II. Circonstances desquelles l'absorption dépend
§ 906. L'absorption dépend de diverses circonstances ; comme elle, la quantité et la nature du contenu des vaisseaux lymphatiques sont sujettes à des variations considérables.
I. En général , une substance est absorbée avec d'autant plus de facilité, qu'elle est plus liquide , et que par conséquent elle éprouve moins de peine à pénétrer le tissu ; qu'elle est plus apte à entrer en combinaison avec les sucs organiques, et à devenir partie constituante du sang ; enfin qu'elle exalte davantage la vitalité de l'organe avec lequel a lieu son contact, et qu'elle accroît à un plus haut degré l'expansion des parois de ses vaisseaux lymphatiques. L'huile grasse n'est ni miscible avec la lymphe, ni stimulante : aussi résiste-
(1) Nouveau Manuel de Vanatomislc. Taris, 1836, in-8t , {i) Breschet, Le système lymphatique, p. 21d,
de l'absorption. 67 t-elle à l'absorption -, Séaalas (1) et Hering (2), après en avoir injecté dans la cavité abdominale d'un animal, l'ont retrouvée encore au bout de quatre à dix jours, sans qu'elle eût diminué d'une manière sensible ; elle prévient l'ivresse , en supposant à ce que les liquides alcooliques soient absorbés dans les organes digestifs ; employée en frictions, elle ne sert que comme véhicule d'autres substances , à raison de ses qualités émollientes. L'eau et les dissolutions de sels neutres sont absorb'ées assez facilement. Les liquides animaux le sont bien mieux, mais toutefois à un degré qui varie en raison de leurs autres rapports avec l'organisme ; le suc salivaire ou gastrique est, d'après les expériences de Brera , un excellent véhicule pour les substances qu'on veut administrer en frictions ; dans les expériences de Collard de Martigny (3). la peau absorba le bouillon plus promptement que l'eau , et le lait avec plus de lenteur ; dans celles de Bluff (4), des Grenouilles, que la transpiration avait rendues plus légères , reprirent beaucoup plus tard leur ancien poids sous du papier gris imbibé de lait que sous le même papier trempé d'eau. Les acides et les substances qui contiennent du tannin diminuent l'absorption; les substances volatiles, en déterminant l'expansion, la favorisent. Ce n'est qu'avec des restrictions qu'il faut admettre l'assertion de Hering (5) et de Westrumb (6) , que les substances excitantes sont absorbées avec plus de rapidité que les substances douces, et avec d'autant plus de promptitude qu'elles jouissent à un plus haut degré de la faculté d'exciter. D'après les observations rapportées par Haller (7) , le vin injecté dans la cavité périlonéale paraît être absorbé infiniment plus tard que l'eau, et quand Magendie (8) dit que l'absorption de l'eau-de-vie, celle surtout de l'éther, s'accom-
(4) Magendie, Journal, t IV, p. 286. . (2) Meckel, Deutsches yJrchiv, t. IV, p. 522.
(3) Archives ijônérales, t. XI, p. 84.
(4) Diss. de absorptione cutis. Berlin, 1835, p. 22.
(5) Meckel, Deutsches Archiv, t. IV, p. 533,
(6) Meckel, Archiv fuer Anatomïe, 1827, p, 518.
(7) Elem. physiol., t. VI, p. 343.
(fy Leçons sur les phén. do la vie, t. I, p. 26tj
68 de l'absorption.
plit avec plus de rapidité que celle de l'eau , et que la même chose semble avoir lieu pour les substances acres et caustiques, comparées à celles qui sont de nature douce (1), il ne faut sans doute entendre cela que de la pénétration dans les veines. Outre que les circonstances concurrentes rendent diflicile de bien apprécier ce qui a lieu, nous en sommes réduits aux laits tout nus pour les substances que nous ne connaissons que d'après leurs effets spécifiques ; tel est le cas, par exemple, du virus de la rage comparé au venin de la Vipère ; le premier demeure inactif lorsqu'on excise la plaie , une ou plusieurs heures même encore après la morsure , tandis que peu de minutes suffisent, à l'égard du second, pour que l'amputation de la partie blessée soit inutile.
II. La force du pouvoir absorbant des divers organes est déterminée principalement par l'abondance de leurs vaisseaux, la laxité de leur tissu et la faculté conductrice des parties qui les couvrent. Mais le degré d'importance d'une partie, relativement à l'ensemble de la vie, n'est pas non plus sans influence à cet égard ; certains organes absorbent quelques substances avec plus de rapidité qued'autres. La situation elle-même semble jouer ici son rôle , car il y a des poisons qui agissent d'autant plus vite que la partie avec laquelle on les met en rapport est plus rapprochée du haut du corps.
i° Les tissus entoplastiques , le tissu cellulaire et les sacs séreux, se placent au premier rang, puisqu'ils absorbent sans interruption pendant toute la durée de la vie (§ 910, 1°). D'après Magendie (2) , ces tissus absorbent avec plus de force que d'autres , et la plèvre tient le premier rang parmi eux , ce qu'il fait dépendre à tort de ce qu'elle reçoit plus de vaisseaux sanguins, proportionnellement, que le péritoine. Christison (3) rapporte que la même quantité d'acide oxalique qu'on peut faire avaler à un Chien, sans compromettre son existence, le tue en moins d'un quart d'heure lorsqu'on l'injecte dans la cavité abdominale. Cependant il faut faire entrer
0) Précis de physiologie, t. II, p. 231.
(2) Leçons sur les phén. de la vie, t. I, p. 28.
(3) Abhandlung ucber die Gifle, p. 30.
DE LAB30RPTI0N. 69
en ligne de compte qu'ici le poison n'est point mêlé avec autant d'autres liquides, ni soumis à une élaboration aussi active que dans les organes digestifs. Si plusieurs poisons agissent avec plus d'intensité dans les plaies que de toute autre manière , cette différence tient probablement en partie à la même cause, et à ce que la substance pénètre d'une manière immédiate dans le sang.
2° Après les tissus mentionnés dans le paragraphe précédent viennent les membranes muqueuses, et ici nous rencontrons un fait remarquable , c'est que celles d'entre ces membranes qui appartiennent aux appareils sensoriels, absorbent certains poisons narcotiques avec plus de rapidité qu'aucune autre portion du corps; ainsi l'acide cyanhydrique, mis en contact avec la conjonctive, cause presque instantanément la mort (1), et Brodie (2) assure que son action se développe avec plus de promptitude sur la langue que dans l'estomac. Magendie (3) attribue ce phénomène à l'absence du mucus isolant. Cependant, tout ce qu'il nous est permis de faire, c'est de considérer le mucus comme un demi-conducteur, qui , lorsqu'il n'a pas trop de densité, et ne forme point de couches trop épaisses, possède la faculté de s'imbiber, comme le reconnaissent Tiedemann et Gmelin. L'abondance des filets nerveux et le voisinage du cerveau peuvent fort bien aussi ne point être étrangers aux phénomènes de ce genre. Les poumons absorbent sans cesse , pendant la respiration , des gaz qu'ils transmettent immédiatement au sang ; aussi les substances étrangères qu'on introduit dans les bronches sont-elles prises avec une grande facilité par les veines , de sorte que, d'après les expériences de Ségalas (4) , l'alcool injecté dans ces conduits occasione l'ivresse avec tout autant de promptitude que s'il avait été porté dans l'estomac. De là vient encore que les poisons narcotiques agissent avec infiniment plus de force sur la membrane muqueuse bronchique que sur toute au^
(1) Wedemeyer, Physiologisohe Untersuchunyen, p, 23G.
(2) Reil, Archiv, t. XII, !>. 462.
(3) Leçons sur lesphén. do la vie, t. I, p. 42.
(4) Archives générales, t. XII, p. 104.
DE L'ABSOUPTION.
tre; deux grains d'extrait de noix vomique, introduits par Ségalas(l)dans les poumons, donnèrent lieu aux symptômes de l'empoisonnement au bout de quelques secondes , tandis que deux gros de cette substance portés dans la vessie ne produisirent le même effet qu'au bout de vingt minutes ; il suffisait , pour amener la mort, par les poumons, d'une quantité d'extrait qui n'empoisonnait pas par l'estomac, ni même par les sacs séreux; enfin, son action était plus rapide par cette voie que parcelle de l'injection dans les veines, ce qui dépendait incontestablement de ce qu'ici on le faisait passer dans le système de la veine cave, tandis que là les veines pulmonaires le portaient de suite dans le système aortique.
3° Séguin (2) n'obtenait que peu ou point d'effet de l'application externe d'une dissolution de sublimé ou de tartre stibié, lorsque l'épiderme était intact; aussi considérait-il cette membrane comme un obstacle à l'absorption , comme une sorte de vernis, dont la résistance ne peut être vaincue que par la force de l'afflux du sang dans la transpiration. Des poisons violens, par exemple , l'acide cyanhydrique , la bave des Chiens enragés , etc. , demeurent sans action toutes les fois qu'ils entrent en rapport avec l'épiderme à l'état d'intégrité ; lorsqu'au contraire on inocule le virus variolique à la peau dépouillée de son enveloppe protectrice, l'infection a lieu, et, dans la méthode dite endermique , la quinine, la strychnine1, la morphine , l'émétine , l'aloès, la scille, etc., produisent les mêmes effets spécifiques sur l'ensemble de l'organisme, que quand on les administre à l'intérieur, quelquefois même les provoquent à un plus haut degré. Mais, quand l'épiderme a été détaché au moyen de l'eau bouillante , ce phénomène n'a plus lieu, d'après Magendie (3), parce que la peau, resserrée sur elle même au point de ressembler à de la corne et par conséquent à la membrane épidermique, ne peut plus absorber avec autant de vivacité ; de même, l'absorption diminue , si l'épiderme a été détruit par l'ammoniaque , ou si la peau ,
(1) Magendie, Journal, t. IV, p. 284:
(2) Meckel, Deutsches Archiv, t. III, p. 590. <3) Leçons sur les phén. de la vie, t. I, p. 52.
DE t'ABSORPTION.
mise h nu , est demeurée exposée au contact de l'air, qui en a opéré la dessiccation. Cependant l'épiderme n'est qu'une enveloppe protectrice, qui oppose des difficultés à la pénétration des substances étrangères dans l'organisme, sans pour cela la rendre impossible. Il s'imbibe (§ 797) surtout de liquides aqueux, comme on peut s'en convaincre sur les cors et durillons, qu'un bain chaud ramollit; et l'on sait que les tissus cornés en général, les poils en particulier (§ 797), absorbent, de sorte qu'ils prennent quelquefois une teinte verte chez les ouvriers en cuivre (1), et qu'on peut alors en extraire de l'oxide de cuivre (2), car les poils paraissent avoir une grande affinité pour cet oxide; j'ai trouvé les cheveux colorés en vert par lui sur un cadavre qui fut tiré de terre long-temps après l'époque à laquelle il avait été inhumé la tête couverte d'orne-; mens en cuivre. La peau §M JLézards absorbe vivement , malgré les écailles dont e'%%?t garnie (3). Scemmerring (4), ayant détaché un lambeau d'épiderme à l'aide d'un vésicatoire, le tendit sur l'orifice d'un verre plein d'eau distillée, et l'appareil resta long-temps en place sans que le liquide diminuât par l'effet de l'évaporation. Mais , si l'épiderme oppose à la sortie des liquides des obstacles qui sont à la vérité moins grands lorsque celte membrane conserve ses connexions organiques avec la peau, et dont le sang affluant peut alors triompher avec facilité, il n'en gêne pas l'entrée à beaucoup près autant; quand Magendie (o) emplissait d'eau un lambeau de peau disposé en manière de bourse, avec l'épiderme tourné en dehors, celui-ci se détachait par l'effet de la transsudation du liquide , qui venait se réunir à sa surface, tandis que, quand on retournait la bourse, et plaçait l'épiderme en dedans, l'eau était bientôt évaporée. L'épiderme délicat des lèvres absorbe avec une grande activité. Cette membrane n'est sans doute
(1) Hildebrandt, Anatomie, t. I, p. 202. ; (2) Archives générales , t. X, p. 477.
(3) Nysten, Jiecherches de physiologie pathologiques , Paris, 1811, in-8, p. 307.
(4) Venkschriften der Akad. zu Muouchen , t. VII, p. 254.
(5) leçons , t. \, p. 91.
7 2 DE l'absorption.
pas pénétrable au même degré sur les autres points du corps, mais elle n'en laisse pas moins partout passer les liquides, les vapeurs et les gaz , lorsque le contact dure longtemps (§898, II).
III. L'absorption varie suivant l'état dans lequel se trouve l'organisme.
1° Elle est modifiée d'abord par la quantité des liquides de cet organisme ; chaque corps attire l'humidité avec d'autant plus de force que lui-même en contient moins. Dutrochet laissa une plante exposée à l'air jusqu'à ce qu'elle eût perdu 0,15 de son poids par l'exhalation, puis il la plongea dans de l'eau, où, pendant chacune des quatre premières heures, elle absorba vingt grains et en exhala huit ; plus tard, l'absorption fut de neuf grains et demi par heure, et l'évaporalion de neuf ; enfin, lorsque la plante eut recouvré son poids primitif, l'absorption et l'exhalation se firent à peu près équilibre l'une à l'autre. Nous avons vu (§ 840) qu'il se sépare d'autant plus de substance du sang, que ce liquide en a admis davantage, et que ce qu'il reçoit correspond aussi aux pertes qu'il a antérieurement éprouvées. D'après les expériences d'Edwards (1), les Grenouilles absorbent l'eau avec d'autant plus d'avidité qu'elles en avaient auparavant perdu davantage par la transpiration ; l'absorption n'est jamais plus considérable qu'au commencement ; après quoi elle diminue dans la même proportion que l'animal se rapproche de son poids primitif ; mais, en général, la perte se répare de cette manière avec plus de rapidité qu'elle n'avait eu lieu. L'absorption est donc en raison inverse de la quantité de sang qui existe dans le corps. Les expériences de Magendie (2) et de Vernière (3) ont appris que la strychnine, introduite dans la cavité pectorale des Chiens, demeurait sans action lorsqu'on avait déterminé une sorte de pléthore factice en injectant beaucoup d'eau dans les veines, qu'au contraire elle agissait avec une promptitude extraordinaire quand on avait diminué la quan-
(4) Influence des ayens physiques, p. 99.
(2) Journal de physioloyie, 1. 1, ca'i. 4.
(3) Christison, loc. cit., p. 41.
de l'absorption. 73
tilé du sang par une saignée, et qu'enfin l'effet rentrait dans les proportions ordinaires lorsqu'au sang tiré de la veine on substituait une égale quantité d'eau. Voilà pourquoi aussi Prévost et Dumas ont trouvé le sang très-aqueux proportionnellement chez les animaux qui avaient subi d'abondantes saignées, car le vide qui s'était établi dans les vaisseaux avait accru l'absorption de substances aqueuses. La soustraction des alimens entraîne naturellement des conséquences analogues à celles de la diminution immédiate de la quantité du sang; c'est ce qui fait qu'on est plus exposé à l'infection après avoir jeûné, que les médicamens déploient une plus grande efficacité chez les malades qu'on condamne en même temps aux tourmens de la faim, et qu'en certaines circonstances les purgatifs et les vomitifs activent la digestion et la nutrition. Un vaisseau lymphatique isolé doit également obéir à cette loi ; aussi Millier (1) a-t-il remarqué, sur un intestin de Brebis détaché du corps, que les vaisseaux lactés qui en provenaient ne tardaient pas à s'emplir de nouveau quand il les avait vidés par des frictions exercées suivant la direction des valvules. Seulement, c'était aller trop loin que de considérer, avec Riolan et Glisson, l'absorption en général comme un effet de la pression atmosphérique sur le vide produit par l'exhalation, ou de la comparer, comme faisait Aselli, à la succion des Sangsues.
2° Le degré d'activité vitale exerce ici une influence essentielle. Nasse (2) a'observé que des Limaçons qui avaient perdu depuis un sixième jusqu'à un tiers de leur poids, par l'exposition à un air sec, absorbaient peu durant les premiers momens de leur immersion dans l'eau, tant qu'ils étaient épuisés, et que l'absorption ne commençait à se faire activement chez eux que quand ils avaient commencé à recouvrer leur énergie. Par un phénomène analogue, un verre de vin donné à un jokei, qui avait été mis au régime des courses, activa tellement chez lui la faculté d'absorber dans l'atmosphère, qu'en une heure de temps son poids augmenta de trente onces (3). Car-
(1) Handbuch der Physiologie , t. I, p. 251.
(2) Untersuchumjen zvr Physiologie, t. X, p. 482. (3; Mcckel, Archio fuer Anatomie,lbW, p. 4(J3.
74 de l'absorption,
penter rapporte im autre fait du même genre (1). L'absorption s'accomplit aussi d'une manière plus active quand la circulation se fait rapidement , et que le sujet a beaucoup d'excitabilité. Mayer (2) a observé que la ligature de l'aorte ventrale arrêtait plutôt qu'elle ne favorisait l'absorption des substances étrangères dans les poumons , parce qu'elle remplissait outre mesure les organes thoraciques de sang. Schnell (3), après avoir pratiqué cette même ligature, reconnut que l'antiar, introduit dans une plaie faite à la cuisse, n'était point absorbé par les veines; mais, la ligature ayant été détachée au bout de huit heures, les efléts du poison ne tardèrent pas à se prononcer. Lorsque l'activité vitale d'un organe est plus excitée que celle des autres , cet organe absorbe aussi d'une manière plus vive , ce dont on peut donner une explication en partie mécanique, puisque l'exaltation de la turgescence rend la tension des parois des vaisseaux capillaires plus considérable et le cours du sang plus accéléré ; mais une partie enflammée, dans laquelle le sang ne circule pas, absorbe moins.
3° Enfin, la direction momentanée de la vie a aussi une grande portée. La peau et les poumons absorbent moins pendant que les vaisseaux lymphatiques du canal intestinal déploient davantage d'activité, et l'on court moins risque d'être infecté après avoir pris un peu de nourriture que quand on se trouve à jeun. Les passions déprimantes accroissent aussi l'aptitude à l'infection , parce qu'elles affaiblissent la résistance vitale , et font prédominer la direction centripète des humeurs.
IV. Plusieurs circonstances accessoires influent sur l'absorption.
1° Telle est d'abord la compression agissant du dehors. De même qu'on peut, en comprimant une portion d'intestin gorgée de liquide, faire passer celui-ci dans les vaisseaux lymphatiques (4), de même aussi les mouvemens péristalti-
(4) Froviep, Neue Notizcn, t. III, p. 480.
(2) Meckel, Deutsches Arcliiv, t. V, p. 43.
(3) Westrumb, Physiologischc Unlersuchungen, p. 51.
(4) Millier. Handbuchdcr Physioloyio, t. I, p. 251.
de l'absorption. 75 ques du canal intestinal favorisent incontestablement l'absorption pendant la Vie, quoiqu'elle ne puisse pas dépendre d'eux, comme l'admettait Boerhaave, attendu qu'elle s'accomplit tout aussi bien dans des organes où nulle espèce de mouvement ne saurait influer sur elle. Les frictions exercées sur la peau sont les plus puissans moyens de faciliter l'absorption, et la pression de l'atmosphère favorise le cours des bumeurs de dehors et dedans (§ 726, 7°), par conséquent aussi la fonction absorbante, en même temps qu'elle apporte des restrictions à l'exhalation (§839, 5°)- La pommade slibiée faisait naître peu ou point de pustules, quand Westrumb (1) l'avait recouverte d'une ventouse. Si l'on introduit du cyanure de potassium, avec de la strychnine, de la morphine ou de l'arsenic, dans une plaie, et qu'on applique ensuite une ventouse sur celle-ci, on ne voit se manifester aucun symptôme d'empoisonnement, et le cyanure ne se retrouve ni dans le sang, ni dans aucun autre liquide (2).
2° Comme la chaleur détermine en général l'expansion et favorise la réunion des corps qui ont de l'affinité les uns pour les autres, comme, par conséquent, un linge même qui trempe par l'un de ses bouts dans de l'eau chaude, s'imbibe davantage qu'un autre qu'on laisse pendre dans de l'eau froide (3), et comme la tige des plantes attire une plus grande quantité de liquide quand elle est frappée par la chaleur du soleil, de même aussi l'absorption est favorisée par la chaleur dans le corps des animaux, et c'est en partie à cette,circonstance qu'il tient que les maladies contagieuses se répandent davantage pendant la saison chaude.
3° Suivant Foderà (4), le galvanisme favorise l'absorption, quoique l'on ne l'en puisse pas considérer non plus comme la cause essentielle (5).
(1) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1827, p. 527.
(2) lb., 4828, p. 109-419.
(3) Magendie, Leçons, t. I, p. 27.
(4) Rech. sur l'absorption, p. 36.— Journal de Magendie, t. III, p. 35.
(5) Dutrothet, VAijent immédiat du mouvement vital , Taris, 4828, p. ISO.— Mémoires sur Vanatomieet laphysiol. des vêyvlau.v ctdes animaux, Paris, 1537, 1. 1, p. 442.
DE L'ABSOlirTION.
AUTICLE V. •
Du mouvement des liquides absorbés.
§. 907. Le mouvement du contenu des vaisseaux lymphatiques à l'état d'intégrité, ne devient visible que quand ce contenu n'est pas transparent et incolore comme les canaux qui le renferment. Aussi, l'a-t-on depuis long-temps observé sur le chyle, les vaisseaux qui sont pleins de ce liquide se vidant et perdant leur turgescence sous les yeux de l'observateur, et successivement de distance en distance (1).
4° La rapidité du courant varie beaucoup, et il est difficile d'en déterminer le terme moyen ( § 902 , 3° ). Cruikshank a vu, chez un Chien, le chyle parcourir quatre pouces en une seconde, ce qui ferait vingt pieds par minute. Magendie obtint du canal thoracique ouvert d'un Chien, une demi-once de chyle en cinq minutes (2) ; celui d'un Lapin qui était resté vingt-quatre heures sans manger, en donna neuf grains en dix minutes à Collard de Martigny, et celui d'un autre, cinq grains en sept minutes (3). Il ne faut pas perdre de vue néanmoins que, dans ces expériences, la pression de l'atmosphère sur les vaisseaux lymphatiques mis à nu et l'auverture du canal thoracique étaient des circonstances mécaniques qui devaient accélérer le cours du liquide, que par conséquent on ne saurait tirer de là aucune conclusion certaine relativement à ce qui arrive dans l'état normal. Lorsque Magendie (4) avait vidé les lymphatiques du cou , en exerçant une compression sur eux, une demi-heure s'écoulait quelquefois avant qu'ils fussent pleins de nouveau, et parfois aussi ils demeuraient vides.
2° Le courant se dirige à travers les valvules. C'est ce qu'on déduit de la structure de ces dernières, de la manière dont s'écoule le liquide contenu dans les vaisseaux lymphati-
(1) Haller, Elom. physiol., t. 1, p. 465, t. VII, p. 200, 227.
(2) Précis de physiol. , t. II, p. 464.
(3) Journal de Magendie, t. VIII, p. 176.
(4) Précis de physiol., t. II, p. 200.
de L'AnsonmoN. 77
ques que l'on comprime ou qu'on blesse , et du gonflement qu'ils offrent au dessous d'une ligature appliquée sur leur trajet. Le canal thoracique s'abouche , avec une valvule empêchant la rétrogradation de la lymphe , dans l'angle que font les veines jugulaire et sous-clavière , de manière que le liquide qui en sort se trouve entraîné suivant la diagonale des deux courans de sang qui marchent à la rencontre l'un de l'autre (1). On a quelquefois poussé des injections du tronc vers les racines, et plusieurs physiologistes, notamment Darwin, se sont fondés là-dessus pour admettre qu'un mouvement rétrograde a souvent lieu aussi pendant la vie, et expliquer certains phénomènes , entre autres la rapidité avec laquelle diverses substances passent des organes digestifs dans les voies urinaires. Mais ce n'est que par une exception rare qu'on parvient à pousser les injections en ce sens, et d'après Sœmmerring (3), une colonne de mercure haute de trentetrois pouces ne fut pas capable de surmonter la résistance des valvules d'un vaisseau lymphatique. Quand on réussit par force à détermiuer un pareil mouvement rétrograde, les valvules les plus voisines sont les seules qui cèdent, et le reflux ne s'étend pas bien loin (3). Au reste , les Poissons n'ont de valvules complètes qu'aux embouchures dans les veines -v leurs vaisseaux lymphatiques n'offrent ailleurs , surtout aux endroits où ils forment des dilatations et des plexus, que de légers étranglemens , qui en tiennent lieu (4).
3° Les alternatives de compression auxquelles les vaisseaux lymphatiques sont exposés de la part des muscles qui les entourent, doivent avoir de l'influence sur le courant du liquide, sans cependant jouer un rôle essentiel à cet égard. Les observations de Ramdohr et de Rengger nous ont appris que , chez les Insectes , le mouvement péristaltique de l'organe digestif fait sortir le chyle amassé entreses membranes; les vaisseaux lymphatiques d'une portion d'intestin doivent également &e
(1) Sœmmerring, Gefœsslehre, p. 507.
(2) lb., p. 499.
(3) Haller, Elem. phyaioloy., t. I, p. 251.
(4) Fohman, Das Saïujadersysicm dcr JVirlelthiero , t. I, p. 43.
vider par l'effet des contractions de cet organe, et se remplir pendant qu'a lieu son relâchement. Cependant Lieberkuhn(l), qui explique ainsi l'absorption du chyle, a remarqué que cette alternative de déplélion et de réplétion n'a lieu que quand l'animal est déjà épuisé , et que tant qu'il jouit d'une grande énergie vitale , le courant ne présente point d'interruptions (§ 744, 4°). D'ailleurs le chyle coule même lorsque l'intestin est tranquille , et après la mort (2). C'est ce que Poiseuille a vu, sur une Souris, avec le secours du microscope (3) : à chaque contraction de l'intestin, le chyle coulait plus rapidement par saccades, sans que pour cela le mouvement du sang changeât. Barry (4) admet que les gaz contenus dans les intestins l'ont avancer le chyle dans les vaisseaux lymphatiques ; une pareille hypothèse supposerait un dégagement copieux et toutà-fait anormal de gaz. Le mouvement des muscles abdominaux peut favoriser le cours du liquide , de même que Magendie a vu (5) le chyle couler plus vite du canal thoracique ouvert quand on comprimait le ventre avec la main ; mais l'écoulement a lieu lorsque la cavité abdominale est ouverte (6). 11 se peut aussi que, pendant l'inspiration , la partie inférieure du canal thoracique soit comprimée par le diaphragme et la supérieure dilatée , et qu'un effet inverse ait lieu pendant l'expiration (7) , sans que cette circonstance ait rien d'essentiel, puisqu'elle ne se rencontre pas chez les animaux qui sont privés de diaphragme. De même, les vaisseaux lymphatiques accompagnent les veines de préférence aux artères, et à la peau, comme dans une foule d'autres points, ils ne sont point exposés à des pressions intermittentes.
4° Chez les végétaux, l'absorption des racines et l'ascension de la sève augmentent lorsque les feuilles exhalent davantage, par conséquent sous l'influence d'un air sec et chaud ; mais ,
(1) De fahric. etact. villorum intestinorxnn, p, 22-26.
(2) Haller, loc cit., t. VII, p. 232.
(3) Breschet, Le système lymphatique, p. 211.
(4) Froviep, Notisen, t. XVII, p. 198.
(5) Précis de physiol., t. II, p. 164.
(6) Haller, loc. cit., t. VII, p. 234. ^
(7) lb., p. 236.
DE l'aRSOUTTION. 79
vers le milieu de la journée, quand l'exhalation est parvenue au plus haut degré, et qu'elle est portée au point que l'activité vivante en souffre, la sève ne monte plus, comme l'attestent les observations de Haies et de Dulrochet (i ). De même , l'évacuation continuelle du canal thoracique,dontle liquide est entraîné par le courant du sang veineux, favorise le cours de la lymphe dans tout le système lymphatique, sans en être une condition essentielle. Lorsque cette évacuation vient à être interrompue par la stase du sang dans le système des veines caves (2), ou par la ligature de la veine sous-clavière (3), du canal thoracique (4), ou d'un vaisseau lymphatique (5), le liquide qui afflue sans cesse des racines détermine un gonflement au dessous de l'obstacle, et si ce dernier est placé à la partie supérieure du canal thoracique, il en résulte quelquefois que le conduit crève (6). Astley Cooper (7) a observé cette rupture à la portion abdominale du canal thoracique (citerne de Pecquet), non seulement après une ligature , mais encore , chez des Chiens, pendant une formation abondante de chyle , alors même qu'il se contentait de comprimer la partie supérieure pendant quelques minutes. Il attribue cet effet à la plus grande minceur proportionnelle des parois de la partie inférieure. Mais, comme celte portion supporte la pression d'une colonne de mercure haute de plus de deux pieds sans se rupturer, il suit de là que la force propulsive doit être plus considérable encore dans les vaisseaux lymphatiques. Nous voyons donc ici quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans l'absorption par les points lacrymaux, qui continue malgré un obstacle à la descente des larmes dans le nez, en sorte que le sac lacrymal éprouve une distension anormale. 5° La force propulsive des vaisseaux lymphatiques se ma-
(1) L'Agent immédiat du mouvement vjtal, p. 72. — Mémoires sur les végétaux et les animaux, t. I.
(2) Haller, Elem. physiol., t. VII, p. 207.
(3) Westrunib, Physinlogische U/itersuchimgcn, p. 47.
(4) Halter, loc. cit., t. II, p. 15.
(5) Valentin, Repertorium, t. II, p. 244. .
(6) Haller, loc, cit., t. VJI, p. 229. — Krimer, Fersuch eincr Pkysion logie des Blutes, p. 87.
(7) Roaenuiuller, DeUrœjc fuor die Zeryliod,erungshinsti 1. 1, p. GG.
8o de l'absorption.
nifeste d'une manière immédiate, quand on pique ces conduits au dessous d'une ligature ; car alors le liquide qu'ils contiennent jaillit , en décrivant souvent une arcade de plusieurs pouces , comme l'ont observé Tiedemann , Westrumb (1) et autres. Tiedemann a vu aussi le canal thoracique se resserrer à l'air de près d'une moitié de son diamètre; Fohmann (2) et Breschet (3) ont remarqué un phénomène analogue sur les lymphatiques du mésentère, et Valentin sur ceux du cou.
6° Ces phénomènes pourraient dépendre des propriétés mécaniques du tissu. En effet , les parois des vaisseaux lymphatiques, malgré leur délicatesse et leur grande extensibilité, possèdent une cohésion si forte, que, comme l'ont fait voir Sheldon (4) et autres , ils surpassent les vaisseaux sanguins sous ce rapport , et supportent la pression d'une colonne de mercure sous le poids de laquelle ces derniers se rompraient à diamètre égal et même près de quatre fois plus considérable^).La cohésion estsurtouttrès-puissante dansles lymphatiques des extrémités inférieures ; elle est plus faible dans ceux des membres supérieurs, et moins prononcée que partout ailleurs dans ceux des viscères (6). Mais les phénomènes en question cessent trop promptement après la mort pour qu'on puisse supposer qu'ils dépendent uniquement de la force mécanique. Tiedemann s'en est convaincu ; ayant lié , sur un Cheval , le canal thoracique, qui avait lancé le chyle avec force immédiatement après la mort, il retrouva ce conduit plein au bout d'une heure et demie, mais le chyle ne s'en écoulait plus qu'avec lenteur. La même chose a été observée par Fohmann chez les Chiens (7) et les Poissons (8), par Bres-
(4) Physioloijische Untersuchungen, p. 47.
(2) Anatomische Untersuchuhg ueber die Saugadern, p. 33.
(3) Le système lymphatique, p. 73.
(4) Jlistory of absorbent System, p. 27.
(5) Hildebrandt, Anatomic, t. III, p. 97.
(6) Breschet, Le système lymphatique, Paris, 4S3G, p. 74,
(7) Anatomische Untersuchung, p. 33.
(8) Das Saugadersystem, p. 43. .
DE l'ABSOlirTION. 81
chet sur les lymphatiques du mésentère des Chiens (1). Magendie aussi (2) croit vr aisemblable que ces vaisseaux se resserrent au moment de la mort, parce qu'il les a presque toujours trouvés vides chez les animaux qui venaient d'être tués. Mascagni dit bien avoir vu le mercure s'écouler et les parois des lvmphaiiques s'affaisser lorsqu'il venait à léser des préparations conservées depuis long-temps ; mais ce n'est point là une objection qui puisse empêcher d'admettre une force vivante de contractilité.
7° Muller (3) a découvert, chez les Grenouilles , les Crapauds, les Salamandres et les Lézards, des cœurs lymphatiques, dont Panizza (4) a reconnu l'existence en même temps que lui, et qui ont été trouvés aussi peu de temps après chez les Pythons par Weber (5) et Valentin (6). Ce sont des dilatations vésiculeuses, qui chassent la lymphe dans les veines par des pulsations particulières, au nombre de soixante par minute chez les Grenouilles, leur tunique médiane, c'est-àdire celle qu'on observe entre l'enveloppe celluleuse extérieure et la membrane commune des vaisseaux, étant formée de fibres musculeuses marquées de rides transversales, comme celles du cœur, et contournées en divers sens. Il y a aussi des valvules à l'entrée et à la sortie dé ces dilatations. D'après cela, on ne peut méconnaître leur analogie avec le système sanguin, dont la tunique moyenne se compose de fibres, qui , au cœur, sont développées en masses douées d'une grande énergie motrice, tandis que, dans les vaisseaux , elles le sont si incomplètement qu'elles ressemblent au tissu tendineux.
8' Cruikshank, Sheldon (7) et Schreger , se fondant principalement sur la structure du canal thoracique des Chevaux , disaient la tunique moyenne des vaisseaux lymphatiques formée de fibres musculaires. D'autres anaiomistes , parmi les-
(4) Lac. cit., p. 72.
(2) Précis élémentaire de phyiiolmjie, t. TI, p. 201.
(3) Archiv fuer Anatnmin,i8M, p. 58,29(5..
(6) Hepertorium, t. 1, p. 294.
(7) Hiitnrij nfthn nbunrhont tystem, p. 20.
ix. 6
quels comptent encore l'ohmann (1) et llenle (2), n'ont pu se convaincre de l'existence de ces libres , et Henle dit que celles qu'il a aperçues étaient dues à du tissu cellulaire. Mais Valentin (3), dont l'autorité ne saurait être mise en doute ici, a trouvé , tant sur le canal thoracique de l'homme et du Cheval, que même sur les vaisseaux lymphatiques, outre des filamens de tissu cellulaire , des fibres musculaires, qui ressemblent beaucoup à celles des veines , et qui, à l'instar de ces dernières, marchent pour la plupart dans le sens de la longueur du vaisseau , car elles ne font que s'anastomoser ensemble, de distance en distance, par le moyen de fibres obliques. Il n'a pas constaté l'existence, admise par Mojon (4), de fibres annulaires contenues dans les valvules, et auxquelles s'inséreraient ces fibres longitudinales.
9° Haller a vu (5) les vaisseaux lymphatiques se contracter au contact de l'acide sulfurique , mais non par l'effet du chlorure d'antimoine. Suivant Valentin, l'action de l'acide chlorhydrique fumant ou de la potasse caustique les réduit sur-lechamp, dansloute leur longueur, en un filament grêle. On ne sait pas encore au juste si c'estlà un effet purement chimique, comme le prétend Tiedemann , en se fondant sur ce qu'il a; également vu des lymphatiques conservés depuis un an dans l'esprit-de-vin, se resserrer sur eux-mêmes. Cependant le resserrement que ces vaisseaux éprouvent à l'air parait devoir être rapporté plutôt à une irritation qu'à la pression atmosphérique. On assure aussi que le contact de l'eau chaude ou de l'alcool affaibli détermine une contraction, mais tellement lente qu'on n'en peut apercevoir que le résultat , sans qu'il soit [possible de distinguer le mouvement lui-même (G). Valentin n'a obtenu aucun effet par l'irritation mécanique avec la pointe d'un scalpel ; mais Sheldon a remarqué, sur un
(1) Das Savgadersystem der Wirhelihiere, p. 43*
(2) tSymlolœ ad anutomiam villorum intestinalium, p. 1,
(3) Bepertorium, t. II, p. 242.1
(4) Froriep, JSotieen, t. XII, p. 257.
(5) Opéra minora , 1. 1, p. 379. — Elem. physiol., t.I, p, 465; t. VU, p 234,
(flj llildcbrandt, Anaiomie, t. III, p. 97.
X)T. I,AflSOT\PTION. 83 Chien vivant , que de gros lymphatiques, après s'être fortement remplis par une pression soutenue pendant quelque temps, se contractaient avec énergie, et jusqu'au point d'effacer complètement leur lumière (1). Enfin, dans une expérience faite par Muller (2) , le canal thoracique d'une Chèvre ouverte vivante ne se contracta pas immédiatement sous l'influence d'une forte pile galvanique ; mais , au bout de quelque temps , le point sur lequel on avait opéré parut rétréci, et il présentait çà et là des étranglemens presque imperceptibles. JNTous reconnaissons dans tout cela des phénomènes semblables à ceux qu'offrent les vaisseaux sanguins ( § 734 , 736, 737), des mouvemens vivans , qui sont produits par le raccourcissement de fibres particulières , de telle manière cependant que les mouvemens sont plus soutenus, plus lents, moins apparens, et les fibres plus incomplètes, plus analogues au tissu tendineux ou cellulaire, que là où il se développe un foyer du sang doué d'une vitalité supérieure , c'est-à-dire , que dans le cœur. Ainsi , la force motrice des lymphatiques doit, comme celle des vaisseaux sanguins (§ 732) , avoir de l'influence sur la marche du liquide que ces canaux renfermant, sans cependant en être la cause, qui dépend de la tension vivante des parois à l'égard du contenu ^§ 748, 4°).
40° Chez les Végétaux, où le tissu ne possède pas de motilité propre, l'ascension de la sève, comme l'a fait voir Dutrochet surtout (3), ne dépend pas de l'attraction des branches et des feuilles, mais de l'absorption continuelle qu'opèrent les extrémités des racines, qui sont entretenues par-là dans un état de turgescence ; car lorsqu'on coupe par exemple une branche de vigne au printemps , le suintement de la seve parie bout qui communique avec la racine continue sans interruption, tandis que tout mouvement de sève cesse aussitôt dans l'autre bout. Maintenant, un vaisseau lymphatique qu'on lie se gonfle au dessous de la ligature , par l'effet du courant dont le point de départ est à ses racines, et l'on voit,
(1) Loc. cit., p. 27.
(2) Handljuch der Physiologie, t. L p. 265.
^3) 1/ Agent immédiat du mouvement vital, p. 73, 159.
comme l'ont remarqué, entre autres, Magendie (i) et Collard de Martigny (2), que le cours du chyle est plus ou moins rapide, suivant que la production de ce liquide a lieu en plus ou moins grande abondance. Nous devons donc chercher dans l'absorption continuelle des racines la cause essentielle du mouvement du chyle et de la lymphe. Déjà Haller(3) présumait que le chyle est reçu par attraction dans les vaisseaux lymphatiques, et qu'il est poussé en avant par chaque nouvelle onde ainsi provoquée. La force de succion des racines a été aussi reconnue , comme cause du courant dans le système lymphatique , par Mascagni, de concert avec la contractilité ; par Hewson (4) et Haase (5) , conjointement avec la force musculaire ; enfin par Treviranus (0) et Muller(7)d'une manière tout-à-fait générale.
41° Carus (8) fait jouer le rôle de cause à une tendance spontanée de la lymphe vers le centre organique du corps. Mais , nous ne connaissons quel âme qui ait le pouvoir de se déterminer elle même ; la matière n'est provoquée au mouvement , ou à toute autre manifestation d'activité , que par une sollicitation extérieure. Ce que l'on peut très-bien admettre, c'est que l'attraction qui occasione la première absorption, conserve encore son efficacité, dans les parois des vaisseaux lymphatiques , pendant le cours ultérieur du liquide , de telle sorte que chaque point de ces parois attire constamment une nouvelle onde , et abandonne au point situé immédiatement après celle qui est demeurée jusque-là en contact avec lui , comme les sucs d'une plante passent d'une cellule dans l'autre. Il serait possible que les valvules favorisassent ainsi la progression , de même que , chez les végétaux , l'ascension de la sève est favorisée par les nœuds,
(1) Précis élémentaire, t. II, p. 164.
(2) Journal de Magendie, t. VT1I, p. 18S.
(3) Elem. physiolog., t. VII, p. 234.
(4) Expérimental inquiries, t. III, p. 189.
(5) De va sis cutis et intestinorum absorbentibus , p. 22.
(6) Die Erscheinnngcn des organischen Lebens, t. I, p. 316.
(7) Handbuch der Physiologie, 1. 1 , p. 269. (8, Meckcl, Deutsclies Jrchiv, t. III, p. 419.
de l'absorption. 85
dont le tissu cellulaire résulte d'une agglomération de vésicules ayant chacune, d'après Dutrochet (l) , leur endosmose particulière , qui les rend but d'allluxion et origine d'impulsion.
12° (Chez un animal mis à mort pendant le cours de la digestion, le chyle continue de se porter des intestins vers la veine jugulaire , tant que le corps conserve sa chaleur ; car si on lie le canal thoracique au dessus du diaphragme , sans ouvrir la cavité abdominale, il se gonfle considérablement au dessous de la ligature (2), et, dès qu'on le pique en cet état, laisse jaillir son contenu sous la forme d'une arcade. Ce jaillissement du chyle ne permet pas de douter que le canal thoracique possède une certaine contractililé ; mais celle-ci ne paraît arriver à jouer un rôle important qu'après une distension extraordinaire , car non seulement le chyle contenu dans le canal, au dessus de la ligature , n'est point chassé dans la veine, mais encore lorsqu'on pratique la section transversale du conduit à quelque distance au dessus du lieu , à peine s'écoule-t-il quelques gouttes de liquide , et le vaisseau demeure même toujours médiocrement rempli quand, on le tient dans une situation horizontale. Il serait assez difficile de déterminer si ce gonflement du canal thoracique au dessous de la ligature , dont on n'aperçoit plus , d'ailleurs , aucune trace après le refroidissement du cadavre , doit être attribué à ce que la chylification continue encore , ou seulement à la contraction des vaisseaux lymphatiques. J'adopterais volontiers la première de ces deux hypothèses , parce qu'autrement il faudrait attribuer aux petits lymphatiques une contractilité très-forte et dépassant de beaucoup celle de leur tronc commun : car , tandis que le canal thoracique coupé en travers ne se vidait jamais sur le cadavre leuu dans une position droite , je voyais le chyle affluer vers la citerne, alors même qu'ayant étendu le corps sur la surface ventrale, je mettais ce réservoir à découvert par l'enlèvement des ver-
(1) V Agent immédiat, du mouvement vital, p. 47d. — Mémoires sur les vêgét. et les anim., Paris, 1837, t. I.
(2) 11 parvient dans les Chiens jusqu'à un diamètre de trois ligneç.
tèbres, et cela de telle sorte que lu citerne, après avoir été presque entièrement vidée, au moyen d'une piqûre, reparaissait entièrement pleine au bout de quelques minutes , cas dans lequel le liquide avait évidemment dû être poussé de bas en haut. L'embouchure du canal dans la veine jugulaire n'est pas seulement close , comme on sait , par une valvule qui s'oppose à la pénétration du sang : elle paraît aussi limiter beaucoup l'écoulement du chyle lui-même, qui exige peut-être, pour s'accomplir , une certaine attraction exercée par le courant sanguin. Ce qui semble l'établir , c'est qu'après avoir lié le canal pour recueillir le chyle , je n'avais plus besoin ensuite de recourir à la ligature , et que l'expérience suivante est demeurée sans résultat ; ayant l'espoir d'obtenir beaucoup de chyle et de lymphe sans ouvrir les cavités pectorale et abdominale , je fis périr un Chien en lui tirant tout son sang , je fixai un tube de verre à la veine jugulaire interne , complètement vide , après en avoir lié toutes les branches , ainsi que le tronc et la veine sous-clavière , et je suspendis le cadavre par les pattes de derrière ; au bout d'une demi-heure , à peine avais-je recueilli cinq ou six gouttes de chyle) (1).