‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 53 sur 134 · OXYGÈNE · texte numérisé non relu

OXYGÈNE

ZI. Décomposition.

§ 953. La formation de substance nouvelle suppose une décomposition de la matière donnée. La matière organique doit avoir perdu ses caractères propres, avoir été dépouillée de l'indépendauce qu'elle possède en vertu de sa participation à la vie , pour pouvoir servir à la nourriture d'un autre organisme et être assimilé par lui.

I. Ce n'est pas la matière vivante , mais la matière qui a été vivante , qui sert à la nutrition.

1° Les végétaux se nourrissent de matière organique décomposée , dans laquelle les principes immédiats sont plus ou moins dissous , de manière que leurs élémens ont contracté de nouvelles combinaisons. Lorsque le jus de fumier frais entre en contact immédiat avec les racines, il nuit à l'accrois-: sementdes plantes , d'après les observations de Senebier ; il a besoin , pour agir comme nourriture , d'avoir été préalablement transformé par la putréfaction , d'avoir dégagé de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné. John (3) a vu périr

(1) Comptes-rendus hebdomadaires des séances de V Académie dos sciences, t. VII, p. 1157.

(2) Gilbert, Annalen, t. CVIII, p. 299.

(3) Ueber die Ernœhrung der Pflanzen, p. 237.

des graines semées dans de lu silice on poudre , avec de la potasse et du blanc d'œuf I rais ; elles ne germaient que quand ce dernier était déjà putréfié.

2° Tandis qu'ici la matière organique n'agit comme aliment que quand elle est sur le point de rentrer entièrement dans le sein de la nature organique , de sorte que la plante a ses racines plongées dans une substance intermédiaire entre l'organique et l'inorganique , et lie ensemble les deux règnes , l'animal vit de substance organique fraîche, dans laquelle les matériaux immédiats existent encore, et tient par conséquent ses racines plongées dans le règne organique L'individu dont la matière est destinée à servir de nourriture , doit avoir été mis à mort, avoir perdu son individualité et son indépendance; sans cela, il n'y a point de nutrition. Car le caractère de la vie est la conservation de soi-même, et les Entozoaires produits dans les organes digestifs, les Insectes ou les Reptiles introduits accidentellement dans ces voies , ne sont digérés que quand ils ont cessé de vivre. Il n'y a que les animaux et les végétaux des classes inférieures qui puissent vivre en parasite à la surface et dans l'intérieur d'autres végétaux et animaux vivans ; leur nutrition a lieu par une mort partielle de l'organisme qui les supporte ; celui-ci se maintient tant qu'il ne perd pas plus par là que par les excrétions ordinaires, qu'il a le pouvoir de réparer sans cesse les pertes qu'il éprouve , ou que ces pertes le débarrassent seulement des produits exubérans de sa riche plasticité.

3° La mastication et l'insalivation sont Une continuation de cette œuvre de destruction qu de mise à mort, qui prépare et favorise la digestion.L'avoine qui échappe à l'action triturante des dents du Cheval, sort avec les excrémens, sans avoir été digérée ; lorsqu'on donne à cet animal de l'avoine écrasée , on peut , suivant Sprengel , épargner un sixième de celle qu'on est dans l'usage de lui faire manger. Chez les Oiseaux qui avalent des grains entiers, le sable que ces animaux introduisent également dans leur estomac , paraît favoriser la digestion de la même manière. La coction détruit mieux encore la vie , et rend par cela même la digestion des substances organiques plus facile. On a trouvé qu'il fallait un

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tiers de moins d'avoine au Cheval , quand on la lui donnait bouillie.

II. .11 s'opère toujours , dans la digestion , une décomposition et une destruction des combinaisons auparavant existantes. Les alimens même dont la substance se rapproche le plus de l'organisme qu'ils doivent nourrir , ne passent point dans le sang sans laisser de résidu ; le sang chaud , le bouillon gras , le lait , les œufs , ne sont pas digérés , sans fournir des excrémens, par conséquent sans être décomposés; ils ne nourrissent suffisamment qu'autant qu'ils sont exposés , dans l'estomac et l'intestin , à l'action décomposante des sucs digestifs ; si, les voies ordinaires étant obstruées, on les administre en lavemens , ils ne soutiennent la vie que d'une manière incomplète et pendant un court espace de temps, bien que le gros intestin soit le siège d'une absorption assez énergique. En effet , la vie ne consiste pas à recevoir du dehors , mais seulement à former , à produire soi-même.

Nous avons encore une preuve de la transformation que subit la matière dans cette circonstance que certains poisons , dont l'action se prononce avec force lorsqu'ils viennent à être mêlés avec le sang, demeurent peu ou point actifs quand c'est l'organe digestif qui les reçoit; tel est le cas du venin de la Vipère (1), du virus de la rage (2), du poison des épizooties charbonneuses (3), de la peste (4) et de la syphilis. On retrouve, dans les végétaux , les matériaux inorganiques qu'ils ont tirés du sol , mais changés d'élat , et en partie mêlés avec d'autres substances que le sol ne renferme pas ; ainsi des plantes nourries dans du sable avec de l'azotate (5) de manganèse , ont donné du manganèse , sans acide azotique ; d'autres, élevées dans du soufre, avec de l'eau distillée , contenaient des sulfates ; d'autres encore , qui avaient poussé dans du sable et du nitre , fournissaient à l'analyse

(1) Meckel, Deutsches Archiv, t. III, p. 639.

(2) Froriep, Nolizen, t. V, p. 460.

(3) Fodéré, Essai de physiologie positive, t. III, pï 68.

(4) Haller, Elem. physiol., t. VII, p. 58.

(5) John, Ueber die Ernœhruny der Pflanzen, p. 270.

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du nitre et du chlorure de potassium (4); d'autres enfin qu'on avait élevées dans du sable, avec un peu de potasse , contenaient du chlorure de potassium , du sulfate de potasse et du phosphate de chaux (2).

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