285.

(2i Scliweigger, Journal, t. XV, p 78.

(3) Edwards, De ('influence dos ayens physiques, p. 293.

644 DE lk DYNAMIQUE.

V. Quelques physiologistes ont émis l'opinion que les différentes fonctions plastiques contribuent concurremment à la production de la'chaleur ; qu'en conséquence la digestion, l'assimilation , la circulation, la respiration , la nutrition et la sécrétion y prennent part. Toutes ces fonctions en sont incontestablement des conditions, et elles en établissent la possibilité ; mais que ce soient elles qui produisent la chaleur , chacune pour sa part, que chacune d'elles en fasse naître une certaine quantité, et que de la réunion de ces parcelles résulte la température uniforme et constante de vingt-neuf degrés R., c'est ce qu'il est à peine permis d'admettre , puisque ces fonctions ne s'accomplissent pas toujours avec égalité d'énergie, tandis que la température du corps demeure toujours la mêmie. La vie plastique n'est point une opération qui marche d'un pas égal et d'une manière uniforme ; elle embrasse, au contraire, bien des contrastes ; à chaque oxydation correspond une désoxydation , à chaque expansion une contraction, et ce n'est même que par là qu'il devient possible à l'organisme de se maintenir tel qu'il est. Donc la vie matérielle produit de la chaleur sur un point et en détruit sur un autre ; donc elle n'entretient que la température donnée , et ce n'est point elle qui produit le degré de chaleur propre à l'homme et à chaque animal.

§ 999. L'influence manifeste de la vie animale sur la production de la chaleur a déterminé plusieurs physiologistes à considérer cette dernière comme un effet de l'action nerveuse , que les uns , Delaroche par exemple , cherchaient à rendre sensible par une hypothèse, en la disant une oscillation de l'éther, tandis que d'autres, Roose surtout (1), ne l'envisageaient que sous un point de vue purement dynamique , en la désignant par l'épithète de réaction nerveuse.

I. L'observation fait aperçevoir une certaine concordance - entre la vie animale et la production de la chaleur.

1° L'excitabilité plus grande qui caractérise les tempéramens sanguin et bilieux s'accompagne d'une chaleur supé-

(4) Journal der Erfindungen , Theorien und Widerspruechen in doc Naiur-und Arxveywissenschaft, t. XVII, cah,, p. 46.

rieure a celle qu'on remarque chez les tempéramens phlegmatique et hypochondriaque. Tout ce qui stimule la vie animale , comme les épices et les boissons spiritueuses, échauffe, et l'application à l'extérieur de substances qui , lorsqu'elles pénètrent dans la substance animale, affectent principalement l'action nerveuse, détermine un accroissement local de la chaleur. Ainsi, d'après Earle (1), le thermomètre monta de 1,3 degré R. dans un bras paralysé auquel on avait appliqué un vésicatoire. Hood (2) a observé un effet semblable de la pierre infernale, quand elle était appliquée au voisinage du nerf principal d'un membre paralysé.

2° La chaleur augmente par l'effet de l'espérance , de la joie, de la colère et de toutes les passions excitantes : au contraire, la crainte, la frayeur, le chagrin, la diminuent. Martin a vu la température monter de 28,4 degrés R. à trente dans un violent accès de colère, et descendre à vingt-sept sous l'empire de la frayeur, mais se relever bientôt jusqu'à vingtneuf. De même , d'après les observations de Currie (3), l'état moral de l'homme détermine l'aptitude dont il est doué à maintenir sa chaleur propre. La température de la peau d'un homme sur lequel il fit des expériences à cet égard , baissa de 28,4 degrés R. à vingt-cinq, sous l'influence du froid; la seconde fois que le sujet, doué d'un caractère craintif, se soumit à l'expérience, sa chaleur, qui n'était que de 27,5 degrés, tomba à 22,6. Krimer a remarqué, dans les vivisections, par exemple pendant la section du crâne avec la scie (4), que l'animal, frappé d'anxiété, perd de sa chaleur. La température d'une ruche s'élève de quelques degrés lorsqu'on irrite les Abeilles , ou qu'elles sont dans l'agitation qui précède toujours la sortie des essaims.

3° Le sommeil abaisse la température (§ 606 , 2°). La main de Martin marquait 27,3' degrés R. dans une nuit d'insomnie, et 2o,5 seulement après deux heures de sommeil. L'effet est

(1) Meckel, Deutsches Archiv., t. III, p. 42(k

(2) Analytic phy.nology, p. 12.

(3) Philosoph. Transact., 4792, p. 211-218.

(4) Physioloyische (JnteTsuchuiajen, p. 177.

plus marqué encore dans l'engourdissement hibernal (§ 612, 5°); suivant Hunter (1), la température du milieu de la cavité abdominale d'un Muscardin était de 8 à 12 degrés R., 1 air extérieur étant à 21,3, et de 23.5 à un froid extérieur de 7,5 degrés; pendant l'engourdissement, elle n'était que de 19,j degrés, quoiqu'au dehors la chaleur fût de 14,7. Un Hérisson engourdi ne marquait pas plus de 7,3 degrés au-dessous du diaphragme, quoique la température atmosphérique fût de 5,3.

4° Des efforts considérables et prolongés de vision échauffent l'œil, et les travaux intellectuels produisent le même effet sur la tête.

5° Une douleur locale, celle par exemple de la prosopalgie, s'accompagne souvent de chaleur dans la partie souffrante. Earle (2) a trouvé, dans un bras qui causait de vives souffrances à la suite d'une blessure , la température plus élevée de 1,3 degré R. que sous la langue. Les douleurs, au contraire, qui dépendent d'un état spasmodique , surtout des organes digestifs, par exemple celles des calculs biliaires , occasionent du froid.

6° La même chose arrive quand des poisons narcotiques déploient pleinement leur action. Brodie 3) l'a observé après l'insertion de woorora ou de l'huile essentielle d'amandes amères, et Ghossat (4) après l'infusion d'une dissolution d'opium.

7° Les affections inflammatoires du système nerveux sont souvent accompagnées d'une grande chaleur. Prévost a trouvé trente-cinq degrés R. sous l'aisselle, dans un cas de tétanos(5). Dans les fièvres nerveuses , la température surpasse le degré ordinaire, et fréquemment à des degrés inégaux selon les parties : Lauer (6) l'a vue de 32 degrés sous l'aisselle et de vingthuit et demi seulement sous la langue.

(1) Observations on certain parts of the animal œconomy , p. [98,

(2) Loc. cit., p, 425.

(3) Reil, Archiv. t. XII, p. 210.

(4) Annales de chimie, t. XVI, p. 40.

(5) Edwards, De l'influence des ayons physiques, p. 490.

(6) Hecker, làterarisçhe 4nmlen, t, XYHI, p, 281,

H. L'action musculaire

1° Accroît la température. En faisant de grands mouvement du corps entier ou des membres , on se préserve du froid et l'on s'échauffe , pourvu que l'air soit à une température moyenne. Beaumont (1) a trouvé qu'en pareil cas la température était d'un degré et demi plus haute qu'à l'ordinaire dans l'estomac, que ce viscère fût plein ou vide. La locomotion n'est pas nécessaire pour cela , et il suffit de la contraction musculaire. Suivant les observations de Peart, on peut, dans une baignoire , élever la température de l'eau de plusieurs degrés par de simples mouvemens des membres pelviens (2). Becquerel et Breschet ont constaté que la température s'élevait d'un demi-degré au moins pendant la contraction d'un muscle : aussi sont-ils tentés d'attribuer à la force musculaire du cœur la chaleur supérieure à celle de tous les autres organes que ce viscère présente, et comme le ventricule aortique est la partie du cœur qui agit avec le plus d'énergie, Nasse (3) présume que c'est à cela aussi qu'on doit rapporter sa température plus élevée. On pourrait faire un pas de plus, et se demander si ce n'est point le mouvement plus rapide du sang artériel qui lui procure plus de chaleur. Busch (4) a trouvé le ventricule aortique vide plus chaud d'environ 0,9 degré R. que le ventricule pulmonaire contenant un peu de sang.

Les observations de Réaumur , de Spallanzani , de Huber et de Treviranus (5) ont mis hors de doute que , même chez les Iusectes, la chaleur est accrue par le mouvement.

2° La chaleur est ordinairement un peu moindre dans les membres paralysés que dans le reste du corps, même lorsque la circulation n'y est point affaiblie. Dans un cas observé par Dehaen, un bras paralysé , dont le pouls était normal, n'avait

(1) Neue Versuche uebtr den Magensaft, p. 46.

(2) Humboldt, Ueber die gereizte Mushel-und Nervenfaser, t. II, pag, ^59.

(3) Untersuchungen zur Physiologie und Pathologie, t. II, p. 121.

(4) Expérimenta quœdam de morte. Halle, 1819, p. 21.

(5) Die Erscheinungen det Lebens, t. I, p.416.

qu'une température de dix-huit degrés R. (1) Earle a trouvé, chez un sujet atteint de paralysie du bras gauche , et qui de puis quelques jours déjà était soumis à l'action de l'électricité (2) :

Jl gauche

avant

après

A la main Au bras A l'aisselle

l'élec Irisation.

l'électrisation.

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