MOUVEMENT D'ÉJECTION
§ 933. I. Parmi les animaux inférieurs qui ne prennent , comme les végétaux , qu'une nourriture liquide , par exemple , les Vers trématodes etcystiques , il en est plusieurs entre lesquels et les plantes se trouve encore cet autre point de contact que lesj substances demeurées inassimilables sortent
(l)SRufct, Ma<jazi?i, t, XIX,'p. 195,
de leur corps à l'état fluide , et continuellement , par conséquent aussi d'une manière insensible: Chez tous les autres animaux , la nourriture laisse un résidu palpable , dont l'évacuation ne s'accomplit pas d'une manière continue , et qui sort, sous la forme d'excrémens, par un acte temporaire d'éjection. Mais le canal intestinal est en outre le rendez-vous de matières excrémentitielles , séparées de la masse du sang , dont les unes s'y déposent à line certaine hauteur, pour contribuer encore à la digestion, tandis que les autres arrivent seulement dans l'intestin anal , afin d'être expulsées par la voie la plus courte. Cette dernière catégorie comprend l'urine et le produit de la génération , outre diverses sécrétions qu'on rencontre surtout chez quelques animaux sans vertèbres, nr>'^ dont on connaît fort peu la nature et les usages. L'extrémité du canal digestif forme donc , avec l'issue des appareils urinaire et génital , la sphère proprement dite d'éjection de l'organisme , sphère qui , aux premiers échelons de l'organisation , chez les animaux inférieurs (§§ 124, 563, III, 804, 6°) comme chez l'embryon (§§ 447, 451, 455 ), se trouve plus ou moins réunie en un seul organe. A un degré plus élevé , on remarque une ligne de démarcation plus tranchée entre les appareils qui la constituent ; et bien que les organes génitaux et urinaires aient encore une issue commùne (§ 138), l'extrémité du canal intestinal a acquis une ouverture qui lui appartient en propre. Mais tous ces organes demeurent placés à côté les uns des autres , unis ensemble par des liens organi= ques et sympathiques , et l'éjection qui se rapporte à la génération ( §§ 282, 5°, 6°, 7°; 483, III; 484) s'accomplit exactement de la même manière que celle qui concerne les excrémens et l'urine. En effet , chaque organe a obtenu des muscles plastiques qui lui sont propres , et qui , indépendamment des branches dont ils sont redevables aux nerfs sympathiques, en reçoivent d'autres de l'extrémité inférieure de la moelle épinière , de sorte que leur état exerce une impression plus vive sur la sensibilité générale , et que par là il sollicite la volonté à des actes qui viennent en aide à l'action des muscles plastiques. La périphérie animale, dans laquelle trouve à s'exercer la manifestation de la volonté , est ici la paroi de la cavité ab-
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dominale, qui agit simultanément de haut en bas , de bas en haut et d'un côté à l'autre , à la manière d'une presse. Le diaphragme , en s'abaissant , refoule les viscères vers le bas ; les muscles abdominaux , faisant office de ceinture , les compriment latéralement de dehors en dedans et d'avant en arrière ; la base enfin présente , non-seulement des expansions ligamenteuses, mais encore les muscles élévateurs de l'anus , dont les fibres convergentes se portent des bords du détroit inférieur du bassin en dedans et en bas vers le rectum , et dont les contractions , soulevant les organes pelviens qui reposent sur eux , élèvent le rectum , le fond de la vessie , les vésicules séminales et le vagin.
II. Dans l'éjection de l'intestin , la volonté achève ce que le mouvement plastique a commencé. Elle agit donc ici en sens inverse de ce qu'elle fait dans l'ingestion. Les deux extrémités 'du canal alimentaire ont une certaine analogie l'une avec l'autre ; tandis que la vie animale s'élève dans l'une jusqu'à la sensibilité sensorielle et au mouvement volontaire , elle ne présente , dans l'autre , qu'une sensibilité générale très-développée , avec un mouvement simple et réduit à des effets purement matériels. Ainsi , le rectum , qui rappelle l'œsophage par le développement plus marqué de ses fibres longitudinales, s'étend jusqu'à l'anus , et les sphincters de l'anus , qui correspondent au muscle orbiculaire des lèvres , n'obéissent pas aussi pleinement qu'eux aux décisions de la volonté. Mais, de même que, chez certains animaux, la bouche s'allonge en une trompe , de même aussi l'anus se prolonge parfois en un tube , par exemple , chez quelques Acéphales , et tandis que , chez l'homme , l'organe éjecteur mâle de l'urine et du liquide séminal se prononce au dehors sous la forme d'un cylindre analogue , la saillie des fesses rejette l'anus plus en arrière qu'il ne l'est chez les animaux.
1° Les matières poussées par le colon se réunissent dans le rectum, dont l'extrémité inférieure est légèrement plissée par la constriction des sphincters, qui en bouche aussi l'ouverture. Le sphincter interne se compose de fibres circulaires plastiques, accumulées les unes sur les autres ; sa vitalité le maintient dans un état constant de contraction , et ce n'est qu'au
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moment de la mort qu'il se relâche assez pour permettre la sortie d'une certaine quantité d'excrémens , car les lésions de la moelle épinière n'influent pas sur lui. L'externe , au contraire , se rapproche davantage des muscles soumis à la volonté , et l'on peut empêcher les matières de sortir en rendant ses contractions plus énergiques. Le sphincter interne se resserre davantage quand il éprouve une excitation mécanique , ce qui fait qu'il comprime le doigt introduit dans l'anus pour explorer le rectum , et qu'il ferme avec plus de force l'ouverture de ce dernier intestin lorsque des matières fécales se sont accumulées à sa partie inférieure. Le rectum est susceptible d'une extension considérable , attendu que ses fibres transversales ne forment point un anneau fermé, qu'il n'a point de tunique péritonéale qui l'emprisonne de tous côtés, et qu'il ne'tient que par un tissu cellulaire lâche et chargé de graisse aux organes voisins , qui , eux-mêmes sont mous et cèdent avec facilité. Aussi le trouve-t-on souvent distendu en façon de sac, de manière qu'il n'est pas très-vraisemblable que les matières excrémentitielles n'y descendent de l'S du colon qu'au moment même de l'évacuation , comme l'a prétendu O'Beirne(l). Cet écrivain fonde son opinion sur ce qu'on trouve ordinairement le rectum vide quand on administre un lavement ou qu'on introduit une sonde , et que celle-ci ne rencontre des excrémens qu'à six ou huit pouces au-dessus de l'anus. Du reste, l'S du colon doit, lorsqu'elle est vide , pendre dans le bassin , au devant et le long du rectum , et , quand elle est pleine , remonter dans la fosse iliaque gauche. Comme cette portion du colon ne possède pas de nerl's rachi- ('iens purs , il est bien difficile de la croire capable de procurer la conscience du besoin d'évacuation. Au demeurant , l'hypothèse d'O'Beirne n'est point confirmée par les ouvertures de cadavres.
2° Lorsque l'extension est arrivée à un certain degré , les matières excrémentitielles agissent comme un stimulant sur les muscles du rectum. Le besoin qui résulte de là se reproduit ordinairement toutes les vingt-quatre heures , et le plus
(4) Médico-chirurgical review, t. XIX, p. 1. — Journal univ. hebdomadaire de médecine. Paris, 1833, t. XIII, p. 126.
ai 4 DE LA DIGESTION.
souvent dans la matinée , après le réveil (§ 397, 9o). Il revêt volontiers un type périodique, qui l'ait que l'habitude de se présenter à la selle à une heure déterminée devient un préservatif contre la constipation. Le rectum triomphe de la résistance des sphincters en chassant les excrémens vers l'anus par son mouvement propulsif de haut en bas , qui est assez puissant pour qu'on observe assez souvent des déjections chez les animaux même auxquels on a ouvert la cavité abdominale. C'est d'ailleurs son action qui détermine toujours cette évacuation, laquelle, à son défaut, ne peut être produite par aucun effort de la volonté, tout comme il y a impossibilité de l'empêcher dans les cas d'exaltation insolite de l'irritabilité du rectum ou du mouvement intestinal.
3° L'irritation causée par les excrémens agit en même temps sur la vie animale , et occasione un sentiment tout particulier de pesanteur, qui ne se développe pas peu à peu , comme celui de la faim , mais survient généralement tout à coup , et fait naître le besoin d'aider à la sortie des matières irritantes par un mouvement volontaire. Ceci suppose que les excrémens sont suffisaniment stimulans , et que le rectum aussi possède assez d'excitabilité. Quant au premier point , une nourriture peu abondante et fade , une bile aqueuse et en petite quantité, rendent le ventre paresseux. D'un autre côté , le même effet résulte du défaut d'irritabilité , et s'observe par conséquent dans l'âge avancé , chez les sujets doués d'un tempérament phlegmatique et de sens obtus. Une forte contention d'esprit empêche de sentir le besoin d'aller à la selle, et quand l'action de cette cause se renouvelle souvent , l'irritabilité du rectum s'émousse de plus en plus , en sorte qu'il finit par s'établir une constipation opiniâtre. Mais si ce n'est pas par l'effet d'une dérivation que la vie animale se trouve détournée de l'appareil digestif, si seulement il lui arrive de ne pas jouir encore d'une grande influence, comme chez l'embryon ( §§ 471 , 533 ) , ou de ne pas être parvenue à son point de maturité , comme chez quelques larves d'Insectes (§ 379, 2°) , ou enfin d'éprouver une suspension momentanée, comme pendant l'engourdissement hibernal (§ 611, 59), il n'y a point de déjections alvines , quoique la réplétion du rectum
DE IA DIGESTION. 2l5 démontre que les muscles plastiques de l'intestin n'ont pas cessé d'agir. Au reste , on a vu , même chez l'homme , des exemples de constipation prolongée pendant plusieurs mois(l).
4° Durant les premiers temps qui succèdent à la naissance , la stimulation du rectum est promptement suivie de déjections , sollicitées par la réaction organique de la moelle épinière. A une époque plus avancée de la vie , ces évacuations reconnaissent pour cause déterminante la volonté qui commence à se développer, et dès-lors il devient possible, malgré le besoin qui s'en fait sentir, d'y résister par l'action du sphincter externe de l'anus ( § 542 ). On parvient quelquefois de cette manière à faire cesser une diarrhée légère , quoique les excrémens liquides- soient plus irritans que ceux qui ont une certaine consistance. Il paraît que c'est en débilitant la moelle épinière que la frayeur diminue l'activité du rectum , et spécialement de son sphincter externe, au point de le mettre dans l'impossibilité d'opposer la moindre résistance à l'effort qui s'exerce sur lui de haut en bas. Mais une exaltation morbide de l'irritabilité, qui dépend soit d'une lésion idiopaihique de cet intestin , par exemple , de son inflammation , soit du retentissement sympathique sur lui d'une affection de quelque autre organe d'éjection , par exemple , de la vessie irritée par la présence d'un calcul , entraîne le ténesme , qui consiste à éprouver le besoin d'aller à la selle sans qu'il y ait d'excrémens à expulser. ^
5° En général f il faut , pour vaincre la résistance des sphincters , que la contraction des muscles abdominaux, sollicitée par la volonté , vienne au secours du mouvement vermiforme des intestins. Le diaphragme , en pressant les viscères du bas-ventre, refoule aussi le rectum vers l'anus. L'action des parois abdominales est tellement prononcée que les cris , chez les enfans , et , chez l'adulte , les violens efforts rendus nécessaires par la constipation, peuvent entraîner la chute du rectum , et qu'une forte inspiration est susceptible d'occasioner non-seulement cet accident , mais même la procidence de toute autre partie du canal intestinal qui s'ouvre
(1) Haller, Elom. physiol, t. VII, p. 187.
2l6 DE LA DIGESTION.
à l'extérieur par un anus artificiel. L'élévateur de l'anus agit de bas en haut; comme antagoniste des sphincters, il écarte laiéralement les parois du rectum , en même temps qu'il soulève un peu cet intestin.
G0 L'anus étant ouvert par toutes ces causes réunies à l'effort des matières excrémentitielles elles-mêmes, qui prennent la forme convenable pour cela , le rectum peut terminer la déjection par sa propre force motrice ; les contractions des muscles abdominaux peuvent cependant contribuer aussi à la favoriser, en continuant de s'exercer. L'abondante sécrétion muqueuse qui a lieu dans cet intestin , la rend plus facile. Au reste , le reccourcissement des fibres longitudinales détermine, chez plusieurs animaux, même invertébrés , un renversement du rectum , qui rappelle un phénomène analogue qu'on observe assez fréquemment dans l'ingestion de la nourriture (§ 926 , 61).
III. L'urine s'amasse dans la vessie , tant parce que les fibres circulaires de l'orifice du viscère , qui agissent comme sphincter , et le muscle transversal de l'urètre l'empêchent de s'écouler , que parce que la marche oblique des uretères à travers les parois vésicales ne lui permet pas non plus de refluer vers les reins. Après la mort , qui éteint toute action musculaire , une pression exercée sur la vessie fait passer aisément le liquide qu'elle contient dans l'urètre , mais la disposition mécanique de la membrane muqueuse au devant des orifices des uretères ne permet pas que l'urine soit refoulée dans ces conduits. La vessie peut contenir plus d'une demi-livre d'urine ; mais elle est susceptible d'acquérir une ampliation considérable , à laquelle les uretères, ne pouvant plus se vider , finissent par prendre part.
1° La vessie recevant des nerfs rachidiens , l'irritation qui résulte de sa distension par l'urine, exerce, sur la sensibilité générale, une vive impression , qui amène, comme effet réactionnaire,la contraction desmuscles abdominaux et du diaphragme. Ces muscles , en faisant peser le paquet intestinal sur ses faces supérieure et postérieure, la repoussent de haut en bas et d'arrière en avant, vers le pubis, en même temps que le plancher du bassin la refoule de bas en haut.
2„ Avec le secours de celte pression , les muscles plastiques de la vessie, notamment ses fibres longitudinales, triomphent de la résistance du sphincter , et chassent l'urine dans l'urètre. On les voit quelquefois , dans les vivisections , déterminer la sortie du liquide par leurs seuls efforts , et alors même que la cavité abdominale est ouverte.
3« Quand la vessie ne pousse plus d'urine dans l'urètre qui a cédé à son impulsion , le canal se resserre à son tour pour chasser le reste du liquide : à cet effet, sa portion membraneuse est comprimée de haut en bas par le muscle urétral transverse , et de bas en haut , ainsi que sur les côtés , par le pubo-urétral , tandis que sa portion spongieuse l'est de bas en haut par le bulbo-caverneux.
§ 934. Le mouvement du canal digestif procède partout alternativement de la bouche vers le bas , et du bas vers la bouche. De ces deux directions , la première prédomine la plupart du temps , en sorte que la nourriture traverse le conduit tout entier , en éprouvant seulement un peu de fluctuation. Mais il y a quelques organisations et certains états de la vie dans lesquels la seconde l'emporte sur l'autre.
I. II y a, tendance à l'éjection par le haut, ou par la bouche, quand une partie de la nourriture , au lieu de continuer à descendre, rétrograde vers un point du canal digestif qu'elle avait déjà traversé.
1° Cet effet est produit , chez quelques Insectes , par des dispositions permanentes dans l'organisme , et à la faveur de voies spéciales. En effet , chez la Cicada orni et la Cercopis spumaria, la nourriture, introduite par l'œsophage , coule de l'estomac dans un conduit particulier , qui la ramène à l'estomac , d'où cette fois elle passe dans l'intestin , dont l'orifice est plus rapproché de l'œsophage que les deux ouvertures de ce conduit.
2° Comme les alimens des Ruminans contiennent peu de matière alibile , ces animaux sont obligés d'en prendre une grande quantité , et comme les substances végétales sont difficiles à assimiler , il leur faut aussi les soumettre à une mastication prolongée. Mais, pour obtenir du repos, ils ne s'arrêtent point à mâcher quand ils paissent , ils ne font
qu'emmagasiner dans leur estomac les herbages coupés par les dénis incisives de leur mâchoire inférieure , qu'ensuiie Us font à loisir remonier dans leur bouche , afin de les broyer réellement. L'œsophage conduit aux trois estomacs représentant la portion cardiaque de l'estomac des autres animaux; mais son extrémité inférieure est divisée par deux saillies longitudinales qui , en se touchant par leurs bords , forment un canal destiné spécialement à faire passer les boissons dans le troisième estomac (le feuillet), tandis que les alimens solides, surtout les grosses bouchées , les écartent, et produisent ainsi une gouttière conduisant dans le second estomac (panse) et dans le troisième (bonnet). La panse n'est, à proprement parler, qu'un réservoir , et elle agit peu sur le fourrage. Le bonnet se meut vivement ; la contraction de ses mailles réduit les alimens en. petites boules, qu'il fait passer l'une après l'autre , par la gouttière , dans l'œsophage. Celuici , fortement musculeux , les ramène promptement , une à une, dans la bouche, où la base de la langue s'abaisse et le voile du palais se soulève pour les recevoir. Ce mouvement rétrograde est favorisé par l'action des muscles abdominaux, ainsi que par celle du diaphragme, chez les Cerfs surtout, où il a l'apparence d'une violente régurgitation ; en effet, à une profonde inspiration succède une expiration énergique. Cependant la volonté proprement dite ne prend pas plus*de part à la production du phénomène qu'à l'accomplissement de la respiration ; les animaux cessent bien de ruminer dès que leur attention se porte sur un objet quelconque ; mais ce n'est là qu'une dérivation de la périphérie animale, qui abandonne son influence sur les fonctions plastiques , pour se reporter sur la vie sensorielle. Le fourrage mâché et ramolli est avalé de nouveau et , comme les boissons , transmis par une moitié de l'œsophage au feuillet , d'où il parvient enfin dans la caillette.
3° Certains hommes , après s'être exercés aux mouvemens nécessaires pour donner lieu à ce phénomène , peuvent opérer à volonté une régurgitation , c'est-à-dire ramener de l'estomac à la bouche les liquides sécrétés par le viscère et la nourriture qu'ils y ont introduite. Ils commencent par inspi-
rer , puis ils contractent les muscles abdominaux , ou même appuient la main sur la région épigastrique ; au bout de quelque temps leur bouche s'emplit (1). Si l'estomac est vide , le suc gastrique qui remonte est souvent mêlé de bile , ce qui semble annoncer que le pylore est le point de départ du mouvement. Cet effet a lieu quelquefois sans le concours de la volonté. Tel est le cas des enfans à la mamelle , chez lesquels le lait revient assez fréquemment à la bouche , sans cause de maladie, sans être accompagné d'efforts , sans que rien annonce un véritable vomissement , et par le seul fait du trop plein de l'estomac, auquel les organes de la déglutition cèdent d'une manière purement passive. La régurgitation habituelle , ou la rumination , chez l'homme , consiste en ce qu'au bout d'un laps de temps plus ou moins long après le repas , les alimens remontent à la bouche sans effort , et presque' toujours sans nausées, pour être avalés de nouveau. Il n'est pas rare que l'infirmité s'accompagne de phénomènes morbides , par exemple de douleurs d'estomac et de digestion laborieuse. Dans un cas , elle cessa après que le sujet eut rendu des vers : dans deux autres, Decasse (2) trouva l'estomae en suppuration. Assez souvent néanmoins, la santé n'a reçu aucune atteinte ; c'est ce qui avait lieu , par exemple , chez un homme observé par Ratier (3); une demi-heure environ après chaque repas , cet homme éprouvait un peu de tension à la région épigastrique , et il lui revenait à la bouche une bouchée d'alimens , qui redescendait au bout de quelques instans, bientôt suivie par d'autres, jusqu'à ce que le repas entier eût parcouru le double trajet. Il en était de même chez une femme dont parle Elliotson (4), et qui ruminait depuis sa plus tendre enfance. Il y a même des cas dans lesquels la régurgitation est une condition de bien- être ? un jeune homme robuste , qui y était sujet depuis l'âge de neuf ans, ressentait des douleurs d'estomac, au rapport de Ri-
(1) Magendie, Précis élémentaire, t. II, p. 137.
(2) Froriep, iïotizen, t. XLVII, p. 95.
(3) lb., t. XXXIX, p. 57.
(4) lb.} t. XLV, p. 337.
che (1), toutes les fois qu'il cherchait à l'empêcher, et Decasse parle d'un septuagénaire , ruminant depuis sa jeunesse, qui tombait malade quand cette fonction insolite s'arrêtait. On a trouvé , chez quelques-unes de ces personnes, un développement extraordinaire de la tunique musculeusede l'œsophage (2), qui, vraisemblablement , était plutôt le résultat que la cause de la rumination. Heiling (3) présume que celleci est d'abord volontaire , et qu'elle dégénère peu à peu en habitude ; cependant rien ne justifie son hypothèse , qui parait d'ailleurs dénuée de toute vraisemblance , lorsqu'on se rappelle que les hommes qui ruminent assurent ne point trouver de goût agréable aux alimens qui leur reviennent ainsi à la bouche .
4° Un mouvement rétrograde , ou antipéristaltique , a lieu chez les animaux sur un point du canal intestinal auquel on a appliqué une ligature, et chez l'homme dans certaines circonstances qui mettent obstacle aux déjections alvines. On voit alors sortir par le vomissement les matières excrémentitielïes, et même les liquides introduits sous forme de lavemens.
II. S'il existe quelques animaux inférieurs qui aspirent l'air ou l'eau par l'anus (§ 966, 5°), chez d'autres, la bouche sert aux déjections.
1° L'homme en santé , lui-même , rend quelquefois de l'air par la bouche , ce qui constitue l'éructation. Les gaz qui se dégagent des alimens se réunissent, en vertu de leur légèreté spécifique , à la partie supérieure de l'estomac , dont les contractions les chassent vers le haut , quand l'œsophage est relâché. Le diaphragme et les muscles abdominaux ont quelque part à ce phénomène,, car nous pouvons accroître ou diminuer , accélérer ou retarder l'éructation ; mais il ne nous est pas donné de la déterminer quand elle n'est pas déjà sur le point de s'établir d'elle-même , ce qui prouve qu'elle dépend essentiellement d'un état actif de l'estomac.
2° Le reflux des alimens vers la bouche par une action
(1) Archives générales , t. XVII, p. 266.
(2) Voigtel, Handbuch der pathologischen Anatomie. t. II, p. 517.
(3) Ueber dus Wirdorkaue?i lei Menschen, Nuremberg, 1823, p. 16. ,
bE lA. DÎGESTTION. Q2t musculaire complexe , ou le vomissement, est un phénomène normal chez les animaux privés d'anus, comme les Polypes, les Actinies , les Astéries , les Méduses. Ici les résidus non digérés de la nourriture ne peuvent être expulsés du corps que par un mouvement rétrograde. Le vomissement est normal aussi chez plusieurs Poissons et Oiseaux , qui ne rejettent de cette manière que les parties les plus indigestes des animaux avalés par eux, os, écailles, carapaces , plumes, poils, souvent réunis en pelotes. Quelques Insectes vomissent , par l'effet de la peur , la nourriture qu'ils viennent de prendre , ou dardent sur leurs ennemis le suc acre que leur estomac sécrète ; le vomissement est donc un moyen de défense pour ces derniers. Chez d'autres, et chez plusieurs Oiseaux, il a rapport à la reproduction (§ 518, 6°).
3° Le vomissement est toujours anormal chez les Mammifères. Il a pour précurseurs , chez l'homme , les nausées , un sentiment tout particulier à la région épigastrique , l'oppression , l'agitation , la petitesse du pouls , la pâleur de la face , un froid général , le tremblement de la lèvre inférieure , l'écoulement abondant de la salive. Survient ensuite une forte inspiration, pendant laquelle de l'air s'introduit aussi dans l'estomac ; les muscles abdominaux sont pris de mouvemens convulsifs , et compriment fortement le ventre , qu'ils rapprochent de la colonne vertébrale ; la glotte se ferme , la respiration se suspend , et par suite le sang se porte en abondance à la tête -, comme dans tous les efforts des muscles qui circonscrivent les parois abdominales, on cherche à augmenter les points d'appui du tronc, au moyen des membres ; la base de la langue s'abaisse , le voile du palais se relève , la bouche s'ouvre convulsivement , et le contenu de l'estomac s'échappe avec violence. Le plus ou moins de facilité avec laquelle s'accomplit le vomissement, dépend de la structure de l'estomac Chez les carnivores , ce viscère diffère moins de l'intestin proprement dit, et l'orifice cardiaque, qui occupe l'extrémité opposée au pylore, se continue avec l'œsophage par un rétrécissement insensible , de manière qu'il cède sans peine auxmouvemens dont le pylore est le point de départ, et livre aisément passage aux matières rejetées. Chez les
herbivores , au contraire , le vomissement est difficile , et parfois même impossible , attendu qu'ici l'estomac fait un coude très-prononcé avec l'œsophage , et que le cul-de-sac, dont l'ampleur est plus considérable , reçoit les matières repoussées par le pylore. L'estomac de l'enfant à la mamelle, qui vit de nourriture animale , a la première de ces deux formes, et rejette aisément ce qu'il renferme, tandis que celui de l'adulte se rapproche davantage de la seconde , d'où il suit une moins grande facilité de vomir (1).
4° La cause essentielle du vomissement tient au mode d'action musculaire de l'estomac, spécialement à la prédominance des mouvemens de droite à gauche. L'impulsion part de la région médiane , tantôt de la portion pylorique , tantôt du duodénum , différence de laquelle il dépend que , toutes choses égales d'ailleurs , l'estomac rejette des alimens non digérés, ou des substances alimentaires digérées, ou de la bile. Mais le diaphragme et les muscles abdominaux prennent visiblement part à la production du phénomène , même chez les Insectes, où, d'après les observations de Rengger (2), les muscles cutanés y contribuent, puisque la force du vomissement diminue lorsqu'on leur ouvre la cavité abdominale. Quelquefois ce concours est purement sympathique ; il dépend de ce que la périphérie animale est liée par d'intimes connexions aux viscères qu'elle renferme , vient en aide à leur force motrice , revêt pour cela le caractère de leurs muscles plastiques, et ainsi favorise ,sans l'intervention de la volonté , l'action des vésicules séminales (§ 282, 7°), de la matrice (§ 484, III) , du rectum (§ 933, 5°) , de la vessie ( § 933 , 7°) et des poumons (§ 969). Il arrive souvent qu'on méconnaît ce rapport , qu'on accorde une indépendance absolue au mouvement périphérique , et qu*pn regarde les organes internes comme se comportant d'une manière purement passive ; c'est ce qui fait que Bayle et Chirac jadis (3), Hunter
(1) Schultz, De aliment orum concoctione, p. 80.— Ch. Billard , Traite des maladies des en fans. Paris, 4837, p. 336.
(2) Physiologische Untersuchunyen veber dit thierische Haushaltung der Insekten, p. 43.
(3) Haller, Elem, physiol.y t. VI, p. 287a
après eux (1), et Magendie dans ces derniers temps (2), ont attribué le vomissement à la seule action du diaphragme et des muscles abdominaux; l'estomac y joue , suivant eux , un rôle entièrement passif. Haller avait démontré (3), au contraire , que l'action essentielle appartient à ce viscère , et que les muscles abdominanx en sont seulement les auxiliaires , opinion dont l'exactitude est reconnue à peu-près généralement aujourd'hui , quoiqu'on n'ait point encore convenablement apprécié le rôle de la périphérie animale, et qu'on ne l'ait bien étudiée qu'en ce qui concerne la respiration.
5° Quoiqu'il soit possible à l'homme de favoriser jusqu'à un certain point le vomissement , cependant on ne saurait le provoquer ni par un acte de la volonté , ni par une excitation extérieure portée sur les muscles abdominaux et le diaphragme, ce qui devrait être possible si ces organes en étaient le point de départ. Mais il succède à toute irritation anormale de l'estomac lui-même. Ainsi , on le voit survenir quand ce viscère éprouve une forte distension, lorsque les alimens y sont accumulés en trop grande quantité , quand on le remplit rapidement d'eau ou d'air. Gosse se faisait vomir à volonté en avalant de l'air, et Krimer (4) excitait le vomissement , chez les Chiens , en leur soufflant de l'air dans l'estomac. Il paraît être rendu plus facile aussi par une forte inspiration préalable ; Magendie a remarqué que , quand les Chiens vomissaient , leur estomac se distendait par l'effet de l'air qui y était attiré (5) , et l'on prétend que , dans le mal de mer , le vomissement est précédé par des mouvemens involontaires de déglutition (6). Il est provoqué aussi par la qualité des substances contenues dans l'estomac , par une nourriture indigeste , un suc gastrique dégénéré , du sang épanché, de la bile , des calculs biliaires , des vers , comme aussi par des masses considérables de substances qui , à petite dose,
(i ) Observations on certain parts of tke animal œconomy, p. 158.
(2) Mêm. sur le vomissement. Paris, 4813. — Dict. de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1836, t. XV, p. 765 et suiY.
(3) Loc. cit., L VI, p. 290.
(4) Horn, Neues Archiv, 1821, t. I, p. 239.,
(5) Loc, cit., p. 12.
^6) Magendie, leçons, t, II, p, 183.
déterminent la diarrhée , c'est-à-dire un accroissement du mouvement et de la sécrétion ; si le tartre stibié , introduit directement ou indirectement dans le sang , agit de la même manière, l'effet peut tenir à ce qu'en vertu d'une affinité spécifique (§ 866, 6°), le sang se débarrasse de ces substances étrangères par la voie de l'estomac (§ 865 , V). Une exaltation de l'excitabilité, telle que celle qui a lieu dans l'état phlegmasique, amène le même résultat , qui succède également à l'impression d'un stimulant trop fort. Le vomissement a lieu encore quand le rétrécissement ou l'occlusion , soit du pylore , soit d'un point quelconque de l'intestin , arrête le mouvement de haut en bas ; la force musculaire du canal digestif ne peut plus alors se manifester que par les mouvemens de bas en haut , dont l'énergie redouble tout naturellement. Enfin il se déclare , par sympathie , dans diverses affections d'autres organes ou du système nerveux entier.
5° Bayle , en introduisant le doigt dans l'estomac d'animaux auxquels il avait donné un vomitif, y sentait à peine un mouvement. Chirac n'en a observé qu'un très-faible en pareille circonstance. Wepfer (1) a remarqué quelquefois un léger mouvement , et Magendie n'en a jamais senti aucun. Mais le mouvement de l'estomac n'est point très-vif , en général , et il lui suffit d'être modéré pour provoquer le vomissement , pourvu que, le pylore étant fermé, il suive la direction de cette ouverture au cardia , comme l'a vu , par exemple , Schultz (3). Lorsque Helm excitait des nausées chez une personne atteinte d'une fistule stomacale, en lui titillant l'arrièregorge avec une plume, une portion de l'estomac sortait par l'ouverture , avec une partie du contenu (4), et lorsqu'il avait introduit du tartre stibié dans l'organe , il apercevait d'une manière bien distincte le mouvement vermiforme de l'estomac (5).
(1) Haller, Elem. phys., t. VI, p. 287. (2; Loc. cit., p. 42, 16.
(3) Hufeland, Journal der praktischen Ileilkunde, 4835, t. II, p. 4.
(4) Zwey Krankengeschichten, p. 42.
(5) Jb., p. 44.
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6" Dans la supposition que les muscles abdominaux sont l'agent du vomissement , on a expliqué l'impossibilité de vomir, chez les bêtes à cornes, en disant que leurs muscles obliques du bas-ventre sont très-écartés l'un de l'autre, et ne peuvent pas comprimer suffisamment l'estomac (1). Mais la rumination suppose une force agissant dans la même direction et avec guères moins d'énergie. Suivant Magendie , chez un Chien dans les veines duquel il avait injecté de l'émétique, et dont l'abdomen était ouvert, le diaphragme poussait l'estomac et les intestins avec tant de force contre le péritoine , que cette membrane se déchira en plusieurs endroits (2) ; l'injection ne provoqua que de simples nausées chez un autre Chien auquel on avait enlevé le diaphragme et les muscles abdominaux (3) ; enfin, toutes les fois que l'on comprimait ou tiraillait l'estomac, le diaphragme et les muscles du bas-ventre entraient en contraction , et le vomissement survenait (4). Ces faits confirment que la périphérie animale concourt au vomissement, et qu'elle tient à l'estomac par les liens d'une étroite sympathie; ils prouvent aussi que ce viscère est sensible aux irritations mécaniques, portées sur sa face externe , comme à celles qui agissent sur sa face interne. Mais si le vomissement dépendait uniquement de la pression extérieure , il deviendrait impossible de concevoir pourquoi le contenu de l'estomac n'est chassé que dans l'œsophage, et ne l'est point dans l'intestin. Les Oiseaux de proie vomissent, quoique leurs muscles abdominaux soient très-peu développés, et que leur diaphragme incomplet ne puisse exercer ^aucune influence sur cet acte. Wepfer et Perrault ont d'ailleurs vu le vomissement persister après la destruction du diaphragme et l'ouverture de la cavité abdominale , même après qu'on avait fait sortir l'estomac du bas-ventre (5). Legallois et Béclard (6) ont également vu , dans ces mêmes circonstances ,
(1) Haller, Elem. physiolog., t. VI, p. 291.
(2) Lot: cit., p. 22.
(3) lb., p. 23.
(4) lbid., p. 42.
(5) Haller, loc, cit., t. VI. p. 282.
(6) OEuvros do Legallois. Paris, 1824, t. ÏT, p. 104.
jx. i5
survenir un vomissement, non point, il est vrai, de substances solides , mais de liquides. Des Chiens , dans l'estomac desquels Krimer (1) avait souillé de l'air , après leur avoir enlevé une punie ou la totalité des muscles abdominaux, a l'exception de la ligne blanche , n'en vomirent pas moins; le pylore se resserrait avec force , et le duodénum , quand l'air y avait pénétré , exécutait des contractions vermilormes de bas en haut.
7" Les expériences de Mageudie (2) semblaient avoir démontré que la périphérie animale joue seule un rôle actit dans le vomissement , puisqu'elles établissaient que l'injection de l'émetique dans les veines de Chiens auxquels l'estomac a été enlevé , détermine des mouveniens analogues , et que , quand à ce viscère on avait substitue une vessie de Cochon , les matières sortaient par un tube lié à l'œsophage , et revenaient à la bouche. Mais d'autres observations ont montré que les expériences même de Mayendie , loin d'être favorables a son hypothèse, ne faisaient, au contraire, que la renverser. D'abord iantini (3; a reconnu que , dans le cas de vessie substituée à l'estomac, il ne survient d'évacuation analogue au vomissement qu'autant que le tube destiné à opérer la jonction s'élève jusqu'au dessus du cardia , et qu'il n'y en a pas quand te tuuu ^st fixé a quelques lignes au dessous de l'orifice œsophagien de l'estomac; le vomissement exige dune que Peflbrt des libres circulaires de l'œsophage qui ferment le
cardia soit vaincu , et cet effet ne saurait être produit par la pression des parois abdominales ; il ne peut résulter que de l'action vivante de l'estomac. Du reste , il était naturel qu'une vessie entièrement pleine et ne communiquant pas , comme l'estomac , avec un canal par son autre extrémité , épanchât , lorsqu'on venait à la comprimer , son contenu dans l'œsophage, qui lui offrait une voie ouverte; à quoi l'on doit encore ajouter que , suivant la remarque de bourdon (4), elle ne
(1) Loc. cit., 1821, t. IJi>. 247,251.
(3) Gersoil, Magasin, t. XIII, p.Jtf. 1 Œ)Mênt, turjo vomissevunt, Paris, 4.SJ9.
DE TA DIGESTION. llÇ
se vide même point complètement. En second lieu, il est démontré que, dans les vomissemens, l'œsophage agit aussi indépendamment de l'estomac, que l'émétique mêlé à la masse du sang exerce sa première impression sur lui , et qu'il ne provoque que par sympathie des mouvemens convulsifs dans les parois abdominales. En effet , Marshall (1) a observé que , chez les malades dont le cardia est entièrement bouché, les boissons , quand elles sont arrivées à l'extrémité inférieure du canal , déterminent le vomissement , avec les mouvemens respiratoires ordinaires ; de même , chez les Chiens dont Legallois et Béclard (2) avaient séparé l'œsophage de l'estomac, l'émétique injecté dans les veines sollicitait ce conduit à des mouvemens violens, dont le résultat était d'amener de l'écume à la bouche. Il est donc hors de doute que les mouvemens convulsifs de l'œsophage contribuent à tout vomissement quelconque , et comme on ne saurait contester la réalité du mouvement rétrograde de l'intestin , il n'est pas supposable que l'estomac soit la seule partie du tube alimentaire dans laquelle ce mouvement n'ait point lieu.
S Ajoutons encore que , dans les cas où il y a bien manifestement un mouvement antipéristaltique venant des parties profondes , par exemple , dans les hernies étranglées, le vomissement stercoral s'accomplit sans nul effort , lés excrémens sortant plutôt par régurgitation que par vomissement proprement dit (3). Ici, la force musculaire du canal digestif agit librement et sans le concours de la périphérie animale. Lorsqu'il existe des obstacles insurmontables à l'évacuation , cette force peut amener la rupture de l'estomac , dont tout le contenu se trouve refoulé violemment dans la portion cardiaque , non par la pression des parois abdominales, mais seulement par la constriction spasmodique de la portion pylorique. Cette rupture arrive, comme l'a observé Delaguette (4), quand le vomissement est rendu difficile par la structure de l'esto-
(1) Froriep, Notizen, t. XL, p. 459.
(3) Lallemand, Observations pathologiques. Paris, 4825, p. C9.
(4) Dictionnaire de médecine , de chirurgie et d'hijyiùno vétérinaires, raris.'J^Sy, art, Rai-mae et Yq&usskment.
mac. Boerhaave trouva l'œsophage déchiré et les alimeti* épanchés dans la cavité pectorale , chez un homme qui avait succombé au milieu de continuels et vains efforts pour vomir (1). Lallemand cite (2) l'exemple d une femme qui, ayant trop mangé à la suite d'une diète sévère , éprouva de fortes nausées sans résultat , au milieu desquelles elle sentit s'opér er en elle un déchirement qui mit fin aux envies de vomir ; la mort ne tarda pas à survenir : l'estomac , d'ailleurs sain , était ouvert à sa partie antérieure et moyenne. Au reste, la déchirure de ce viscère par l'effet d'une violence extérieure , ne l'empêche pas de pouvoir encore expulser une partie de son contenu par le vomissement : nous en avons la preuve dans un cas qui s'est offert à Sachs , soit que le trou eût été bouché par les parois abdominales spasmodiquement contractées, soit que le mouvement antipéristaltique fût parti d'un point voisin de l'orifice cardiaque. Chez un sujet qui avait été tourmenté par de fréquentes et inutiles envies de vomir, Bourdon (3) trouva un épaississement squirrheux de toute la paroi de l'estomac, qui pouvait bien être comprimé par les muscles abdominaux et le diaphragme, mais qui manquait de la force musculaire nécessaire pour produire le vomissement. Dans les cas d'hypertrophie simple de la tunique musculeuse , on observe quelquefois des vomissemens habituels. ^
ARTICLE II
Des conditions intérieures de la digestion.