‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 108 sur 134 · FORCE VITALE · texte numérisé non relu

FORCE VITALE

sol commun, ont une même cause -, ce qui même amène immédiatement toute une série de phénomènes suppose, encore une cause qui embrasse un plus vaste cercle d effets. Ainsi , toutes nos réflexion sur l'essence et le lien de causalité des choses sont un effort pour s'élever de l'inférieur au supérieur , une tendance à parcourir la diversité des phénomènes pour arriver ù leur racine commune -, notre intelligence consiste à savoir dériver le particulier du général , le borné de ce qui n'a pas de limites ou du moins en a de plus reculées. Mais, en procédant ainsi de bas en haut, nous ne trouvons pas de fin dans le monde empirique; au lieu d'un véritable point final dans la série ascendante des causes, nous ne voyons partout qu'un enchaînement, une dépendance mutuelle, chaque membre étant lié à des conditions placées hors de lui. Cependant, comme on ne saurait concevoir d'effets sans causes , nous sommes obligés , pour ne pas nous mettre en contradiction avec nous-mêmes , de reconnaître qu'il y a, par de là la sphère de nos sens, quelque chose qui est la cause première de tout l'univers phénoménal, une existence primordiale , de laquelle procède toute existence particulière.

2° Cette existence primordiale doit être unique „ doit embrasser le tout ; car s'il y avait quelque chose hors d'elle , elle serait encore dépendante, elle ne formerait pas le dernier anneau de la chaîne des êtres. En sa qualité d'unité embrassant tout, elle n'a point de bornes, elle est éternelle et infinie. A titre de cause première , de principe auquel se rapporte tout ce qui reconnaît une cause, elle ne dépend que d'elle-même : elle a sa cause absolument en elle-même ; ce doit donc être une chose véritablement intérieure , ayant la conscience de soi-même , et jouissant d'une absolue liberté. Comme source de toute existence particulière enfin , elle doit être l'existence en général , l'existence en elle-même , et ne connaître aucune condition ni de quantité , ni de qualité , puisque ce ne sont là que des limitations , que des modes particuliers d'existence comparativement à d'autres.

3° Toute existence particulière , en tant qu'elle procède de l'existence primordiale, doit lui correspondre, mais de telle sorte cependant qu'elle s'en rapproche plus ou moins, qu'elle

en porte plus ou moins les caractères , puisqu'à titre de chose spéciale, limitée et subsistante à côté d'autres choses, elle est en possession de qualités déterminées, à un degré également déterminé. Maintenant, nous ne connaissons immédiatement et véritablement qu'une seule existence, celle de notre moi. Si donc le producteur s'imprime dans le produit , et la cause générale dans un effet particulier, les attributs qui appartiennent à notre moi d'une certaine manière et dans certaines limites , doivent appartenir à l'existence primordiale d'une manière absolue et illimitée. Nous reconnaissons notre moi comme un intérieur impénétrable à des sens étrangers , général, et ayant la faculté de se déterminer soi-même; le noyau de notre essence, la raison, crée la pensée primordiale, qui , mise en présence des autres idées , s'annonce comme l'unité suprême , comme une généralité sans bornes , sans limites, reposant en elle seule. Notre existence spirituelle , dont nous avons seuls une connaissance véritable , et à l'égard de laquelle nous jouissons d'une certitude absolue , a donc conditionnellement les mêmes attributs que l'existence primordiale possède absolument; en conséquence, cette dernière est spirituelle : le spirituel ne se manifeste pas immédiatement aux sens , qui ne peuvent le connaître que dans ses effets ; donc aussi la chose placée en dehors de l'empire des sens, qui est la source de tout ce dont ceux-ci peuvent être frappés , est spirituelle.

4° Les attributs supposent une essence à laquelle ils soient inhérens : l'existence primordiale elle-même ne peut consister en une abstraction ; elle ne peut être unité absolue , infinité , liberté ; il faut qu'elle soit un être unique , infini , libre , l'esprit du monde , Dieu.

5° L'attribut de l'être primordial est la liberté, qui implique activité ; car l'idée d'une force libre entraîne celle d'action de la part de cette force. Partout où il y a action , il doit y avoir aussi un produit de cette action , un effet ; l'action a pris , dans l'effet , une forme particulière , elle s'est renfermée dans certaines limites , elle est devenue finie. Ainsi l'infini f en agissant, doit produire le fini, et comme il est unique, comme il ne ressemble qu'à lui-même , cette émanation du

FOUCE VIT AN!.

fini doit être inséparable de lui , et par conséquent éternelle ; lu créature n'a donc ni commencement ni fin , et le monde n'est point un produit achevé , mais une exislence qui se déroule sans cesse. Cette émanation n'est pas non plus une séparation d'avec l'infini , elle en est la manifestation, la révélation , car il ne peut rien y avoir en dehors de l'infini, et le fiui ne saurait subsister sans être supporté par l'infini : l'un est la manifestation continuelle de Dieu , et Dieu ne se trouve pas en dehors de l'univers : il y a entre eux le même rapport qu'entre intérieur et extérieur, idée et fait, force et phénomène.

6° Les bornes de l'existence , qui établissent la réalité des choses , sont le temps et l'espace ; le temps et l'espace marquent l'apparition de l'existence comme chose divisée, comme multiple procédant de l'unité primordiale , comme pluralité de choses qui se succèdent l'une à l'autre dans le temps , et sont par conséquent périssables , qui se trouvent placées à côté les unes des autres dans l'espace , et sont par conséquent limitées. En même temps que la diversité ,1' :stence a acquis une direction et une constitution déterminées : le général est devenu particulier ; ce qui résidait dans l'existence primordiale s'est déployé sous des formes spéciales.

7° La force est la cause intérieure , se manifestant sous la forme du temps, d'effets particuliers, l'unité d'une essence, de laquelle procède la diversité de ses manifestations , le général qui s'exprime dans une série de caractères. Elle est donc , pour un rapport spécial et pour un cercle donné , ce que l'esprit du monde est pour le tout, en général, c'està-dire ce qu'il y a d'essentiel , ce qui joue le rôle de cause. Les diverses forces répandues dans l'univers sont donc le premier né de l'idéal, le déploiement immédiat de son activité dans des directions particulières, les rayons qui vont d'un centre unique vers la périphérie. La force est donc la cause agissant dans le temps : considérée comme possibilité , elle donne le pouvoir ; apparaissant en réalité , elle constitue l'activité ; régnant comme nécessité , elle représente la loi.

8 ' Dans la matière, les forces se neutralisent réciproquement; comme elles se limitent sans cesse, leur action devient la-

tente ; le cours de leur manifestation dans le temps s'arrête , et il apparaît une existence durable, qui représente une chose extérieure et remplissant l'espace.

9° Comme le temps et l'espace sont les formes nécessaires du fini, rien ne peut être fini, qui ne remplisse un temps déterminé et en même temps un espace déterminé. La force et la matière sont donc partout réunies l'une avec l'autre; tandis que la matière repose sur des forces qui s'enchaînent réciproquement, les forces ont besoin, pour se manifester, d'une matière qui leur serve de support.

§ 1008. De ce qui précède découle [le caractère de la création , telle que l'entendement la conçoit en embrassant toute l'étendue des connaissances acquises par les sens.

I. L'univers est l'ensemble de toutes les choses finies et la manifestation de l'infini. Il réunit donc en lui ce contraste , de sorte que, considéré dans sa totalité, il porte en lui les caractères de l'infini , et partout apparaît fini dans ses parties. Il se compose de choses dont l'existence est limitée dans le temps et l'espace ; mais toutes ces choses particulières sont un infini : elles n'ont, dans leur ensemble, ni commencement , ni fin ; elles sont infinies sous le point de vue de l'espace , et éternelles sous le rapport du temps ; on ne saurait concevoir ni le néant, ni la cessation du temps.

IL L'univers réunit indépendance et dépendance.

1° Une chose isolée ne porte pas en soi la plénitude de l'existence ; elle est bornée en conséquence , déterminée par d'autres choses , et dépendante d'elles ; elle est l'effet d'une autre chose qui l'a précédée ; mais cette dépendance est sans terme , elle embrasse toutes les spécialités , chaque effet devient à son tour une cause ; dans la masse produite par des forces se développent de nouvelles forces ; de. là résulte , à travers tous les temps et tous les espaces, un enchaînement non interrompu de causes et d'effets , dont le commencement ne se trouve que dans l'idée infinie.

2° Mais l'univers en général se détermine lui-même : il n'y a et n'arrive donc rien en lui, dont la pleine etentière raison ne soit en lui ; car il n'est pas une chose différente de l'infini , et il est l'infini lui-même se manifestant. Rien ne peut arriver ,

rORCE VITALE. 687 si ce n'est par les forces de la nature et d'après les lois' de la. nature.

III. Le monde embrasse l'unité comme expression de l'éternité, et la diversité comme caractère du fini.

1° La diversité se rapporte à la quantité et à la qualité. Parmi les choses il y a pluralité , tant sous le point de vue du nombre et du degré , que sous celui du mode d'existence ; mais le propre d'une existence ne peut consister qu'en ce que l'existence primordiale se représente en elle d'une manière particulière , ou que telle ou telle de ses particularités se réalise en elle dans des limites déterminées. Toute chose particulière est donc l'existence primordiale se manifestant dans une direction spéciale et à un degré spécial , un seul rayon réfléchi de celte existence. Mais , prises toutes ensemble , elles amènent toute possibilité idéale à la réalisation complète ; comme elles représentent tous les modes possibles d'existence , leur ensemble exprime l'idée ^de l'existence en général.

2° Une qualité , quelle qu'elle" soit , n'est jamais qu'une chose relative , et le particulier n'existe que comparative-* ment ; la nature est une, et une existence générale embrasse toutes les spécialités. Comme toutes les particularités proviennent de la même souche, elles ont de l'affinité, elles sont en contact et en conflit les unes avec les autres. Les choses les pins hétérogènes nous montrent un certain rapport sous le point de vue de ce qu'il y a d'essentiel en elles : les lois de la raison sont identiques avec celles du monde matériel; les unes et les aulres ne sont les véritables lois de la nature qu'autant qu'on les embrasse dans leur unité.

3° Les choses apparaissent , dans l'univers , sous un point de vue commun , comme établies en série , suivant qu'elles représentent des directions isolées de l'existence primordiale , ou qu'elles sont un ensemble de plusieurs ;de ces directions, et prennent une part plus large à l'existence générale.

4° La nature comprend partout force et matière , activité et existence ; mais l'activité et l'existence, considérées comme une seule et môme chose , représentent l'idée qu'on exprime,

parle mot devenir ; donc la nature, qui est infinie, et qui puise en elle-même les motifs de ses déterminations, est une création infinie par ses propres forces, un développement continuel, qui ne se repose jamais.

IV. Les choses particulières agissent , comme telles , conformément à leur spécialité inhérente , de manière que les résultats qui découlent de là ont l'apparence d'être les effets d'un hasard aveugle. Mais les choses particulières sont liées par l'unité de la pensée, et le monde, envisagé dans son ensemble , est l'expression de l'existence spirituelle primordiale, de laquelle il émane. S'il nous est donné d'apercevoir une force spirituelle quelque part hors de nous, nous devons aussi la considérer comme ce qui joue le rôle de cause déterminante dans l'ensemble de l'univers.

1° Or , cette force se manifeste par l'harmonie dans l'univers. Malgré l'infinie variété des phénomènes particuliers , l'univers demeure toujours le même dans sa marche et dans les formes générales de son action -, il est l'accomplissement de lois éternelles. Mais la loi est ce qu'il y a de fixe , d'invariable, d'idéal dans le périssable , le variable , le phénoménal. Dire que la loi règne, c'est exprimer en d'autres termes qu'une pensée continue domine au-dessus du particulier, et se réalise par lui.

2° La pensée du tout , composé des choses particulières , est la cause de l'univers. Le général se déploie suivant toutes les directions, et se manifeste par une infinie plénitude d'existence et d'action variée ; le particulier développe ses forces , maintient son existence jusqu'à un certain point, et cède ensuite le pas à d'autres particularités, afin que le tout demeure toujours semblable à lui-même.

3° La constitution de l'univers est conforme à ce but. Les choses particulières sont établies de manière qu'elles portent en elles de quoi concourir au maintien de tout; entre elles règne une harmonie qui fait qu'au milieu de la répartition inégale des forces diverses, celles-ci sont cependant en équilibré; de même, les directions d'ensemble sont telles, qu'elles favorisent l'existence des choses particulières.

FORCE VITALE. 689 4° Cet ordre, cette harmonie nous conduisent nécessairement à reconnaître une source spirituelle de toute existence, et comme l'intelligence impartiale est forcément amenée à ce point de vue, l'usage veut qu'en prononçant le mot de nature nous désignions , non pas seulement l'univers comme somme de toutes les spécialités , mais encore , d'un côté , l'harmonie qui en fait l'essence, d'un autre côté, la force créatrice elle-même , comme existence spirituelle primordiale qui se révèle par des buts divers et un ordre légitime (§2,11).

§ 1009. 1° La nature se répète dans ses membres, en réunissant plusieurs spécialités pour en former un tout à part , ayant en lui-même la raison de son activité. Chacun de ces tous est l'image de l'univers ; mais , par cela même qu'il n'est qu'une copie , il a les formes du Uni , il est renfermé dans des limites déterminées , de sorte que chacun est tout , non pas d'une manière absolue , mais d'une manière purement relative , et par comparaison avec le simple. Ces copies ne peuvent pas non plus se ressembler toutes ; chacune doit , en vertu de l'infinie variété de la nature , avoir ses particularités propres ; chacune doit porter le cachet de l'univers à un degré différent et d'une manière spéciale.

1° Le système des mondes dont notre globe fait partie est une de ces copies. Nous y découvrons une multitude de corps dont chacun a sa densité , son volume , sa situation , son mouvement propres , etc., mais qui sont réunis en un tout pour ainsi dire articulé. L'un agit par gravitation sur les autres, conformément à sa constitution ; mais il est à son tour sollicité et déterminé par ceux-ci, et, au milieu de ce conflit, la permanence du tout est établie par l'accord régnant entre les parties, par la légitimité et l'harmonie de leurs orbes. L'ensemble se meut autour d'un corps central , qui est l'expression matérielle de l'unité , mais qui prouve, par son mouvement , que lui-même est subordonné à un autre tout placé plus haut que lui.

2° Dans ce système, notre planète se montre , comme les autres, un membre spécial , qui , à son tour , forme un tout à part , de sorte qu'elle n'est pas déterminée d'une manière iv. 44

absolue par le corps central , mais que sa gravitation vers lui se trouve limitée par un certain degré d'indépendance, et qu'elle se meut autour de lui, dans un orbe elliptique, par la réunion d'une force centripète et d'une force centrifuge. Elle embrasse la terre , l'eau et l'air, qui , clans leur conflit perpétuel , se décomposent et se reproduisent sans cesse , de manière à maintenir le tout. Sa rotation autour de son axe , l'orbe qu'elle décrit , et l'obliquité de l'écliptique ont pour but de mettre tous les points en rapport avec le corps central avec le plus d'uniformité possible.

3° Considérées dans leurs spécialités , les parties de notre planète paraissent absolument dépendantes , une pure matière , qui , en vertu de l'enchaînement des forces , ne jouit pas de la faculté d'agir par sa propre impression, et ne peut le faire que par une impulsion étrangère. Le végétal , l'animal et l'homme se. montrent sous un tout autre aspect. Ici l'observation immédiate et l'étude approfondie nous font apercevoir un tout composé de parties qui sont des instrumens destinés à un but déterminé , ou des organes , un tout dans toutes les parties duquel se révèle une disposition harmonique ou une organisation , et qui manifeste sans nulle interruption une activité à lui dévolue en propre , ou la vie. Nous retrouvons dans cet organisme , mais d'une^ manière limitée , les mêmes attributs qui appartiennent d'une manière absolue à la nature en général. Cet accord nous autorise à reporter l'idée de l'objet de notre observation immédiate par les sens à ce que nous n'avons pu saisir que dans l'intuiiion intellectuelle. De la sorte , nous reconnaissons l'univers pour un organisme absolu, embrassant tout, et seul véritable organisme , dont la vie infinie se reflète dans des cerclesj de plus en plus rétrécis , et dans des créatures diverses , de plus en plus correspondantes à sa propre essence. A l'univers appartient la vie absolue , un développement infini d'activités variées , spéciales et agissant comme causes, les unes à l'égard des autres, qui à leur tour entrent en conflit avec leurs propres produits euxmêmes , et qui , en vertu de leur origine idéale commune, représentent un tout ayant en lui même la raison de ses dé-?

FORCE VIT1LE. 6gl terminations. Il vit parce qu'il est la manifestation , la révélation de l'idée infinie , et parce qu'il vit il travaille sans relâche à la vivification et à l'organisation de cercles ou de touts particuliers. Mais comme l'idée primordiale de l'univers se reflète dans les parties de ce dernier, de même elle est ce qui produit la vie des êtres organisés , et le microcosme renferme ainsi en lui des microcosmes qui lui correspondent. Le principe de la vie , ou la force vitale , des êtres organisés est donc l'idée primordiale se réalisant dans des limites déterminées (§ 229 , 319 , 322 , 476 , 1°). De là doivent découler les caractères de la vie (§ 1010, 1013), tels qu'ils se montrent surtout à ses plus hauts degrés de développement.

§ 1010. La vie individuelle comprend, comme la vie universelle (§ 100S, IV), l'idéal et le matériel.

io La matière d'un corps organisé n'a pas de stabilité : sans cesse flottante, elle est continuellement et produite aux dépens de matières étrangères et détruite (§ 473,910, III). La seule chose fixe est le type, c'est-à-dire l'expression d'une idée déterminée par une certaine proportion des parties constituantes dans la composition, la forme et l'activité. Comme la procréation (§ 321, 476), la régénération, et en général toute manifestation de la force médicatrice de la nature (§ 890, II), la vie est une réalisation non interrompue du type (§ 802). Tandis que les produits de la formation n'arrivent point à durer, l'idée est la cause continuellement agissante de cette formation ; elle produit et entretient, pénètre et vivifie toutes les choses particulières (§ 474, 4°; 475,4°; 894, 1°).

2° Tout dans l'organisme annonce un but déterminé. Chaque mélange particulier a ses rapports avec l'ensemble; cli ique forme spéciale sert de moyen pour une activité déterminée, qui à son tour trouve sa cause dans la vie de l'ensemble. Les activités sont des fonctions, c'est-à-dire des directions et des associations déterminées, des déploiemens de force pour remplir certaines vues. Les parties sont des organ s, c'cst-à dire des moyens d'arriver à des buts déterminés, qui résinent de l'idée de l'organisme. Suivant que cette idée est modifiée de telle ou telle manière dans les divers êtres

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organisés, l'organisation se modèle aussi diversement : c'est donc un des plus importans résultats de la zootomie d'avoir démontré que la vie subsiste et "accomplit ses fonctions malgré la diversité infinie de la configuration, et même sans organes spéciaux. Ainsi, chez les organismes inférieurs, la digestion <§ 917, 3»;, la respiration (§ 965, 1»), la distribution du suc •vital (§ 692, 1°), et la procréation (§ 917, 21), s'exécutent sans appareils qui leur soient exclusivement consacrés.

3° Tandis que, dans les corps inorganiques, le présent est tout simplement la suite du passé , sans nulle autre relation, il se rapporte toujours, chez les êtres organisés, à un avenir déterminé. Nous en avons la preuve non-seulement dans la formation première de l'organisme (§ 474, 6°), mais encore pendant tout le cours de la vie (§ 892, 1°). La nourriture a pour but de réparer les pertes que le sang a subies ; mais ï'estomac la réclame déjà dans' un temps où la quantité du sang n'est point encore diminuée ; de même, pendant la digestion stomacale, il y a déjà plus d'oxygène absorbé par la respiration (§ 979, 4°), que ce soit, pour remplacer l'acide employé à la formation du suc gastrique, ou pour élaborer le chyle qui doit se produire plus tard.

4° Mais le caractère infini de la force dont le principe vital est le reflet, se révèle surtout dans cette circonstance que l'activité et l'existence, la cause et l'effet, le but et le moyen, l'intention et le résultat, ne forment pas une série simple et se confondent mutuellement ensemble. Ce que l'action vitale a créé, est vivant à son tour, et devient cause de la persistance de l'action ; ce qui est produit entraîne la production d'autre chose (§ 894, 3°), et la vie est entretenue par la vie. Tout est réciproquement but et moyen. Si, par exemple, la respiration, en formant du sang artériel, agit pour l'action cérébrale qui a besoin de ce sang (§ 978, 2°), celle-ci lui sert à son tour pour exciter les mouvemens nécessaires à son accomplissement (§ 978, 1°). Ainsi, tout est véritablement nécessaire dans la vie , c'est-à-dire que tout y est l'inévitable suite de circonstances données, et en même temps indispensable par rapport à ses effets.

5° L'idée de l'organisme se réalise par la réunion des forces

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générales de l'univers (§ 315, 476, 3»). Tous les degrés de cohésion (§ 829, 10), toutes les espèces de substances élémentaires (§ 6S5, II), toutes les forces inhérentes à la matière (§ 989), tous les phénomènes dynamiques (§ 991), se trouvent réunis dans le corps organisé comme ils ne le sont nulle part dans les corps inorganiques, de manière que ce corps, représentant un véritable microcosme, un monde en petit, concentre en lui tout ce que la planète embrasse en elle. Le principe vital ne saurait se manifester immédiatement ; étant l'expression de la force générale de la nature, il ne peut le faire qu'au moyen des élémens généraux, de sorte qu'il crée avec ces derniers l'organisation qui doit lui correspondre. C'est lui qui établit les conditions de configuration nécessaires au travail de la plasticité ; par exemple, la séparation des masses pour le jeu de l'affinité chimique, l'atténuation des alimens pour la production du chyle, la répartition de l'air dans d'étroits canaux pour la respiration, la séparation de la masse du sang en petits courans pour la nutrition et la sécrétion. Il se sert des forces chimiques, mais ne parcourt pas la série des opérations chimiques jusqu'à arrivera l'indifférence, à la saturation, au repos, et maintient les substances dans un état continuel d'opposition, de tension réciproque. C'est seulement lorsque la force vitale faiblit que les forces de l'univers reprennent leur prépondérance ; alors les humeurs obéissent à la loi de la pesanteur, et le composé organique se détruit par la tendance des principes constituans vers l'équilibre chimique.

§ 1011. L'être organisé n'embrasse pas moins que l'organisme de l'univers (§ 1008, III) unité et pluralité (§ 475, 50).

1° C'est un caractère essentiel d'un corps organisé qu'il réunisse en lui des substances et des formes élémentaires diverses, des solides et des liquides. On y trouve à côté les uns des autres des tissus qui diffèrent sous le point de vue de la forme, de la texture, delà composition, des connexions, de l'emplacement; la tendance à la formation de spécialités s'étend jusqu'aux choses les plus particulières, de sorte que rien ne se répète parfaitement dans un même système, et que la composition, comme la forme, s'y montre diverse en, chaque point. L'exis-

tence de l'organisme se caractérise également par une diversité continuelle dans le temps, c'est-à-dire par une activité non interrompue (§473, 475, 477). La formation dure toujours (§ 876), parce que ce qui se forme ne satisfait ni n'épuise l'activité plastique, qui tend à l'infini. De là vient qu'il y a des organes et des fonctions d'ordre supérieur et d'ordre inférieur, suivant qu'ils renferment en eux une plus ou moins grande diversité, qu'ils ont des caractères plus ou moins spéciaux, qu'ils jouissent d'une vitalité plus ou moins forte, qu'ils ont des rapports plus ou moins éloignés avec la vie géfiérale.

2°Lavieestundéveloppernentd'oppositions(§474, S94, 2°), qui sont dans un état continuel de tension les unes à l'égard des autres, entrent en conflit mutuel, et s'excitent, se déterminent, se limitent réciproquement. Au milieu de tout cela, les spécialités s'harmonisent tellement (§ 475, 1°; 892, 2°, 3°, 5°; 955) qu'elles se Galquent les unes sur les attires (par exemple, la forme extérieure des poumons et de la poitrine), et qu'elles agissent toutes de concerfe dans la vue d'un but commun (par exemple, les différens sucs digestifs, les diverses parties de l'appareil de la digestion, les diverses formations élémentaires qui constituent le tissu de chaque point).

3° En vertu de l'unité qui unit le multiple, chaque point agit sur les autres, de sorte que l'excitement provoqué en lui se propage à ceux-ci, qu'il se transmet ainsi d'un cercle à d'autres de plus en plus spacieux, et qu'un effet local peut finir par devenir général. Mais, indépendamment de tout voisinage, il y a des organes et des fonctions qui sont mis, par les conditions de solidarité régnantes entre eux , dans des relations telles, que les membres opposés l'un à l'autre peuvent venir à se placer dans une situation, ou semblable par consensus, ou contraire pas antagonisme. Quoique ce genre de relation appartienne spécialement à certaines parties de l'organisme, il peut cependant s'établir partout ; car, en définitive, tout dans l'organisme obéit à la loi de la polarité, c'est-à-dire que chaque chose y ressemble aux autres en général, et diffère d'elles en particulier. L'unité dominante peut faire aussi qu'un organe tienne jusqu'à un certain point lieu d'un autre organe (§ 854), c'est-à-dire que l'organisme

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