II. L'action mécanique exercée sur les alimens introduits
dans la bouche consiste en une pression simple des mâchoires et des dents ou des parties analogues , pression qui , en détruisant la vie , et altérant plus ou moins la cohésion organique , rend les corps qui doivent servir de nourriture plus aptes à être avalés et digérés.
1° L'attrition des alimens avec les parties solides de la bouche est le mode le plus répandu. On en trouve déjà beaucoup d'exemples chez les animaux sans vertèbres , et elle paraît avoir lieu même chez quelques Acalèphes, dont la bouche est un peu cartilagineuse. Les Oiseaux ne font qu'écraser les alimens avec l'enduit corné de leur mâchoire ; mais, chez les Poissons et les Reptiles , où ces os sont garni de dents, il y a mastication.
2° Les dents qui , non seulement chez plusieurs animaux sans vertèbres , mais encore chez beaucoup de Poissons , garnissent la cavité buccale et sa partie postérieure , font éprouver aux alimens, pendant leur passage, une attrition qui n'exige point le concours de la volonté. L'enduit corné qui revêt la langue , par exemple chez les Sauriens et les Ophidiens, peut fort bien agir de la même manière. Quelques Gastéropodes , par exemple les Halyotides , écrasent également la nourriture contre une plaque calcaire.
III. La mastication est l'attrition des alimens par l'effet d'une pression répétée , accomplie volontairement.
1° On en connaît peu d'exemples chez les animaux sans vertèbres , où d'ailleurs elle est toujours fort incomplète. La plupart des Insectes qui vivent d'alimens solides , ne les mâchent pas, ou du moins ne les mâchent qu'en partie, laissant à l'estomac musculeux le soin d'achever cette opération. Chez ceux même dont les mâchoires seules concourent à la division des alimens, comme les Libellules , il y a plutôt écrasement que mastication proprement dite , et la position des mâchoires fait que l'acte s'accomplit plutôt au devant qu'à l'intérieur de la cavité buccale.
2° Pour qu'il y ait véritablement mastication , il faut que les mouvemens de la langue , des parois de la bouche et de la mâchoire inférieure , ramènent à plusieurs reprises les alimens entre les dents des deux mâchoires, qui les broient, les
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écrasent, les déchirent, en même temps que la salive affluente les ramollit et les réduit en une sorte de pâle. Celte mastication n'appartient qu'aux Mammifères , et même elle est très-bornée encore chez les carnivores.
3° La cavité buccale retient les alimens pendant la mastication; elle est fermée en devant par le muscle orbiculaire des lèvres, en arrière par l'abaissement du voile du palais et le soulèvement de la base de la langue , tandis que les buccinateurs et les muscles labiaux, appliquant les joues aux gencives , empêchent ainsi la nourriture de tomber au pourtour de la cavité , c'est-à-dire entre les mâchoires et les joues.
4° La langue surtout joue un rôle très-actif pendant cette opération. Chez les Mammifères , et en particulier chez l'homme, des muscles la fixent en haut et en arrière au crâne, plus en devant au voile du palais, en bas et en avant à l'os hyoïde , et la meuvent dans toutes ces directions. Sa partie postérieure suit aussi les mouvemens de son support , l'hyoïde , que des muscles tirent en haut et en arrière vers le crâne , en haut et en avant (par les muscles formant le fond mobile de la cavité buccale) vers la mâchoire inférieure, en bas et en arrière vers l'omoplate , en bas et en devant vers le sternum et le larynx. Cette dernière connexion fait aussi que le larynx se meut en même temps qu'elle. La langue possède , en outre , des fibres musculaires spéciales qui , marchant en long, en travers et en profondeur , se croisent dans toutes les directions, déterminent des mouvemens propres, et s'entrelacent avec les fibres terminales de ses muscles intrinsèques ; ces fibres ont été bien décrites par Gerdy (1). Elle est étalée par ses fibres perpendiculaires , qui en même temps l'amincissent, et par les muscles styloglosse et hyo-glosse qui , marchant sur ses bords latéraux , la raccourcissent; elle est rendue plus étroite, plus épaisse et plus longue , par ses fibres transversales ; recourbée par ses fibres longitudinales et les muscles de ses bords qui viennent d'être désignés ; allongée par ses fibres transversales , ainsi que parle génio-glosse, qui en occupe la ligne médiane. Quand
(4) Rocher ctiosl^anatomia, Paris, 1823, in-4, p. 20.
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ce dernier en abaisse la partie médiane , tandis que le styloglosse et le glosso-palatin en relèvent les bords, elle se creuse à la manière d'une gouttière , et lorsqu'au lieu de ces derniers c'est l'hyoglosse qui agit, qui en abaisse les bords, elle prend une forme bombée. L'ascension de l'hyoïde et du larynx la refoule vers le palais. Le stylo-glosse et le glossopalatin la portent en arrière , de telle sorte que si les fibres antérieures du génio-glosse en abaissent simultanément la pointe , elle offre une surface déclive d'arrière en avant. L'ascension de l'hyoïde et les fibres inférieurs du génio-glosse la rejettent en avant , de manière que si sa base est en même temps abaissée par l'hyo-glosse, elle présente une surface inclinée d'avant en arrière. L'hyo-glosse et le mouvement de l'hyoïde vers l'omoplate , la tirent en bas et en arrière. L'ascension du larynx et les fibres extérieures et supérieures du génio-glosse la dirigent en bas et en devant. Elle prend une direction oblique quand l'hyo-glosse, le génio-glosse et le glosso-palatin n'agissent que d'un seul côté. Enfin sa pointe peut se recourber un peu de bas en haut ou de haut en bas, suivant que les fibres longitudinales supérieures ou inférieures raccourcissent l'une ou l'autre de ses faces. Ainsi l'action réunie ou isolée, totale ou partielle, de ces différens muscles, lui permet d'exécuter les mouvemens les plus variés , de promener les alimens dans la cavité buccale, de les presser contre les parois , surtout contre le palais , de les écraser quand ils sont mous , et de les réduire en bol quand ils ont été atténués d'une manière quelconque et imprégnés de salive.
5° Les dents des deux mâchoires pressent les unes sur les autres quand elles se correspondent parfaitement , comme chez l'homme , et contribuent ainsi réciproquement à se maintenir fixées dans les mâchoires. Formant , chez lui , une série non interrompue , elles se prêtent latéralement un appui mutuel , qui fait que , quand les mâchoires saisissent un corps dur, l'action de l'une s'étend sur l'autre à la série tout entière, et que le point sur lequel porte immédiatement la pression oppose une plus grande résistance. La forme conique des racines contribue aussi à répartir la pression sur une surface plus large, puisqu'il résulte de là que celle-ci ne s'exerce pas
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uniquement sur le fond des alvéoles , mais sur toute l'étendue de leurs parois latérales ; les alvéoles et les dénis ont donc plus de force. D'ailleurs, la membrane muqueuse acquiert un caractère ligamenteux aux gencives , ce qui fait qu'elle oppose également une résistance considérable à la pression.
6° L'atténuation d'un corps en général ne peut avoir lieu que par piqûre, section ou pression, suivant que la force mécanique est concentrée sur un point , ou répartie soit sur une ligne , soit sur une surface. La forme des dents correspond à ces trois manières d'agir. Les canines piquent , et quand elles se croisent , elles déchirent ; elles manquent chez beaucoup d'herbivores, et sont surtout très - développées chez les carnivores , à plusieurs desquels elles servent aussi d'armes offensives ou défensives ; chez l'homme , elles ne sont ni aussi longues , ni aussi recourbées que chez les carnassiers , et , sous le point de vue de la force , elles tiennent le milieu entre les incisives et les molaires. Les incisives sont les plus faibles de toutes les dents, en raison de leur structure et de leur situation ; agissant comme des ciseaux , elles contribuent spécialement à couper la bouchée et à faire subir la première division aux alimens. Aucun animal ne les a plus développées que les Rongeurs , chez lesquels l'usure incescessante de leurs couronnes est compensée par l'accroissemen continuel de leurs racines (§808). Comme les deux moitiés de la mâchoire inférieure sont mobiles chez quelques Rongeurs , ses incisives internes s'inclinent l'une vers l'autre quand elle se relève (1). Les molaires écrasent et broient : aussi sont-elles plus fortes chez les animaux herbivores , les Ruminans et les Solipèdes surtout, tandis que chez les carnivores elles offrent de grandes pointes, qui leur permettent de percer et perforer, en même temps qu'elles écrasent ; partout ce sont elles qui, en raison de leur structure et de leur situation , agissent avec le plus de force ; aussi l'homme lui-même ne se sert-il que d'elles pour mâcher les substances les plus dures , bien qu'en toute autre circonstance il emploie toutes ses dents indistinctement.
(1) Meckel, Deutsehet ArcUv, t. II, p. 132. — Blandin , Anatomie du système dentaire. Paris, 1836, iil-8.
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7° Le plus général et le plus fort des mouvemens que la mâchoire inférieure exécute pendant la mastication est celui de bas en haut. Plusieurs muscles contribuent à la presser suivant cette direction contre la mâchoire supérieure : ce sont le masséter en devant, le temporal en arrière, le ptérygoïdien interne en dedans. Le temporal est celui de tous qui exerce l'action la plus verticale et en mêmetemp6 la plus énergique : aussi a-t-il une grande puissance chez les Oiseaux granivores, comme aussi chez les Mammifères carnassiers. On sait que ces derniers mâchent peu , généralement parlant , et qu'ils se contentent de broyer les os ; mais cet acte suppose une force considérable ; et ce qui contribue encore à le rendre possible , c'est la solidité de l'articulation de la mâchoire inférieure , à laquelle la largeur de son condyle interdit en outre tous les mouvemens latéraux , ne laissant libres que ceux d'abaissement et d'élévation. Chez l'homme , cette articulation est plus faible , et aucun muscle masticateur n'a de développement remarquable; la force motrice du temporal et du masséter agissant à angle droit sur la mâchoire inférieure , et la situation des molaires au voisinage de l'articulation faisant que l'obstacle à vaincre se trouve rapproché du point d'appui, il suit de là qu'un grand déploiement de force est possible aussi en cet endroit : effectivement, certains hommes parviennent à casser des noyaux de pêche , qui ne cèdent qu'à la pression d'un poids de trois cents livres. Si les muscles masticateurs étaient placés à une plus grande distance de l'articulation , ils pourraient déployer toute leur puissance , qu'on a évaluée , d'après ce dernier fait , à neuf cents livres , ou même au double (1). Au reste , la force mise en jeu est d'autant moindre que le corps serré entre les mâchoires a plus de volume, parce que l'obliquité de la mâchoire inférieure en arrière et en haut augmente en raison de la grosseur de ce corps , sur lequel les muscles ne peuvent plus alors agir à angle droit.
8° Au mouvement vertical s'en joint , surtout chez les herbivores , un autre horizontal , qui dépend d'un glissement du
(d) Haller, Elem. physiol., t. VI, p. 15.
condyle , opéré principalement par le muscle plérygoïdien externe, et qui complète l'attrition des alimens. Le mouvement en avant accompli par ce muscle , de concert avec le masséter, est très-prononcé chez les Rongeurs, dont le condyle de la mâchoire a un diamètre longitudinal considérable, qui lui interdit tout glissement latéral , en lui permettant de se porter avec facilité d'avant en arrière ou d'arrière en avant , et dont le masséter a un grand volume , tandis qu'on ne voit aucune trace de ce muscle chez les Oiseaux dont les mâchoires ne sont susceptibles que d'un mouvement vertical. Le masséter est tellement prononcé aussi chez les Chats et les Dogues , qu'il élargit la partie antérieure de leur tête et la fait paraître ronde. Le condyle glisse en arrière par le seul fait de sa disposition mécanique , quand les muscles qui le tirent en avant cessent d'agir ; le digastrique peut aussi contribuer à cet effet.
9° La mâchoire se meut latéralement lorsque l'animal contracte alternativement les ptérygoïdiens externes , et même les internes , des deux côtés , en aidant leur action de celle du masséter du côté opposé. Combiné avec celui d'avant en arrière , ce mouvement produit une rotation qui parachève l'attrition , et qui, assez bornée chez l'homme , a beaucoup de latitude chez les Solipèdes et les Ruminans , dont le condyle peut se mouvoir en tous sens dans la cavité superficielle qui le reçoit , et dont les muscles ptérygoïdiens sont très-développés.
10° La mastication , pendant laquelle les alimens prennent la température de la bouche , ou s'échauffent s'ils sont froids, et se refroidissent par l'effet du courant d'air, s'ils sont trop chauds , dure jusqu'à ce que la bouchée soit facile à mouvoir et à avaler, jusqu'à ce qu'elle cesse de flatter le sens du goût.
bb. Déglutition des alimens.
§ 930. La déglutition suppose deux choses : l'action musculaire , et la lubréf action des voies. Cette dernière condition est remplie tant par la salive et les mucosités sécrétées, que par l'humidité de la nourriture elle-même. Lorsque la gorge est aride , par exemple dans la fièvre , on avale
difficilement , et les corps secs , qui ne subissent ni la mastication ni l'insalivation , par exemple , les fécules , ne parviennent dans l'estomac qu'avec le secours d'une boisson. C'est à l'arrière-gorge , où la nourriture s'arrête le moins , que la sécrétion muqueuse est fournie en plus grande abondance , spécialement par les amygdales, que les mouvemens des piliers du voile palatin, entre lesquels elles sont situées , sollicitent à redoubler d'action et à se vider de leur produit. Mais la déglutition comprend le passage des alimens à travers la cavité buccale , l'arrière-gorge, le pharynx et l'œsophage.
I. Quand il s'agit de pousser les alimens dans l'arrière- . gorge , la mâchoire inférieure se relève , la bouche se ferme ,
les buccinateurs et la langue rétrécissent la cavité buccal e, mais le voile du palais laisse le passage libre. La langue, dont la base présente déjà , dans l'état de repos , un plan incliné en arrière, fait concourir aussi sa partie antérieure à la production de ce plan , les stylo-glosses relevant sa pointe et faisant naître par là, sur sa ligne médiane, une gouttière le long de laquelle les liquides coulent. Mais , pour faire suivre la même route au bol alimentaire , la langue s'applique à la voûte palatine, d'abord par sa pointe , puis successivement parles autres points de sa face supérieure, jusqu'à sa base. Toutes les fois que cet organe n'offre pas ses conditions normales , la déglutition devient difficile , ou même impossible sans auxiliaires (1). Chez le plus grand nombre des animaux , c'est à cela uniquement que se bornent ses fonctions.
II. L'arrière-gorge , ou l'espace situé derrière le voile du palais , dont la voûte est formée par la base du crâne , la partie inférieure par la base de la langue, l'extrémité supérieure du larynx et le commencement de la paroi extérieure du pharinx , enfin , la paroi latérale par les branches montantes de la mâchoire , est l'endroit où les voies alimentaires se croisent avec les voies aériennes , où celles-ci les aident dans leurs mouvemens, où les alimens cheminent avec le plus de rapidité , et où enfin iU passent peu à peu du domaine de l'action soumise à la volonté dans celui de l'action qui ne recon-
(4) Haller, Elem. physiolo(j.,U VI, i». 91.
nait pas l'empire de cette faculté. Les muscles qu'on y aperçoit ont l'aspect et la texture des muscles volontaires; les mouvemens de la base de la langue et du voile du palais peuvent aussi être déterminés par la volonté , de même qu'il est en notre pouvoir d'exercer complètement ceux de la déglutition sans que nous ayons d'alimens dans la bouche ; mais Magendie a fait voir qu'on ne possède cette dernière puissance qu'autant qu'il y a de la salive à avaler; si l'on répète plusieurs l'ois de suite le mouvement de la déglutition, il devient de plus en plus difficile , et finit par être absolument impossible. Le mouvement suppose donc ici un corps à faire cheminer, un objet extérieur sur lequel s'exerce l'action musculaire. Or c'est là le caractère des muscles involontaires. ' En effet , il nous est à peu près impossible de ne pas avaler la bouchée quand elle est parvenue derrière la base de la langue ; et nous avalons involontairement la salive pendant le sommeil, la syncope, l'état soporeux, par le seul fait de la réaction des muscles succédant à la stimulaiion de la membrane muqueuse , de même que la déglutition , bien qu'elle constitue un mouvement très-complexe , se fait déjà tout aussi complètement chez l'enfant à terme que chez l'adulte. Quant à l'acte lui-même , il consiste en un raccourcissement du canal , avec rapprochement de la langue portée en arrière et en haut, de l'hyoïde soulevé, du larynx dirigé en avant, et du voile palatin abaissé. Lorsqu'on avale une grosse bouchée, ou qu'on a de la peine à avaler, on penche la tête en avant, afin de rapprocher davantage toutes ces parties les unes des autres.
1° L'hyoïde est tiré en arrière par le stylo-hyoïdien, mais surtout en avant par le génio-hyoïdien, le mylo-hyoidien et le digastrique. 11 faut pour cela que la mâchoire inférieure soit fixée, et notamment qu'elle ait été relevée : aussi la déglutition est-elle difficile et incomplète dans les fractures, les luxations et la carie de cet os; elle l'est même déjà lorsqu'on tient la bouche ouverte.
2° Après que la base de la langue a été abaissée par les muscles fixés à l'hyoïde , afin de diriger la nourriture vers l'arrière-gorge, ceUrgane est tiré en arrière, par conséquent
raccourci et en même temps soulevé par le stylo-glosse , et élevé à peu près verticalement par le glosso-palatin.
3° Le voile du palais est un prolongement de la membrane muqueuse qui tapisse la voûte palatine et le plancher des fosses nasales. Il représente un pli formé de deux feuillets, entre lesquels sont étalés des muscles , et se trouve suspendu entre les cavités de la bouche et de l'arrière-gorge , de manière que sa partie moyenne pend sur la base de la langue, et que ses parties latérales, divisées en deux piliers, vont gagner le plancher de ces cavités. Sa partie supérieure renferme deux paires de muscles, qui descendent delà base du crâne, se réunissent en un arc dont la concavité regarde vers le bas , et le tendent en travers. Ces muscles sont le pétro-staphylin , qui se porte obliquement en bas et en avant , de manière à tirer en haut et en arrière le voile du palais , dont la partie supérieure de la face postérieure se trouve ainsi tournée obliquement en haut et en arrière , et le sphéno-staphylin , qui , se dirigeant en bas et en arrière , porte le voile en haut et en avant. Les piliers sont disposés comme des coulisses , et de telle manière que, quand on regarde le fond de la gorge par l'ouverture de la bouche, l'antérieur laisse apercevoir le postérieur , qui est plus large. L'antérieur descend vers la base de la langue , et contient le glosso-palatin , qui , en soulevant la langue et abaissant le voile du palais , ferme le passage de la cavité buccale à l'arrière-gorge , et attire le pilier vers la ligne médiane assez pour le mettre en contact avec la base de la langue ; le postérieur descend vers le pharynx , et le muscle pharyngo-palatin qu'il renferme remonte ce dernier , en même temps qu'il abaisse le voile du palais , et que, quand il est fixé par les muscles élévateurs , il rapproche les deux piliers de la ligne médiane , ne laissant entre eux qu'une fente étroite , dans laquelle pend la luette. Toutes ces particularités ont été parfaitement décrites par Dzondi (1). Tandis que les muscles abaisseurs sont en antagonisme avec les releveurs, le glosso-palatin et le sphéno-staphylin peuvent , par leur action simultanée, attirer les parties en avant , de même
(1) Die Functionen des woichon Gaumons, Halle, 1831, p. 44.
que le concours du pharyngo-palatin et du pétro-staphylin peut les porter en arrière. Quand la bouchée touche le voile du palais , celui-ci est tendu et porté un peu en avant par le sphéno-staphylin, aprèsquoi, le glosso-staphylin entrant en action, il concourt avec la langue à pousser la bouchée dans l'arrièregorge et à l'empêcher de rétrograder vers la cavité buccale. En? suite le pharyngo-palatin agit, et, conjointement avec lepétrostaphylin, il tire un peu en arrière le voile du palais, qui , placé ainsi obliquement, sépare la partie antérieure et inférieure de l'arrière-gorge de sa partie supérieure et postérieure, empêche les alimens de pénétrer dans les fosses nasales , et les dirige vers le pharynx. Le voile du palais étant tendu, on ne peut qu'avec beaucoup d'habitude , et en avalant lentement , prévenir le passage de la nourriture dans le nez. Mais Dzondi a clairement démontré (1) que ce voile ne se place pas horizontalement, comme on l'admettait jadis. La luette , qui manque chez les animaux, à l'exception des Singes, et dont la perte , chez l'homme , ne dérange pas sensiblement la déglutition, paraît moins exercer une action mécanique, que stimuler en temps utile l'action du voile palatin , par la propagation de l'impression , attendu que sa situation l'expose la première au contact des alimens, et qu'en vertu de la vive sensibilité dont elle est douée , elle se contracte instantanément. Du reste, chez certains Oiseaux, Reptiles et Poissons, le voile du palais est en partie remplacé par des dents ou des épines cornées , dont les pointes , dirigées en arrière, empêchent les alimens de revenir sur leurs pas.
4° Le larynx est attiré vers l'hyoïde par l'hyo-thyroïdien , et tous deux sont ensuite portés en avant et en haut par le génio-hyoïdien et le mylo-hyoidien. II résulte de là que les ligamens dont l'usage est de fixer l'épiglotte à l'hyoïde et au cartilage thyroïde , et qui le maintiennent redressé quand ils sont à l'état de tension , se relâchent , en sorte qu'il suflit déjà de cette circonstance pour faire sortir l'épiglotte de sa position verticale, comme on peut le constater, sur un cadavre, en repoussant de bas en haut l'hyoïde et le larynx. Mais l'épiglotte
m-, la nir.usTfON. 189 est abaissée davantage encore par la base de la langue, qui se rétracte vers elle, et au dessous de laquelle vient se placer le larynx reporté Ai avant. La conséquence en es,t que la glotte se trouve bouchée, et que les alimens ne peuvent ni s'introduire dans les voies aériennes, ni même entrer en contact avec les lèvres de cette ouverture , qu'ils irriteraient violemment. Meyer (1) a observé sur lui-même que l'épiglotte,.dont il avait éprouvé la sensibilité par des atlouchemens fréquens, s'abaissait pendant la déglutition. L'ascension du larynx , qui détermine cet abaissement , a lieu sans la coopération de la volonté ; nous pouvons à peine l'empêcher quand nous avons porté un liquide dans l' arrière- gorge , et si nous parvenons à vaincre le penchant qui la sollicite d'une manière si impérieuse , nous sommes pris de toux , parce que les lèvres de la glotte sont irritées par le liquide , ou qu'elles en laissent pénétrer une partie dans le larynx. La même chose arrive dans divers états pathologiques de l'épiglotte (2). Ainsi, quand ce couvercle a été détruit par la suppuration, le sujet ne peut, sans coucourir le risque de s'asphyxier, avaler les alimens solides que sous forme de boules , ni les liquides autrement qu'à l'aide d'une canule enfoncée jusque dans le pharynx (3). L'épiglotte a beaucoup d'ampleur chez les Mammifères qui se tiennent toujours ou souvent dans l'eau ; chez les Cétacés , cet appendice et la partie supérieure du larynx remontent tellemen dans l'arrière-gorge et vers l'orifice postérieur des fosses nasales , que les alimens , au lieu de passer dessus , sont obligés de cheminer à côté.
5° Mugendie (4) a fait voir que l'épiglotte n'est point indispensable à la déglutition chez les Mammifères , et que l'occlusion de la glotte peut avoir lieu par la seule action des muscles de cette fente. Des Chiens auxquels il avait excisé ou relevé l'épiglotte , ne tardaient pas à avaler sans peine, par le soin qu'ils avaient d'appliquer l'une contre l'autre les lèvres
(1) Medicinisch-chirurgische Zeitung, 1814, t. III, p. 15G.
(2) Haller, Elem. physiol., t. VI, p. 89.
(3) Gereon, Maijazin, t. XIII, p. 163.
(4) Mém. sur l'usaijo de Vépigloitc. Paris, 1813, p. 1-7.
de leur glotte. Il a observé aussi des hommes chez lesquels la déglutition s'exécutait facilement malgré l'absence de l'épiglotte , tandis que la destruction des cartilages aryténoïdes et des lèvres de la glotte la r endait difficile et imparfaite (1). Il a remarqué, en même temps, que le muscle crico-thyroïdien soulève la partie antérieure du cartilage cricoïde vers le cartilage thyroïde pendant l'ascension du larynx , ce qui rend la glotte oblique d'avant en arrière (2).
6° La glotte est donc toujours fermée durant la déglutition; chez les Reptiles et les Oiseaux , par ses muscles obturateurs seuls; chez les Mammifères, par l'action de ces muscles et surtout par l'abaissement de l'épiglotte. Mais ces dispositions n'empêchent pas qu'un peu de liquide puisse pénétrer dans le larynx. Les résultats d'une discussion jadis entamée à ce sujet (3) , et plusieurs observations recueillies par les modernes ( § 903, 1) , prouvent qu'il ne résulte de là aucun danger quand la quantité de liquide n'est pas trop considérable.
La respiration est interrompue pendant la déglutition ; cependant , comme l'ascension du larynx et le rétrécissement de la glotte qui l'accompagnent sont des mouvemens expiraloires , elle permet de respirer un peu d'air, qui sort alors par le nez. Quand on a bu un long trait , on fait une inspiration profonde ; mais si l'on vient à inspirer tandis qu'on boit , par exemple , en riaut , toussant ou éternuant , on avale de travers.
7° Le pharynx remonte avec l'hyoïde et le larynx. En outre, le pharyngo-palatin et le stylo-pharyngien le soulèvent, et le premier de ces muscles l'attire en avant vers le voile du palais , de sorte qu'il vient au devant de la bouchée , pour la recevoir. Mais , dans le même temps , il se trouve élargi en devant par la procidence du larynx, et sur les deux côtés par l'action des stylo-pharyngiens, qui le soulèvent simultanément d'avant en arrière , tandis que sa paroi postérieure s'accolle à la colonne vertébrale.