III. Après avoir reçu la bouchée , le pharynx commence à
(1) Magendie, Précis élémentaire, t. II, p. 63.
(2) Magendie, Mém. sur l'usage de l'épiglotte, p. 10. — E. Lauth, Mém. de V Académie royale de médecine. Paris, 4835, t. IV, p. 95 et suiv.
(3) Haller, Elem. physiol,^ t. VI, p. 89.
la faire descendre, en se rétrécissant à sa partie supérieure : pour cela , celles des fibres supérieures de ses consiricteurs qui prennent leurs attaches à la paroi latérale de la cavité buccale, aux apophyses ptérygoides, à la mâchoire inférieure et à la base de la langue, se contractent , tandis que la base de la langue s'oppose à tout mouvement rétrograde du bol alimentaire. Puis les fibres moyennes , celles qui s'insèrent à l'hyoïde , et les inférieures , celles qui sont fixées au larynx , entrent en jeu ; le larynx s'abaisse, ainsi que l'hyoïde, la langue et l'arrière-gorge , de sorte que la bouchée est chassée dans l'œsophage par les muscles circulaires qui se contractent sur elle. Le mouvement était lout-à-fait volontaire dans la cavité buccale, et mixte dans l'arrière-gorge; dans le pharynx, le mouvement involontaire devient prédominant, de sorte que , quand la déglutition y éprouve des difficultés , eu égard au volume de la bouchée , un effort volontaire vient à son secours, en allongeant le cou et redressant la tête.
IV. Dans l'œsophage enfin , la volonté n'a plus aucune part au mouvement. Si une bouchée vient à s'y arrêter, elle ne peut plus être repoussée par un effort volontaire , et chez les animaux doués d'un long col , on la voit cheminer, sans que les muscles extérieurs y contribuent en rien. Ce n'est pas non plus la pesanteur qui détermine la progression du bol ; car , chez le Cheval qui pâture , celui-ci remonte dans l'œsophage contre les lois de la gravitation , et l'homme lui-même peut avaler la tête en bas. Les muscles plastiques, qui seuls agissent ici , conservent , pendant une à trois heures après la décapitation , la faculté de se mouvoir sous l'influence du galvanisme (1) : ils ressemblent donc , sous ce point de vue , aux muscles qui obéissent à la volonté ; et de tous les muscles involontaires , ce sont eux qui , après les oreillettes du cœur, demeurent le plus long-temps sensibles à l'électricité. Comme les corps solides exercent sur eux une stimulation plus vive , l'affaiblissement ou l'espèce de paralysie dont ils sont frappés chez les apoplectiques , ne les empêche pas toujours d'avaler des alimens solides, mais ne leur permet jamais d'o-
(1) Njstefl, lltcherches do physiologie, p. 345.
i£)2 de la. digestion.
pérer la déglutition des liquides, quoique ces derniers parviennent avec plus de promptitude dans l'estomac, et que souvent il leur arrive, avant la mort, d'y descendre en produisant un bruit susceptible d'être entendu.
1° L'œsophage , qui semble manquer chez certains animaux inférieurs, par exemple , les Cirripèdes, la plupart des Acéphales et quelques Insectes, dont l'estomac touche immédiament à la cavité buccale , a , chez l'homme , environ neuf pouces de long , sur huit lignes de diamètre transversal , ses parois antérieure et postérieure étant en contact l'une avec l'autre (1). Il ne se distend que quand il reçoit des alimens ; l'estomac des noyés ne contient guère que l'eau avalée avant la mort , car ce liquide n'y pénètre pas facilement dans les cadavres. Chez les animaux qui mâchent peu ou point, tels que les Poissons , les Reptiles , les Oiseaux , les Mammifères carnassiers et les Ruminans (2) , l'œsophage est proportionnellement fort ample ou très-extensible.
2° Les fibres circulaires de l'œsophage le rétrécissent dans tous les points situés au dessus de la bouchée , de sorte qu'il embrasse exactement cette dernière, et qu'il est raccourci au dessous d'elle. Magendie prétend (3) que le bol alimentaire chemine avec lenteur, qu'il emploie quelquefois deux à trois minutes pour parvenir dans l'estomac , que parfois même il s'arrête et remonte un peu; mais ceci ne peut s'appliquer qu'à de grosses bouchées. Quand les alimens sont chauds , la chaleur se fait sentir dans l'estomac au bout dequelques secondes. Les boissons passent avec encore plus de rapidité.
3° Magendie a trouvé (4) que les fibres circulaires se relâchent aussitôt après s'être contractées dans les deux tiers supérieurs , mais que , dans le tiers inférieur, elles demeurent contractées pendant une demi-minute environ après avoir poussé les alimens dans l'estomac, de telle manière qu'en cet
(1) Krause, Handbucfi der menschlichen Anatomie,X. I, p. 484. — Blandin, Nouveaux Elêmens d'analomie descriptive. Paris, 1838, t. II, p. 460.
(2) Les Ruminans commencent par avaler le fourrage qu'ils n'ont fait que diviser grossièrement.
(3) Précis élément., t. II, P- 59, 64.
(4) lbid., p. 20.
DE LA. DIGESTION. i()'S endroit le canal est ferme et rénitent au toucher , jusqu'à ce que tout à coup il éprouve un relâchement , qui , la plupart du temps, a lieu simultanément dans toute l'étendue de ce tiers inférieur, après quoi survient une nouvelle contraction. Beaumont (1) a vu aussi que , quand l'homme atteint d'une fistule stomacale sur lequel ont été faites ses observations, avait pris de la nourriture , le cardia se fermait durant cinquante à quatre-vingts secondes , puis s'ouvrait de nouveau pour admettre d'autres alimens. Au reste, Hallé a remarqué, dans un cas analogue , qu'à l'instant où la bouchée parvient dans l'estomac, une portion de la membrane muqueuse du viscère fait saillie et forme bourrelet dans l'intérieur du viscère], par l'effet du raccourcissement de ses fibres longitudinales (2).
yi° Le diaphragme , en se contractant, resserre inférieurement l'œsophage. Voilà pourquoi la nourriture ne peut point arriver dans l'estomac pendant une forte inspiration , et pourquoi aussi la réplétion de la partie inférieure de l'œsophage rend l'inspiration difficile.