Quant à la substance de ses parois, la paroi du corps n'y
de la. digestion. 1 63
fournit que de la peau et des muscles chez les animaux inférieurs, comme la plupart des Infusoires et des Acéphales, plusieurs Gastéropodes , Annélides, etc., tandis que, chez les animaux plus complètement organisés , elle donne, en outre , un appareil osseux , la mâchoire. Cet appareil tend les parois de la cavité buccale , procure par conséquent une forme stable à cette dernière, et sert à l'insertion des muscles, en sorte que, l'ouverture et l'occlusion de la bouche s'exéculant avec plus de précision et de force , il devient possible de retenir, tuer, diviser et mâcher la proie, animale ou végétale, qui sert de nourriture.
On a vu que la périphérie animale forme d'abord la paroi du corps en circonscrivant les organes (§ 425) , et qu'ensuite elle produit les membres en se détachant de cette paroi (§ 434) ; la mâchoire réunit en elle ces deux caractères. D'un côté, elle fournit un support mobile à la paroi buccale , qui fait partie de la paroi du corps, puisque, chez les animaux vertébrés, elle l'embrasse comme pourraient le faire des côtes , et que , chez quelques invertébrés , elle entoure en manière d'anneau une certaine étendue de l'organe d'ingestion. D'un autre côté, la liberté de ses mouvemens , et plus encore l'action mécanique qu'elle exerce sur les substances étrangères , lui donnent le caractère des membres , dont elle acquiert même la forme chez les animaux sans vertèbres; en effet, il .est plusieurs de ces derniers chez lesquels elle constitue une paire antérieure de pattes appartenant à la tête, spécialement à la bouche, pattes dont les Insectes suceurs se servent , à l'état de larve , pour mâcher, tandis qu'à l'état d'animal parfait , elles remplissent seulement l'office de membres, et que, chez certains animaux articulés , quelques espèces de Monocles par exemple, elles sont employées pour saisir la nourr iture et la porter à la bouche.
1° Dans les animaux sans vertèbres , la mâchoire est un tissu épidermique, et fait partie du squelette cutané, quoiqu'elle soit en partie située sous la peau , à la surface de la membrane muqueuse , et que fréquemment elle ait un tissu , non pas corné , mais calcaire et osseux.
2° Lorsqu'elle existe chez les Rotateurs, les Échinodermes
et les Annéiides, elle est située, la plupart du temps, à une grande profondeur, sur l'œsophage , autour duquel il lui arrive souvent de former un anneau , comme chez les Oursins , où elle se compose de plusieurs pièces calcaires, garnies de dents et rendues mobiles par des muscles. Quand , au contraire, il y a un squelette cutané corné, comme elle fait partie de cet appareil , on la trouve alors hors de la cavité buccale , ou au devant d'elle, toutes les fois qu'elle ne s'allonge pas en une sorte de trompe -, ça et là on voit aussi apparaître des plaques cornées , plus ou moins mobiles , arlicu lées surtout avec le squelette cutané . qui affectent la forme d'une lèvre supérieure et d'une lèvre inférieure , comme chez les Insectes et les Crustacés , ainsi que chez les Arachnides et les Cirripèdes. Quelque chose d'analogue a lieu également chez les Oiseaux , où le revêlement corné de la mâchoire remplace les lèvres , tandis que , chez la plupart des autres animaux vertébrés , la mâchoire est située derrière les lèvres et couverte par elles.
3° Chez les animaux sans vertèbres , elle a la forme de membres ; elle se compose , par conséquent , d'organes moteurs pairs , situés latéralement vis-à-vis les uns des autres , qui se meuvent dans le sens du diamètre transversal du corps, c'est-à-dire en se rapprochant et s 'écartant de la ligne médiane. Une paire de ces mâchoires mobiles latéralement, cornées ou calcaires , existe chez quelques Gastéropodes et Annéiides. Chez les Insectes , les Crustacés et les Arachnides, la multiplication des membres en général fait qu'il y en a deux paires au lieu d'une seule , les mandibules , tranchantes ou dentées sur les bords, qui servent à diviser la nourriture , et les maxilles , qui , presque toujours, ressemblent davantage aux membres proprement dits , dont fort souvert d'ailleurs elles remplissent aussi l'office. Dans la forme opposée , les deux mâchoires agissant ensemble sont situées sur l'axe longitudinal du corps, et se meuvent en ce sens. Nous trouvons un indice de celte disposition dans les mâchoires cornées des Céphalopodes, qui, du reste, ne s'articulent point avec le cartilage céphalique , et ne sont attachées qu'aux parties molles. La forme dont il s'agit est Plus développée chez les
animaux vertébrés , où par conséquent les mâchoires prennent davantage le caractère de la paroi du corps ; tandis que la mâchoire supérieure revêt des formes variées , en raison de ses rapports avec le crâne , avec les organes de l'olfaction et avec ceux de la vue , l'inférieure constitue une ceinture osseuse simple , qui , à l'instar des côtes , se meut alternativement de bas en haut et de haut en bas, ou d'arrière en avant et d'avant en arrière , et à laquelle il arrive même quelquefois, par exemple , chez la Baleine , d'avoir exactement la l'orme de côtes. Il n'y a qu'un petit nombre de Mammifères chez lesquels , comme chez l'homme , les parties latérales , primitivement séparées, de la mâchoire inférieure, se soudent, sur la ligne médiane , de manière à ne plus représenter qu'un seul os. Chez tous les autres, elles ne sont unies que par une masse cartilagineuse ou ligamenteuse , disposition au moyen de hquelle elles ressemblent jusqu'à un certain point aux mâchoires latérales et analogues aux pattes des animaux sans vertèbres , mais plus encore aux côtes qui ne se joignent pas immédiatement sur la ligne médiane. Dans les trois classes inférieures d'animaux vertébrés, la même séparation s'observe, parfois même plus prononcée, ou bien il y a réunion au moyen d'une pièce osseuse impaire qui , par son analogie avec le sternum , fait ressortir davantage encore celle de la mâchoire avec les côtes. Au reste , à mesure que l'on remonte la série des animaux vertébrés , les mâchoires perdent de plus en plus leur ressemblance avec des membres , car le nombre des pièces osseuses et des points mobiles va toujours en diminuant. La mâchoire supérieure , qui est mobile chez les Oiseaux , quelques Reptiles et même plusieurs Poissons, perd toute mobilité chez les Mammifères , et l'os intermaxillaire , qui en fait partie constituante dans les quatre classes, disparaît chez l'homme. La mâchoire inférieure se compose encore de plus de deux os chez les Poissons , les Reptiles et les Oiseaux, où elle ne s'unit au crâne que par l'intermédiaire d'un os carré, simple ou résultant d'une série de plusieurs pièces osseuses ; chez les Mammifères, l'étatdes choses est simplifié, et le mouvement concentré tout entier dans l'articulation temporo-maxillaire ; chez l'homme , enfin , l'os perd bien plus encore de sa
ressemblance avec les membres , car la mâchoire est moins longue , moins proéminente et moins étroite en avant que chez les Mammifères.
II. A la cavité buccale sont annexées , chez la plupart des animaux , des formations épidermoïdes destinées à des usages purement mécaniques , qui sont flexibles ou rigides , filiformes, lamelleuses ou déchiquetées, cornées ou calcaires, et qui consistent tantôt en de simples saillies de l'épiderme condensé , tantôt en des papilles revêtues d'une couche épidermatique. Ces différentes formes passent de l'une à l'autre par des transitions telles que, forcés de nous borner ici à des aperçus généraux , nous ne pourrions entrer dans les détails qui les concernent , et qu'il nous suffira de les désigner, celles surtont qui sont dures , par le terme collectif de productions denliformes , attendu que les dents représentent la plus parfaite de toufes, celle qui prédomine. Leur action n'est pas moins variée. Tandis que , chez l'homme , elles n'ont d'autre usage que de diviser et d'atténuer les alimens solides , les animaux s'en servent aussi, et quelquefois même exclusivement , pour saisir, retenir et tuer leur proie , en un mot , comme d'armes offensives , ou comme d'instrumens propres à pénétrer dans d'autres corps pour arriver à un but quelconque, qui est généralement celui d'y opérer une solution de continuité. Il y a des cas où leur unique destination est d'empêcher les alimens solides introduits dans la bouche de s'échapper, pendant que les liquides s'écoulent avec facilité. Enfin, elles servent aussi, comme dents venimeuses, à charrier un suc digestifs
1° Des armes de ce genre garnissent le devant de la bouche particulièrement chez les animaux invertébrés suceurs ; par exemple, chez certains Vers , dont les crochets cornés qui entourent le suçoir s'implantent dans la membrane muqueuse, pour procurer des points d'appui à l'animal et déterminer une irritation qui appelle les liquides en plus grande abondance ; chez quelques Gastéropodes à trompe, qui n'emploient leurs parties cornées qu'à percer des trous dans le bois sec ; chez les Sangsues , où les pointes cornées font l'office de scies qui déchirent la peau et les vaisseaux sanguins. On peut éga-
leraent ranger ici, jusqu'à un certain point, les mâchoires souvent déniées que les Insectes et les Arachnides possèdent sur les côtés de la bouche ou de la trompe , les pointes cornées qui accompagnent le suçoir des Diptères et des Hémiptères.
2° La cavité buccale elle-même offre des soies sur ses parties latérales chez quelques Rongeurs et Cétacés herbivores ; des pointes cornées sur la langue chez quelques Gastéropodes, ainsi que chez beaucoup de Poissons, de Reptiles et d'Oiseaux, et chez plusieurs Mammifères , ceux surtout du genre Chat ; des dents au palais chez plusieurs Poissons, quelques Reptiles et l'Ornithorhynque ; des épines cornées , dirigées en arrière et implantées sur des papilles du pharynx , chez quelques Tortues de terre ; enfin des dents au même endroit chez beaucoup de Poissons , dont plusieurs ont la faculté de les mouvoir avec leur membrane muqueuse , comme le Hérisson meut ses piquans avec sa peau.
3° Les véritables dents, en parallèle avec lesquelles on ne peut mettre les dentelures que présentent les mâchoires des animaux sans vertèbres, manquent chez quelques Poissons, Batraciens et Mammifères qui se nourrissent d'insectes ; elles sont remplacées par un revêtement corné des bords des mâchoires chez les Tortues et les Oiseaux , quelques Cétacés et l'Ornithorhynque , tandis que , dans la Baleine , elles prennent la forme toute spéciale de baguettes implantées sur des papilles , qu'elles recouvrent d'un tissu de filamens cornés, constituant ce qu'on nomme les fanons. Le revêtement corné du bec des Oiseaux n'est également qu'une masse de filets cornés, dont les germes ont pris naissance chacun à part , et qui se sont ensuite agglutinés ensemble. Chez plusieurs Poissons et Reptiles , les dents se forment dans la gencive , et se soudent ensuite avec la mâchoire. Chez d'autres , ainsi que chez les Cétacés pourvus de deuts , celles-ci se produisent de la même manière , et s'enfoncent ensuite dans la mâchoire , mais sans se souder avec elle. C'est la marque d'un degré inférieur de formation de ces organes , quand ils n'offrent pas de différence dans leur configuration , et que, par exemple, ils constituent, comme chez les Raies, des plaques qui révèlent les mâchoires à la manière d'un pavé , ou représentent , comme chez le
i68 de la. digestion.
Dauphin , cent quatre-vingt corps coniques tous semblables les uns aux autres. C'en est une aussi qu'ils soient isolés et laissent entre eux des vides, comme celui qu'on découvre entre les dents incisives et les dents molaires , chez la plupart des Mammifères herbivores. C'en est une enfin que certaines dents, les canines surtout, fassent saillie au-delà des autres ; tantôt alors l'accroissement qu'elles continuent de prendre pendant toute la durée de la vie , les fait saillir beaucoup hors de la bouche , et elles ne peuvent être employées qu'à litre d'armes , comme chez l'Hippopotame et le Narwal ; tantôt lu forte courbure qu'elles prennent les rend impropres même à remplir cet office, comme chez le Babiroussa, qui s'en sert, dit-on, pour se suspendre aux branches des arbres, lorsqu'il veut reposer. Les dents de l'homme se distinguent en ce qu'aucune' d'elles ne ressemble parfaitement aux autres , qu'elles forment une série non interrompue , qu'ayant toutes la même hauteur, leurs surfaces triturantes se trouvent dans le même plan , et que celles de la mâchoire supérieure correspondent exactement à celles de la mâchoire inférieure (1). III. A l'égard de la cavité buccale elle-même, 1° Chez les animaux inférieurs, particulièrement chez ceux qui sucent , elle a une ouverture simple et ronde , dont le bord , quand il est un peu renflé , porte improprement le nom de lèvres, et dans tous les cas ne représente qu'une lèvre cylindrique. A un degré plus élevé, la bouche est une fente munie de deux lèvres. Cependant celte dernière forme se rencontre déjà quelquefois dans les classes inférieures , par exemple chez les Biphores parmi les Acéphales , et chez les Serpules parmi les Annélides.
2° Une cavité buccale prolongée en cylindre , faisant une libre saillie au-devant du corps , et constituant alors presque toujours un suçoir , bien qu'il lui arrive parfois aussi de servir à s'emparer d'alimens solides , existe chez les Acalèphes pédiculés, chez quelques Gastéropodes et Céphalopodes, chez divers Annélides , les Amphilrites entre autres, chez plusieurs Insectes , les Diptères principalement, et chez les Arachnides.
(1) Blandiu, Anatomie du système dentaire. Paris, 1836, in-8.
3° Comme les lèvres servent tout à la fois au mouvement et au sentiment éveillé par le contact , elles deviennent , en se développant , des membres et des organes du toucher. Ainsi la scissure de la paroi de la bouche en plusieurs prolongemens cylindriques donne les bras des Polypes, qui exercent les fonctions du toucher , enveloppent la proie , et la conduisent dans la cavité digestive , à l'amplialion de laquelle ils servent alors, de manière que leur longueur diminue pendant que l'animal digère. Des prolongemens analogues des lèvres se voient chez les Acalèphes , les Brachiopodes et quelques Gastéropodes. Les bras des Céphalopodes entourent la bouche et ses lèvres , et sont des répétitions de ces dernières , mais ne servent pas seulement à l'ingestion , car ils sont utiles aussi pour la locomotion et la succion. Celte dernière destination est plus marquée dans les tentacules situés au voisinage de la bouche , qui n'ont plus de rapport immédiat à l'alimentation , mais qui servent encore en partie à l'absorption, comme chez les Holothuries. Ces parties prolongées de la bouche affectent aussi quelquefois la forme de tubes , ainsi que l'annoncent déjà , dans la classe des Polypes , les bras excavés des Pétalopodes. La trompe amenant la nourriture à la bouche est produite, chez plusieurs Insectes, par une modification de la langue ou des mâchoires postérieures , chez l'Éléphant par un allongement cylindrique du nez et de la lèvre supérieure confondus ensemble.
4° La langue existe déjà en rudiment chez quelques Acéphales , mais offrant le type de sa formation , c'esl-à-clire se présentant comme un pli transversal de la partie inférieure de la cavité buccale. Elle est un peu plus développée chez la plupart des Gastéropodes et chez les Céphalopodes. Dans les Insectes , elle apparaît comme prolongement de la lèvre inférieure. Chez les animaux vertébrés, sa substance musculaire et sa mobilité augmentent : elle devient , en outre , plus large, plus molle et plus riche en nerfs. Mais sa configuration varie à l'infini dans les diverses classes; on la trouve divisée en deux moitiés latérales chez les Ophidiens , quelques Sauriens, et les Colibris parmi les Oiseaux; chez quelques Singes , elle offre une fente à sa partie supérieure et à sa
partie inférieure ; chez les Batraciens , c'est par sa partie antérieure qu'elle s'attache, la postérieure étant libre et mobile, etc.
b. Effets de Vaction des oryanet.
aa. Introduction des alimens.
§ 926. L'introduction des alimens s'accomplit de plusieurs manières diverses.
L Aux derniers échelons de l'animalité , elle a lieu sans choix.
d° Elle s'opère d'abord d'une manière purement passive et végétative chez les Éponges , et sans doute aussi en partie chez quelques Polypes , car les Sertulaires semblent absorber par leurs expansions radiciformes , puisqu'elles périssent quand on les enlève du lieu où elles étaient enracinées (1).
2° L'attraction opérée ici par affinité adhésive et chimique ne conserve la pureté de ce caractère, chez les autres animaux, que dans l'intérieur du canal digestif, à l'orifice duquel elle prend celui de l'animalité. Nous en trouvons déjà les premières traces chez quelques Éponges (Manon, par exemple) , et môme encore chez quelques Gastéropodes (Buccinum pallestre, par exemple) ; car , au dire de Schweigger (2) et de Treviranus (3) , ces animaux semblent recevoir leur nourriti.re par l'ouverture et l'occlusion alternatives de la bouche.
3° Les Vorticelles et les Rotateurs excitent , au moyen des cils dont leur bouche est entourée, un tourbillon , dont l'effet est d'amener dans la bouche les lnfusoires qui ont pu se laisser entraîner par lui. Les Entomostracés paraissent faire, sous ce rapport , le passage aux formes supérieures d'admission de la nourriture. Tandis que le Monoculus castor détermine , au moyen d'un mouvement vibratile , un tourbillonnement , qui amène tous les petits corps à la bouche par quatre gouttières obliques (4) , le Monoculus quadricoruis emploie ses
{\ ) Schweigger, Handbuch, p . 351 .
(2) Loc cit., p. 372.
(3) Biologie, t. IV, p. 310.
(4) Jurine, Hist. des Monocles, p. 55.
Dli IA. DIGESTION, I7I
membres conformés comme des mains pour approcher l'eau de sa bouche , dont les mâchoires saisissent les substances alibiles que le liquide peut entraîner (1), et tandis que le Ghirocéphale av;ile indistinctement tout ce qui se présente au-devant de sa bouche, comme les animaux aspirent l'air sans choix (2), le Monoeuîus pulex sait repousser ce qui ne lui convient pas avec les cils qui garnissent ses mâchoires internes (3).
4° Quelques Infusoires et Acalèphes tubuleux, nageant la bouche ouverte , saisissent ainsi les petits animaux qui se trouvent sur leur passage.
5° Enfin la Baleine attire une masse d'eau dans sa bouche, et la fait sortir à travers les fanons qui pendent de sa mâchoire supérieure, tandis que ces productions cornées retiennent les petits animaux dont elle fait sa nourriture et qu'elle avale ensuite.
II. La capture des alimens peut porter sur des substances déterminées , et se faire avec plus ou moins de choix.
1° Elle a lieu d'abord d'une manière analogue à celle dont l'émission du liquide générateur s'accomplit chez les animaux inférieurs , dont le canal déférent se renverse sur lui-même et vient faire saillie au-dehors (§ 133). Ainsi les Astéries vomissent en quelque sorte leur œsophage et une partie de leur estomac, dont elles se servent pour chercher des Poissons et des Mollusques, qu'elles enveloppent et avalent en faisant rentrer ces organes avec eux. Les Actinies projettent également leur estomac au dehors, et l'étendent sur les animaux qu'elles veulent avaler. Quelques Gastéropodes {Paludina) et Annélides (Àpbrodites et Néréides) font aussi saillir , pour s'emparer de la nourriture , une partie de l'œsophage, qui repré- S' nte alors une sorte de trompe temporaire , comme le caual déférent retourné simule un membre génital temporaire.
2° Une manière plus répandue de saisir la nourriture consiste à la prendre avec des lèvres , que celles-ci ne dépassent
(1) iA.,p. 6.
(2) lb., p. 209.
t3) lb., p. 100.
pas le plan de la surface du corps, qu'elles entourent une ouverture située à l'extrémité d'une cavité buccale prolongée en forme de trompe, ou qu'elles-mêmes s'allongent en tentacules analogues à des membres. Ainsi, chez les Mammifères herbivores , les lèvres servent encore principalement à diriger la nourriture, et elles sont si mobiles, par exemple chez le Cheval , la Brebis et la Chèvre , qu'elles embrassent les herbages , tandis que celles des bœufs ont moins de mobilité et d'action , et que celles des Cochons et des Carnassiers sont tout-à-fait impropres à saisir la nourriture.
3° Ici, en effet, c'est avec les mâchoires , particulièrement avec les dents incisives et canines , que l'animal saisit sa nourriture. Ce mode de préhension, fréquent dans toules les classes d'animaux vertébrés, a aussi lieu chezles Crustacés et les Arachnides , avec cette particularité , dans ces derniers animaux , que fort souvent les mâchoires postérieures , ou maxilles, celles qui ont le plus d'analogie avec des membres, sont chargées de saisir la proie , et de la transmeure aux mâchoires antérieures , ou mandibules , qui la divisent en morceaux et la dirigent vers la cavité buccale.
4° Il arrive fréquemment qu'une langue allongée et procidente est l'organe servant à attirer la nourriture. Cette disposition se rencontre, parmi les Gastéropodes , chez les Patelles entre autres ; chez le Caméléon , qui lance avec la rapidité de l'éclair sa langue plus longue que son corps , et la ramène chargée d'insectes agglutinés au disque terminal; chez les Batraciens, qui renversent leur langue attachée au rebord de la mâchoire inférieure , et la projettent ainsi sur les insectes ; chez les Pics , dont la langue , cornée à l'extrémité , munie de crochets sur les bords , et enduite , à sa face supérieure , d'un mucus gluant sécrété dans la cavité buccale , peut être fortement tirée hors du bec par les longues cornes flexibles de l'hyoïde qui se contournent autour du crâne ; chez les Fourmiliers ,dont la langue protractile est également rendue apte à engluer les insectes par un mucus visqueux sécrété dans la bouche. La langue des Bœufs embrasse la tige des plantes et l'attire dans la bouche , ce qui n'a lieu, chez les autres Ruminans et chez les Solipèdes, qu'après l'action
exercée par les lèvres. C'est aussi cet organe qui chez les Carnivores , dirige la nourriture dans la cavité buccale. La Girafe se sert de sa langue très-longue pour embrasser les branches des arbres et les attirer à elle.
5° La longueur des pattes de devant et du cou de la Girafe annoncent que cet animal est destiné à chercher sa nourriture dans des lieux élevés ; de même , l'Élan , dont le train de derrière est plus bas que celui de devant, recherche également le feuillage des jeunes arbres , dont il brise la couronne avec son bois , quand ils sont trop élevés , et s'il veut paître l'herbe , ils est obligé de se baisser, en reportant ses pattes de devant en arrière. Le Cheval a un cou de longueur suffisante pour pouvoir atteindre les hautes herbes des steppes qui sont sa véritable terre natale ; dans nos prairies , il est contraint d'avancer l'une de ses jambes antérieures , et de ployer un peu l'autre. Quant aux animaux à pattes courtes et à col peu allongé , ils trouvent leur nourriture sur la terre. Ainsi les pattes , et le cou , qui remplit l'office de membre , sont en harmonie avec le besoin de nourriture , et par leur longueur aggrandissent le champ propre à fournir des alimens ; chez les Oiseaux palmipèdes, l'allongement du bec y contribue encore , et chez l'Éléphant une trompe mobile supplée à la brièveté du cou.
6° Les Oiseaux de proie et les Mammifères carnassiers saisissent et retiennent leur proie avec les griffes , pour la déchirer ensuite avec les mâchoires , et la porter dans la cavité buccale avec la langue. Les Perroquets, les Singes et quelques Rongeurs , se servent de leurs pattes pour ce dernier office , et celles de devant sont celles que les Mammifères emploient. Cette disposition semble surtout avoir lieu quand la nourriture, très-consistante par elle-même , et renfermée dans une coque dure , a besoin d'être solidement retenue pour que les dents y puissent pénétrer. Le Castor ressemble aux Écureuils, aux Marmottes, etc., en ce sens qu'ils s'asseoit sur ses pattes de derrière, afin d'employer celles de devant à la manière de bras.
§ 927. L'introduction d'une nourriture liquide est la forme la moins avancée , puisqu'elle représente exactement la ma-
nière dont les végétaux se nourrissent. Cependant, partout où il y a un véritable organe digestif, elle a lieu , non pas par imbibition, comme dansles plantes, mais par des voies ouvertes..
I. L'admission du liquide par attraction , ou la succion , est le mode qui se rapproche le plus de celui qu'on observe dans le règne végétal.
4° C'est le mode de nuirition des Entozoaires (notamment des Vers cystLques , trématodes , acanthocéphales et cestoïdes)-, des Epizoaires appartenant aux classes des Crustacés et des Insectes ; probablement d'un grand nombre de Polypes , surtout parmi les Coraux , de plusieurs Acalèphes, de quelques Annélides, des Arachnides et de plusieurs Insectes compris dans les ordres des Diptères, des Hyménoptères, des Hémiptères et des Lépidoptère*. Dans la série des animaux vertébrés, on le retrouve encore chez les Myxinoïdes, dernier ordre des Poissons cartilagineux , chez les Têtards des Grenouilles (§ 392, 2»), et en partie au moins chez les Colibris ; mais les Mammifères ne l'ofîreBt que durant les premiers temps qui suivent la naissance , de sorte que l'état permanent chez les animaux inférieurs ést purement transitoire chez eux. Tantôt on rencontre , pour le passage du liquide , un canal produit soit par les lèvres qoe l'animal y plonge ou dont il entoure les corps solides qui le renferment, soit par lalangue , dont, chez les Colibris , par exemple , les deux moitiés latérales s'appliquent à cet effet l'une contre l'autre. Tantôt il existe un suçoir, qui est le prolongement immédiat des organes digestifs, ou une trompe mobile, annexée à la bouche et y versant le liquide. Enfin, chez certains animaux sans vertèbres, on trouve encore des épines spéciales, ou des parties analogues à des dents ou des mâchoires , qui , en pénétrant dans le corps liquide au sein duquel est contenu le liquide nourricier , viennent en aide à la succion. Mais on ne saurait établir une ligne de démarcation tranchée entre les animaux qui suçent et ceux qui mangent : car , d'abord , plusieurs Acalèphes sténobranches possèdent, indépendamment des tubes de succion disposés en cercle, une bouche centrale qui leur permet de prendre des substances solides ; ensuite , les suçoirs sont dilatables dans les Rhizostomes et
autres Acalèphes discopliores ; les Fourmis et les Guêpes consomment aussi des substances solides , quoiqu'elles ne fassent la plupart du temps que sucer , comme les autres Hyménoptères ; on en peut dire autant des Scorpions, attendu que leur trompe n'est pas, comme celle des Araignées , munie de soies qui empêchent les substances solides de pénétrer; les Myxinoïdes avalent également de petits animaux.Enfin, des animalcules, et des corpuscules , à la vérité visibles seulement au microscope , nagent constamment, en foule dans les liquides que sucent les Entozoaires , les Epizoaires , etc.
2° La succion repose , en général , sur ce que , par la formation d'une cavité qui n'existait pas auparavant, ou par l'agrandissement d'une cavité déjà existante , ou enfin par l'évacuation du liquide ou del'air que cette cavité contenait, il se produit un vide, dans lequel le liquide se précipite sous l'influence de la pression exercée par les parties d'alentour et l'atmosphère. L'organe de succion de plusieurs animaux sans vertèbres forme un creux qui agit à la manière d'une ventouse , le petit bouton qui en occupe le centre et qui offre une ouverture conduisant au suçoir, se retirant en arrière , tandis que ses bords s'appliquent exactement à la surface du corps que l'animal veut sucer. Chez les Annelides , l'organe digestif acquiert , par le mouvement de la paroi du corps à laquelle il tient, une ampliation qui le rend apte à exercer la succion. Chez les Diptères, les Lépidoptères et les Hyménoptères, l'estomac musculeux , destiné à l'attrition des alimens solides , est remplacé par une dilatation de l'œsophage, qui concourt aussi mécaniquement à la digestion, mais d'une autre manière, puisque lasuccion dépend desalternatives d'expansion et de resserrement de ses parois. Les Mammifères sucent un corps solide par l'action réunie des lèvres, des joues et delà langue, avec le concours de l'inspiration (§ 533,4°).
EL. L'ingestion d'une certaine quantité de liquide à la l'ois constitue l'action de boire, qui s'exerce de plusieurs manières.
1° Cette action s'accomplit d'abord par le même procédé que la succion , c'est-à-dire en humant le liquide au moyen de l'inspiration , l'air qui pénètre entre les lèvres en même temps que l'eau produisant un certain bruit. C'est ainsi que beaucoup
d'Oiseaux , lesSolipèdes, les Ruminans, les Cochons boivent; ces derniers animaux rapprochent les lèvres l'une de l'autre , et, réduisant l'ouverture de la bouche à une fente étroite , la tiennent à la surface de l'eau ou la plongent dans le liquide.
2° L'autre manière de boire consiste à verser , projeter ou amener l'eau dans la bouche , où elle descend par l'efl'et de sa pesanteur. Les Carnassiers et les Singes allongent la langue, l'élargissent, la recourbent à la pointe, et en font ainsi une espèce de godet au moyen duquel ils ramènent l'eau dans leur bouche. D'autre animaux , au lieu de lapper , comme ceux-ci, ne font que lécher l'eau , c'est-à-dire boire le liquide qui s'attache à leur langue. Certains Oiseaux appellent aussi la pesanteur à leur secours : ils plongent leur bec dans l'eau, en remplissent l'extrémité de liquide , puis le redressent, afin que l'eau puisse couler dans le fond de la cavité buccale.
3° La manière de boire de l'homme tient le milieu entre les deux précédentes. Elle a d'ailleurs cela de particulier, que le liquide est porté à la bouche au moyen d'un instrument quelconque , ne fût-ce que le creux de la main. L'homme tient le vase de manière que la boisson puisse couler dans la bouche ; il applique la lèvre inférieure à ce vase , la supérieure à la surface du liquide, puis retire la langue en arrière, et exerce le mouvement d'inspiration. Le liquide, ainsi en partie versé et en partie humé, se rassemble dans la cavité buccale , close en arrière par la langue et le voile du palais , et quand celte cavité se trouve pleine , il est avalé tout à la fois.
§ 928. L'ingestion des alimens solides n'a pas lieu partout de la même manière (1).
I. En général , et en particulier chez l'homme, la bouche s'ouvre, et la cavité buccale s'agrandit dans le sens de sa hauteur, ce qui est rendu possible par l'extensibilité de ses parois latérales, les joues, constituées en grande partie par les muscles buccinateurs , la peau et la membrane muqueuse.
1° Cet agrandissement de la cavité buccale résulte surtout de l'abaissement de la mâchoire inférieure, qui n'exige qu'un appareil musculaire assez faible, proportion gardée , puisque
(1) E. Laulh , Du Mécanisme par lequel les substances alimentaires, etc. Strasbourg, 4833, in-4, p. 4.
le propre poids de cette partie suffit déjà pour l'abaisser quand les muscles releveurs n'agissent pas. Les muscles qui l'exécutent sont le mylo-hyoïdien , le génio-hyoïdien , et surtout le digastrique, dont le point d'appui se trouve à l'hyoïde, que le sterno-hyoïdien , le thyro-hyoïdien et l'omoplat-hyoïdien retiennent par le bas. Le digastrique est surtout puissant chez les animaux de proie , auxquels il permet d'ouvrir largement la bouche.
2» La fente de la bouche est ouverte en même temps par le relèvement de la lèvre supérieure et l'abaissement de la lèvre inférieure , ainsi que par les buccinateurs , qui en tirent les coins. Tous ces muscles représentent les fibres musculaires longitudinales de la bouche, dont l'action s'exerce en sens inverse de celle des fibres circulaires des lèvres.
II. Chez les animaux qui mâchent peu ou point , et avalent de grosses bouchées, les mâchoires ont besoin de s'écarter beaucoup ; aussi se font-elles la plupart du temps remarquer par leur grande mobilité chez les animaux vertébrés des trois classes inférieures.
1° En effet , la mâchoire supérieure est flexible dans une partie de sa surface externe , ou à son union avec le vomer et l'os palatin, et sa partie antérieure se trouve soulevée quand la mâchoire inférieure s'abaisse , parce que ce mouvement repousse l'os carré en avant, et refoule en même temps les os qui viennent d'être désignés. Chez les Mammifères , cette mobilité n'a pas lieu , et la mâchoire supérieure ne peut contribuer à l'ouverture de la bouche qu'en se soulevant avec toute la tête. Ainsi un Chien ouvre la gueule, alors même que sa mâchoire inférieure est fixée , et l'homme aussi, quand il ouvre largement la bouche , redresse sa tête , s'il ne peut pas abaisser suffisamment sa mâchoire inférieure.
2° La mâchoire inférieure a plus de mobilité chez les Poissons , les Reptiles et les Oiseaux , parce qu'elle ne s'unit avec l'os temporal qu'au moyen d'une pièce intermédiaire , l'os carré , et qu'en conséquence elle possède une double articulation de chaque côté. Chez la plupart des Ophidiens, on observe , en outre , que ses deux moitiés latérales ne sont jointes ensemble qu'au moyen d'une membrane ligamenteuse sèche,
de manière que ces Reptiles ont la faculté d'avaler des animaux d'un volume presque égal au leur, leur peau et leur œsophage étant d'ailleurs susceptibles d'une distension considérable. Au reste, la longueur de la mâchoire et l'étroitessede son extrémité antérieure permettent aussi à labouche de s'ouvrir plus largement chez les Mammifères que chez l'homme.
§s929. Les alimens solides sont soumis à une action mécanique qui les atténue.
I. Cette action précède quelquefois l'ingestion. 1° C'est ce qui arrive quand le corps qui doit servir de nourriture a trop de volume pour pouvoir pénétrer en entier dans la bouche. L'animal le divise alors en morceaux , soit à l'aide de ses dents , qu'il y fait pénétrer , soit en le déchirant. On rencontre le second mode chez quelques Gastéropodes , par exemple , dont la langue est garnie d'armes au moyen desquelles ils détachent des lambeaux de la plante qui doit les nourrir. L'autre s'observe chez les Insectes masticateurs, dont les mandibules agissent à la façon d'une pince , pour détacher une pièce que les mâchoires cornées retiennent solidement , en s'appliquant à sa surface. La plupart des Oiseaux déchirent avec leur bec les corps qu'ils ne peuvent avaler entiers ; mais ceux de proie emploient leurs serres à cet office. Chez les Mammifères, les dents incisives sont destinées au même usage; aussi ne sont-elles pas situées exactement les unes au-dessus des autres^ presque toujours celles de la mâchoire supérieure avancent un peu , et leurs bords libres ne touchent que latéralement ceux des incisives inférieures, de manière que l'action combinée des unes et des autres ressemble à celle d'une paire de ciseaux. Les Mammifères ont souvent aussi recours à l'arrachement; en allongeant la tête , ils détachent avec les dents un lambeau du corps qu'ils retiennent avec leurs pattes, ou que son poids empêche de céder.
%° D'autres modes d'attrition préparatoire ont lieu égalelement. Le Boa , par exemple , entoure les animaux de ses replis , et leur broie les os. Beaucoup d'Oiseaux ouvrent les capsules des plantes, rejettent les cosses, et avalent les graines, etc.