‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 77 sur 134 · XX. Mouvement respiratoire · texte numérisé non relu

XX. Mouvement respiratoire

§ 968. La respiration consiste essentiellement en des mouvemens d'ingestion et d'éjection (§ 817, 1°), par lesquels des matériaux de la substance organique passent dans le milieu ambiant, et des matériaux de celui-ci dans la substance organique. Mais, lorsqu'elle est plus développée, il s'y joint d'autres mouvemens encore ; les uns agissent sur 'le milieu extérieur, de manière à renouveler continuellement les couches de ce milieu qui entrent en contact avec la surface respiratoire en général et ses divers points ; les autres ont pour but de renouveler sans cesse la substance organique dans la surface respiratoire, afin qu'il y en ait toujours de nouvelles portions qui subissent l'influence du milieu.

A. Qualité du mouvement respiratoire.

Les mouvemens respiratoires sont de deux sortes ; les uns appartiennent à la vie organique , et les autres à la vie animale.

1. Les mouvemens de la première espèce, ou ceux qui s'accomplissent sans le concours de l'âme , ont leur unique fondement dans les conditions mômes de l'organisation.

1° Les uns sont latens , et consistent en un renouvellement

continuel de substance. Partout essentiels , ceux-là sont les seuls que Ton rencontre chez les végétaux.

2° Immédiatement après viennent les mouvemens vibratiles du corps animal qu'on ne peut reconnaître qu'avec le secours du microscope. Des courans d'eau le long des branchies , sans que celles-ci fussent elles-mêmes en mouvement, ont été vus chez les Bivalves, par De Heide, Leeuwenhoek et Erman, par Steinbuch chez les larves de Salamandre. Sharpey, qui les a observés chez des Annélides, des Mollusques et des têtards de Batraciens (§ 764, 3°), a reconnu qu'ils dépendent des mouvemens de cils implantés sur les branchies. Mais c'est aux découvertes de Purkinje et de Valentin que nous devons une connaissance exacte des cils vibratiles. Ces filamens incolores, de substance homogène, longs de 0,001 à 0,010 ligne, serrés les uns contre les autres, et se mouvant, non point isolément, mais par séries entières, existent dans tout le règne animal ; partout néanmoins on ne les rencontre que dans certains organes. On les voit à l'appareil respiratoire des Reptiles, des Oiseaux et des Mammifères, quelquefois aussi sur les membranes muqueuses des organes digestifs, urinaires et génitaux femelles, enfin à la peau de certains animaux sans vertèbres. Comme ils existent également dans les ventricules cérébraux des Mammifères, ils paraissent être une manifestation particulière de la vie intérieure de la masse animale, qui peut avoir lieu aux surfaces touchées par des liquides étrangers, 'dans l'intérêt du travail de la plasticité. Les branchies de plusieurs Mollusques, des larves de Salamandre, etc., ne se meuvent point elles-mêmes ; il n'y a que les courans déterminés par leurs cils vibratiles qui renouvellent sans cesse la couche d'eau avec laquelle elles entrent en contact. Celles des Poissons, au contraire, qui sont pourvues d'un appareil spécial de mouvement, n'ont point de cils.

3° Toute membrane muqueuse est en rapport immédiat avec la vie matérielle, car ou elle s'appuie sur des parties du squelette, ou elle est revêtue de fibres mobiles, où elle présente alternativement les deux modes d'entourage. La même chose arrive aux organes respiratoires formés de membrane muqueuse : les tubes ou les sacs s'emplissent et se vi-

dent alternativement , que ce soit par l'activité de muscles plastiques , ou par l'élasticité de membranes tendineuses et de feuillets cartilagineux. Suivant Tiedemann (1), les vésicules , les branches et les troncs des organes respiratoires se contractent pendant l'expiration , chez les Holothuries , et se dilatent pendant l'inspiration. De même que Comparelli l'avait observé chez plusieurs Insectes , Rengger (2) a vu , dans les Sauterelles , les trachées se distendre et se resserrer alternativement ; et de ce que les vésicules aériennes naissant des stigmates chez les larves aquatiques , rentrent et sortent alternativement , il a conclu que ces organes jouissaient de l'indépendance. Cependant Burmeister (3) croit que les trachées des Insectes se resserrent uniquement parla pression de la paroi du corps , et qu'elles se dilatent en vertu de leur seule élasticité, ce qui n'est peut-être vrai que de la plupart d'entre celles qui sont rigides ; mais il y en a beaucoup aussi qui ont des parois molles , surtout dans leurs dilatations

II. La périphérie animale opère la respiration par des mouvemens volontaires , que le sentiment du besoin de respirer sollicite, de manière qu'ici la vie plastique et la vie animale entrent en conflit intime. A un degré inférieur de la vie , le besoin de respirer est moins pressant , ce qui fait qu'alors le libre arbitre exerce , sous ce rapport , beaucoup plus d'empire qu'il n'en a chez les animaux plus avancés en organisation.

Quelques mouvemens respiratoires sont généraux. Tels sont les suivans :

l9 Ceux qui coïncident avec les mouvemens locomoteurs de l'animal entier , par exemple chez les Méduses, dont la progression s'accomplit au moyen d'extensions et de flexions alternatives , qui servent en même temps à attirer et faire sortir l'eau destinée à la respiration.

(1) Jnatomie der Rohren-Holothurie, p. 11. î

(2) Physioloyische Untersuchungen ueber die [thierische Haushaltung der Insekten, p. 37.

(3) flandintch. der Entomologie, t. I, p. 418.

2» Les mouvemens de la paroi du corps, qui, partout où il existe des organes respiratoires internes , viennent en aide aux mouvemens plastiques ; car, en dilatant les espaces intérieurs, ils permettent au milieu extérieur de s'introduire, tandis qu'en les rétrécissant ils forcent ce même milieu de sortir.

D'autres mouvemens sont plus restreints aux organes respi raloires eux mêmes.

3° Tel est le cas des branchies libres , celles, par exemple , de quelques Gastéropodes, qui se meuvent à la façon des membres, et servent même en partie de nageoires.

4° L'entrée et la sortie du milieu ambiant sont déterminées tantôt par. des muscles qui agrandissent et resserrent le trou de la respiration , comme chez les Gastéropodes aquatiques ; tantôt par des valvules que des muscles peuvent rapprocher et éloigner de l'ouverture , comme chez la plupart des Insectes ; quelquefois par des opercules susceptibles de s'abaisser et de s'élever, comme chez les Insectes aquatiques; ailleurs enfin, par des dispositions spéciales, comme chez les Décapodes , où une plaque ovale , placée en manière de luette dans le canal de la cavité branchiale , exécute des oscillations qui font entrer une certaine quantité d'eau , tandis qu'elles en font sortir une autre.

B. Modalité du mouvement respiratoire.

§ 969. La manière dont la respiration est accomplie par des mouvemens \, varie beaucoup dans les quatre classes d'animaux vertébrés.

I. Chez les Poissons, qui sont dépourvus de cavité thoracique spéciale , ce mouvement a lieu dans la paroi du corps , tout auprès de la tête, et sans le concours des côtes : comme la cavité nasale forme un cul-de-sac, l'eau aérée ne peut qu'être admise par la bouche et expulsée par une autre voie; elle forme donc un courant qui traverse la cavité respiratoire, ainsi qu'on le voit , bien que d'une autre manière , chez les Acéphales et les Céphalopodes. Chez les Poissons osseux , tandis que la fente branchiale est close par son opercule, l'eau passe de l'œsophage dans l'espace respiratoire , attendu que

DE IA KESriMTION, 4^7 les arcs branchiaux, articulés sur le crâne, s'écartent par un mouvement d'arrière en avant, qui, joint à l'action de l'eau elle-même, fait que les lames de chaque branchie et les filets de chaque lame branchiale s'éloignent les uns des autres , et eutrent en contact de tous côtés avec le liquide ; ensuite les arcs branchiaux se reportent de nouveau en arrière , et se rapprochent les uns des autres , ainsi que les lames branchiales, pendant que l'opercule s'abaisse et que l'eau s'échappe par la fente branchiale ouverte. L'entrée de l'eau par la fente branchiale n'est point impossible, mais il paruît que, chez les Cyclostomes surtout, qui peuvent s'appliquer à des corps étrangers au moyen de leur bouche agissant comme ventouse, l'eau destinée à la respiration entre et sort ordinairement par les trous branchiaux extérieurs. Du reste , chez ces animaux comme chez les autres Poissons cartilagineux , il y a des muscles particuliers qui contractent les sacs branchiaux pendant l'expiration , et qui rouvrent les trous branchiaux fermés par des valvules.

H, Chez les Reptiles , chez tous les animaux qui respirent l'air , et chez quelques-uns de ceux qui respirent l'eau , comme les Holothuries et les larves d'Insectes respirant par des trachées dans le rectum , le milieu extérieur sort du corps par la même voie que celle qui lui a servi à. s'introduire. 11 n'y a point de cage pectorale close, osseuse et mobile par elle-même chez les Anoures , qui ne possèdent qu'un sternum sans côtes; chez les Ophidiens, qui n'ont que des côtes sans sternum , et chez les Chéloniens , dont les côtes sont confondues en une seule masse avec la carapace. Ici donc les par rois delà cavité pectorale ne peuvent concourir que peu oupoint à la respiration ; 1 air pénètre d'abord par les narines élargies , que leurs muscles circulaires ferment ensuite : puis il passe dans la cavité buccale et l' arrière-gorge dilatée en furme de sac , lequel venant, en même temps que la bouche demeure ciose, à se resserrer par le moyen des muscles dp la langue et de l'hyoïde, l'oblige à s'introduire dans la glotte et les poumons ; pendant l'expiration, ces derniers organes se contractent , et sont aiues ep cela par les muscles du tronc.

Page 1