‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 29 sur 134 · I. Nourriture · texte numérisé non relu

I. Nourriture

A. Quantité de la [nourriture .

§ 935. L'organisme rejète sans cesse à l'extérieur une partie des matériaux qui le constituent Ainsi la perle qu'un homme bien portant et de moyen âge éprouve journellement,

(4) Voigtel, Handbuch der pathologischen Anatomie, t. II, p.>162.

(2) Loo. cit., p. 63.

(3) Loc. cit., p. 3, 12.

DE LA DIGESTION. 229 par l'effet des sécrétions cutanée , pulmonaire , rénale et intestinale (§ 837, 3°) , peut être évaluée à cinq ou six livres, c'est-à-dire à un vingt-cinquième environ du poids de son corps (1); à quoi il faut encore ajouter l'usure insensible de lVpiderme , qu'on estime à quatre livres chaque année (2) , non compris les pertes subies par les ongles et les poils. Les sécrétions dont il vient d'être parlé entraînent aussi les matétériaux hors de service qui se détachent continuellement de la substance des divers organes , et que la résorption l'ait repasser dans le sang. Pour que l'économie se maintienne , il faut que cette perte soit réparée , et qu'elle le soit par la formation de nouveau sang , puisque le sang est la source de toutes les parties , tant solides que liquides. La matière propre à produire ce résultat vient des alimens, dont la nécessité est rendue manifeste par les conséquences qu'entraîne leur privation.

I. La privation absolue d'alimens et de boissons est celle qui entraîne le plus promptement la mort ; celle-ci survient plus tard quand l'individu n'est privé que d'alimens et continue de boire. La réduction de la nourriture au minimum n'amène qu'un lent épuisement de la force vitale , qui , en certaines circonstances , et conduit jusqu'à un certain point , peut devenir salutaire et être employé à titre de méthode curative.

\" Le poids du corps diminue. Un homme, qui avait observé rigoureusement le carême , se trouva , au terme , plus léger de sept livres trois onces; une nourriture plus abondante le ramena , en six jours , à son ancien poids (3). Un autre , qui pesait cent trente-deux livres , avant d'être soumis à un traitement par la faim , perdit près de vingt livres pendant les huit premiers jours, et environ sept livres durant les neuf jours suivans ; sa diminution de poids fut ensuite de moins en moins considérable , parce que les sécrétions devinrent moins abondantes ; à la septième semaine , il pesait encore quatre-

(4) Haller, Elem. phytiol.t t. VI, P. I, p. 465.

(2) im.t t. VIII, P. I, p. 54.

(3) 1/jid., t. VIII, P. Il, p. 6t.

2v5o DE LA DIGESTION •

vingt-dix-sept livres (1). Suivant Blundell (2) , des Chiens de moyenne taille, pesant une trentaine de livres, deviennent plus légers d'une demi-livre à une livre quand on les laisse un jour entier sans nourriture.

2° Ce qu'il y a de plus essentiel, c'est la diminution de la quantité du sang ( § 875). On trouve, après la mort, les vaisseaux sanguins presque vides (3). Chez l'homme dont il a été parlé plus haut, et qui périt d'apoplexie , un mois après avoir terminé son traitement, il n'y avait de sang , en petite quantité même , que dans la veine cave inférieure et le cœur. Haller u'en a trouvé que fort peu dans les vaisseaux des Grenouilles mortes de faim, et les artères avaient diminué de calibre (4). Suivant Collard de Marligny, chez les Chiens, un grand nombre de ramifications vasculaires finissent par ne plus contenir de sang du tout (5) , de sorte que les poumons, le foie, etc. , sont exsangues, et que les membranes muqueuses ont une teinte pâle (6) : on ne rencontre un peu de sang que dans le cœur et les troncs principaux. Chez les Lapins privés d'alimens , la quantité du sang élait réduite le troisième jour à 0,619 , le septième à 0,443 , et le onzième à 0,227 , de sa masse primitive (7). Piorry a vu des Chiens qui avaient trèsbien supporté la perte d'une livre de sang lorsque leur poids était de vingt-sept livres , succomber à une saignée de six ou sept onces après être demeurés trois ou quatre jours sans recevoir d'alimens.

3° On voit éclater tous les symptômes de l'anémie. Le pouls devient petit , faible , de plus en plus rare , et enfin à peine sensible. Il n'est pas rare , dans les traitemens par la faim , de le voir tomber à quarante ou même à trente- i inq pulsations par minute, ou prendre un caractère intermittent,

(1) Grœfe, Journal, t. XXI. p. 343.

(2) Researches physiological a?id pathological, p. 75.

(3) Thackrah , An inquiry into the naiur and properties of blood, p. 84.

(i)Elem. physiolog., t. II, p. 48 ; t. VIII, P. U,p. 61.

(5) Journal do Magendie, t. VIII, p. 187.

(7) Ibid., pk 166.

de sorte qu'on ne pourrait continuer le traitement sans danger (1). La force musculaire diminue rapidement. La respiration des personnes qu'on traite par la faim devient lente et profonde ; si le traitement se prolonge , on voit apparaître l'oppression de poitrine et la difficulté de respirer (2). La température baisse. Toutes les sécrétions diminuent (§ 840, 5°, 6°); celles qui ne sont pas nécessaires au maintien de l'existence ne tardent point à cesser entièrement-, telles sont celle de la graisse , comme superflu de la nutrition , celle du lait et du sperme pour la conservation de l'espèce , celle du pus pour la régénération des parties. Les ulcères et les productions morbides diminuent ; les plaies ont plus de peine à se cicatriser. La bouche et la gorge se dessèchent, et leurs parois semblent avoir été comme grillées. La sécrétion diminue également dans les autres organes digestifs et dans les reins, même dans les sacs séreux ; ainsi Dumas a vu le mésentère sec chez les Chiens morts de faim. On trouve la vésicule biliaire pleine après la mort , parce que le défaut de nourriture Ta empêchée de se vider de la bile, qui continue à être sécrétée pendant les premiers jours , bien qu'en moindre quantité. La diminution des liquides fait aussi que les phénomènes de la putréfaction se manifestent avec plus de lenteur et d'une manière moins prononcée dans le cadavre.

3° 11 ne peut pas manquer de survenir des altérations de composition durant la vie. Le sang est quelquefois plus épais qu'à l'ordinaire , surtout quand les sécrétions aqueuses ont persisté encore pendant un certain laps de temps , et que la soustraction s'est étendue jusqu'aux boissons (3). Si l'on en croit Collard de Martigny, la quantité de la fibrine diminue considérablement et celle de l'albumine augmente (§ 878, 4°). Mais quand les boissons n'ont pus manqué , le sang est ténu , jaunâtre et livide (4). Lecanu rapporte que , chez un jeune homme , après quarante jours de diète sévère , la quantité de

(1) Struve, Ueher Diœt-Entzichuntjs-und Huntjorcur, p. 53.

(2) JMd.t p. 57.

(3) Haller, Inc. cit., t. II, p. 49 . t. Vin, P. II, p. 61.

(4) «aller, loc. cit., t. n, p. 460, 481.

l'eau s'était élevée de 0,770 à 0,804 , et celle de l'albumine, de l'extractif , de la graisse et des sels de 0,076 à 0,084, tandis que celle du caillot était tombée de 0,454 à 0,112 (1). Celte atténuation du sang , à laquelle s'associe peut-être quelque autre changement dans la constitution du liquide , détermine quelquefois des saignemens de nez ou des épanchemens de sang dans l'estomac , dans l'intestin, phénomènes auxquels contribue la diminution de cohésion des parois vasculaires qui a lieu quand la mort arrive lentement par l'effet delà faim. On observe, en outre, des ramollissemens scorbutiques , des excoriations et des ulcères dans la cavité buccale ; la salive et le lait acquièrent une âcreté bien sensible. Fréquemment , il y a mauvaise odeur de la transpiration , de l'haleine , de l'exhalation pulmonaire et de l'urine (2) ; les naufragés , en essayant de boire cette dernière pour tromper leur soif , ont reconnu qu'elle était fort acre (3) , ce dont Savigny a fourni récemement de nouveaux exemples (4).

5° L'absorption acquiert plus d'activité (§ 906, 4°). Chez les Chiens que Dumas avait laissés périr de faim , l'eau avalée peu d'instans avant la mort était déjà entièrement absorbée. Les vaisseaux lymphatiques de l'estomac sont visibles à l'œil nu , et ils conservent leur pouvoir absorbant long-temps encore après la mort. Chez les personnes soumises au traitement par la faim , la résorption s'exerce d'abord sur les produits morbides (5) , qui opposent moins de résistance , parce qu'ils ont moins de vitalité et d'indépendance. Ainsi , dans les vieux ulcères , tout ce qui n'a qu'une vie incomplète périt entièrement , les bords calleux s'affaissent , et peu à peu ils disparaissent ; les éruptions perdent leur auréole rouge , se dessèchent, et se couvrent de croûtes, qui tombent ; les tumeurs s'affaissent de jour en jour , et finissent par disparaître (6).

(1) Etudes chimiques sur le sang, p. 72.

(2) Froriep, Notizen , t. XXXI , p. 62. — Bulletin de Férussac , t. XXVI, p. 123.

(3) Haller, loc. cit., t. VI, p. 167.

(4) Observations sur\les effets de la faim et de la soif. Taris, 1818, p. 12.

(5) Struve, loc. cit., p. 14.

(6) Ibid., p. 58.

Chez les sujets bien portans , la graisse est résorbée la première , et il n'en reste plus aucune trace dans l'épiploon , à la suite d'un traitement par la faim (1). La résorption s'exerce ensuite sur les muscles : ces organes pâlissent et deviennent plus grêles , suivant Collard de Martigny (2) , ceux surtout du tronc, qui ressemblent à des membranes ; les parois même du cœur et d'autres muscles plastiques s'amincissent. La peau paraît ne point être épargnée non plus. Ainsi, il survient un amaigrissement général, que peu de jours déjà suffisent pour rendre sensible dans les traitemens par la faim , mais dont les progrès sont ensuite moins frappans.

6° Sous l'influence de ce^ traitement , lorsqu'il ne dépasse point un certain terme , la digestion acquiert parfois plus d'énergie , de sorte qu'il n'est pas rare d'observer ensuite la propension à prendre de l'embonpoint (3), de même que , chez les personnes bien portantes, l'abstinence est quelquefois favorable aux facultés digestives. Mais, si la soustraction est portée trop loin, ces facultés faiblissent. Constamment, les déjections alvines deviennent peu abondantes et rares; elles laissent souvent entre elles des semaines d'intervalle , et les matières fécales ont une consistance insolite. Après la mort , il n'est pas rare de trouver l'estomac et l'intestin rétrécis , ce que Magendie (4) n'a toutefois observé , chez les animaux, qu'après un jeûne de quatre ou cinq jours. C'est par exception qu'on rencontre l'intestin fort distendu par de l'air (5) , ou le rectum plein de matière fécales pelotonnées et endurcies (6). Quelquefois l'estomac présente , sur un certain nombre de points, la même apparence que s'il avait été enflammé ou rongé , particularité qu'ont observée Dumas , Leuret et Lassaigne (7). Collard de Martigny a trouvé (8), chez un

(1) Journal de Grœfe, t. XXI, p. 343.

(2) Journal de Magendie, t. VIII, p. 155.

(3) Strnve, loc. cit., p. 12.

(4) Précis èlém., t. II, p. 26.

(5) Casper, Wochenschrift , 1836, p. 674.

(6) Journal de Hufeland, t. X, cah. 3 p. 187. \

(7) Rech. sur la digestion, p, 210.

(8) Loc. cit., p. 157.

Chien mort de faim , la membrane muqueuse de l'estomac à l'état normal , et la musculeuse amincie. Cet amincissement des parois intestinales a parfois aussi été observé chez l'homme (1).

H, La vie peut, chez certains animaux, ou dans certains cas, se soutenir long-temps sans aucune nourriture soliJe('2); pendant plusieurs mois chez les Polypes à bras , au delà d'une année chez les Limaçons (3), plus de six mois chez quelques Insectes et les Araignées, des années enlières chez les Poissons dorés de la Chine, quatre mois chez les Crocodiles (4), six moischez les Salamandres, six années chez les Tortues (5), cinq à dix ans chez les Protées (6), et davantage encore chez les Crapauds emprisonnés dans des blocs de pierre, quoique ceux qui avaient été ainsi enfermés par Buckland (7), n'aient pas survécu deux années pleines. Les petits Passereaux ne supportent pas de rester un jour sans nourriture; les Grives soutiennent l'abstinence trois jours , les Poules six jours, et les gros Oiseaux de proie deux à trois semaines. Les Taupes, tirées de terre, périssent au bout de douze heures (S), les Souris j de trois jours , les Lapins , de dix à douze jours (9), les Chiens, de trois à cinq semaines (10), les Chats, de quinze jours , ou de trente-deux , si on leur donne à boire, les Chevaux, de dix-huit à vingt-sept (14), les Phoques, d'un mois, les Tatous, de deux mois (42). Haller a réuni (13) un certain nombre d'exemples d'hommes qui sont restés très-long-lemps

(1) Froriep, Notizen, t. XXXI , p. 62. — Journal d$ Giaefe, t. XXI , p. 343.

(2) Haller, Elem. physiol., t. VI, p. 169.

(3) Treviranus, Biologie, t. V, p. 272.

(4) Fodéré, Essai de physiol. positive, t. III, p. 2.

(5) Blumenbach, Kleine Schriften, p. 123.

(6) Rudolphi, Physiologie, t. II, P. II, p. 9.

(7) Biblii'thèque universelle, t. LI, p. 3'Ji.

(8) Froriep, Notizen, t. XXV, p. 71

(9) Journal de Magendie, t. VIII, p. 462.

(10) Ibid., p. 154, m.

(11) Gurtl, Lehrbuch der vergleichenden Physiologie, p. 76.

(12) Haller, Elem. physiol., t. VI, p. 170.

(13) llid., p. 171.

DE LA. DIGESTION. 25f)

sans prendre de nourriture , et l'on n'aurait pas de peine a e n étendre considérablement la liste. Assez souvent néanmoins, il ne s'agissait que d'une simple imposture, de gens qui, dans un but quelconque , ou seulement pour appeler sur eux l'attention publique, feignaient de ne point manger , et trompaient des observateurs superficiels : nous sommes donc en droit de supposer quelque erreur dans certains récits de ce genre, par exemple, dans un cas cité par Rolando (1), où il s'agissait d'une abstinence absolue, continuée pendant deux ans et demi ; car il est incroyable que la diminution des sécrétions et l'accroissement de l'absorption puissent aller jusqu'à permettre de rester des années entières sans prendre la moindre nourriture. D'ailleurs, on a souvent perdu de vue que l'eau elle-même est un aliment ( § 937, 1 ), et l'on n'a considéré comme diète absolue que l'abstinence d'alimens solides. Dans l'état ordinaire des choses , un homme ne peut pas vivre plus d'une semaine sans manger ni boire , ou plus de quelques semaines sans manger ; il faut des circonstances spéciales pour dépasser ce terme.

1° L'une des principales est que la décomposition de la matière organique qui accompagne la vie , s'accomplisse avec plus de lenteur. Chez les animaux qui développent beaucoup de chaleur, dont la circulation marche avec vélocité, dont les mouvemens sont forts et vifs, la décomposition est plus prompte , et la possibilité de vivre sans nourriture plus restreinte, que chez ceux qui se trouvent dans les conditions inverses ; sous ce rapport , il y a un contraste des plus tranchés entre les Passereaux et un Crapaud , par exemple. Les Sauriens , les Ophidiens , les Chéloniens , transpirent moins que d'autres animaux, à raison de la cuirasse dont leur corps est garni; par conséquent ils peuvent vivre plus longtemps sans nourriture (2); faculté que les Reptiles nus possèdent également en vertu de la faculté absorbante dont leur peau jouit à un si haut degré ( §§ 898 , 1», 917, 40). Les animaux invertébrés nus sont dans le même cas ; ainsi , d'après

(1) Rolando et Gallo, Necroscopia de anna Garbero adita per lo spario di 31 mesi, 11 giorni. Torino, 1818, in-4, Og.

(2) jEdwards, De l'influence des agens physiques sur la vio, p. 130.

les observations d'Erman (1), un Limaçon privé de nourriture ne perdit en six semaines qu'un onzième du poids de son corps, tandis que, durant le même laps de temps, la perte fu td'un quart chez l'homme dont il a été parlé précédemment. Chez les personnes qu'on cite comme exemples d'abstinence prolongée , non seulement les sécrétions étaient diminuées de beaucoup, mais encore la transpiration était réduite à si peu de chose , qu'elles ne salissaient pas le linge ou le cuir blanc mis en contact immédiat avec leur peau (2). Si d'autres ont vécu plusieurs semaines sous la nei^e, sous la terre humide , sous des décombres, c'est un fait qu'expliquent les observations de Leuret et Lassaigne (3), qui ont vu les Chiens supporter l'abstinence pendant quarante jours dans un lieu humide et obscur, tandis qu'ils ne vivent pas plus d'un mois dans des endroits chauds, secs et éclairés (§ 839, 2<>^60). La vie animale est accompagnée d'un renouvellement de matière , et elle exerce une influence considérable, tant sur la constitution du sang (§§ 750, 3°: 754, 1°; 756, 4"), et sa marche (§§ 771-773), que sur la nutrition et les sécrétions ( § 847). Pour engraisser les bestiaux , on les tient enfermés , ou l'on a soin que les lieux dans lesquels on les met à l'engrais ne soient pas trop éloignés de l'étable , [autrement ils consomment , pendant le retour, à peu près autant qu'ils ont pu acquérir (4), De même, les animaux qui peuvent vivre longtemps sans nourriture se font remarquer, en général, par la lenteur de leurs mouvemens et leurs sens obtus. Parmi les hommes qui ont supporté de longs jeunes, plusieurs étaient idiots , et la plupart avaient été condamnés par la débilité ou la paralysie à garder le lit (5).

2° La direction de la vie joue ici un grand rôle. Les hommes accoutumés à prendre peu de nourriture, maigres et débiles, souffrent moins de l'abstinence , comme l'a observé , entre autres, Savigny (G). Dans l'état chrysalidaire des Insectes et le

(1) Abhandlungen der Akad. zu Berlin, 1816, p. 204.

(2) Haller, Elem.physiol., t. VI, p. 175.

(3) Loc. cit., p. 2t0.

(4) Thaer, Grundsœtse der rationellen Landwirthse7iaft,t, IV, p. 390? ]

(5) Esquirol, Des maladies mcntalcs.'Ya.r'is, 1838, t. II, p. 155.

(6) Loc. cit., \). 10.

DE tk DIGESTION, sommeil hibernal , le besoin de nourriture cesse en même temps que les manifestations de la vie animale , tandis que l'activité plastique se relire du dehors au dedans. Tout ce qui est relatif à la conservation de l'espèce a , proportion gardée , plus d'énergie chez la femme , que ce qui se rapporte à l'individualité , et de là vient que les femmes peuvent supporter plus long-temps le défaut de nourriture (§ 177). Dans l'hystérie , l'excitabilité du système nerveux est exaltée aux dépens du principe d'unité qui caractérise ce système ; aussi est-il plus dégagé des autres actions vitales , qui s'accomplissent mal ou faiblement ; aussi la plupart des personnes qui ont vécu loDg-temps sans prendre d'alimens étaient-elles des femmes hystériques. Le besoin de nourriture est moindre chez les fous ; pour nous borner à un seul exemple , on en cite un qui , durant trois semaines , ne prit aucun aliment , aucune boisson , et ne fit que se laver une fois la bouche avec de l'eau (1).

3° Durant les premières périodes de la vie , quand l'organisme est encore en train de se développer, la circulation plus vive et le renouvellement des matériaux plus rapide, le besoin de nourriture se fait sentir d'une manière plus pressante. Le Dante a rendu célèbre la mort d'Ugolin et de sa famille ; les plus jeunes fils succombèrent dans les quatre premiers jours de leur incarcération , les plus âgés le cinquième et le sixième , et le père le huitième. Une famille ayant été ensevelie sous une avalanche , où elle n'avait pour toute nourriture que de l'eau de neige et le lait d'une Chèvre enfouie avec elle, un petit garçon , âgé de trois ans, mourut le douzième jour , tandis que deux femmes vécurent ainsi cinq semaines , jusqu'au terme de leur libération (2). Ce furent aussi, parmi les compagnons de Savigny , les enfans et les jeunes gens qui succombèrent les premiers à la faim (3). Collard de Martigny (4) a fait des remarques analogues sur les animaux. Lors-

(1) Leuret et Lassaigne, liech. sur la digestion, p. 215.

(2) Philmophic. Truns.,[. XIX, p. 796.

(3) Loc, cit., p. 10.

{fi) Loc. cit., p. 162, 186,

que les jeunes animaux périssent , la masse de leur sang a éprouvé, proportionnellement au poids de leur corps, une perle moins considérable que celle des vieux (§ 741 , 2").

4° La faiblesse de la vie dans l'âge avancé ne permet pas aux vieillards un long jeûne , que les personnes d'un âge moyen peuvent seules supporter. C'est aussi la force de la constitution qui rend les grands animaux plus aptes que les petits à résister au défaut d'alimens, et qui fait que les Carnivores le supportent plus long-temps que les herbivores.

111. Lorsque la nourriture est trop peu abondante , le corps n'acquiert point la plénitude de son développement , ni de sa force. Aussi , les agronomes , pour améliorer la race du bétail , lui donnent-ils une fois autant de fourrage qu'à celui qu'ils veulent maintenir dans les conditions communes (1). Généralement parlant, on peut dire qu'il faut aux échelons inférieurs de la vie une quantité proportionnelle de nourriture plus considérable qu'aux degrés supérieurs. Ainsi, selon Haller (2), la proportion entre la consommation journalière d'alimens solides et le poids du corps est de 2:1 chez certaines chenilles , de 1:8 chez les bêtes à cornes , de 4 : 40 chez l'homme , qui , terme moyen , prend chaque jour trois à quatre livres d'alimens. Mais il y a encore ici diverses circonstances qui doivent êire prises en considération.

1" La première est la qualité de la nourriture. Un Bœuf qui mange quatre-vingt livres d'herbes , est tout aussi bien nourri par vingt-quatre livres de foin ; un Cheval consomme vingt livres de foin ou neuf d'avoine. Une Oie, à laquelle on donne de l'orge , n'en exige que le quarantième du poids de son corps pour sa nourriture journalière (3).

2° Une différence considérable résulte de la fréquence ou de la rareté des repas, qui dépend , pour chaque animal , de son organisation et des conditions de sa vie. Les animaux herbivores ont besoin d'une grande quantité de nourriture, qu'ils

(4) Thaer, loc. cit., t. IV, p. 392.^

(2) Elem. physiolog., t. VI, p. 256.

(3) Ticdemaiin, Recherches sur la digestion , trad. par A. J. L, Joiudan, t. U. p. 2l2.

DE hk DIGESTION.

trouvent continuellement dans leur pays natal, mais qu'ils ne peuvent prendre que peu à peu ; ils mangent et digèrent pen dant la plus grande partie du jour, mais toujours peu à la fois; de là vient que, quand on les tient renfermés , il ïaut leur donner chaque jour la même quantité de nourriture (1); celle d'un Cheval lui est fournie, non pas toute à la fois, mais par petites portions , et on lui laisse trois heures pour manger (2). Les animaux qui vivent de substances animales sont obligés d'attendre jusqu'à ce qu'ils rencontrent une proie , et d'en prendre alors assez pour rester rassasiés pendant un long laps de temps ; les Cousins sucent au point que leur abdomen entier se gonfle , et que les excrémens sont repoussés par l'anus ; les Coléoptères carnassiers dévorent en peu de temps des insectes à moitié aussi gros qu'eux, et qui exigent plusieurs jours pour être digérés. Lorsqu'on donne la nourriture journalière par petites portions, et non en une seule fois , aux animaux de proie renfermés dans les ménageries , ils la rendent en partie sans l'avoir digérée , et maigrissent.

3° Il résulte de ce qui précède ( Il , 4° ) que la quantité de la nourriture doit être proportionnée à la consommation. L'homme qui vient de se livrer à des travaux fatigans, qui relève de maladie, qui a subi une perte de sucs , prend davantage d'alimens , et les bêtes de trait exigent qu'on augmente ou diminue leur ration habituelle , suivant qu'elles fatiguent ou se reposent plus que de coutume. La même chose arrive après l'abstinence : un Limaçon , qui avait été tenu pendant six semaines à la diète , mangea en quelques heures un poids équivalent au tiers de celui de son propre corps (3).

B. Qualité de la nourriture.

§ G3G. Sous le point de vue de la qualité , les alimens sont ou des substances organiques ou des substances inorganiques,

(t) Tliaer, loc. cit., t, IV, p. 410.

(2) 0>id., p. 4'i3.

[Zj /lUiundlu/iyen der /Ikad, su Borhv% 131C, p. ZQh,

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