FORCE VITALE. 68 I
pour nous réside dans la conscience de soi-même ; c'est au moi qui s'annonce immédiatement à nous que nous accordons les qualités de la matière. La perception extérieure n'est autre chose que l'information d'un changement survenu dans notre moi sans notre participation ; la chose extérieure qui produit ce changement, ou la matière, est loin de notre moi : ce n'est pas elle que nous connaissons immédiatement, mais seulement l'effet qu'elle exerce sur nous ; les connaissances que nous ac- n quérons parles sens se réduisent tout simplement à nous faire ' connaître, par une action (la sensation), une autre action (l'étendue, l'impénétrabilité, 2<>); celle-ci est donc, à proprement parler, l'objet de notre perception , et nous n'atteignons la matière elle-même que par des suppositions ou des raisonnemens. Il résulte de là que toute matière suppose une force , une cause intérieure d'activité. Remplir l'espace, ce qui forme l'attribut le plus général de la matière , n'est qu'une action , car ce n'est qu'à la condition d'agir que chaque partie de la matière peut s'étendre , et. elle ne saurait se maintenir dans l'espace que par la résistance qu'elle oppose à d'autres parties. Ainsi le matérialisme ne peut expliquer que ce quïl y a de plus prochain dans les phénomènes , et il ne lui est pas donné d'en apercevoir la cause proprement dite. Mais il ne fait que reculer la reconnaissance de celte cause ; car, après s'être nourri pendant quelque temps de fictions sur des molécules, des atomes, des impondérables, il est obligé enfin d'en venir à l'aveu que l'activité de la matière dépend de forces déterminées.
2° L'idéalisme refuse la réalité de lu matière, et la déclare une simple limitation de notre moi. Mais une telle limite ne saurait être posée par le moi lui-même 5 car le caractère du moi est conscience et liberté ; or les idées des choses extérieures s'engendrent dans notre intérieur, non par un acte de notre propre volonté, mais par des impressions que ces choses font sur nous, Donc si la limite est nécessairement donnée, elle doit aussi avoir de la réalité ; car le moi , qui a une existence réelle, ne saurait être limité et déterminé par un rien , il ne peut l'être que par une autre existence réelle.
3° La doctrine de l'identité n'attribue au matériel, comme ù l'idéal, qu'une existence purement relative, et trouve l'absolu
dans ce qui est placé au-dessus de l'un et de l'autre, dans ce qui ne se révèle ànous que par une intuition rationelle. Mais, quoique la raison atteigne ce qui est inaccessible à l'entendement, il n'y a point de différence absolue entre elles deux ; elles ne sont que des degrés et des puissances diverses du même esprit ; ce que la première reconnaît par sa force propre ne saurait résister au second, et ce qui est inconciliable avec ses idées ne peut point provenir d'une véritable intuition. Maintenant, l'entendement ne peut rien concevoir qui, sans être ni idéal, ni matériel , soit cependant la base et la racine du matériel et de l'idéal. Aussi toutes les tentatives qu'on a faites pour rendre cette doctrine intelligible ont-elles échoué. A ceux , par exemple , qui disent que l'absolu est la copule vivante de l'idéal et du matériel , on objecte que la copule de deux essences ne peut les comprendre toutes deux entièrement en elle , qu'il ne lui est donné que de représenter certaines faces et certains points de contact qui leur appartiennent en commun. De même, quand on dit que l'absolu est l'indifférence, on n'exprime par-là que la possibilité de se déployer en deux sens opposés , et non la cause du déployement lui-même.
§ 1007. Mais l'identité peut aussi être de nature telle que l'absolu ne soit point l'indifférence de tous deux, qu'ilsoit seulement l'infini de l'un ; savoir, que l'idéal soit la chose primordiale, l'unité fondamentale , l'existence véritable dépendante d'elle seule, et que le matériel ne soit , au contraire , que l'idéal phénoménalisé ou passé à la condition de phénomène. Cette vue , qu'on pourrait appeler doctrine de l'unité , se forme dans la série suivante d'idées , qui représente à l'état de liaison ce que nous avons déjà exprimé sous divers rapports en énumérant les divers phénomènes de la vie.
1° Notre esprit a une tendance inséparable de lui, qui lui fait chercher une connaissance supérieure à la perception par les sens, c'est-à-dire une tendance à connaître ce qui précède les choses ou du moins peut-être conçu antérieur à elles , ce qui les produit , ce qui en est la condition , leur origine , leur cause. Il n'y a rien qui soit absolument unique en son genre ; chaque chose a son analogue,', et toutes deux procèdent d'un