‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 110 sur 134 · FORCE VITALE. 69J · texte numérisé non relu

FORCE VITALE. 69J

2° Dans l'assimilation (§ 881, 60 ) , l'organisme exerce une domination sur la matière extérieure , qui est susceptible de métamorphose en général , et de transformation en matière organique en particulier. Cette matière extérieure devient par là étrangère à elle-même; elle se décompose, pour s'incorporer à l'organisme , après avoir subi une métamorphose correspondante au caractère de ce dernier ( § 956 ). Et l'opération se continue dans l'intérieur , de sorte qu'un tissu s'assimile l'autre , le convertit en sa propre nature, et se l'approprie. Ainsi le sang agit sur la lymphe (§909, 4°; 919, 6°) et le chyle (§ 962 , 3°), le tissu sur le sang ( § 881 , II) , la surface sup purante sur le tissu (§ 855), etc. Pendant que les actes de la formation , qui se rapprochent des mutations de la matière inorganique, sont relégués aux surfaces limitantes extérieures, l'organisme exerce surtout dans son intérieur la force qui lui est particulière. Le travail proprement dit de la plasticité ne s'accomplit que dans les interstices des canaux, des ulricules, des sacs , en un mot , dans des cavités à parois tournées en face l'une de l'autre ; pour céder à l'empire de la substance organique , la matière qui doit subir l'assimilation a besoin d'être entourée par elle de toutes parts (§ 956) ; plus la cavité est située profondément et étroite , plus la transformation qui s'opère en elle est considérable (§883, 1°); ainsi, c'est précisément à l'origine si tenue des lymphatiques de l'intestin grêle , qui est la partie la plus intérieure du canal digestif , que la formation du chyle a son principal siège. Mais la force assimilatrice s'arrête à la matière indécomposable ou incapable de se métamorphoser en substance organique ; l'organisme peut même succomber à une assimilation , soit parce qu'il a trop de réceptivité et pas assez d'activité propre , comme il arrive à un tissu qui se flétrit d'être réassimilé au sang (§ 914, 5°) , soit parce que la matière étrangère oppose une résistance dont elle ne saurait triompher , comme il arrive à certains poisons corrosifs et à certains principes contagieux d'exercer un pouvoir assimilateur sur l'organisme.

3" Mais, dans l'état normal , l'organisme se maintient le même, malgré tous les changemens des conditions extérieures; car il n'emploie les substances étrangères que comme des

matériaux dont il a besoin pour déterminer lui-même sa formation , ou pour opérer lui-même sa conservation ( § 475 , 2» ; 894, 4°; 955, VII), et il crée son corps par un développement de dedans en dehors (§ 473, 40 ; 645, I ).

4o La conservation par soi-même dépend d'un renouvellement continuel, extérieur et intérieur, de substance, d'un conflit chimique , d'un échange de matériaux , tant entre l'organisme et le monde extérieur , qu'entre les difFérens tissus. Le sang , ou le suc plastique parvenu à son plein et entier développement , est le centre de ce renouvellement. Sa production , son perfectionnement, sa métamorphose , sa décomposition , sa destruction , sa reproduction constituent toute la partie matérielle de l'activité vitale ; et de même que cette succession continuelle de changemens est déterminée par le principe vital , par l'idée de l'organisme, s'exprimant dans l'individualité , de même, l'individu embrasse ces divers degrés de formation et englobe simultanément tous les âges de la matière organique. La circulation du sang est l'expression matérielle de la division en multiple et de la réduction à l'unité , comme le mouvement vital, toujours actif, jamais en repos , qui l'accompagne , se manifeste par l'expansion et la contraction continuelles du cœur.

5° La formation appelle à l'existence le particulier, que la décomposition fait ensuite rentrer dans le général : les tissus spéciaux repassent , par fluidification, à l'état de ce qu'il y a de général dans l'organisme , à l'état de sang , de même que les liquides sécrétés retournent par l'éjection aux conditions générales de l'univers. Mais la décomposition et la formation sont à tout jamais unies ensemble; car, au premier éveil même de la vie, il y a des tissus entiers qui se détruisent peu après avoir été formés. Toute forme réalisée exprime une chose finie complète ; la continuité de formation annonce qu'il y a au fond une tendance infinie qui s'agite en dedans de limites déterminées. Au moyen de cette formation continuelle, l'organisme renouvelle sans cesse son existence; il répète sa procréation. De même que la régénération est une répétition de la première formation (§888), la nutrition un analogue de la génération ( § 955), et la propagation elle-même une simple

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