I. La première est pour ainsi dire immédiate
1° Elle consiste à examiner le contenu de l'estomac chez des animaux mis à mort pendant ou après la digestion. Les cadavres d'hommes qui périssent de mort subite , au milieu de ce travail, sont rarement ouverts dans des circonstances qui permettent d'en retirer beaucoup d'instruction.
2» Rendre , par le vomissement provoqué à dessein , les alimens qu'on a introduits dans son estomac , comme le faisait Montègre, entre autres, ne mène pointa des résultats certains , car le vomissement accroît beaucoup la sécrétion de la salive, de manière qu'on n'obtient pas à l'état de pureté le contenu de l'estomac , qui , d'ailleurs , peut avoir déjà subi une modification par le fait de l'irritation insolite du viscère.
3° Les alimens peuvent être avalés dans des tubes ou dans de petites bourses , qu'on examine après les avoir retirés ,
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ou après qu'ils ont été rendus par le vomissement , ou enfin après qu'ils ont parcouru toute la longueur de l'intestin , avec les excrémens. Les expériences du premier genre ont été faites par Eéaumur et Spallanzani , principalement sur des animaux ; celles de la seconde catégorie l'ont été par Spallanzani et par Helm , sur eux-mêmes.
4° Ce qu'il y a de plus instructif , c'est d'observer les cas dans lesquels, chez l'homme , la paroi du ventre et de l'estomac a été perforée par l'effet d'une plaie ou de la suppuration , de manière qu'il soit resté un trajet fistulaire. Ces cas ne sont pas fort rares. Cornax parle d'un homme qui , depuis plusieurs années , à la suite d'une blessure à la région épigastrique , portait une fistule stomacale , par laquelle il faisait sortir les alimens à volonté (1). Covillard a vu une fistule de ce genre , qui existait depuis plusieurs années , et qui avait succédé à un coup de feu (2). Thomassin en rapporte deux autres exemples , d'après Foubert et Wenzel. Attinson a observé et guéri une ouverture qui avait été produite par îa suppuration de l'estomac (3), Van Swieten cite une femme de soixante ans qui en portait une depuis douze ans (4), et Burrows , un vieillard chez lequel la fistule , déterminée par une piqûre , datait de ving-sept ans (5). Crook a guéri, chez une femme, une fistule survenue cinq mois auparant à la suite d'une gastrite (6). Gérard a réuni d'autres cas du même genre (7). Tous ces faits n'ont été observés que d'une manière superficielle sous le point de vue physiologique. Il faut faire une exception pour le cas dont parlent Circaud et Hallé , d'une femme qui, ayant fait, à l'âge de vingt ans, une chute sur la région épigastrique , fut atteinte , dix-huit ans après , d'une tumeur qui s'ouvrit plus lard , par les efforts du vomissement ; Circaud ne vit cette malade que dans sa qua-
(4) Schenck, Obs. med. rar.'libri VII, p. 348.
(2) Observations iatrochirurgiques, p. 282.
(3) Philosoph. Transact., t. XXXII, p. 80.
(4) Commentaria, t. IV, p. 955.
(5) Simmons. Médical facts and observations, t. V, p. 185.
(6) Froriep, Notizcn, t. LXII, p. 41.
(7) Sammlumj auserlesgner Abhandlumjan, t. XXI, p. 311-314
rante-sixième antiée ; l'ouverture avait six lignes de long, sur sept de large. Helm (1) a observé pendant cinq années de suite une fistule , ayant deux, pouces de diamètre , qui avait succédé, chez une femme de cinquante ans , à l'ouverture d'un abcès. Beaumont a également fait durant plusieurs années des observations sur un homme au travers de l'estomac et de la partie inférieure de la poitrine duquel avait passé un coup de fusil chargé de petit plomb; quelques jouis après la blessure, les portions détruites des tégumens extérieurs , ainsi que les parties procidentes du poumon et de l'estomac , s'étaient détachées , et la guérison avait eu lieu au bout d'un mois , les bords de la plaie de l'estomac s'étant réunis^à la plèvre et à la peau , de manière à laisser une fistule du diamètre d'un pouce (5). Les fistules intestinales qui constituent les anus contre nature , sont encore plus communes; mais il n'y a guère que Lallemand (3) qui les ait fait servir à des recherches de physiologie. Les moins intéressantes de ces fistules sont celles dans lesquelles une portion inférieure de l'intestin forme l'anus artificiel , comme chez une femme dont parle Weese, qui , depuis quinze ans, portait à l'extérieur de son corps un bout de colon long de quatorze pouces et un autre long de dix pouces , avec une ouverture par laquelle seule s'opéraient les déjections : l'accident était la suite d'une rupture de la matrice , à la suite de laquelle le fœtus s'était frayé une voie à travers la région ombilicale, laissant après lui une procidencede l'intestin (4).
Ce n'est qu'après avoir posé de cette manière les bases sur lesquelles doit reposer l'étude de la digestion , qu'on peut recourir à d'autres moyens (§949, III, IV).
IL Chez tous les animaux , les alimens solides sont convertis en une masse pultacée , qu'on appelle chyme. Le chyme, surtout chez les Mammifères , est la plupart du temps
(1) Zwey Kranhenyeschichte. Vienne, 1803.
(2) Neue Fersuche und Beolachtunyen ueber den Mayensaft und die Physiologie der Verdauuny. Leipsick, 1S3'..
(3) Observations pathologiques, p. 71.
(4) Rust, Magasin, t. XIX, p. 195.
Dl LA. DIGESTION.
grisâtre , quelquefois brunâtre ou verdâtre : il a une odeur et une saveur fades et nauséeuses , parfois sensiblement aigres ; les réactifs n'y indiquent pas la présence d'un acide libre. Lorsque sa formation est achevée, on n'y reconnaît plus à l'œil les alimens, et le microscope y fait apercevoir des globules.
'1° Les alimens deviennent d'abord humides, puis spongieux et mous , enfin ils perdent leur forme , et se convertissent en une bouillie homogène; presque toujours leur couleur naturelle se dissipe , le vert des végétaux et le rouge de la viande passent plus ou moins au grisâtre. Lorsque la masse alimentaire n'est pas très-molle dans sa totalité, on trouve la surface transformée déjà , tandis que l'intérieur n'a encore subi aucun changement. C'est ce qu'Ollivier (1) a remarqué chez un homme subitement mort à la suite d'un repas immodéré. Schultz (2) attribue cet effet à ce que le[mouvement indiqué par Wilson (§ 931) refoule de dedans en dehors les portions'qui ont été digérées. Mais on peut se convaincre, sur des substances solides, que la digestion s'accomplit couche par couche : ainsi un lambeau de poumon qu'un Héron avait avalé, était dissous à sa surface, tandis que le centre conservait encore toute son intégrité (3) ; une boule en os, du diamètre de quatre ligues et demie , n'avait diminué que d'une ligne et un tiers pendant l'espace de trente-cinq jours ; elle était demeurée parfaitement ronde , et s'était recouverte chaque jour d'une couche superficielle de substance dissoute (4).
2° Le tissu cellulaire de la viande est ce qui se dissout d'abord; les fibres de celle-ci se séparent donc les uns des autres ; puis elles apparaissent comme rongées , et finissent par se convertir en une bouillie plus ou moins brune. La viande pourrie perd son odeur putride et devient plus ferme avant de se dissoudre.
3° L'albumine liquide se prend d'abord en flocons , puisse convertit en un liquide lactescent. Le blanc d'œuf durci com-
(i; Billard, De lamemh. muq. gastro-intestinale, Paris, 1825, p. 82.
(2) Meckel,ry/rcAit> fuer Anatomie, 4826, p. 510.
(3) Spallanzani, OEuvros, t. II, p. 506. :
(4) Spallanzani, OEwrcs, t.TI, p. 607.
ulk DE tA. DIGESTION.
mence par devenir mou et translucide , comme s'il avait été attaqué par un alcali. La fibriuese transforme égalementen une masse gonflée, molle et translucide, sans trame organique.
4° Les parties tendineuses donnent une bouillie gélatiniforme. Le derme n'est dissous qu'à sa face interne ; mais les Oiseaux de 'proie digèrent le cuir de bœuf et de veau (1). Les os sont digérés par les animaux carnivores , tels'que les Poissons et les Reptiles (2), entre autres les Grenouilles (3), par les Hérons (4) et par les Oiseaux de proie (5). On fit avaler à un Aigle une bille d'os de Bœuf, que l'animal vomissait chaque jour , et dont chaque fois la surface était ramollie , tellement que la bille disparut complètement en vingtcinq jours. Les Chiens digèrent également les os (6) : un gros os était réduit des trois dixièmes au bout de six heures et demie , et un morceau d'omoplate complètement digéré en huit heures (7) ; les substances organiques sont extraites, et les parties terreuses , réduites en poudre ou en esquilles , donnent aux excrémens la couleur blanche qu'ils prennent en se desséchant {album grœcum). L'homme a moins d'aptilude à digérer les os , bien qu'il n'en soit pas entièrement dépourvu (8) ; un domino qu'une jeune fille avait avalé et rendu au bout de trois jours par les selles , était devenu rude à la surface, d'après Cooper(9), et ne pesait plus que trentequatre grains , tandis que le poids des autres était de cinquante-quatre.
5° Le lait se coagule, ou se sépare en petit-lait et fromage, et celui-ci est ensuite dissous.
6° Magendie prétend (10) que l'eau devient trouble dans
(1) Spallanzani, Œuvres, t, II, p. 5S5, 586.
(2) Haller, Elem. physiol., t. VI, p. 312.
(3) lb., p. 515.
(4) iô.,p. 501.
(5) Hist. de VAcad. des se, 1752, p. 473. — Spallanzani, loc. cit., p. 501, 566, 579.
(6) II., p. 488.— Spallanzani, loc. cit., p. 629.
(7) Meckel, Deutsches Archiv, t. IV, p. 140.
(8) Haller, loc. cit., t. VI, p. 314.
(9) Meckel, Deutsches Archiv, t. IV, p. 140.
(10) Précis éléiu., t. II, p. 126.
l'estomac, qu'en grande partie elle passe dans l'intestin ou est absorbée , et qu'elle laisse un mucus , qui est ensuite converti en chyme, à l'instar d'un aliment. Il ajoute que nonseulement les autres boissons , mais encore les sucs gastri ques eux-mêmes , subissent une transformation semblable, attendu qu'on a trouvé une sorte de chyme dans la région du pylore chez des hommes frappés de mort subite tandis qu'ils étaient à jeun, et un simple mucus dans la région cardiaque de l'estomac d'animaux qui étaient demeurés un ou deux jours sans prendre d'alimens (1).
7° Les parties épidermoïdes résistent à la digestion , ou n'y cèdent que chez certains animaux , et difficilement. L'homme rend les pellicules du raisin , des autres baies, des pois, des lentilles , etc. , sans qu'elles aient subi aucun changement. Helm a vu (2) la peau des poires rester indigérée , et des raisins de Corinthe ou des pruneaux entiers, qu'on avait introduits dans l'estomac , à travers la fistule , s'échapper intacts par les selles. On aperçoit ordinairement les balles de l'avoine dans le crotin du Cheval. Cooper a trouvé , chez les Chiens, la pellicule des pommes de terre inattaquée, tandis que la couche sous-jacente était dissoute (3). Les Poissons paraissent digérer les écailles des autres animaux de leur classe ; mais les poils , les cornes et les ongles résistent partout à la digestion. Un Faucon digérait les racines des dents, mais non l'émail -, son estomac n'attaquait non plus ni la corne , ni l'épithélium corné du gésier des oiseaux (4) .Un Chien parut avoir digéré une partie de l'émail d'une dent, quoique le tissu du linge qui enveloppait cette dernière fût demeuré intact. (5)
8° Tant qu'ils vivent , et en vertu même de leur vie , les Entozoaires , les Insectes , les Vers et les Reptiles qui parviennent dans l'estomac , résistent à la digestion.