I. On doit d'abord les étudier d'une manière générale
1° La résorption est déterminée , comme l'absorption ( § 906 , 4°j , par l'état de plénitude ou de vacuité du système sanguin. Lorsqu'on prend peu de nourriture, et que les pertes continuellement faites par le sang ne sont point réparées du dehors , les lymphatiques absorbent davantage dans leur propre corps. C'est par ce fait que les médecins onl été conduits à employer la faim comme moyen de traitement dans des maladies où il est à désirer que la résorption s'accomplisse d'une manière plus active. Magendie avait déjà remarqué (7) que les vaisseaux lymphatiques étaient plus pleins chez les animaux qui sont demeurés un long espace de temps sans recevoir de nourriture , et Collard de Martigny (8) a donné une
(1) Muller, Archiv fuer Anatomic, 1837, p. 5.
(2) Handbuch der Physiologie , t. I, p. 252.
(3) Foderà, Recherches sur l'absorption, p. 47. (i) Magendie, Précis, t. II, p. 325.
(5) Zeitschrift fuer Physiologie, t. I, p. 125.
(6) Leçons sur les phén. de lu vie, t. I, p. 80.
(7) Précis\èlùmcntaire, t. II, p. 199.
(8) Journal de Magendie, t. VIII, p. 177-203.
Il6 DE LA RÉSORPTION.
plus grande extension à ces expériences. D'après les observations qu'il a faites sur des Chiens mis à la diète , la résorption est tellement accrue durant le cours de la seconde semaine, que le système lymphatique entier se trouve gorgé de lymphe, ceux du mésentère contenant un liquide coagulable, transparent , blanchâtre ou légèrement rosé ; pendant la troisième ou la quatrième semaine , ce liquide diminue ; à partir de cette époque , le canal intestinal ne contient plus qu'un peu de lymphe , qui paraît provenir seulement des viscères. Une diminution immédiate de la masse des humeurs entraîne naturellement des résultats analogues. En effet , les saignées et les purgations , employées d'ailleurs dans des circonstances favorables, peuvent guérir les hydropisies et autres maladies de ce genre , en activant la résorption. La graisse que Marshall Hall (1) a trouvée dans le sang des animaux morts d'hémorrhagie, y était sans doute arrivée par résorption.
2° Les liquides organiques sont les substances dont la résorption s'empare avec le plus de promptitude et d'énergie ; viennent ensuite le tissu cellulaire, puis les muscles; les os s'y prêtent moins , et les autres tissus scléreux moins encore ; au dernier rang sont placés les tissus épidermatiques. Ainsi l'épiderme n'est point attaqué par une suppuration qui se forme au dessous de lui : il éprouve seulement de la distension , jusqu'à ce qu'd crève, comme on le remarque surtout dans les endroits où il a beaucoup d'épaisseur, par exemple, à la paume des mains et à la plante des pieds. Ce qui rend le panaris si douloureux , c'est que l'épiderme est gêné dans son expansion par la présence de l'ongle , tandis que partout ailleurs on peut le ramollir et le rendre plus extensible par l'application de corps humides. On ne saurait donc faire valoir comme un argument contre le renouvellement incessant de la matière (§ 909, III) , qu'après l'usage du nitrate d'argent à l'intérieur , la peau conserve souvent une teinte bleuâtre ou noirâtre pendant plusieurs années , et que les figures colorées dont les soldats , les matelots et les sauvages ont coutume de se tatouer, durent parfois toute la vie (1) ; car ces colorations
(1) Archives générale1!, 2,! série, t. II, p. 380.
(2) Mageiulic, Précis élément., t. II, p. 385.
n'ont leur siège que dans l'épiderme et le mucus de Malpighi ; et d'un côté , les substances employées pour les produire ont rendu chimiquement insolubles ces parties déjà si rebelles par elles-mêmes à l'absorption , tandis que , d'un autre côté , comme Haller en fait la remarque (1) , elles ont éteint la vitalité des points sousjacens de la peau , de sorte qu'elles cessent d'être sujettes à leur mue^habituelle. Mais, tandis que, d'après les faits qui viennent d'être rapportés, la résorption du liquide correspond à la mollesse et à la solubilité des tissus , elle est déterminée aussi par l'activité conservatrice de l'organisme et par le but auquel tend cette activité. Telle est la raison qui fait que le système nerveux , noyau de l'organisme animal , se conserve , malgré la mollesse de sa substance , au milieu de l'amaigrissement général , et que , sous le rapport de la persévérance , il marche l'égal du tissu tendineux , ou même le surpasse ; tandis que tout vestige de graisse disparaît dans le reste du corps, ce produit animal est respecté par la résorption dans tous les points où sa présence est nécessaire au mécanisme de la vie , par exemple , dans les orbites , à la plante des pieds et au siège.
3° La résorption est en raison inverse de l'absorption , spécialement dans les organes digestifs. Collard de Martigny (2) a observé, sur des Chiens, que, pendant la formation du chyle, c'est-à-dire pendant les sept à neuf premières heures qui suivent l'ingestion des alimens, les vaisseaux lymphatiques des autres parties du corps sont presque vides, tandis que, plus tard , et hors du temps de la disgestion , ils s'emplissent de lymphe. D'après cela, les lymphatiques du canal intestinal et ceux du reste du corps forment , comme les veines, sous le point de vue de leur activité, deux systèmes différens, en antagonisme l'un avec l'autre (3).
4° Un antagonisme entre l'action sécrétoire dirigée de dedans en dehors et l'action résorbante paraît avoir ;lieu aussi lorsque des obstructions sont levées et des extravasations ré-
(4) Loc. cit., t. VIII, P. n, p. 55.
(2) Journal de Magendie, t. VIII, p. 175, 187, 202.
(3) IOid., p. 208.
Il8 DE LA RÉSORPTION.
sorbées par l'effet du vomissement et des spasmes. Ici semble devoir se rapporter le cas observé par Jahn (1), dans lequel la vie , prête à s'éteindre, se manifesta encore par un redoublement de l'activité du système lymphatique ; il s'agit d'un hydropique chez lequel, au moment de la mort , on vit tout-à-coup disparaître l'enflure des mains , puis de la face, et ensuite des jambes , tandis que la vessie se distendit énormément.
IL A l'égard de la résorption dans les diverses parties du corps :
1° Elle est soumise à la loi générale suivant laquelle toute partie qui ne saurait se maintenir par sa propre vitalité, périt, ou devient la proie de la résorption, et s'atrophie, que ce soit parce qu'elle a rempli sa destination , et ne peut plus avoir d'utilité dans l'état auquel sa vie est alors parvenue ( § 909, 5° ) , ou parce qu'elle ne réunit plus les conditions nécessaires à la vie, comme dans l'atrophie du nerf, et des couches optiques après la perte de la vue par une cause extérieure , ou enfin parce que l'influence vivifiante du sang et de l'action nerveuse ne s'y fait plus sentir, du moins en proportion suffisante. Hunter a remarqué que la substance organique de formation récente, comme celle des cicatrices et du cal, est plus facilement résorbée, parce qu'elle a moins de force vitale inhérente. De même, dans les traitemens dont la faim fait la base, les productions anormales sont les premières attaquées et celles qui reçoivent les plus fortes atteintes; sous leur influence, les tumeurs diminuent de jour en jour, et finissent par s'effacer ; les ulcères s'enflamment dans les premiers momens, et deviennent douloureux, mais ne tardent pas à prendre un meilleur aspect ; les parties viciées subissent une mort complète, les bords cailleux disparaissent, la suppuration devient moins abondante, les bourgeons charnus se développent d'une manière rapide et régulière, la peau s'allonge de tous les côtés , et recouvre souvent de très-grandes étendues en fort peu de temps ; d'anciennes éruptions perdent bientôt leur auréole rouge, se dessèchent, et tombent
(1) Horn, Neues Archiv, 1829, p. 333.
en croûtes , au-dessous desquelles il s'est formé une peau normale (1).
2° Une inflammation accélère la résorption, notamment à l'époque de sa résolution, qui dépend même de ce travail organique, sous l'influence duquel le gonflement se dissipe. Ainsi, la graisse sous-jacente disparaît dans ies inflammations de la peau ; et dans celles des muscles, ceux-ci maigrissent, comme le membre entier (2).
3° Une pression mécanique détermine une résorption normale, en diminuant la nutrition. Ainsi, une portion de cerveau comprimée par une hydatide ou par quelque autre production pathologique tombe dans l'atrophie ; la peau et les muscles disparaissent par suite d'un décubitus prolongé dans une même attitude ; l'hydrocéphale amincit les os du crâne, les granulations de la dure-mère y creusent des excavations, les fongus de cette membrane les perforent ; la surface des vertèbres disparaît par résorption lorsqu'elle se trouve en contact avec des tumeurs anévrysmales, et la carie s'empare du diploé mis à nu ; dans la scoliose, les côtes, pressées les unes contre les autres, disparaissent; la tête d'un os , sortie de son articulation, creuse une nouvelle fosse, pour se loger, dans l'os contre lequel elle presse. Du reste, Hunter a remarqué qu'en cas de compression , il n'y a jamais de résorbé que le côté le plus voisin de la surface extérieure du corps ; ainsi, les abcès des antres maxillaires, des sinus frontaux et du canal nasal, s'ouvrent moins fréquemment dans la cavité nasale qu'à la face ; les corps étrangers tendent constamment à se rapprocher de la peau , et une pression exercée du dedans donne plus facilement lieu à la résorption que celle qui s'accomplit en sens inverse. Au contraire, la pression due à la pesanteur, dans le système lymphatique, met obstacle à la résorption , ce qui fait que la faiblesse générale causée par une station prolongée , détermine l'enflure des jambes, ou accroît l'œdème , si elles en sont atteintes déjà.
(1) Struve, Ueler Diaet-Entzieliuncjs-und Ilunyercur in eingewurzelten chronischen Krankheiten, p. 58.
(2) Gendrin , Hist. anat. des inflammations, t. II, p. 497. — E. Legallois, Mém. sur les maladies occasionées par la résorption du pus. ( Journal hebd. de médecine. Paris, 4829, t. M , p. 466 et suiv.)
§ 915. La résorption des parties solides suppose que cellesci ont été fluidifiées.
1° Des théories mécaniques faisaient admettre autrefois qu'elles ne font qu'être usées par le mouvement vital, et que cet effet dépend en partie des alternatives de flexion et d'extension des artères qui accompagnent les battemens du cœur, et s'étendent à tout le tissu organique, en partie du frottement que les liquides exercent dans les canaux, notamment dans les capillaires (1). Mais, pour réfuter cette hypothèse, il suffit d'avoir égard à la résorption de la substance osseuse, dont les fibres ne sont susceptibles ni de se fléchir ni de s'étendre, et qui ne saurait non plus être usée par le courant des liquides. On ne peut donc méconnaître qu'il s'accomplit une dissolution chimique.
2° Il n'est pas possible de démontrer que cette dissolution consiste en une combustion par le gaz oxygène du sang artériel, et que, comme le conjecturait Berzélius (2), cette combustion a pour résultat une production d'acide lactique, d'acide phosphorique et d'osmazome ; car la lymphe n'est pas fort riche en substances oxydées et en produits de ces trois dernières espèces, qui sont au contraire assez abondans dans les divers organes, puisque la matière cérébrale, si peu apte d'ailleurs à ressentir l'influence de la résorption ( § 914, 2° ), contient environ 0,0130 d'osmazome (§ 792, 12°), dont la quantité ne s'élève qu'à 0,0031 dans la lymphe (§ 912, 6»).
3° Ce n'était qu'une simple métaphore quand Hunter disait que les vaisseaux lymphatiques rongent les parties solides, comme les chenilles font à l'égard des feuilles. Ces vaisseaux, ainsi que l'a fait remarquer Blainville (3), ne peuvent absorber que ce qui a déjà été rendu fluide. Mais la fluidification ne saurait avoir lieu qu'au moyen du liquide entourant toutes les parties, et auquel nous avons donné le nom de suc plastique ( § 877, 6°). Nous reconnaissons là, avec Prochaska (4),
(1) Haller, Elem. physiolog., t. VIII, P. II, p. 55.
(2) Schweigger, Journal fuer Chemie. t. XII, p. 325.
(3) D'Héré, Do la nutrition dans la série des animaux, p. i ifi.
(4) Bemerkungen ueber den Organismus der menschlichcn Kœrpers , p. 105.
l'effet d'une double affinité élective, ou d'un échange mutuel, à peu près semblable à celui qui s'accomplit , dans les poumons, entre le sang et l'air ; les organes attirent, du suc plastique, les nouveaux matériaux nécessaires à leur propre conservation , et lui restituent ceux qui ont été mis hors de service ; mais, lorsqu'ils n'ont pas la force de se maintenir par cette attraction , le suc nutritif agit sur eux comme sur une substance étrangère, c'est-à-dire qu'il en fluidifie la masse entière , de sorte que leur substance prend la forme particulière dont la nutrition lui avait imprimé le cachet, et revient à une forme plus générale. Voilà comment le sang épanché lui-même peut exercer une action fluidifiante sur les os, et y produire une érosion qui dégénère plus tard en carie (1).
4° Le suc plastique ronge peu à peu les organes , et cette action est insensible à raison de sa continuité ( § 876 ) , ce qui fait qu'on ne l'apprécie que d'après ses effets. Cependant Kaltenbrunner (2) croyait l'avoir vue de ses yeux dans le cas d'accélération morbide de la circulation : il apercevait quelquefois çà et là , dans les îlots de substance de la nageoire caudale des Poissons et de la membrane natatoire des Grenouilles , un mouvement obscur, qui devenait peu à peu plus prononcé, après quoi il voyait des corpuscules libres se réunir ensemble , puis se mouvoir en deux courans opposés , qui formaient un réseau en s'abouchant ensemble. Ces courans, après en avoir ainsi produit de plus considérables , aboutissaient au capillaire le plus prochain , et ensuite disparaissaient d'eux-mêmes.
5° Les alcalis et les sels neutres accroissent le pouvoir dissolvant des liquides organiques , et favorisent ainsi la résorption. Les eaux minérales salines agissent surtout avec une grande force , spécialement celles dites du Sprudel à Karlsbad (3), sous l'influence desquelles des fractures depuis longtemps guéries reparaissent par l'effet de la fluiclificntion du cal. Le mercure et l'iode exercent une action analogue , en
(1) Bnrdach, Vom Bava und Lehen des Gehirns, t. Ht, p. 45.
(2) Froriep, Notizen, t. XVI , p. 309.
(3) Dict. de matière médicale. Paris, 1830, t. II, p. 409.
même temps qu'ils diminuent la force plastique. Mais nous reconnaissons dans les bains de vapeurs animales , qui ont la propriété de faire cesser les contractions et les ankyloses, sans agir ainsi d'une manière hostile, un mode d'action analogue à celui du suc plastique imprégné de chaleur vitale.
§ 916. Nous avons dit qu'une transformation s'accomplit dans l'intérieur du système lymphatique.
I. On en aperçoit déjà quelques vestiges dans les états anormaux. Dumas (1) admet que le pus peut subir une métamorphose dans les ganglions lymphatiques ; il en a trouvé les vaisseaux lymphatiques de la matrice pleins à la suite de fièvres puerpérales ; les ganglions auxquels les vaisseaux aboutissaient étaient tuméfiés et enflammés , mais les vaisseaux efférens ne contenaient pas de pus, non plus que le canal thoracique. Dupuytren a vu aussi (3) , dans un cas d'abcès à la cuisse , le pus s'étendre, dans les lymphatiques , jusqu'aux glandes inguinales , sans qu'il y en eût dans le tronc commun. Des observations analogues ont été faites par Lauth (4), après des épanchemens de sang.Cependant ces faits ne sauraient être cités en preuve d une transformation opérée dans les ganglions lymphatiques, que par ceux qui ontla conviction qu'aucune substance ne peut ici , pendant la vie , passer du système lymphatique dans les veines (§ 900 , II ).
n. Des argumens plus concluans sont fournis par les phénomènes qui accompagnent la soustraction des alimens. Comme le cours de la lymphe est déterminé principalement par l'absorption des extrémités radiculaires ( § 907 ) , et que l'absorption n'est nulle part ni jamais aussi abondante que dans le canal intestinal pendant la chylification , il s'ensuit de là que, quand un certain laps de temps s'écoule sans qu'il y ait de nourriture prise , le courant doit être très-faible dans le canal thoracique , et les caractères que présente alors la lymphe doivent dépendre de la lenteur de sa marche et du plus long séjour qu'elle fait dans le système lymphatique. Comme aussi
(1) Journal de Mayendie, t. X, p. 103.
(2) Magendie, Précis élémentaire, t. II, p. 493.
(3) Essai sur les vaiss. lymphatiques, p. 61.
la lymphe qui est demeurée long-temps stagnante dans des dilatations variqueuses de ses vaisseaux, offre les mêmes caractères , et qu'enfin ceux-ci sont plus prononcés dans le tronc commun que dans les branches radiculaires , la conclusion que nous avons tirée se trouve confirmée de la manière la plus positive.
1° Magendie a remarqué (1) qu'après un long jeûne, la lymphe acquérait une odeur spermatique , et Tiedemann qu'elle se coagulait plus rapidement et d'une manière plus complète. Collard de Martigny (2) a trouvé , chez des Chiens auxquels on refusait toute nourriture, que, pendant les premiers quinze jours, ce liquide était plus riche en principes constituans, plus coagulable et doué d'une odeur plus forte , mais qu'ensuiie il perdait de ses principes et de son odeur, se coagulait plus lentement, et finissait par ne plus le faire que d'une manière incomplète. Voici quelle était la proportion des principes constituans , à partir du moment ou les derniers alimens avaient été pris.
Albumine , graisse et matière colorante 570 628 600.
D'après cela, la quantité de fibrine au bout de trente-deux heures était à celle de cette même substance au bout de neuf jours dans la proportion de 100 : 193 , et au bout de vingtet-un jours dans celle de 100 : 106. Mais la proportion des autres substances organiques était pour les deux premières périodes de 100 : 110, pour la première et la troisième de 100 : 105. Une différence analogue entre la lymphe des plexus lombaires et celle du canal thoracique a été remarquée par Gmelin et A. Muller (3) , sur un Cheval qui n'avait rien mangé depuis vingt-quatre heures , si ce n'est un peu de son ;
Au bout de 32 heures.
Eau et sels Fibrine. .
(1) Précis élémentaire, t. II, p. 431.
(2) Journal de Magendie, t. VIII, p. 483.
(3) Diss. expérimenta circa chylum sistens, p. 55.
DE LA RESORPTION.
Eau. . . .
Fibrine. .
Albumine.
Plyaline.
Osmazome
Lymphe des plexus lombaires. Lymplic du canal tlioraciquc.
La quantité de la fibrine dans les plexus lombaires était donc à celle de cette substance dans le canal thoracique : : 100 : 168 , tandis que la proportion des autres élémens orguniques entre les deux lymphes était de 100 : 122. Ainsi , d 'après ces expériences, c'est la fibrine qui augmente le plus par reflet du séjour dans le système lymphatique ; puis viennent l'albumine et l'osmazome : la ptyaline est la substance qui augmente le moins. Les observations faites sur la lymphe humaine s'accordent avec ces résultats , quant aux points principaux ; la lymphe provenant d'un vaisseau lymphatique blessé donna , d'après H. Nasse, 0,0066 de caillot, tandis que celle qui avait été tirée d'une tumeur lymphatique en fournit 0,0144 suivant Friedrich, et que Krimer a trouvé 0,0249 de fibrine dans celle qu'avait donnée une tumeur du même genre. D'après cela , et comme la lymphe et le sang sont les seules parties organiques dans lesquelles on trouve de la fibrine liquide, nous sommes autorisés à admettre que celle-ci se forme dans l'intérieur du système lymphatique. Le suc plastique ne saurait être soumis à l'analyse chimique , et la sécrétion même des sucs séreux , qui , sans nul doute , est reprise en entier par le système lymphatique, ne peut l'être, la plupart du temps , que dans les cas où elle s'est accumulée d'une manière anormale. Mais, si nous calculons d'après les trente-deux analyses qui ont été rapportées précédemment (§ 814, 1° ) , nous trouvons, l'eau et les sels mis de côté, 0,0296 pour terme moyen de l'albumine , et 0,0061 pour celui des autres substances organiques ( osmazome , ptyaline et graisse ). Il est donc vraisemblable que , comme le système lymphatique contient également ces substances , elles y arrivent par absorption , que d'un côté il les transforme en partie en fibrine, et d'un autre côté en accroît la quantité , que ce soit d'ailleurs
par l'accession d'une lymphe plus concentrée, provenant de la résorption des tissus solides , ou par l'abandon de son eau aux tissus voisins en vertu de l'imbibition des parois.
2° Hewson(l) pensait que la lymphe acquiert dans ses ganglions les globules qu'on remarque en elle. Mais, comme Muller a découvert (2) ces globules dans la lymphe du membre inférieur dès avant qu'elle arrivât à dés ganglions, on est obligé d'admettre qu'ils se forment dans les radicules. Au reste , ce qui déjà porte à croire que leur production a lieu dans le système lymphatique même, c'est qu'ils auraient de la peine à s'y introduire du dehors , les parois étant closes de toutes parts ; 1 es phénomènes de leur coloration ajoutent un degré de plus à la vraisemblance de celte hypothèse.
3° Magendie avait remarqué le premier (3) que les animaux auxquels on a refusé de la nourriture pendant quatre à cinq jours , ont la lymphe rougeâtre , parfois d'un rouge de garance , quelquefois aussi jaunâtre , mais devenant écarlate dans le gaz oxygène et pourpre dans le gaz acide carbonique. Tiedemann et Gmelin ont également trouvé la lymphe rouge chez les Chevaux qu'on avait fait jeûner pendant trente à quarante-huit heures , et chez une Brebis qui n'avait pas pris d'alimens depuis quarante-huit heures , le caillot de ce liquide devint rougeâtre à l'air (4). Suivant Coliard de Martigny, lorsque la nourriture a manqué , la lymphe prend une légère teinte rougeâtre , et son caillot devient plus rouge à l'air , y acquiert même une couleur foncée au bout de quinze jours. Les observations suivantes prouvent que cette coloration dépend de la prolongation du séjour dans le système lymphatique. Fr. Nasse (5), fit ouvrir une tumeur lymphatique siluée à la face interne de la cuisse ; le caillot de la lymphe qui s'en écoula acquit à l'air , suivant Krimer (6),
(1) Expérimental inquiries, t. III, p. 67.
(2) Archiv fuer Anatomie, 1835, p. 143.
(3) Précis élément., t. II, p. 131, 172.
(4) Recherches expérimentales sur la digestion, trad. par A, J. L. Jourdan. Paris, 1 827, t. II, p. 73.
(5) Horn, Nettes Archiv, 1827, 1. 1, p. 382.
(6; Persuch ciner Physiologie des Bluts , p. 144.
•126 DE Lh. RÉSORPTION.
une teinte fortement rosée à la surface , et faiblement fleur de pêcher dans l'intérieur ; le gaz acide carbonique la rendit plus sombre , le gaz oxygène et les sels neutres plus rutilante. Dans un autre cas (1), une tumeur lymphatique au bras donna, après avoir été ouverte, une lymphe transparente, mais opaline, dont le caillot rougit à l'air.
4° La graisse disparaît assez rapidement par suite de la soustraction des alimens. Cependant elle semble ne pas rester en nature dans le système lymphatique , mais y contracter des combinaisons , ou y subir une décomposition ; car, dans les cas cités précédemment , la lymphe fut toujours trouvée claire et non lactescente. Une circonstance parle en faveur de cette transformation , c'est que , dans les inflammations vives du tissu cellulaire , la graisse se convertit en une bouillie demi-liquide avant de disparaître (2). Treviranus (3) allègue en outre que , chez les Mammifères , on trouve quelquefois une masse gélatiniforme dans des endroits qui d'ordinaire contiennent de la graisse.
JII. Plusieurs moyens peuvent concourir à cette transformation.
1° Le premier consiste daus la réunion des lymphes qui proviennent de parties diverses , et qui , par conséquent doivent aussi différer entre elles. Ce retour du multiple à l'unité, ou de la diversité à l'uniformité , a lieu surtout pendant le passage à travers les ganglions lymphatiques. Nous en avons pour preuve le nombre et le volume des vaisseaux efférens, qui sont moins considérables que ceux des vaisseaux afîérens, de telle sorte qu'on compte quelquefois quatorze à vingt des premiers pour un des seconds (4) .
' 2° Mais ce qui doit y contribuer le plus puissamment , c'est la force assimilatrice du sang contenu dans les capillaires qui s'accollent aux parois des lymphatiques, et en grande abondance, surtout à celles des ramifications qu'ils fournissent dans l'intérieurdes ganglions. Le gonflement des ganglions mésenté-
(1) Jbid., p. 147.
(2) Gendrin, Hist. des inflammations, t. II, p. 197.
(3) Biolotjie, t. IV, p. 512.
(4) Sœmmerring, Gefœsslehre, p. 520.
riques a sans contredit une grande part aux scrofules, à l'atrophie et à d'autres maladies dans lesquelles on le rencontre, et comme les vaisseaux que ces ganglions renferment, loin d'être obstrués alors, sont au contraire dilatés.ainsi que l'ont reconnu Sœmmerring, Cruikshank et Brugmanns, c'est là une preuve que les ganglions ne jouent pas seulement le rôle de voie à traverser, qu'ils servent encore par leur action transformante et assimilatrice (1). Aussi leurs affections ne sont-elles pas exclusivement matérielles (§ 903, 1°), et tombent-ils malades par sympathie, dans les troubles du travail plastique.