‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 38 sur 134 · III. Quant à ce qui concerne les autres différences · texte numérisé non relu

III. Quant à ce qui concerne les autres différences

1° La digestion ne commence généralement que dans l'in-

(1) Précis clêm., t. II p. 44.

(2) Loc. cit., p. 22.

(3) Loc. cit., t. IV, p. 438.

(4) Spallanzani, OEuvrcs , t. II, p. 584, 585. '

(5) Spallanzani, loc. cit., p, 633.

ni; Ik DIGESTION.

térieur de l'estomac. Quoique le liquide sécrété dans le jabot des Oiseaux soit presque toujours acide, et le soit constamment après que l'animal a mangé , selon Tiedemann et Gmelin (1), il paraît servir moins à la digestion proprement dite , qu'à remplacer la salive, c'est-à-dire à l'aire renfler les alimens et les rendre aptes à être digérés ; ainsi la coque des noix pleines éclate dans le jabot des Dindons, tandis que celle des noix vides demeure intacte , parce qu'elle ne renferme pas de noyau qui puisse se renfler par l'effet de l'imbibition (2). Il arrive souvent aux Poissons d'avaler des animaux qui ne peuvent pas se loger en entier dans leur estomac ; la portion contenue dans l'œsophage est encore intacte quand celle qui se trouve dans l'estomac est déjà digérée (3).

2° Le fourrage qu'on rencontre dans la portion cardiaque et surtout dans le cul-de-sac de l'estomac des Mammifères, est proportionnellement moins altéré et plus imbibé de liquides; celui que renferme la portion pylorique est plus converti en un chyme homogène et acide à un plus haut degré. Schullz a remarqué, chez un Chat qui avait mangé une heure auparavant , que le contenu de la portion cardiaque était encore neutre , tandis que celui de la portion pylorique avait acquis déjà le caractère acide (4). La digestion paraît avoir son siège principal dans la grande courbure , et la région qui avoisine le pylore semble n'être destinée qu'à en recevoir le produit. Chez les Ruminans , le fourrage est moins altéré dans la panse, et, au dire de Schullz (5), il exerce une réaction alcaline quand il se compose de substances sèches (paille ou foin), parce qu'alors la salive coule en plus grande abondance (§ 938, 2o,30), au lieu que les alimens mous (pommes de terre , carottes), sont déjà acidifiés par le suc gastrique. Les substances alimentaires changent peu dans le réseau ; mais, entre les plis du feuillet, elles s'imprègnent de plus en

(1) Recherches e.vpérim. sur la digestion. Paris, 1S27, t. II, p. 150

(2) Rndolphi, Physiologie, t. II, P. II, p. 91 .

(3) Prochaska, Physiologie, p. 399.

(4) De aliment or um concoctione, p. 30.

(5) lb., p. 46.

DE LA DIGESTION. 277 plus de suc gastrique , et c'est dans la caillette , qui fournit le plus d'acide, qu'elles finissent par se convertir en bouillie.

§ 940- 11 en est de la digestion comme de tout ce qui a trait ;i la physiologie ; la complication des circonstances ne permet pas d'en déterminer la durée autrement que d'une manière approximative.

I. Le temps qui s'écoule depuis l'introduction des alimens jusqu'à leur conversion complète et leur évacuation dans l'intestin , dépend des conditions de l'organisme.

1° Il dépend d'abord de l'espèce. Schweigger fait remarquer (1) qu'on a retrouvé dans l'intestin de Sangsues une partie du sang qu'elles avaient sucé deux ans et demi auparavant. La digestion est généralement plus lente chez les Poissons et les Reptiles que chez les Oiseaux et les Mammifères ; il arrive quelquefois aux Indiens de trouver dans l'estomac du Boa un jeune Buffle assez bien conservé pour qu'il leur soit possible d'en manger la chair (2). Gosse, quise procurait des vomi&semens à volonté, en avalant de l'air, avait reconnu de cette manière que les alimens n'ont encore subi presque aucun changement au bout d'une demi-heure, qu'au bout d'une heure ils sont convertis en bouillie , et qu'au bout de deux heures il y en a déjà la moitié qui est sortie de l'estomac. Pour ce qui concerne les observations faites sur des personnes atteintes de fistules stomacales, la femme dont parle Helm (3 j était contrainte par des douleurs , deux ou trois heures après le repas , de retirer les alimens contenus dans son estomac , dont cependant il restait une partie, qui passait plus lard dans l'intestin. Chez la femme observée par Circault , trois heures après le repas , l'estomac laissait échapper la nourriture, en partie par le pylore , et en partie par la fistule , dont la membrane muqueuse faisait alors saillie en manière de bourrelet. Dans un cas analogue (si ce n'est le même), où l'orifice de la fistule était distant du pylore d'un tiers de la longueur de l'estomac , Richerand a vu le chyme sortir trois ou quatre

(1) IJanMuch der Natunjeschichte, p. 570.

(2) Zinimcrinann, 'J'uschenbuch der lîcisen, t. XI, p. 220. (3; Loc. cit., p. 7.

heures après le repas. Chez le malade de Beaumont, la chymification était généralement terminée trois heures ou trois heures et demie après un repas modéré, composé de viande et de pain'(l). Cependant elle exige presque toujours quatre ou cinq heures chez l'homme en pleine santé; Haller a remarqué que quand il souffrait de l'estomac, les matières qui lui revenaient à la bouche ne cessaient d'avoir le goût des alimens que six heures après le repas ,2).

2° L'individualité exerce aussi de l'influence. Lallemand (,'>) donne comme un résultat des observations faites sur les anus artificiels, que la durée delà digestion varie pour ainsi dire à chaque individu , et qu'en conséquence on aurait tort de vouloir établir aucune proposition générale à cet égard.

3° Enfin la durée varie chez un même individu , suivant l'état présent de la vie. Spallanzani a constaté que le même animal ne digère pas en tout temps avec la même rapidité. C'est peut-être à quelque circonstance de ce genre qu'il faut s'en prendre de ce qu'on trouva l'estomac déjà vide chez un homme qui avait été assassiné deux heures après le repas (4).

II. L'évacuation de l'estomac et l'achèvement de la digestion dans son intérieur ne coïncident pas toujours ensemble , et sont deux phénomènes qu'il faut distinguer l'un de l'autre.

1° Chez certains animaux , la nourriture arrive de bonne heure, et avant d'avoir subi de modification notable, dans l'intestin, où elle se convertit en chyme parfait. C'est ce qui a lieu, par exemple, chez les Chevaux (5). Ces animaux peuvent manger pendant plusieurs heures de suite , parce que leur estomac , s'il n'est pas assez spacieux pour contenir tous les alimens qu'ils prennent, possède une force musculaire trèsénergique. Chez d'autres animaux , au contraire , cet organe ne se vide jamais entièrement : l'estomac des Chenilles contient encore de la nourriture après sept jours et plus d'absti-

(1) Loc. cit., p. 45, 220.

(2) Elem. physiol., t. VI, p. 280.

(3) Loc. cit., p. 84.

(4) Haller, loc. cit., t. VI, p. 281.

(5) Hurtrel d'Arboval, Dict. de mèd. , de chirurgie et d'hygiène vétérinaires. Paris, 183S, t. III, p. 255.

nence , quoiqu'il se meuve avec beaucoup de vivacité penchait la digestion (1). Il est rare aussi, comme l'avait déjà dit Walœus (2), qu'on le trouve tout-à-fait vide chez les Chiens (3) et les Lapins (4) qui sont demeurés long-temps sans recevoir de nourriture. Les résidus non digérés de la nourriture de ces derniers ne paraissent pas avoir assez de pouvoir excitant , et il faut, pour que l'estomac les expulse , que des alimens frais provoquent en lui un mouvement vif.

2° L'état de l'irritabilité est une des conditions qui déterminent l'époque de l'évacuation. Lorsque la faim se fait sentir vivement, l'estomac est contracté avec force, et il expulse promptement la nourriture qui pénètre dans son intérieur : on entend alors un bruit de gargouillement, et l'on sent le bouillon ou le vin répandre une chaleur agréable par tout le bas-ventre. Tanchou, qui a fait cette remarque (5), a trouvé l'estomac en grande partie vide chez des Chevaux qu'il laissait jeûner pendant vingt-quatre heures , auxquels il donnait ensuite des radis , des carottes et autres choses semblables , et qu'il tuait, à la dernière bouchée , d'un coup de couteau à la moelle allongée , pour les ouvrir sur-le-champ ; ules radis avaient déjà cheminé de plus de vingt pieds dans l'intestin. Lorsque l'irritabilité est suspendue ou éteinte , le mouvement s'arrête aussi : une femme dont parle Abernethy, s'était empoisonnée avec de l'opium ; à l'autopsie , on trouva l'estomac encore tout plein des liquides qui avaient été injectés pendant la vie (6). Haller(7) fait remarquer que le mouvement semble être accéléré dans les cas de fistules gastriques et intestinales ; et cette assertion n'est peut-être pas dénuée de fondement , car on voit souvent , chez les personnes atteintes d'anus artificiel, le chyme sortir deux heures déjà après le repas (8). j

(1) Rengger, Pkysioloyische Untersuchunyen, p. 12.

(2) Bartholin, Anatamia reformata, p. 535.

(3) Treviranus, Biologie, t. IV, p. 387.

l4) Witson , Ueber die Gesetze der Functionen des Lébens . p. 119. — Schultz, loc.cit., p. 77.

(5) Froriep, Notizen, t. L, p. 310.

(6) Physiolotjical lectures, p. 179,

(7) Loc. cit.,i. VII, p> 52.

(8) Lallemand, Observations patholoyiques, p, 74.

280 DE LA. DIGiiSTION.

3o 11 faut avoir égard aussi à la propriété stimulante spéciale des substances portées dans l'estomac , dont elles excitent l'activité vitale tantôt dans un sens et tantôt dans un autre. L'estomac est effectivement l'organe qui présente le plus de côtés , si l'on peut s'exprimer ainsi ; abstraction faite de ses relations intimes avec d'autres systèmes organiques( § 957, III ; 979, II), il secrète des liquides, les uns muqueux et les autres acides, il fluidifie et transforme, il assimile et absorbe, il est doué de sensibilité et de motilité. Chacun de ses différens côtés a ses stimulans propres ; telle substance agit davantage sur la membrane muqueuse, et telle autre sur la musculeuse , celle-ci sur les nerfs, et celle-là sur les vaisseaux sanguins, etc. Nous laissons à nos successeurs le soin de développer celte vérité ; qu'il nous suffise ici de citer quelques faits relatifs au passage des substances dans l'intestin. Crookavu, chez un sujet porteur d'une fistule qui s'ouvrait au voisinage du pylore, que l'eau de la boisson était chassée dans l'espace de vingt secondes (1). D'après les observations de Coleman , en six minutes, ce liquide allait jusqu'au cœcum, chez un Cheval, c'està-dire parcourait une distance de soixante pieds (2). Suivant Gurlt (3), huit livres d'eau traversèrent l'estomac d'un Cheval en peu de minutes , et seize celui d'un autre. Il résulte des observations de Beaumont (4) qu'en général les boissons disparaissent rapidement de l'estomac, quoiqu'on demeure dans l'incertitude relativement à la question de savoir combien il y en a qui soit absorbée. Cependant la cohésion n'exerce pas une influence absolue, puisque certains alimens solides sortent de l'estomac avant certains liquides , par exemple les œufs crus. Quelques boissons, d'ailleurs fort différentes les unes des autres quant à leurs effets, s'échappent avec une promptitude toute particulière, et sont cause que les alimens eux-mêmes passent dans l'estomac avant d'être digérés ; Schultz assure que le café, surtout, donne lieu à ce phéno-

(1) Froriep, Notizen, t. XL1I, p. 11.

(2) Abernethy, Plujsiological lectures, p. 180.

(3) Lehrbuch der veryloichcnden Physiologie, p. 1)6.

(4) Xoc. cit., p. 65.

mène (4). On sait aussi que parfois le lait détermine presque instantanément la diarrhée, ce que Lallemand , entre autres, a remarqué dans les cas d'anus artificiel (2). Le mode spécial d'action des divers purgatifs , qui diffèrent tant les unes des autres, n'a point encore été suffisamment examiné.

III. Mais ce qui mérite une attention toute particulière, ce sont les modifications du mouvement, eu égard à sa qualité. En effet, l'estomac, dans l'intérêt de la digestion , commence par se contracter uniformément de tous les côtés , pour réduire les alimens un une seule masse; puis, au moyen d'une propagation circulaire de ses contractions , il les promène en rond ; ensuite il se contracte progressivement du cardia au pylore, pour les pousser dans l'intestin, ou du pylore au cardia, pour les ramener à la bouche. Or, chacun de ces modes de mouvement a des stimulans spéciaux qui le provoquent ; celui qui sert à la digestion est déterminé par les épices , celui qui chasse les alimens dans l'estomac par les sels neutres, et celui qui amène le vomissement par l'antimoine. Mais l'estomac possède, en outre, la faculté d'exercer tel mouvement sur une substance , quand il en contient plusieurs à la fois, et tel autre sur les autres.

10. Un vomissement normal (§934, 6°) est incontestablement excité par l'irritation mécanique due au corps qui résiste à la digestion; cependant, il n'a pas lieu tant que ce corps indigeste est encore accompagné de substance apte à être digérée. La coquille d'un Limaçon ne stimule l'estomac d'une Astérie, au point de produire le vomissement, que quand elle est vide , quand l'animal qu'elle logeait a été digéré ; les Oiseaux de proie ne vomissent pas tant qu'il leur reste quelque chose à digérer dans l'estomac, et ils conservent les tubes d'expérimentation qu'on leur fait avaler jusqu'à ce que toute la substance alibile qui y est contenue et toute celle qui les entoure soient digérées (3). C'est ainsi qu'un Faucon retint une bille en os pendant vingt-deux jours, parce que Spal!anzani(4)

(4) De alimentorum concootione, p. 81.

(2) Observations paiholoijitjues, p. 76.

(3) Spallanzani, OEutres, t. II, p. 567.

(4) lb., p. m.

avait soin de lui présenter la nourriture à l'époque où, d'après son calcul, la digestion était terminée et le vomissement imminent. Le mouvement digestif prépare les substances indigestes à être rejetées au dehors. L'estomac des Oiseaux de proie pelotonne les plumes des petits Oiseaux qui ont été avalés, et les réduit en masses sphériques avant qu'elles soient vomies(l ) .La l'acuité de rejeter certaines substances par le vomissement coïncide également avec l'impuissance de les digérer : la Chouette ne peut point digérer les végétaux , et elle les rejette avec le reste des matières pelotonnées quand on lui en a fait avaler de force (2). Un Faucon vomit une bille en os pleine et dure, parce qu'il ne pouvait pas la digérer en totalité, tandisque son estomac retenait des os de bœuf, dont il lui était possible d'accomplir la digestion(3) .Les Hérons ne vomissent point, bien qu'ils avalent des Poissons et des Batraciens entiers, attendu que leur faculté digestive est assez puissante pour triompher de la densité des os de ces animaux. Chez l'homme aussi, l'estomac se laisse déterminer, par la nature des diverses parties de son contenu, à rejeter les unes tandis qu'il retient les autres. Il arrive souvent aux personnes atteintes de vomissemens habituels de ne rendre, après le repas, qu'un seul des alimens qu'ils ont pris (4). Lallemand a connu un sujet chez lequel, peu de temps après le repas, éclataient les symptômes d'un épanchement de sang dans l'estomac, puis il survenait un vomissement de sang (5). Récamier cite également plusieurs exemples de cette action élective de l'estomac, comme il la nomme. Chez les hommes qui ruminent , certains alimens remontent de l'estomac préférablement à d'autres, et quoique les choses présentent à cet égard autant de variétés que l'on compte d'individus, il n'en est pas moins vrai qu'au total les végétaux reviennent plus fréquemment à la bouche que les matières animales (6).

(\)lb., p. 565.

(2) Ib., p. 582.

(3) lb., p. 502.

(4) Grimaud, ( ours complet de physiologie, t. II, p. 233.

(5) Loc. cit., p. 62.

(6) Ileiling, Ueber dus JViederkauen beiMenschen, p. 17.

DE LA DIGESTION. s83

2» On en peut dire autant de l'expulsion du contenu de l'estomac dans l'intestin. Les alimens ne sortent pas du premier de ces organes dans le même ordre qu'ils y ont été introduits, et l'on remarque entre eux une succession qui dépend de leurs qualités. Les fistules gastriques et intestinales surtout fournissent la preuve de ce phénomène, déjà indiqué parHaller (1). Vater avait aussi remarqué (2), chez un sujet atteint d'anus artificiel, que les fruits et les légumes sortaient indigérés, sans s'être mêlés aux autres alimens, et que le bouillon s'échappait également seul, sans substances solides. Lallemand a observé ces faits avec beaucoup d'attention (3). Les alimens provenant du règne végétal sortaient avant ceux qui tiraient leur origine du règne animal, de moitié plus tôt en général, et chez certaines personnes une heure après le repas : ils étaient peu digérés ; les haricots, les lentilles, les pommes de terre, même préparés en bouillie, se laissaient aisément reconnaître, et le fruit paraissait souvent en morceaux solides, sans le moindre changement , le fruit cru plutôt que le fruit cuit, bien que ce dernier fût plus mou ; le pain venait plus lard, puis la viande bouillie, ensuite la viande rôtie et faisandée, et il n'y avait plus moyen de reconnaître ces alimens, qui formaient une masse puhacée homogène; les viandes dures sortaient plus tard que les molles, et les œufs durs plus tard aussi que les œufs à la coque. Les malatles avaient de la répugnance pour le lait, et, quand ils en prenaient, ce liquide sortait sous forme de caillots , au bout d'une demi-heure ou d'une heure. Londe, dans ses observations sur les anus artificiels (4), a reconnu que la salade, les épinards, les carottes, les pruneaux, les pommes sortaient toujours au bout d'une heure, sans avoir subi de changement; le vermicelle et la panade n'apparaissaient jamais avant deux heures, et n'étaient plus reconnaissables : la viande ne sortait pas avant trois heures, le bouilli plus tôt que le rôti ; de la soupe grasse gar-

(1) Elem. physiol., t. VI, p. 280.

(2) Philos. Trans., t. XXXI, p. 89.

(3) Loc. cit., p. 74.

(4) Dict. de médecine et de chirurgie pratiques , art. Aliment, t. II, p. 5 et suît.

284 DE ÏA DIGESTION.

nie de carottes , c'étaient celles-ci que les sujets rendaient les premières. Chez le malade de Beaumont(l), les végétaux crus quittaient souvent l'estomac de très-bonne heure et sans avoir été digérés , tandis que les autres alimens restaient dans le viscère et y éprouvaient la digestion.

3° Le pylore est donc réellement , dit Lallemand , ce que son nom exprime , un portier qui chasse les substances peu nourrissantes , difficiles à digérer, celles dont l'estomac ne saurait tirer parti , et qui ne feraient que le charger. Cependant l'allégorie ne donne point une idée précise de l'opération, et si le faible degré d'alibilité ou de digestibilité était la circonstance déterminante, tout ce qui est incapable de nourrir et d'être digéré devrait sortir en premier lieu de l'estomac. On a bien vu quelquefois la pulpe des cerises sortir plus lard que les noyaux, et Tiedemann a rencontré, au bout de plusieurs heures dans l'intestin les pierres qu'il avait fait avaler à des Chevaux (2). Mais ce n'est pas là ce qu'on peut considérer comme la règle. Réaumur a retrouvé dans l'estomac le sable qu'il avait donné huit jours auparavant à des Poules et à des Canards (3); ces animaux, aussi bien que des Dindons et des Pigeons, avaient encore des pierres dans leur gésier, après avoir été tenus renfermés par Spallanzani (4), pendant un mois entier, dans des cages où ils n'en pouvaient trouver. Généralement parlant, les substances non digérées font un long séjour dans l'estomac ; les personnes qui ont ce viscère malade vomissent souvent les substances alimentaires qu'elles ont prises plusieurs jours auparavant , bien que , dans tl'intervalle , elles en aient digéré beaucoup d'autres , qui sont passées sans peine dans l'intestin. On cite l'exemple de pois mangés fréquemment et en grande abondance , dont les pellicules ne sortirent qu'au bout de plusieurs mois , par l'effet seulement de purgatifs , et celui d'un morceau de couenne de lard qui demeura deux

(1) hoc. cit. , p. 25.

(2) Hecherches sur la digestion, t. I,p. 149.

(3) Hist. de VAcad. des se, 1752, p. 296.

(4) OEuvres, t. II, p. 418.

DE LA Dir.ESTfON. 285

ans entiers dans l'estomac sans être digéré (1). Schullz (2) a également retrouvé , au bout de huit jours , des végétaux de digestion difficile dans la panse des Ruminans , et Montègre s'est convaincu, comme beaucoup d'autres, que les substances hétérogènes sont retenues pendant fort long-temps dans l'estomac. Il paraît donc que, comme les alimens très-nourrissans et difficiles à dissoudre déterminent un rétrécissement plus prononcé et un mouvement rotatoire plus marqué (§ 931, 5»), de même les substances indigestes , celles surtout qui sont solides, agissent d'une manière analogue , tandis que celles qui sont peu nourrissantes, molles, acidulés, et qui ne peuvent céder à la digestion que dans l'intestin , sous l'influence de la bile, provoquent le mouvement expulsif de l'estomac. Les intestins possèdent également une excitabilité spécifique ; certains alimens qui occasionent la diarrhée, n'entraînent pas tout le contenu de l'intestin, mais passent à côté ; l'usage prolongé des eaux minérales fait souvent rendre des masses de matières fécales qui étaient restées dans l'intestin malgré les selles journalières et le fréquent emploi des purgatifs. Enfin l'estomac fait preuve, chez certains animaux , d'une invulnérabilité ( § 876, 6° ) qui tient peut-être à un mouvement particulier en vertu duquel le viscère s'adapte aux corps qu'il renferme, de manière à ne pouvoir être blessé par leurs parties tranchantes ou aiguës. Ainsi l'estomac mou des Méduses conserve son intégrité malgré les coquilles de Mollusques que l'animal avale; le gésier des Oiseaux broie le verre sans se blesser, pas plus qu'il ne le faisait quand il brisait et émoussaitles aiguilles et les pointes de lancettes dont Spallanzani(3) avait garni une balle de plomb introduite ensuite dans l'organe.

IV. Il est difficile de déterminer le degré de digeslibilité des divers alimens, et les assertions qui seront émises à cet égard n'auront rien de stable, tant qu'on ne s'entendra pas bien sur le fond des choses , tant qu'on n'envisagera qu'un seul côté de la digestion.

(1) Haller, Elem. physiol., t. VI, p, 272.

(2) Loc. cit., i). 77.

(3) Loc, cit., p. 419.

^86 de LA DIGESTION.

1° Souvent on n'entend par digestion que le travail accompli par l'estomac sur lesalimens. Achève-t-il son œuvre avec promptitude, et sans malaise, on dit que ces alimens ont été faciles à digérer.C'est ce qui arrive, par conséquent, lorsqu'on éprouve peu ou point de pesanteur après le repas , ou que le sentiment de la digestion se dissipe promptement, ou que l'examen de l'estomac lui-même prouve qu'il n'a pas tardé à se débarrasser des matières alimentaires. D'après cela, les choses les plus faciles à digérer sont celles qui sollicitent le moins la force digestive, qui provoquent au plus haut degré lesmouvemens expulsifs, et qui passent bientôt dans l'intestin , sans avoir subi de changement considérable. Dans cette hypothèse, l'eau occuperait le premier rang ; viendraient ensuite les autres boissons, puis les fruits, la salade, lesépinards, les carottes, etc. ; le pain , au contraire, serait plus difficile à digérer, et la viande plus encore (1).

2° Mais cette manière de voir ne saurait être admise seule , sans quoi certaines substances incapables de nourrir, par exemple le sulfate de magnésie, devraient être considérées comme ce qu'il y a de plus facile à digérer. L'estomac n'est pas seulement un lieu de transit ; c'est un foyer d'élaboration, où se forme le chyme. On ne peut donc reconnaître pour facile à digérer que ce qui s'y convertit promptement en une bouillie homogène , que ce qui se laisse aisément broyer et mêler avec les sucs gastriques. Il faut jusqu'à un certain point faire entrer ici en ligne de compte la mollesse de la substance, considération d'après laquelle le poisson est plus facile à digérer que la chair des animaux à sang chaud, et la viande de pigeon ou de veau plus que celle d'oie ou de bœuf. Cependant la consistance n'exerce qu'une influence limitée ; car, par exemple , les pruneaux et les épinards passent dans l'intestin sans avoir changé de couleur ni de forme (1). Une part plus importante revient à la proportion des matériaux solubles ; le sel, le sucre, la gomme, l'osmazome, la gélatine sont faciles à digérer, tandis que la fibrine , le cartilage et l'os se digèrent difficilement. L'homme de Beaumont digérait les car-

(1) Ch. Londe. Nouv. élém. d'hygiène. Paris, 1838, t. II, p. 37 et suiv.

(2) Lallemand, loc cit., p. 75.

tilages cuits en quatre heures et un quart, les tendons cuits en cinq heures et demie (1). Suivant Cooper (2), les Chiens, dans l'espace de quatre heures, digèrent 0,36 de la peau , 0,22 des cartilages , 0,21 des tendons , 0,06 des os.

3° Cependant tout cela ne suffit point encore pour cous satisfaire. Les alimens doivent servir à réparer le sang employé à la nutrition et aux sécrétions, et la métamorphose qu'ils sont obligés de subir pour remplir cet office, doit commencer dans la digestion stomacale. D'après cela, on ne peut considérer comme faciles à digérer que ceux qui, en traversant le canal digestif, acquièrent de bonne heure, et avant même de quitter l'estomac, une forme rapprochée de celle du sang , que ceux par conséquent qui possèdent un haut degré d'assimilabilité. Cette idée embrasse l'alibilité ; seulement elle ne s'arrête point là , et suppose en outre un haut degré d'aptitude à se décomposer. Les caractères distinctifs d'une grande digestibilité consistent donc en ce qu'un appareil simple suffise à la digestion, et en ce qu'il ne faille qu'une petite quantité d'alimens pour subvenir aux besoins de la nutrition. Les substances qui méritent , sous ce rapport, d'être appelées faciles à digérer, peuvent demeurer plus long-temps que d'autres dans l'estomac, et restreindre plus qu'elles les manifestations de la vie animale, parce qu'elles exigent que l'estomac déploie toute la plénitude de son activité, parce qu'elles obligent davantage la vie à se concentrer en lui et à se détourner de ses autres directions. Elles-mêmes peuvent passer plus tarda la forme de chyme ; mais, une fois qu'elles y sont parvenues, le chyme qu'elles constituent est plus parfait , eu égard à sa composition , il se rapproche davantage du sang , il a moins besoin de transformations ultérieures pour devenir du véritable sang. D'après cela, la nourriture animale est de digestion plus facile que la nourriture végétale ; car elle se résout plus aisément en ses principes constituans. La plupart des animaux inférieurs, qui ont les organes digestifs les plus simples, sont astreints exclusivement à ce genre d'alimentation, et ceux

(1) Beaumont, loc. cit., p. 215.

(2) Meckel, Deutsches Archiv, t. IV, p. 13S.

mémos des classes supérieures qui vivent de substances animales , se distinguent par un estomac plus étroit , un intestin plus court, un appareil sécrétoire plus limité, enfin par la faculté de supporter plus long-temps l'abstinence, précisément à cause de l'alibilité plus prononcée des matières dont ils vivent. La chair ferme des animaux qui vivent à l'état de liberté et qui exercent beaucoup leur force musculaire , est plus facile à digérer quand on l'a gardée pendant quelque temps et qu'elle approche du moment où elle va'tomber en putréfaction, que quand elle est fraîche, parce que, dans ce dernier cas, les parties qui la constituent sont plus solidement enchaînées par l'action delà vitalité dont elles jouissaient naguère. Les substances amylacées sont plus décomposables et par conséquent plus faciles à digérer que les légumes. Les alimens de médiocre consistance excitent à un plus haut degré le mouvement digestif de l'estomac , et sont en conséquence de digestion plus facile que les mêmes substances sous la forme liquide.

4° Walaeus (1) a hr premier tenté d'arriver à des conclusions précises touchant la digestibilité des alimens. Il a trouvé que, chez les Chiens , la digestion du lait et du bouillon gras est terminée dans la première heure, celle du pain, des graines de légumineuses et du poisson dans la quatrième et la cinquième, celle de la viande dans la sixième et la septième. Nous pourrions assigner à chacune de ces trois classes d'alimens le premier rang sous le rapport de la digestibilité en partant d'un des trois points de vue qui viennent d'être signalés. Mais les trois genres de considérations se réunissent a l'égard de certains alimens : ainsi l'huile grasse et surtout la graisse animale sont difficiles à digérer , d'abord parce qu'elles restent long-temps dans l'estomac, et qu'elles le chargent, en second lieu parce qu'elles ont de la peine à se mêler avec les sucs gastriques, et en troisième lieu parce qu'elles résistent beaucoup à la décomposition.

5° La même nourriture est plus facile à digérer pour une espèce , et moins pour une autre. Cooper a trouvé que, sous le rapport de leur digestibilité par le Chien , les alimens se

(1) Loc. cit., p. 533.

DE LA DIGESTION. ubQ rangeaient daus l'ordre suivant : cochon , mouton , bœuf et veau, tandis que, suivant son opinion , le mouton est ce que l'homme digère avec le plus de facilité, après quoi viennent le bœuf, le veau , et en dernier lieu le cochon (1). Helm a reconnu , au contraire, que le veau, le mouton et le cochon se digèrent bien plus facilement que le bœuf (2). Schultz a donc suivi une mauvaise voie quand, pour savoir s'il est bon de manger du fromage de Hollande après les huîtres, il a forcé un Chien à avaler des huîtres (3).

6° Les expériences les plus vagues sont celles qui ont pour but de déterminer la digestibilité comparative des divers alimens ; elles échouent toutes contre les différences qui naissent de l'état individuel ou même seulement momentané de la vie. Comme cet état varie d'homme à homme, et ne reste pas non plus invariable chez un même individu , comme on aime ce dont on a contracté l'habitude, mais qu'on se dégoûte de ce qui revient tous les jours, et qu'on exige de la variété dans la nourriture, la facilité de digérer tel ou tel aliment est également sujette à une foule de nuances et d'alternatives. Quand le besoin est grand, qu'on ne consomme qu'une quantité modérée d'alimens, et qu'on la prend avec plaisir, elle est digérée avec plus de facilité que dans les circonstances inverses. Ainsi Londe a rémarqué, chez des personnes atteintes d'anus artificiel, que les substances végétales , qui d'ordinaire traversent l'intestin sans éprouver de changement , cessent de pouvoir être reconnues dans les selles et se transforment en chyme, après une diète sévèreet lorsqu'on les mange en petite quantité. Helm a très-bien procédé en introduisant des substances diverses, de poids déterminé, dans l'estomac, par la fhlule, et examinant, au bout de quelque temps, quelle diminution elles avaient subie (4). Admettons que la digestion ait marché d'une manière uniforme, elle se serait élevée, dans le courant d'une heure, à 0,010 pour les pommes, 0,016 pour

(!) Meckel, Deutsch.es Archiv, t. IV, p. 138.

(2) Loc. cit., p. 29.

(3) De aliment, concoct., p. 32.

(4) Loc. cit., p. 20-20.

Pi 19

les carottes et les panais, 0,0 b2 pour les pommes de terre et les navets, 0,083 pour les poires, et 0,173 pour le pain noir mâché. Mais la femme sur laquelle ces observations ont été faites, présentait aussi de grandes anomalies, de sorte que les résultats précédens ne sauraient servir à asseoir d'une manière certaine aucune proposition générale. En effet, tandis que les douleurs la forçaient de laisser sortir au bout d une heure les navets ou les légumes farineux, elle pouvait retenir pendant quatre ou cinq heures la choucroute, la salade, les concombres crus et les fruits , qui alors étaient digérés en grande partie (1). Beaumont a expérimenté généralement sans plan, ce qui fait que ses recherches n'ont pas aussi été profitables qu'elles auraient pu l'être à la théorie de la digestion ; ainsi on ne peut rien conclure d'une expérience qu'il a tentée en enfilant a la suite les unes des autres et introduisant ensemble par la fistule , des substances diverses , parmi lesquelles le chou cru coupé en tranches minces, le pain, le lard cru et salé, et la viande salée cuite furent digérés les premiers, en deux heures, tandis que le bœuf bouilli le fut plus tard, et le bœuf cru plus tard encore (2).

7° Plus la substance présente de surface, et plus la digestion s'en opère avec facilité. Les morceaux volumineux sont digérés plus lentement (3). D'après une observation deCooper (4), ce que des Chiens digérèrent en quatre heures de temps lut, pour les morceaux carrés relativement à ceux de forme allongée et étroite, 1 : 4,44, mouton; i : 2,77 cochon; 1 : 4,60 veau ;1 : 681 bœuf.

8° Le mode de préparation exerce une grande influence, quoique, sous ce rapport aussi, toute proposition générale soit sujette à de nombreuses exceptions. Cooper a remarqué que es Chiens mettaient plus de temps à diriger la viande rôtie que la viande bouillie. Schultz a. constaté le fait (5). Mais il est bien permis de douter qu'on soit en droit de conclure de

(1) Ib., p. 9.

(2) Loc. cit., p. 85.

(3) ii., p. 110.

(4) Meckel, Deuisches Archiv, t. IV, p. 138.

(5) Loc, cit„ p. 16.

là que la règle s'applique également à l'homme ; que le grillage, de quelque manière qu'il ait été pratiqué, durcisse les alimens et les rende indigestes, et que la viande fumée ou salée soit plus facile à digérer que la viande rôtie (4). Le malade de Eeaumont digérait le bœuf rôti en deux heures trois quarts à trois heures et demie, le beefsteak en trois heures à trois heures trois quarts, et le bœuf bouilli en trois heures et demie à quatre heures (2).

7^ Pour démontrer l'incertitude des propositions générales relatives à la digestibilité des alimens, telles qu'elles ont été établies jusqu'à ce jour, il suffit de signaler quelques contradictions. Le mouton rôti passe pour être de digestion trèsfacile : mais le malade de Beaumont ne le digérait qu'en trois heures et demie à quatre heures et demie, tandis que deux heures trois quarts à trois heures et demie suffisaient pour le bœuf rôti. Schultz prétend (3) que les poissons, salés surtout, sont très-difficiles à digérer; suivant Beaumont, au contraire, i! se digèrent assez aisément, et le stockfisch, par exemple, n'exige que deux heures (4). Au dire de Schultz (5), les huîtres sont digérées avec difficulté -, selon Beaumont (6), elles le sont en deux heures trois quarts à trois heures. Schultz représente le sagou comme étant très-facile à digérer (7), le gruau d'avoine un peu moins, et le riz moins encore. Beaumont dit (S) que le riz fut digéré en une heure, et le sagou en une heure trois quarts. Schultz (9) place au premier rang le pain, puis les épinards, la laitue, les carottes et les pois verts, disant que les pommes de terre résistent davantage. Beaumont nous apprend que les pommes de terre rôties furent digérées en

(1) lb., p. 84.

(2) Loc. cit., p. 21.

(3) Loc. cit., p. 84.

(4) Loc. cit., p. 26.

(5) Loc. cit., p. 85.

(6) Loc. cit., p. 21.

(7) Loc. cit., p. 87. — Planche, Recherches sur le sagou ( Mémoires de l'Académie royale de médecine). Paris , 1837, t. "VI, p. 605.

(8) Loc. cit., p. 215.

(9) Loc, cit., p. 86. •

deux heures et demie, les pommes de terre bouillies et lë pain de froment en trois heures et demie.

bb. Causes des cliangcmcns qui ont lieu dans l'estomac.

§ 941. I. Pendant la digestion , l'estomac reçoit une plus grande quantité de sang ; ses artères battent avec plus de force (4); sa membrane muqueuse rougit (2); elle prend une teinte plus rouge parles alimens excitans, comme le bouillon salé et épicé, que par les alimens doux, comme le lait (3), et ses villosités entrent en turgescence. En même temps, elle commence à sécréter abondamment ( § 838, 2° ); au lieu de mucus visqueux, grisâtre et sans réactions acides, on en voit sourdre un suc plus abondant, liquide, limpide, acide, qui pénètre les alimens, ou se rassemble en gouttelettes et coule le long des parois (4). La membrane muqueuse semble alors comme gonflée (5), et l'on trouve les cryptes pleines d'humidité (6). Knox a remarqué (7), dans la paroi de l'estomac du Dauphin, les fibres verticales parallèles, qu'avec le secours du microscope il a reconnu être des tubes, et qu'il compare à l'organe électrique de l'Anguille de Surinam. Purkinje et Pappenheim (8), qui ont également aperçu ces tubes dans l'estomac d'autres animaux, les regardent comme des cryptes de forme cylindrique, qui sont, suivant eux, le siège du suc gastrique. D'après l'examen qu'en a fait Bischoff(9), ils sont entourés d'un réseau de vaisseaux capillaires; leurs orifices sont arrondis, et donnent une apparence ponctuée à la surface interne de l'estomac : leur fond, en cul-de-sac, est tourné vers la tunique celluleuse, et la plupart du temps en forme de grappe de raisin ; leur contenu se compose de grains irréguliers,

(1) Eberle, Physiologie der Verdauung, p. i53.

(2) Billard, De la membrane muqueuse gastro-intestinale, p. 79.

(3) Gendrin, Hist. anat. des inflammations, 1. 1, p. 494.

(4) Beaumont, loc, cit., ]}. 69.

(g) Eberle, loc. cit., p. 53.

(6) Leuret et Lassaigne, Rech. sur la digestion, p. 65.

(7) Froriep, Notizen, t. XXIX, p. 193.

<8) Muller, Archiv fuer Anatomie, 1838, p. 2. (9) ii., p. 508J

rougit les couleurs bleues végétales, et se comporte comme le suc gastrique. Chez l'homme et chez les animaux carnivores, ils sont répandus sur toute la paroi de l'estomac, et plus courts dans la portion cardiaque, plus longs dans la portion pylorique. Les Ruminans n'en offrent que dans la caillette : chez les Chevaux et les Rongeurs, il n'y en a que dans les points dégarnis de l'épithélium épais de l'œsophage. Ils sont très-développés dans le jabot des Oiseaux, ainsi que dans la portion cardiaque de l'estomac du Castor, du Muscardin, du Loir. j

IL Le suc gastrique' accomplit la'digestion.

1° Les animaux inférieurs , qui ne mâchent point leurs ali— mens , et qui n'ont pas d'intestin avec un anus , notamment les Actinies et les Astéries , avalent des Mollusques à coquille et des Crustacés entiers, dont ils rejettent le test ou la carapace, après avoir consommé les parties molles; la subtance de l'animal contenu dans ces enveloppes a donc été bien manifestement dissoute par un liquide pénétrant.

2° On a imité cette opération naturelle, et l'on a obtenu le même résultat à tous les degrés de l'échelle animale. Réaumur (1) fit avaler par une Buse des tuyaux de fer blanc , tantôt ouverts aux deux bouts , tantôt grillés à leurs extrémités, longs de dix lignes, larges de sept, et pleins de viande : au bout de vingt-quatre heures il ne s'y trouvait plus qu'un tiers ou un quart de la viande , et quand celle-ci avait été fixée par un fil de fer dans Taxe du tube , elle était réduite en chyme aux sept huitièmes : au bout de quarante-huit heures , il n'en restait plus qu'un huitième , totalement décoloré , et que la pression du doigt réduisait en bouillie. De vingt-quatre grains d'os de poulet, divisés en petits fragmens , il ne restait plus , au bout de ving-quatre heures , que très-peu d'une substance gélatiniforrae ; le troisième jour , il ne restait qu'un dixième d'un morceau de côte de bœuf. Lepain , renfermé dans un tube de plomb , disparut de même en quelque temps dans l'estomac d'un Chien (2). Spallanzani

(1) Hist. deVAcad. des se, 1752, p. 461-474.

(2) Jbid., p. 489.

294 bE LA DIGESTION.

a multiplié ces expériences avec des tubes percés de trous. De la chair de poisson, introduite dans de pareils tubes, avait été digérée par une Anguille, au bout de trois jours trois quarts (1); un morceau d'intestin de mouton par des Grenouilles , au bout de trois jours (2) ; des Vers de terre par des Salamandres, au bout de quinze heures (3); de la chair de grenouille par des Couleuvres , au bout de cinq jours (4); du bœuf cru par des Corneilles , au bout de sept heures (5); et cent-trois grains de pomme , en quinze heures (6); un poisson, avalé de cette manière par un Héron, fut réduit, en vingt-quatre heures , à quelques os de la tête et à un morceau de la chair du dos , tandis qu'une Grenouille avait subi des altérations moins profondes , car on en apercevait encore les extrémités des quatre pâtes, mais les tégumens de l'abdomen et du thorax avaient disparu , la chair sous-jacente était ramollie , et les petits os avaient pris la consistance des cartilages (7); au bout de cent heures , on n'aperçut plus que quelques légers fragmens d'une cuisse de poulet avalée par une Chouette (8); de la chair crue fat totalement digérée par un Duc en sept heures (9); en treize heures, un Aigle digéra complètement de la cervelle de bœuf, un peu moins de la substance du foie , moins aussi de celle des muscles , le cœur surtout, et moins encore des tendons (10) ; les Chais digérèrent, en cinq heures, la viande en totalité et le pain en partie (11); les Chiens, en quinze heures, la viande et le pain (12); en quarante-et-une heures, des intestins de mouton (13); les Mou- Ci) OEuvres, t. II, p. 539.

(2) Ib., p. 513.

(3) lb., p. 517.

(4) Ib., p. 531.

(5) Ib., p. 465.

(6) lb., p. 464.

(7) Ib., p. 501.

(8) JS.Jp. 567.

(9) lb., p. 575.

(10) lb., p. 603.

(11) lb., p. 619-620.

tons, en trente" heures , du blé mâché et imprégné de salive (1); les Chevaux , en cinquante-deux heures , de la laitue et du trèfle mâchés (2). La digestion marchait plus lentement dans les tubes qu'elle ne le faisait hors de ces petits réservoirs; tandis que deux jours avaient suffi à une Couleuvre pour digérer la queue d'un lézard libre dans son estomac, il ne disparut en cinq jours qu'une petite partie d'une queue renfermée dans un tube (3), et trois jours furent nécessaires pour digérer la moitié d'un foie de lézard ainsi emprisonné dans un tube , qui, abandonné à lui-même , avait disparu, sans laisser de traces au, bout de trente-deux heures (4). Mais cette différence tenait uniquement à l'obstacle qu'éprouvait l'action du suc gastrique, car les Corneilles employaient sept heures pour digérer la chair de bœuf dans les tubes ordinaires , au lieu qu'il ne leur en fallait que quatre quand les trous avaient été agrandis , et la digestion durait plus de sept heures lorsqu'on augmentait les obstacles en couvrant les tubes d'une bourse de toile (o).Spallanzani a fait aussi des expériences sur lui-même ; ayant avalé des tubes en bois contenant du veau, des cartilages, des tendons , ces substances furent complètement digérées au bout de quatre-vingt-deux , de quatre vingtcinq et de quatre-vingt-dix-sept heures , quand les tubes sortirent du corps (6). Stevens fit avaler à un homme qui se disait polyphage , des boules d'ivoire ou d'argent formées de deux demi-sphères creuses, vissées ensemble et percées de trous; la viande , les tendons , le fromage , les pommes , les carottes, des sangsues, des vers de terre, renfermés dans ces boules, furent digérés ; des grains de blé, des pois et des os ne le furent point.

3 ' Quand le suc gastrique était obligé de traverser un tissu épais, la digestion marchait naturellement avec plus de lenteur : cependant, un Aigle digéra de la viande' renfermée

(6) lb., p. 651.

2Q6^- Dlî LA. DIGESTION.

dans un linge ployé en six, et celle même qui avait été avalée dans une bourse en drap , était , au bout de trentesix heures , devenue plus légère d'environ un tiers (1). Dans une bourse en toile dense , qu'il fît avaler à un Chien , garnie d'une éponge dont le gonflement devait l'empêcher de s'échapper par le pylore , la viande avait disparu au bout de quatre jours, un tendon avait perdu les trois quarts de son poids, et un ligament plus de la moitié, enfin les débris de ces deux dernières substances étaient si ramollis qu'ils se rompaient au moindre effort fait pour les étirer (2). Dans les bourses de toile que Spallanzani avala , cinquante-deux grains de pain mâché étaient complètement digérés au bout de vingttrois heures , soixante-quinze grains de chair de pigeon cuite et mâchée, au bout de dix-huit heures (3); au bout de trente heures, cinquante grains de bœuf cru étaient réduits à vingttrois , et cinquante de veau cru à quatorze (4). Helm (5) a fait des expériences analogues sur lui-même et sur un jeune homme ; les bourses dans lesquelles on avait mis du pain blanc mâché , de la pâte de farine , du riz ou du sagou cuit avec du lait ou du bouillon , étaient absolument vides à leur sortie; au bout de vingt-quatre heures, il avait été digéré cinquante grains de la viande mâchée , et trente seulement de la viande non mâchée : au bout de huit heures , quatorze , et au bout de dix-huit heures , trente-quatre grains du pain noir mâché ; au bout de neuf heures , trente grains de pois et de lentilles , et dix-huit seulement de purée de haricots ; au bout de vingt-quatre heures , quarante de navets et de céleri , et quinze seulement de carottes et de racines de persil. Beaumont (6) introduisit , par la fistule gastrique , une saucisse enveloppée de mousseline : au bout de six heures et demie , il en avait disparu cent cinq grains , et le reste* se composait de fibres cartilagineuses et membraneuses , avec

(1) Spallanzani, loc. cit., p. 604-605.

(2) II,., p. 629.

(4) Ib., p. 644.

(5) Ib., p. 20-29.

(6) Ib., p. 130.

des épices; dans l'espace de cinq heures un quart, il disparut soixante grains de poisson grillé (1), et dans celui de quatre heures et demie, dix de viande de veau (2); quarante grains de stockfisch étaient complètement digérés au bout de six heures (3).

III. Ces observations devaient conduire à penser que le suc gastrique pourrait être capable de digérer les alimens hors de l'estomac, sous l'influence d'une température égale à celle du corps.

1° Les digestions artificielles ont été essayées d'abord sur de la chair, etparRéaumur (4), mais avec peu de succès. La chair traitée, dans un four d'incubation , par du suc gastrique extrait de l'estomac d'une Buse , à l'aide d'une éponge , était ramollie au bout de vingt-quatre heures , mais non dissoute. Spallanzani a été plus heureux. Des boyaux de veau perdirent dix-huit grains en vingt-quatre heures dans le suc gastrique de Chouette , à une température de 30 à 35 degrés R. (5), et dans du suc gastrique frais , ils furent réduits en bouillie au bout dedeuxjours(6);lachair s'était dissoute également (7). Spallanzani emplit un petit tube de suc gastrique d'oie ou de dindon , et de viande hachée , et le mit sous son aisselle ; au bout de trois jours , la chair était en grande partie dissoute, et, remise en place , avec de nouveau suc gastrique , elle se trouva totalement dissoute au bout d'un autre jour (8). La chair se dissolvait également dans le suc gastrique du Chien (9). Le bœuf cru et cuit se ramollit aussi dans son propre suc gastrique , qu'il avait obtenu par le vomissement ; mais quoique à la vue simple elle parût avoir perdu son organisation fibreuse , en l'observant à la loupe

(2) ii.,p. 144.

(3) lb., p. 181.

(4) Hist. de VAcad. des se., 1752, p. 485.

(5) Loc. cit., p. 571.

(6) lb., p. 572.

(7) lb., p. 575.

(8) lb., p. 454.

on y reconnaissait encore les fibres charnues, réduites seulement à une petitesse extrême (1). Douze grains de rostbeef que Stevens avait laissé macérer, à une température de trenteet-un degrés R., dans une demi-once de suc gastrique de Chien, étaient dissous au bout de huit heures. Tiedemannet Gmelin exprimèrent le suc gastrique des alimens contenus dans l'estomac de Chiens qui avaient mangé deux heures auparavant, et trouvèrent qu'après huit ou dix heures de digestion , à une température de 24 à 30 degrés R., les substances mises en contact avec ce liquide étaient converties en bouillie à sa surface (2). Leuret et Lassaigne (3) ont également vu la viande se transformer en chyme dans le suc gastrique du Chien, à la température de 31 degrés. Beaumont (4), ayant laissé jeûner son malade pendant dix- sept heures, recueillit une once de suc gastrique limpide, dans lequel il plongea Irois gros de bœuf bouilli , à une température de 30 degrés R. ; la formation du chyme commença au bout d'une heure; au bout de deux heures , tout le tissu cellulaire était dissous; au bout de quatre heures , la moitié des fibres avaient disparu, et au bout de onze heures il n'en restait plus rien ) le liquide ressemblait à du petit lait, et il s'y était formé un léger sédiment. Une autrefois, dans une même quantité de suc gastrique, les deux tiers seulement du bœuf se sont dissous en vingt-quatre heures (5). Quinze grains d'un fort tendon de bœuf étaient totalement dissous , au bout du même laps de temps , dans une demi-once de suc gastrique (6). De la viande et des légumes , extraits de l'estomac vingt minutes après le repas , étaient complètement digérés dans du suc gastrique , au bout de cinq heures , et ressemblaient parfaitement au chyme qui s'était formé pendant ce temps dans l'estomac : trois heures sulfirent à la digestion totale d'une portion qui n'avait été

(1) lb., p. 656.

(2) Exf. sur la digestion, t. I, p. 227.

(3) Bech. sur la digestion, p. 123.

(4) Loc. cit., p. 87.

(5) Ji., p. 96.

DE Ik DIGESTION. 299

tirée de l'estomac que trois quarts d'heure après le repas (1). Trente grains de boeuf rôti et une égale quantité de l'oie de venu , tous deux mâchés et mêlés avec deux onces de suc gastrique , furent , dans l'espace de six heures , convertis en un liquide grisâtre surnageant un sédiment brun (2). Hood (3) recueillit deux gros de suc gastrique d'un Chien qui n'avait rien mangé depuis douze heures , y plongea cinquante grains de bœuf bouilli , ferma bien le vase , el l'introduisit dans le rectum d'un antre Chien vivant : au bout de onze heures , les trois quarts de la viande étaient dissous ; le reste était blanc et visqueux , mais moins altéré dans les endroits où le fil qui entourait le tout avait empêché le suc gastrique de pénétrer.

2° Beaumont a vu le lait et le blanc d'œuf éprouver dans le suc gastrique , hors de l'estomac , un changement pareil à celui que la digestion leur fait subir (4). Ils se prenaient en grumeaux, qui , au bout de cinq heures, étaient réduits en un liquide blanc. Vingt-cinq grains de fromage étaient dissous au bout de huit heures et demie (5), et quatorze grains de cartilage au bout de quarante-huit heures (6) ; dix grains d'os costal d'un vieux cochon , après avoir séjourné pendant plusieurs jours dans du suc gastrique, auquel on en ajoutait de temps en temps du nouveau , de manière que la quantité totale fut de quatorze gros et demi, se transformèrent en un liquide grisâtre , semblable à du gruau d'avoine peu épais , et couvrant un léger sédiment brun (7). Six grains d'un os de bœuf cassé en morceaux furent dissous dans l'espace de vingt-quatre heures. Spallanzani a vu une esquille d'os spongieux de bœuf , qui pesait quarante-quatre grains, se dissoudre en entier dans le suc gastrique du Faucon (8).

(1) ii.,p. 97.

(3) Analytic physiology, p. 164,

(4) Loc. cit., p. 101, 204.

(6) Jb.} p. 167.

(8) OEuvres, t. II, p. 588.

3° Le pain mâché s'est converti en chyme dans le suc gastrique d'un Canard, suivant Leuret et Lassaigne (1), et du biscuit dans celui de l'homme, selon Beaumont (2), qui dit que la même chose arriva à du sagou , au bout de deux heures et demie. Des grains de froment écrasés, que Spallan/.ani mit en digestion avec du suc gastrique de Dindon , furent convertis, au bout de trois jours, en un sédiment gris-blanc assez épais (3) : des herbes mâchées qui étaient demeurées plongées pendant quarante-cinq heures dans du suc gastrique de Mouton, étaient converties en bouillie, à l'exception de quelques côtes] et fibres (4). De l'huile d'olive que Beaumont mêla avec trois fois autant de suc gastrique , devint peu à peu de plus en plus laiteuse , et l'on finit par ne pouvoir plus la reconnaître (5).

4° D'un autre côté, de la chair que Montègre porta sous son aisselle , dans un petit tube de verre , mêlée avec son propre suc gastrique , ne perdit rien de sa^cohérence dans un laps de temps de douze heures à trois jours ; le pain blanc ne se convertit qu'en une bouillie grumeleuse. Montègre mit du veau dans du suc gastrique qu'il avait déjà porté pendant huit jours sous son aisselle , et au bout de huit autres jours , il le trouva en grande partie réduit en un liquide épais , blanc et homogène; mais ce n'était là , tout au plus, qu'une simple macération , et non une digestion artificielle. D'ailleurs les observations de Montègre ne sauraient renverser les résultats des expériences qui ont été rapportées précédemment. Le suc gastrique dont il s'est servi avait été vomi ; il était par conséquent surchargé de salive, dont la sécrétion augmente toujours pendant le vomissement , jusqu'à en diminuer l'efficacité. Ensuite l'expérimentateur ne laissait généralement la viande que durant huit heures en contact avec ce liquide; or la digestion artificielle s'opère avec plus de difficulté et encore plus de

(1) Loc. cit., p. 123.

(2) Loc. cit., p. 52.

(3) OEuvres, t. II, p. 454.

5) lb., p. 297.

T>t lk DIGESTION. 301

temps que la digestion naturelle. Spallanzani en avait déjà reconnu la cause ; car , tandis qu'un mélange de viande et de suc gastrique , avalé par des Corneilles , dans des tubes clos , n'offrait aucune trace d'altération au bout de cinq heures et demie , la dissolution marchait assez rapidement lorsque le tube offrait un petit trou qui permettait aux portions dissoutes de s'écouler et à de nouveau suc gastrique de s'introduire(l). Beaumont a remarqué aussi (2) que , quand la digestion artificielle venait à s'arrêter , on pouvait la remettre en train par l'addition de suc gastrique frais , d'où il suit que la digestion naturelle doit s'accomplir avec infiniment plus de rapidité et d'une manière bien plus parfaite , puisque la sécrétion de l'estomac continue sans interruption , et que le chyme s'échappe du viscère à mesure qu'il est produit.

IV. Enfin Eberle a ouvert une voie toute nouvelle pour la formation d'un suc gastrique artificiel.

1° Il a préparé ce suc en ramollissant la membrane muqueuse de l'estomac dans de l'eau à trente degrés R., versant goutte à goutte de l'acide chlorhydrique ou acétique dans la liqueur, et étendant d'eau, au bout de dix à douze heures, le mucus grisâtre ainsi obtenu (3). Les parties constituantes de ce produit sont de l'osmazome , de la ptyaline , du mucus, des sels et l'acide ajouté (4). Le suc gastrique naturel en diffère parce qu'il contient et plus de sels et plus de ptyaline, à cause de la salive avalée (5). Du bœuf cru, du foie ou du pain blanc , s'y couvre , en quatre heures d'une couche de bouillie semblable à celle qui se produit dans l'estomac d'un animal vivant , et ayant aussi la même odeur , la même saveur (6). Le blanc d'œuf durci s'y convertit également , au bout de cinq heures et demie , en une bouillie grisâtre, comme il le fait chez l'animal vivant (7). Le lait se

(1) OEuvret, t. II, p. 493.

(2) Loc. cit., p. 107.

(3) Physiologie der Ferdauung, p. 80.

coagule promptement , et forme ensuite un liquide ayant la couleur du petit lait, avec une couche de crème (1), ou, s'il était mêlé avec du pain blanc, une bouillie d'un blanc grisâtre (2). Le fromage est ramolli à la surface au bout de trois heures (3). Il en arrive autant à la laitue et au pain (4), ainsi qu'à d'autres végétaux (5).

2° Muller et Schwann (6) ont obtenu un liquide digestif artificiel en détachant la membrane muqueuse de la caillette du Veau, la lavant avec de l'eau jusqu'à ce qu'elle ne rougît plus !e tournesol , la desséchant alors , puis la faisant ramollir dans de l'eau , et ajoutant de l'acide chlorhydrique ou acétique. Les proportions indiquées par Schwann (7) sont une demi-once de membrane muqueuse, avec de l'eau , et 3,3 grains d'acide chlorhydrique. Le liquide ainsi préparé agit encore alors même qu'on l'a filtré à travers un linge. Il contient, en substances appréciables , de l'osmazome, de 'la ptyaline, et une matière précipitable par le cyanure de potassium et de fer (8). L'albumine cuite qu'on y fait digérer , devient jaunâtre d'abord , puis, au bout de douze heures, grisâtre, translucide, pultacée à l'extérieur, facile à écraser intérieurement; plus tard, elle se convertit? en une masse grisâtre, glutineuse et soluble dans l'eau (9). En douze heures , la viande y devient brunâtre, onctueuse, émoussée sur les bords et les angles , et pultacée à la surface ; on ne peut plus y distinguer de fibres (30) ; il se dissout 0,97 de fibrine (11). Il paraît que les acides ajoutés agissent seuls sur le caséum , la gélatine et le gluten (12).

(2) lb., p. 99.

(3) lb., p. 87.'

(4) Ib.r p. d04.

(5) lb., p. 408.

(6) Muller, Archiv fuer Anatomie 1836, p. 72.

(7) lb., p. 90.

(8) lb., p. 423.

(9) lb., p. 74.

(10) lb., p. 73. 1

DE LA DIGESTION. 3û3

! 3° Purkinje et Pappenheim'(l) ont préparé, avec deux grains de la substance de la caillette, deux gros d'eau et deux gouttes d'acide chlorhydrique , un liquide qui a le pouvoir de dissoudre presque toutes les parties animales (2).

4° Simon (3) a procédé d'une autre manière : il applique un morceau de tunique stomacale sur une couche de substance à digérer , l'humecte avec de l'eau distillée , aiguisée d'un peu d'acide chlorhydrique , et plonge le vase dans de l'eau à trente degrés R.

(Voulant observer au microscope ee qui arrive dans la digestion artificielle accomplie d'après le procédé d'Eberle , je préparai un liquide digestif parfaitement limpide, en versant, comme le prescrit Schwann , de l'eau acidulée sur un morceau de membrane muqueuse stomacale , laissant le tout en digestion pendant quarante-huit heures , à une température de trente-deux degrés R., filtrant ensuite, mêlant de nouveau le résidu indissous avec de l'eau acidulée , et répétant la digestion et la filtration. Le liquide ainsi obtenu était légèrement jaunâtre, mais d'une limpidité parfaite. Le miscroscope n'y faisait apercevoir absolument rien , si ce n'est quelques gouttelettes d'hùile , et quelques petits corpuscules de couleur obscure, que je crus devoir considérer comme des particules de glandes muqueuses , ou comme des noyaux de cellules d'épithélium de l'estomac. Lorsque de l'albumine avait été dissoute dans ce liquide digestif, on y découvrait beaucoup plus de gouttelettes d'huile, de volumes divers, qui, en général, n'étaient pas parfaitement rondes, et dont quelquesunes des plus grosses paraissaient comme semées de petites perles à leur périphérie , en sorle qu'elles avaient jusqu'à un certain point l'aspect des globules de la lymphe grossis. Cependant une circonstance ne permettait pas d'élever le moindre doute sur leur nature : c'est que quand deux d'entre elles venaient à se rapprocher par le glissement de la plaque de verre qui les couvrait, elles se confondaient ensemble. On

(2) Froriep, ISotizen, t. L, p. 210.

(3) Muller, Archiv, 1839, p. 4,

5o4 Dfc LA DIGESTION.

voyait , en outre , de petites écailles ou lamelles claires , de la grandeur d'un globule du sang , qui avaient une forme irrégulière et une texture grenue. D'autres alimens, par exemple la viande , dissous dans ce liquide digestif , ne permettaient pas d'arriver au moindre résultat, parce que les particules indissoutes, demeurées en suspension, rendaient indispensable une filtration très-exacte , après laquelle on n'apercevait plus les gouttelettes de graisse. Quand de la bile avait été ajoutée au blanc d'œuf à dissoudre, les gouttelettes de graisse étaient beaucoup plus nombreuses , mais , en général, bien plus petites : on découvrait aussi en bien plus grand nombre les lamelles de masse grenue , qui avaient en outre une légère teinte jaunâtre. Si l'on ajoutait de la bile au liquide digestif après avoir dissous de l'albumine dans celui-ci , on apercevait quelquefois une faible effervescence et des flocons blancs prompts à disparaître ; mais d'ordinaire il ne survenait qu'un mouvement général et un léger trouble dans la liqueur. Cette différence peut tenir à ce que , dans le premier cas , la bile provenait d'un animal récemment mis à mort et non encore refroidi. Revenue au repos, la liqueur ne montrait rien de plus que quand l'addition de la bile avait eu lieu avant la dissolution du blanc d'œuf. La bile elle-même paraissait , au microscope , parfaitement claire , avec quelques lamelles , plus ou moins larges , noires ou brunes , anguleuses , qui se retrouvaient également dans le mélange. Lorsque de la viande avait été tenue en digestion, pendant plusieurs jours, avec le liquide digestif contenant de la bile , le filtre présentait, outre les débris non dissous , des granules blanc^ , de graisse savonneuse , miscible à l'eau , tandis que la gr*aisse traversait le papier , comme de l'huile, lorsque le liquide n'avait point été mêlé avec de la bile. Quant à ce qui concerne l'albumine elle-même mise en digestion avec ce dernier , sa dissolution apparaît différente suivant que le liquide est plus ou moins acide. Dans le dernier cas, les bords du morceau de blanc d'œuf deviennent transparens et se ramollissent,' changemens qui se propagent peu à peu vers le centre , jusqu'à ce que la masse entière soit devenue limpide comme du succin et m9.lle.Si, au contraire, la

DE LA. DIGESTION. 3o5

quantité d'acide est plus considérable , l'albumine n'arrive point à ce degré de transparence , mais elle se corrode de la périphérie au centre, et il finit par ne plus rester qu'une tout petite masse d'un brun clair. Dans les deux cas , le résidu, examiné au microscope , offre l'aspect d'une masse informe et limpide, de laquelle, en la comprimant, on parvient à détacher des gouttelettes d'huile ou des bulles d'air ayant la l'orme de petites perles , et des parcelles claires, de forme indéterminée. Si la quantité d'albumine dissoute dans le liquide digestif n'est pas considérable , celui-ci conserve sa limpidité ; mais si la quantité s'est élevée à environ un gros par demi-once de liqueur , celle-ci se trouble , et il s'y forme un sédiment floconneux blanc , dans lequel le microscope fait reconnaître un aggrégat de granules extrêmement fins.) (1).

§ 942. Nous arrivons à la question de savoir quel est le mode d'action du suc gastrique , ou , ce qui revient au même, quels sont les changemens essentiels que les alimens subissent dans l'estomac.

I. Ce qui saute d'abord aux yeux, c'est la fluidification des alimens , qui établit la possibilité que ces substances se réduisent à leurs principes constituans , que ceux-ci contractent de nouvelles combinaisons , et que le corps s'empare des produits assimilés. La fluidification a été considérée comme le fait essentiel de la digestion stomacale , jadis par Hecquet , Bohn et autres (2), et dans les temps modernes, non-seulement par Beaumont (3), Leuret et Lassaigne (4), mais encore par ceux qui nous ont appris les premiers à connaître les particularités des changemens chimiques dont l'estomac est le théâtre, Tiedemann, Gmelin et Eberle. Ce dernier dit positivement (5) que la digestion est plutôt une fluidification, une dissolution, qu'une véritable transformation, qu'au moins n'est-il pas démontré que rien de semblable à celle-ci

(1) Addition d'Ernest Butdach.

12) Haller, Elem. phijsiol., t. VI, p. 315.

(3) Loc. cit., p. 18,

(4) Recherches sur la digestion, p. llJ2.

(5) Loc, oit., p. 330.

5û6 DE LA. DIGESTION.

s'y passe. Mais le rigorisme de la chimie a été poussé trop loin ici : on ne peut révoquer en doute la transformation des alimens, pour peu qu'on ait réfléchi à un l'ait des plus simples, celui que la substance nutritive végétale , l'amidon par exemple, ne contient aucun des principes constituans du sang, que le sang n'offre non plus aucune trace de cette substance végétale , et que cependant la digestion parvient à former du sang avec celle-ci.

. IL Que les substances portées dans l'estomac subissent un changement considérable, c'est ce qui ressort déjà des nombreux exemples connus d'introduction dans l'estomac du pus des bubons pestilentiels ou syphilitiques, de la chair des animaux morts de la rage ou du typhus , du venin des serpens, de l'ipo, etc., sans que ces agens de destruction aient exercé d'influence fâcheuse . ou du moins sans qu'ils aient entraîné des suites comparables à celles qui résultent de leur mise en rapport avec les parties privées de peau, ou même avec la peau. On peut consulter à cet égard Haller (']) et Heusinger. A la vérité, celle innocuité par la voie de l'estomac n'est point une règle sans exception , et le système lymphatique peut y avoir part, en outre du viscère gastrique (§ 909, 5 ); mais il ne s'ensuit pas de là que l'estomac ne possède pas le pouvoir de transformer les substances étrangères. Démontrer les effets de ce pouvoir sur les alimens est une chose difficile ; car comme on n'y peut parvenir qu'en comparant le chyme d'un côté avec les alimens ingérés et d'un autre côté avec le suc gastrique, il est praticable sans doute de tenter à ce sujet des expériences sur des substances alimentaires qui ne renferment aucun des principes constituans du sang, et auxquelles , par conséquent, nul de ceux qu'on pourrait rencontrer dans le chyme ne saurait être rapporté , mais le suc gastrique contient déjà une certaine quantité de ces principes, notamment de rosaaazome, delà ptyaline, du mucus , et aussi un peu d'albumine (§ S'20, o-), de manière que, quaud on en trouve dans le chyme, on demeure

(d) &lm. Vhysiol., t. VII, p. 58,

DE LA DIGESTION. 3o7

incertain de savoir s'ils sont des produits de la digestion ou s'ils proviennent du suc gastrique.

1° Il y a de l'albumine dans le chyme. Marcet(l) en a démontré chez un Coq d'Inde nourri avec des végétaux ; car le chyme de cet animal précipitait par la chaleur , les acides minéraux et le deuto-chlorure de mercure; il se dissolvait presque en totalité dans l'acide acétique , et il donnait des flocons blancs par le cyanure de potassium. Prévost et Le Royer (2) avaient cru en reconnaître une grande quantité dans le feuillet de la Brebis; Tiedemann et Gmelin pensent (3) qu'ils ont pris du mucus pour de l'albumine , quoique Gmelin ait aussi trouvé cette dernière dans la panse de Moutons qui avaient été nourris avec de l'avoine ; mais Prout (4) n'en a pu découvrir aucune trace dans le chyme des Lapins , des Pigeons , des Tanches et des Maquereaux.

2° Werner a trouvé (5) que le cbyle du Cheval ne se coagulait ni à l'air ni au feu , et qu'il se dissolvait dans l'eau , après avoir été épaissi. Emmert, d'après des faits du même genre, y admettait la présence de la gélatine 6). Prévost et Le Royer (7) prétendaient aussi avoir rencontré celte substance dans la panse et le bonnet de la Brebis. On assure également que l'estomac de la femme atteinte de fistule gastrique dont parle Circault contenait plus de gélatine qu'il n'y en avait dans les alimens ingérés. Cependant il est très-possible qu'on ait pris de la ptyaline et de l'osmazome pour de la gélatine; Eberle a acquis la conviction (8) que la quantité de ces substances surpassait, dans le chyme résultant de ses expériences, celle qui existait dans le suc gastrique artificiel dont il s'était servi.

3° On disait avoir remarqué de la fibrine chez le malade de

(1) Annales de chimie, t. ][, p. 54.

(2) Biblioth. universelle, t. XXVII, p. 233.

(3) Recherches sur luditjestion, t. I, p. 360. '

(4) S< hweigger, Journal der Cheviie, t. XXVIII, p. 495.

(5) Scherer, Journal der Cheviie, t. VIII, p. 30.

(6) Reil, Archiv fuer Physiologie, t. VIII, p. 176.

(7) Loc. cit., p. 231.

(8) Loc. cit., p. 164.

Çircault , et Marcel croyait en avoir aperçu chez le Dindon. L'existence de ce principe immédiat n'a point été confirmée.

III. Si nous sommes bien peu avancés encore sous ce point de vue, nos connaissances relativement à la digestion ont fait un grand pas par la certitude que l'examen du chyme formé dans l'estomac des animaux et du chyme obtenu avec le suc gastrique artificiel a procurée qu'il s'opère une transformation de certaines substances en certaines autres déterminées.

1° Tiedemann et Gmelin ont ouvert ici la carrière et découvert le fait le plus important (4). Chez un Chien, l'amidon était, au bout de cinq heures , converti en sucre et en gomme d'amidon. On pourrait attribuer cet effet àlaptyaline (§ 938, 6°); cependant il eut lieu aussi chez une Oie, et ici la salive n'avait pu y prendre que fort peu de part. Il n'a point encore été fait d'expériences avec le suc gastrique pur ou artificiel.

2° La seconde découverte importante est due à Eberle (2). L'albumine coagulée se transforme en osmazome et cn<ptjaline7 tant dans l'estomac que par la digestion avec du suc gastrique artificiel. Ce résultat a été constaté par Schwann(3). L'albumine était détruite, après quoi la liqueur ne se troublait plus ni par la chaleur ou l'acide azotique, ni par le cyanure de potassium et de fer, quand on y ajoutait de l'acide acétique. C'était de l' osmazome qui avait été produit, car une partie du résidu de la liqueur évaporée à siccilé se dissolvait dans l'alcool, d'où la teinture de noix de galle la précipitait , et une autre portion , insoluble dans l'alcool, était soluble en presque totalité dans l'eau , puis précipitable par la teinture de noix de galle ou la dissolution de deutochlorure de mercure , ce qui annonçait par conséquent de la ptyaline. Sur vingt grains d'albumine, il en resta trois et un cinquième non dissous, etladissolulion contenait, en matière solide, un grain et trois cinquièmes d'osmazome, avec un demi grain de ptyaline-, ces substances existaient aussi dans la portion demeurée non dissoute (4). Schwann a remarqué , en outre , une troi-

(4) Recherches sur la digestion, 1. 1, p. 340.

(2) Loc. cit., p. 91, 165.

(3) Muller, Archiv, 4836, p. 78.

sième substance , que le carbonate de soude précipilait , et qui n'était soluble ni dans l'eau ni dans l'alcool , mais se dissolvait dans l'acide acétique ou l'acide chlorhydriquc affaibli.

3° D'après les expériences que Tiedemann et Gmelin ont faites sur des Chiens, la fibrine paraît se convertir en albumine, car cette dernière se trouva dans le chyme, tandis que le sucgastrique n'en contenait point chez d'autres Chiens (1). Eberle(2), dans une expérience analogue , trouva, outre l'albumine, de la ptyaline et de l'osmazome, et dans une expérience de digestion avec le suc gastrique artificiel , la fibrine s'était convertie, d'après Schwann (3), en osmazome et ptyaline. Tiedemann et Gmeiin ont rencontré de l'albumine dans le chyme de Chiens qui avaient mangé de la viande, ou des cartilages , ou des os (4). Le liquide provenant du bœuf etdu pain blanc mis en digestion dans du suc gastrique artificiel, a offert à Eberle (5) , outre de la fibrine et de l'albumine, une grande quantité de ptyaline, avec un peu de matière caséeuse -, après une autre digestion de bœuf et de foie , il trouva beaucoup d'albumine (qui existe aussi dans la viande , et qui est surtout abondante dans le foie), de la ptyaline, une forte proportion d'osmazome, et une matière analogue à la caséeuse (6) 5 le chyme d'un Chat nourri de bœuf et de pain blanc, contenait de l'osmazome et de la ptyaline (7).

4° Tiedemann et Gmelin ont bien trouvé le caséum et le lait transformés chez les Chiens (8) 5 mais ils ne paraissaient pas s'être convertis en albumine, car la chaleur, le cyanure de potassium et de fer et le deutochlorure de mercure ne troublaient point la liqueur. De même, d'après Eberle (9), le caséum n'était pas devenu décidément de l'albumine, ni par

(1) Bech. sur la digestion, t. I, p. 338.]

(2) Loc. cit., p. 102.

(3) Loc. cit., p. 132.

(4) Rech. sur la digestion, 1. 1, 342.

(5) Loc. cit., y. 164.

(6) lb., p. 84.

(7) lb., p. 100.

(8) Rech. svr lu digestion, t. I, p. 340.

(9) Loc. cit., p. 87, 06, 465.

3lO DE LA DIGESTION.

la digestion naturelle , ni par la digestion artificielle. Mais Simon (1) assure que la matière casènuse se transforme réellement en qlbumine , attendu que la dissolution de cette substance, qui résulte de la digestion artificielle , se trouble par Tébullition , précipite en blanc par l'alcool ou le sublimé , et ne précipite point par le chlorure de potassium et de fer, après l'addition d'acide acétique, tandis qu'une dissolution récente de caséum donne lieu à des réactions inverses de celles-là.

5° La gélatine était décomposée chez les Chiens , au dire de Tiedemann et Gmelin (2) ; elle ne faisait plus gelée, et n'était plus précipitée sous forme de filamens par le chlore ; cependant il n'était pas possible de démontrer positivement qu'elle fût convertie en albumine ou en matière caséeuse.

60 La même incertitude demeure en ce qui concerne le gluten (3) qui, après cinq heures de digestion, chezles Chiens, forma un liquide devenant trouble par la chaleur, circonstance qui établissait de l'analogie avec l'albumine. Eberle laisse également indécise la question de savoir si le gluten est seulement dissous, ou s'il se transforme en une autre substance. Mais, dans le chyme provenant du lait et du pain blanc , il trouva de l'albumine , du gluten , de la matière caséeuse, et en outre de la gélatine , car l'alumine donnait lieu à un lourd précipité blanc (4). Gannal prétend (5) que le gluten ne change point pendant la digestion, et qu'il ne sert qu'à empêcher l'amidon de traverser les voies dige lives avec trop de rapidité. Prévost et Le Royer (6) ont reconnu, dans les deux premiers estomacs de la Brebis, l'albumine végétale à l'état de dissolution alcaline, et déplus de la gélatine; ils admettent, en conséquence, que l'albumine végétale, dissoute par l'alcali de la salive, se transforme en gélatine.

(1) Militer, ArcUv, 1839, p. 6.

(2) Jiech. sur la diyestton, t. I, p. 338.

(3) Tiedemann et Gmelin, loc. cit., p. 340.

(4) Loc. cit., p. 164.

( 5) Archives générales, 2<= série, t. I, p. 601. ifi) Loc. cï7.,p,230,-234.

DE LA DIGESTION.' 3ll

7° D'après cela, la digestion stomacale forme de l'albumine avec la fibrine et la matière caséeuse , de l'osmazome et de la ptyalîne avec la fibrine et l'albumine, du sucre et de la gomme avec l'amidon, de la gélatine avec l'albumine végétale. Krimer avait prétendu (1) que les différens alimens se convertissaient en albumine, et Muller (2), qui le suit, considère l'alibilité comme identique avec l'aptitude à être transformé en albumine. Cependant il paraît, d'après ce qui précède, que la digestion stomacale ne produit pas de l'albumine avec toutes les substances alimentaires. D'ailleurs , dût-elle fournir réellement un produit toujours identique , nous sommes en droit de conjecturer que ce ne serait ni de l'albumine , ni aucun des autres principes constituans du sang, mais un rudiment de ces diverses substances, une sorte de matière neutre, aux dépens de laquelle toutes pussent prendre naissance, ou , comme s'exprime Truttenbacher (3) une masse plastique indifférente. D'après l'observation rapportée plus haut (§ 941, IV, 4°), il est vraisemblable que ce premier produit de la digestion contient de la graisse.

§ 943. On se demande maintenant qu'elle est la partie à proprement parler active du suc gastrique.

1° Nous devons d'abord écarter l'hypothèse suivant laquelle la salive représente le suc gastrique (§ 820, 1°), devient acide par l'acidification des alimens (§ 851 , 3°), et est l'agent de la digestion.Elle a contre elle, en efïet, les expériences précédemment citées sur le suc gastrique (§ 941, III), et en particulier sur celui que l'estomac sécrétait sous les yeux de Beaumont. Schultz a prétendu, sans le moindre fondement (4), que la dissolution dans le suc g.istrique hors de l'estomac a heu seulement lorsque les alimens ont été insalivés , et qu'elle est du reste plutôt une corruption qu'une digestion. La viande mise dans de la salive, n'est point digérée : elle passe à la putréfaction (5) ; sur quinze grains de beefsteak , mis en digestion

(4) fersvch einer Physiolotjie des Blutes, p. 92. (2) Handbuch der P/ty«'oZo(/ie,Paiïs,4840, 1 t. I, p. 460. (3; Ver f/erdauunt<sj/rocess, p. 7, 24.

(4) De alimertt. concoct., p. 99.

(5) Uood, Anahjtic pkysiologij, p. 165.

Ol2 DE LA DIGESTION.

avec trois gros de salive, douze étaient encore indissous, mais fétides , au bout de vingt-quatre heures, tandis que la même quantité , traitée de la même manière par trois gros de suc gastrique, ne laissait qu'un grain derésidu, tout aussi dépourvu d'odeur que le liquide surnageant (1). La viande se dissout moins quand on ajoute de la salive au suc gastrique , et passe ensuite à la putréfaction, ce qui n'arrive pas lorsqu'on se ser1 de suc gastrique pur (2). Walaeus s'était déjà convaincu par des expériences analogues (3) , que le rôle actif n'appartient point ici à la salive.

2° Nul doute que la digestion stomacale implique nécessairement une fluidification , et que par conséquent l'eau et les sels soient des élémens essentiels du suc gastrique. En pratiquant des vivisections, on voit que' les alimens secs se ramollissent dans l'estomac, même sans le concours de la boisson, et la digestion des alimens substantiels, comme viande, pain, légumes farineux, etc., est évidemment activée par une boisson prise avec modération , surtout vers la fin du repas , ou même quelques heures après (4). Maisc'était une opinion inadmissible que celle qui, à l'instar de Haller (5), faisait consister la digestion en une macération par l'eau et les sels du suc gastrique ; c'en est une insoutenable également que de prétendre, avec Tiedemann et Gmeliu, que le rôle de ce suc se réduit à ramollir et dissoudre en vertu de l'eau et de l'acide qu'il contient (6). Cinquante grains de chair de poulet et dix grains de pain mâché ayant été mis en digestion dans de l'eau chaude et dans du suc gastrique, la première en a dissous vingt, et le second quarante-cinq (7). Onze grains de cœur de mouton restèrent dans l'eau sans s'y dissoudre le moins du monde, et commencèrent, au bout de trois jours, à tomber en putréfaction, tandis qu'au bout de vingt-quatre heures ils avaient augmenté d'un grain et demi environ dans le suc gastrique froid,

(4) Loc. cit., p. 455.

(2) lb., p. 457.

(3) Th. Bartholin, Anatomia reformata, p. 533.

(4) Dict. de Màd. et de Chir.prat., art. Boisson, t. 3, p. 4 91 et suiv.

(5) Elem. physitd.,t. VI, p. 327.

(6) Rech. sur la digestion, t. I, p. 329, 367.

(7) Beaumont, loc. cit., p. 183.

DE LA DIGESTION. 3l3

par l'effet de l'absorption, qu'au bout de quarante-huit heures ils avaient perdu trois grains et demi de leur poids, et qu'enfin ils demeurèrent exempts de puiréfaction (1) . Schwann a fait aussi des expériences comparatives sur la digestion dans l'eau , et constaté que la fibrine et le blanc d'œuf durcis ne s'y ramollissent pas, qu'ils finissent par s'y putréfier (2).

3° Le suc gastrique contient un acide libre pendant la digestion ( § 851 , 1°, 2o, 3°), et le chyme est toujours acide : il devient même , comme l'ont remarqué Beaumont (3) et Eberle (4), de plus en plus acide , à mesure que la digestion fait des progrès dans l'estomac. Si Reuss, en se faisant vomir, trouvait une saveur et des réactions acides à son chyme, bien qu'il eût pris cinq grains de potasse avant le repas, et si Montègre trouvait que la viande prise à la suite d'un demi-gros de magnésie calcinée, pour vomir volontairement, n'était point encore acide une demi-heure après le repas, mais l'était au bout d'une heure, et avait surtout un haut degré d'acidité au bout de deux heures et demie, on ne peut pas , en présence des autres expériences , conclure de là que, comme l'admettaient Haller (4) et Spallanzani, les alimens engendrent en eux un acide ; c'est, au contraire, une preuve que le suc gastrique parvient à l'emporter sur l'alcali , principalement par les progrès de la digestion. Walœus pensait déjà qu'il n'est pas douteux que la dissolution des alimens soit opérée par un acide.SuivantTiedemannetGmelin(5), c'est l'acide acétiqueou l'acide chlorhydrique du suc gastrique qui dissout l'albumine coagulée durant le travail digestif, la fibrine, la matière caséuse et le gluten, le tissu cellulaire, les membranes, les tendons, les cartilages et les os. Mais les expériences que Beaumont a faites réfutent cette hypothèse -, l'albumine se coagula dans le suc gastrique comme dans le vinaigre ; mais, au bout de cinq heures , le caillot était entièrement dissous dans le premier, tan-

(2) Muller, Archiv,'m6, p. 72.

(3) Lot: cit., p. 60, 76.

(4) Loc. cit., p. 458.

(5) Elern., phys., t. VI, p. 345, 330.

(6) liech.lauT lu diyestion, t. I, p. 367.

dis qu'il n'avait pas éprouvé le moindre changement dans le second (1) ; vingt grains de bœuf rôti mâché , mis dans une demi-once de suc gastrique, étaient complètement réduits, au bout de huit heures, en un liquide grisâtre, avec un léger sédiment brun, tandis qu'une demi- once d'acide chlorhydrique et d'acide acétique affaiblis ne dissolvit, d'une même quantité de celte substance, que onze grains, qui produisirent une dissolution d'un rouge brun , sans sédiment ; la dissolution de l'ichthyocoHe dans les acides différait également de celle dans le suc gastrique, sous le double rapport de la quantité et des propriétés. Eberle a obtenu un résultat semblable en tous points (2), en se servant de ces acides sous forme liquide et sous forme vaporeuse : cependant il était obligé d'y avoir recours pour la préparation du suc gastrique artificiel!. La nécessité dé la présence d'un acide libre dans ce dernier a été reconnue également par Schwann (3), car le liquide obtenu perdait le pouvoir de digérer lorsqu'on le neutralisait avec du carbonate de potasse: mais cet expérimentateur a acquis aussi la conviction que la dissolution de l'albumine coagulée ou de !a viande dans les acides chlorhydrique et acétique diffère totalement de celle de ces mêmes substances dans le suc gastrique artificiel (4).

4 Le suc gastrique doit, indépendamment de l'eau , des sels et de l'acide libre , contenir encore une autre substance qui contribue pour sa part à la digestion. Eberle (5) a vu, chez des animaux qui avaient mangé beaucoup de matières solides, la pelotte alimentaire revêtue d'un mucus ferme et grisâtre, qui s'était sécrété pendantla digestion. Ce mucus différait du mucus ordinaire par sa consistance plus considérable, presque gélatineuse, et sa dissolution dans l'eau exerçait une action dissolvante presque égale à celle du suc gastrique. Eberle le considère comme une substance qui concourt essentiellement à la digestion (6). Cependant quelques circon-

(1) Loc. cit., p. 206.

(2) Loc. cit., p. 67.

(3) Loc. cit., p. 93.

(4) Loc. cit., p. 70.

(5) Loc. cit. , p. 75.

{<&) Loc. cit., p. 160.

DE LA DIGESTTION. 5 1 5

stances s'élèvent contre cette hypothèse. Le mucus ne peut point apparaître à la surface sécrétante sous la forme d'une masse consistante, d'une sorte de gelée : ce ne peut être là que le résidu d'un liquide qui s'est évaporé, que le produit d'un changement dans la composition de celui-ci (§ 820, 1° ). On le trouve tel dans l'estomac vide, et à l'état neutre. Mais que le viscère vienne à être stimulé, surtout par des alirnens, le suc gastrique s'échappe sous la forme d'un liquide clair comme de l'eau et acide. Si on laisse ce suc en repos, le mu- ^ eus se précipite en flocons, et le liquide surnageant n'est plus aussi visqueux; on peut aussi séparer le mucus par la filtration. Celui-ci n'est donc pas dissous dans l'acide du suc gastrique ; en effet, les acides le dissolvent difficilement, et l'acide acélique n'exerce pas d'action dissolvante sur lui. Mais puisqu'il ne traverse pas un filtre , la digestion des alimens renfermés dans de petits sacs en toile (§ 941 ,3°) ne pourrait dépeudre de lui , et il faut qu'elle soit l'effet du liquide qui pénètre à travers l'enveloppe. Aussi, d'après Schwann (4), le mucus, s'il se trouve dans le suc gastrique artificiel, est-il décomposé, et non pas seulement à l'état de dissolution, puisque la liqueur exerce son pouvoir digestif alors même qu'on l'a filtrée.

5° Schwann admet donc (2) une substance digestive particulière, la pepsine; substance qui se dissout dans l'eau, l'acide chlorhydrique étendu et l'acide acétique , que l'alcool et la chaleur de l'ébullition décomposent, que l'acétate de plomb, le deutochlorure de mercure et le tannin précipitent , mais qui n'est point précipilable par les alcalis ni par le cyanure de potassium et de fer. Pour la mettre en évidence, il faut ajouter du cyanure de potassium et de fer au suc gastrique arti ficiel, filtrer la liqueur, la neutraliser par le carbonate de potasse, y verser du deutochlorure de mercure, qui précipite la pepsine combinée avec l'osmazome , redissoudre ces substances par l'addition de l'acide chlorhydrique, faire passer un courant de gaz suif hydrique dans la liqueur, enfin les sé-

(1) Loc. cit., p. 4H.

< 2) lb., p. 116.

parer du sulfure de mercure : il ne reste plus alors qu'à séparer l'osmnzome de la pepsine (4). On donne le lait comme réactif de cette dernière, de manière qu'un liquide neutre qui fait cailler le lait, et qui perd celte propriété par une courte ébullition , doit être considéré comme contenant de la pepsine (2). D'après Valentin (3), la pepsine a beaucoup d'aflinité avec l'albumine liquide, et peut être même est-elle identique avec elle sous le rapport des principes constituans médiats, quoique ie blanc d'œuf mêlé d'acide ne possède aucun pouvoir digestif. La présure, ou la matière digérante contenue dans les cryptes de l'estomac, n'est point volatile, suivant Purkinje et Pappenlieim (4), et, soit sèche, soit en dissolution , elle conserve pendant long-temps sa vertu ; mais la chaleur la lui fait perdre. Pour opérer la digestion , elle n'a besoin que de l'addition d'un acide quelconque ou du développement de cet acide par le galvanisme.

6" Une circonstance s'élève contre la présence dans l'estomac d'une matière digérante spéciale; c'est qu'on peut aussi , avec d'autres matières animales, préparer, en y ajoutant de l'acide, un liquide analogue au suc gastrique artificiel. Carminati préparait un suc gastrique artificiel en faisant digérer pendant seize heures deux gros de veau dans une once d'eau de fontaine , avec cinq grains de sel marin ; mais il ne s'est servi de ce liquide que pour des usages thérapeutiques. Du veau, que Montègre avait placé dans un mélange de deux tiers de salive et d'un tiers de vinaigre , paraissait ramolli, sans néanmoins être entièrement dissous ; mais, au bout de quatre mois, on n'y apercevait encore aucun indice de putréfaction , tandis que , dans de la salive seule , il commençait à se pourrir au bout de vingt-quatre heures. Les expériences suivantes sont plus concluantes que celles-là. Eberle (5) a trouvé que tout mucus quelconque, par exemple celui du nez,

(2) lb., p. 430.

(3) Jicperiorium, t. 11, p. 200.

(4) Fioriep, Notizen, t. L, p. 240.

(5) Loc.cit., p. 78.

ou que toute membrane vésiculeuse , associée à l'acide chlorhydrique ou à l'acide acétique, digérait aussi bien que la membrane stomacale. Purkinje et Pappenheim (1) disent également qu'en ajoutant de l'acide à la plupart des autres membranes intestinales et au pancréas, on se procure un suc gastrique artificiel fort actif. Du reste, Schwann (2) assure que la pepsine n'exerce pas son action digérante sur tous les alimens , qu'elle ne la fait sentir qu'à l'albumine et à la fibrine ; la matière caséeuse, la gélatine et le gluten étant digérés par l'acide libre du suc gastrique , et l'amidon par la salive qui se mêle avec ce suc.

( La propriété qu'Eberle a découverte dans la membrane muqueuse stomacale acidifiée d'exercer une action digérante, principalement sur l'albumine coagulée, ne saurait être révoquée en doute. Cependant une propriété digérante analogue, mais bien moins prononcée , semble appartenir aussi à toutes les autres substances animales. Pour le constater, j'ai traité diverses parties de Chiens morts delà mêmemanière absolument qu'Eberle , Muller et Schwann prescrivent de le faire pour la membrane muqueuse de l'estomac; je les ai lavées avec soin, séchées, puis traitées par un poids quadruple d'eau contenant douze gouttes d'acide chlorhydrique par once, et j'ai fait digérer le tout pendant vingt-quatre heures à une tempérance de trente-deux degrés R. Je plongeai dans chacun des liquides ainsi obtenus deux morceaux cubiques d'albumine, pesant chacu douze grains, et je fis digérer le mélange à une douce chaleur. Pour avoir un terme de comparaison, je mis de pareils cubes d'albumine dans du suc gastrique artificiel produit par la membrane muqueuse stomacale acidifiée, dans de l'eau distillée à laquelle j'avais ajouté une quantité proportionnelle d'acide, dans de l'eau distillée non acide, et enfin dans de la salive non acide. Voici quels furent les résultats :

1° Dans le suc gastrique préparé avec la membrane stomacale, les cubes étaient, au bout de vingt-quatre heures, transparens et mous en grande partie ; au bout de quarante-huit

(1) Froriep, ZVotizen, t. L, p. 211.

(2) Loc. cit., p. 136.

5l$ DE LA. DIGESTION.

heures, il n'en restait plus que deux petites masses brunâtres, pesant ensemble trois grains.

2° Dans l'eau acidulée, qui demeura parfaitement limpide, les morceaux d'albumine étaient encore blancs et durs au bout de quarante-huit heures ; le huitième jour, ils étaient durs, mais un peu rougeâlres , et pesaient ensemble vingt-deux grains.

3° L'eau non acidulée avait, au bout de quarante-huitheures, une odeur de lait non désagréable, et elle était troublée par une multitude de flocons blancs, détachés de la surface de l'albumine. Au quatrième jour, l'odeur était putride; l'eau était rendue toute blanche et trouble parles flocons ; des moisissures s'étaient développées sur les parois du vase.

4° La salive non acide se putréfia au bout de quarante-huit heures; une épaisse couche de moisissure la couvrait; l'albumine était blanche et molle ; des flocons blancs s'étaient détachés de la surface.

G° Dans la liqueur préparée avec la tunique musculeusede l'estomac du chien, les morceaux d'albumine, au bout de quarante-huit heures, étaient mous, livides et transparens sur les bords ; ils pesaient vingt-deux grains. Le huitième jour, ils étaient très-mous et réduits à huit grains. J'avais précédemment constaté une puissance digérante bien plus forte encore dans la membrane charnue de l'estomac du veau; ici la digestion semblait être aussi complète qu'avec la membrane muqueuse ; la seule différence appréciable consistait en ce que le liquide préparé avec la première passa très-promptement à la putréfaction, tandis que le second se conserva pendant des semaines entières.

6° Dans la liqueur préparée avec la membrane muqueuse de la trachée-artère, les morceaux d'albumine étaient, au bout de quarante-huit heures, d'un jaune pâle, mais peu translucides, et ils ne pesaient que seize grains. Le huitième jour, ils avaient la même couleur , mais étaient fort mous, et leur poids se trouvait réduit à dix grains.

7° Après quarante huit heures de séjour dans la liqueur préparée avec la substance pulmonaire, les morceaux d'albumine étaient jaunâtres, translucides sur les bords; ils ne pe-

saient que dix-neuf grains. Au bout de huit jours, ils étaient colorés en brun et entièrement transparens, comme du>uecin ou du sucre candi. Leur poids n'était plus que de quatorze grains.

8° Dans la liqueur préparée avec une membrane séreuse, le péricarde surtout, les morceaux d'albumine étaient, au bout de quarante-huit heures, livides et du poids de vingtdeux grains. Le huitième jour, ils étaient moins transparens, mais bruns et très-mous ; ils ne pesaient plus que dix-sept grains.

Les mêmes résultats ont été fournis parla liqueur préparée avec du tissu cellulaire pur.

9° Dans la liqueur préparée avec la substance du foie, les morceaux d'albumine étaient très-brunis au bout.de quarantehuit heures, et pesaient vingt grains. Le huitième jour, ils étaient d'un brun noirâtre, peu : mollis et translucides sur les bords seulement. Ils pesaient dix-huit grains.

10° Dans la liqueur préparée avec la vessie urinaire entière, ils étaient, au bout de quarante-huit heures, livides et noirs par place ; leur poids s'élevait à vingt grains. Le huitième jour, ils étaient convertis en une masse semblable à de la gélatine, mais qui pesait toujours vingt grains.

41° Dans la liqueur préparée avec le parenchyme des glandes salivaires, l'albumine était devenue, au bout de quarantehuit heures, d'un rougeâtre livide, et transparente sur lesbords, mais sans perle de son poids. Le huitième jour, elle paraissait toute noire -, elle était très-molle et transparente, mais pesait encore vingt-deux grains.

42° Dans la liqueur préparée avec des lambeaux de muscles obéissant à la volonté, les morceaux d'albumine étaient, au bout de quarante-huit heures, brunâtres et un peu translucides. Le huitième jour, ils n'étaient pas sensiblement ramollis , mais ils ne pesaient plus que dix-sept grains.

lo° Dans la liqueur préparée avec la substance nerveuse pure, ils étaient livides, mais moins pesans, au bout de quarante-huit heures. Le huitième jour, leurs bords étaient translucides et ramollis; mais ils pesaient encore vingt- deux grains,

44o Plusieurs autres parties animales donnèrent des résultats analogues ; ce qui fait que nous les passons sous silence. Il a été constamment remarqué que la dissolution marchait avec d'autant plus de lenteur, que la substance employée à la préparation de la liqueur contenait davantage de graisse. Il est hors de doute qu'une véritables digestion a eu lieu dans les cas précités ; car, à l'aide des moyens connus, on parvint, après la dissolution partielle de l'albumine, à démontrer la présence de l'osmazome et de la ptyaline dans les diverses liqueurs) (1).

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