C. Quantité du mouvement respiratoire
§ 970. La quantité du mouvement respiratoire n'est pas plus susceptible que celle des autres actions vitales d'être évaluée rigoureusement, parce qu'elle varie, dans chaque individu, suivant les particularités de son organisation et de l'état où il se trouve. On ne peut donc arriver, sous ce rapport , qu'à des déterminations approximatives.
I. La fréquence est en général ce qu'il y a de moins réglé chez les animaux inférieurs, où elle dépend en grande partie
(1) De mti.iculis brenchialibus, p. 12.
/j()b DE LA RESPIRATION.
de la volonté. Suivant Spallanzani (1), le Limaçon n'ouvre et ne ferme pas son trou respiratoire d'une manière rhytlimique : il le laisse ouvert, tantôt un instant seulement, et tantôt pendant plusieurs minutes. Sorg (2j dit que la chenille du Sphinx de la lithymale respire vingt rois par minute , le Cerf-volant vingt à vingt-cinq , la Sauterelle cinquante à cinquante-cinq. La Grenouille fait quarante à cent inouvemens inspiratoires dans le même laps de temps (3). Les Poissons meuvent leur opercule vingt-cinq à trente fois, et quelques-uns jusqu'à quarante. Les plus gros Oiseaux respireat vingt à trente lois, les petits trente à cinquante. Le nombre des respirations est de quatre à cinq chez la Baleine, d'après beoresby (4), de sept chez le Hérisson, suivant Gurk (5) , de hua a douze chez le Cheval et le Bœuf, de dix chez la Chèvre et la Brebis , de vingt-quatre chez le Chien et le Chat. Le terme moyen est de dix-huit chez l'homme ; Seguin évalue le nombre des respirations de onze à vingt , Laëunec de onze a quiuze , Menzies à quatorze, Magendie à quinze, Allen et Pepys à dix-neuf, Laiton à vingt, Davy à vingt-six.
II. La quantité d'air inspiré et expiré à chaque respiration s'élève, terme moyeu, a environ dix-huit pouces cubes, de manière qu'il passe près de quatre cent soixante-six mille pouces cubes à travers les poumons dans l'espace de vingtquatre heures. Abilgaard indique trois a six pouces cubes, (6) "Wurzer six à huit, Davy dix a treize, Alleu et Pepys seize et demi {7j, Herbst seize a vingt- cinq {&) , Daltou trente, Bustock <9) et Menzies (10, quarante-deux. Ces différences tiennent principalement a celles delà grosseur du corps, de l'ampleur
(1) Mémoires sur la respiration, p. 244.
(2) Disquisitiones circa respirationem insectorum. Rudolstadt , 1805, (S) Edwards, De Vinfiuence des ayens physiques, p. 52.
(4) Tayebuch eiuer Reise auf don JFallfibchfany, p. 192.
(5) Lelirbuek der veryleickauden Physiologie, p. 171.
(6) Scherer, Journal, t. IV, p. 439.
0) Philos. Trans., 185, p. 2o3.
(8) Meckd, Archiv fuer A natomie, u1828, p. 97.,
(9) Persuch ueber dus Athemholen, p. 47.
(10) Ciell, Annalcn, 1794, t. II, p. 33.
DE LA ttESriRATlON. 499 de la poitrine , de la force musculaire, du genre de vie habituel , des efforts de la volonté , et de l'appareil employé pour faire l'expérience.
Au reste , il suit des expériences de J. Leroy (1) qu'une violente insufflation d'air amène la mort en peu de minutes , chez certains animaux ( Brebis, Chèvres, Cochons d'Inde); une partie des cellules pulmonaires se déchire, et l'air passe ou dans le sang ou dans le parenchyme pulmonaire. Bichat a aussi remarqué que de violens efforts peuvent donner lieu à un emphysème des poumons.
I1L Les ramifications de la trachée-artère dans les poumons sont maintenues ouvertes par les cartilages appliqués à leur surface, de sorte qu'elles ne peuvent jamais se vider entièrement par l'expiration. On se demande donc combien les poumons humains peuvent retenir d'air après l'expiration.
i° Herbst n'a jamais pu faire entrer plus de cent-quatrevingt-six pouces cubes d'air dans les poumons d'adulte détachés du cadavre (2).
2° Goodwin (3) appliquait un bandage autour du basventre des cadavres , pour prévenir l'abaissement du diaphragme, puis, au moyen de petites incisions faites à la paroi pectorale , il emplissait d'eau les sacs des plèvres. Chez trois pendus , qui étaient probablement morts dans un état de forte inspiration, l'eau occupa, terme moyen, deux centsoixante-et-deux pouces cubes ; elle en occupa cent neuf dans quatre cadavres d'individus morts naturellement , et par conséquent après avoir expiré. Goodwin admit , d'après cela, que ce dernier nombre exprime la quantité d'air qui reste dans les poumons, et que ceux-ci, dans une inspiration ordinaire de quatorze pouces cubes, contiennent cent vingttrois pouces cubes d'air. Allen et Pepys (4), ayant coupé la truchée-artère sur le cadavre d'un homme robuste , y attachèrent une vessie , et trouvèrent ainsi que les poumons , en
(1) Journal de Magendie, t. VIII, p. 97.
(2; Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1828, p. 404.
(3) Bostotk, loc. cit., p. 26.
(4) Philos. Tran.i., 1809, p. 441.
:>00 DE T,A PESMTIATION.
s'affaissant par l'ouverture de la poitrine, chassaient trenteet-un pouces et demi cubes d'air; après quoi, en comparant leur pesanteur spécifique, leur poids absolu, et la quantité d'eau qu'ils déplaçaient, on trouva qu'ils contenaient encore cinquante-neuf pouces et demi cubes d'air. Donc , il resterait quatre-vingt-onze pouces cubes d'air dans les poumons après une expiration ordinaire, et cent y compris celui du larynx et de l'arrière-gorge , ou même cent huit , à cause de la dilatation que la chaleur fait subir à ce fluide pendant la vie. Ure a retiré cent cinq pouces cubes d'air des poumons d'un noyé.
3° Davy (1) rendait cent quatre-vingt-dix pouces cubes d'air par une expiration aussi forte que possible, à la suite d'une inspiration profonde ; soixante-dix-huit lorsque l'inspiration était ordinaire , et soixante-huit encore après une expiration ordinaire. D'après cela , il admit que ses poumons contenaient communément cent dix-huit pouces cubes d'air après l'expiration , et cent trente-cinq après l'inspiration , mais qu'une expiration forcée pouvait y réduire ce fluide à quarante-et-un pouces , et une inspiration également forcée le porter à deux cent cinquante-quatre. Menzies a trouvé qu'après une expiration ordinaire de quarante pouces cubes , on pouvait encore , par des efforts , expulser soixante-dix pouces cubes d'air ; et comme il admettait, d'après Goodwin, que, malgré l'expiration la plus forte , les poumons retiennent encore cent neuf pouces cubes d'air, il évaluait leur capacité à deux cent dixseuf pouces cubes. Bostock (2) pensait qu'on est en état d'expirer cent soixante-dix pouces cubes , ce qui porterait Sa capacité des poumons à deux cent soixante-dix-neuf, en admettant toujours un résidu de cent neuf. Prout l'estimait également à deux cent quatre-vingts pouces cubes (3). Thomson a trouvé (4) que la plupart des hommes peuvent expirer deux cent pouces cubes d'air à la suite d'une inspiration pro-
(1) Untersuchungen ueber das Athmen, t. II, p. 79.
(2) Loc. cit., p. 32.
(3) Journal complémentaire , t. XI, p. 223.
(fi) Schmirlt, Jahrbv,ech«r der Medicini t. IX, p. 149.
DE LA RESPIRATION. 5ûl
fende. Herbst fit essayer (1) à onze jeunes gens combien ils pourraient rendre d'air en expirant avec autant de force que possible ; le minimum fut de quatre-vingt-dix pouces cubes , et le maximum de deux cent quarante , ce qui donne cent soixanie-six pour terme moyen ; il en fit expirer six avec toute la force possible, après une inspiration des plus profondes ; ici le minimum fut de cent vingt pouces cubes , et le maximum de deux cent quarante -quatre, terme moyen cent soixante-sept. Il admet , avec Davy, que quaranle-et-un pouces cubes d'air restent dans les poumons après la plus forte expiration , de sorte que la capacité de ces organes , chez un homme , pourrait être de deux cent vingt pouces cubes à deux cent soixante , et même s'élever jusqu'à deux cent quatre-vingts.
D. Relations du mouvement respiratoire.
§971. Les relations les plus immédiates des mouvemens respiratoires sont celles avec le système nerveux. Pour bien saisir l'action qu'exerce chacune des parties de ce système , la meilleure méthode est de l'étudier en procédant des régions inférieures du tronc vers l'encéphale.
I. Les muscles du bas-ventre viennent au secours du mouvement respiratoire des poumons (§ 860, 7°), et ils dépendent des nerfs thoraciques inférieurs, ainsi que des nerfs lombaires. Leur influence paraît être la plus bornée de toutes. Lorsque Legallois (2) détruisait la partie abdominale de la moelle épinière des Lapins , la respiration était d'abord un peu troublée, mais elle ne tardait pas à redevenir régulière, et la mort arrivait sans qu'il survînt aucun symptôme de suffocation.
II. Les muscles inspirateurs de la poitrine sont sous la domination des nerfs cervicaux inférieurs et des nerfs thoraciques, par conséquent de la portion correspondante de la moelie épinière. Lorsqu'on coupe celle-ci à la hauteur des vertèbres inférieures du cou , ou entre elles et la première
(4) Meckel, Àrchiv fuer Jnatomie, 4828, p. 99.
(?) Expériences <mr le ■principe delà vie, p, 90, 97, 403,
vertèbre dorsale, les muscles pectoraux cessent d'agir, et la respiration ne s'accomplit plus que par le diaphragme , comme on le savait déjà d'après Galien (1) , et comme l'ont confirmé Iris observations de Crniksîiank (2) et de Bichat. La même chose arrivait quand Legallois (3) avait détruit toute la portion thoracique de la moelle.
III. Haller et d'autres avant lui (4) ont vu le diaphragme se contracter par l'effet d'une irritation du nerf diaphragmatique. La ligature ou la section de ce nerf paralyse ce muscle, et. alors les muscles pectoraux agissent seuls dans l'inspiration, mais d'une manière faible , et pendant un laps de temps trèscourt , comme l'ont remarqué Haller et ses prédécesseurs, Cruikshank (5) , Arnemann (6) , Bichat et Astley Cooper (7). Comme le diaphragme reçoit quelques filets des nerfs thoraciques, Krimer (8) dit l'avoir vu se contracter encore, bien que plus faiblement , après la section dos nerfs diaphragmatiques proprement dits. L'irritation de la portion cervicale de la moelle a déterminé une respiration sifflante (9) , et sa destruction ou sa section à la hauteur de la première ou de la seconde vertèbre cervicale , arrête instantanément la fonction (10), ce dont Bichat etL^gallois (II), entre autres, se sont convaincus. Les hommes, suivant la remarque de Brodie, périssent également d'asphyxie subite , lorsqu'ils ont eu la moelle épinièi e déchirée à la hauteur des premières vertèbres cervicales , de même qu'après les luxations ou les fractures de ces os.
IV. Le nerf accessoire de Willis peut concourir aux fortes inspirations en soulevant l'épaule, par le moyen du trapèze ,
(1) Haller, Elem. physiol., t. III, p. 93.
(2) Reil, Archiv, t. II, p. 64.
(3) Loc. cit., p. 53,89,95.
(4) Haller, Elem. physiol., t. III, p. 92.
(5) Loc. cit., p. 68.
(6) fersuch ueber die Régénération, p. 7.
(7) Irchives yénérales, 2e série, t. I, p. 358.
(8) Untersuchungen ueber die nœchste Ursache des Huslens, p. 39.
(9) Haller, loc. cit., t. IV, p. 325.
(10) 76., t. III, p. 240.
'11) Loc. cit., p. 53, 83, 88.
DE LA RESPIRATION. 5o3
et, quand la respiration est extrêmement pénible, en élevant le sternum et la clavicule , à l'aide du sterno-clcido-mastoïdien; sa sectinn fait cesser cet acte respiratoire, suivant Bell. Mais comme il donne des filets à la huitième paire, peut-être est-ce lui réellement qui provoque les mouvemens qu'on attribue à cette dernière.
V. Le nerf pneumo-gnstrique détermine les mouvemens des organes respiratoires eux-mêmes , et il est en conséquence le plus essentiel pour la respiration. Arnemann (1) et Legallois (2) donnent une longue liste de physiologistes qui ont observé les effets de la ligature et de la section de ce nerf. Les expériences dont les résultats doivent être cités ici , ont été faites par Petit (3), Haller (4), Arnemann (5), Gruikshank (6), Haighton (7), Bichat, Dupuytren , Blainville , Emmert (8), Brodie (9), Breschet (10), Dupuy (11), Legallois (12), Wilson Phiiipp (13) , Magendie (i4) , Broughton (15), Ware etFinlay(16),Treviranus(17), Krimer (18), Leuret et Lassaigne (19) , Mayer (20) , Brachet, Arnold (21) , Diekhof (22) , et Astley Gooper (23).
(1) Loc. cit., p. 130-439.
(2) Loc. cit., p. 4 61-483, 202.
(3) Hist. de l'Acad. des sciences, 4727, p. 6.
(4) Opéra minora, t. I, p. 360.
(5) Versuch ueber die Régénération, p. 66-409.
(6) Reil, Archiv, t. II, p. 58-75.
(7) lb., p. 76-81.
(8) lb.,t. IX, p. 398, t. XI, p. 448.
(9) lb., t. XII, p. 133.
(10) Archives générales, t. II, p. 404.
(11) lb., t. XIV, p. 289.
(12) Exp. sur le principe de la vie, p. 488.
(43) Ueber die Gesetze der Functionen des Lebens, p. 96.
(14) Précis élément., t. II, p. 297.— Leçons, t. I, p. 215; t. II, p. 223,
(15) Journal de Magendie, 1. 1, p. 123.
(16) Gerson, Mayazin, t. XVII, p. 486.
(17) Vermischte Schriften, t. I, p. 105. '18) Physiologische Untersuchungen, p. 442.
(19) Rech. sur la digestion, p. 131.
(20) Zeitschrift fuer Physiologie, t. II, p. 71.
(21) Lehrbuch der Physiologie, t. II, p. 246.
(22) Valentin, Repertorium, 1. 1, p. 259.
(23) Archives générales, 3« série, 1. 1, p. 358.
5o4 DU LA RESPIRATION.
1° La section ou la compression prolongée des deux nerfs pneumo-guslriques| entraîne la mort. Celle-ci a lieu , la plupart du temps, au bout de dix à vingt heures chez les Lapins, quelquefois au bout de deux à cinq heures, selon Broughton (1) , et parfois aussi le troisième jour seulement suivant Mayer (2). Chez les autres Mammifères sur lesquels l'expérience a été tentée , le nerf grand sympathique est renfermé , immédiatement après sa sortie du ganglion cervical supérieur, dans une gaine qui lui appartient en commun avec la huitième paire , de sorte qu'il a dû être presque toujours coupé en même temps que cette dernière. Les Chiens succombèrent le plus souvent du second au quatrième jour , quelquefois au bout de sept à huit heures, comme l'ont vu Petit (3) et Haighton (4); dans d'autres cas , leur mort n'eut lieu qu'au bout de sept jours, ainsi que l'a observé Cruikshank (5) , et un Chien , auquel Mayer s'était contenté de lier le nerf (6) , ne périt que le dixième jour. La mort des Chats arrive au bout d'un quart d'heure (7) , ou seulement de dix heures ; celle des Chevaux, au bout d'une heure ou seulement de deux jours. Les Poules , les Pigeons , les Oies , survécurent deux à cinq jours. Quand on ne coupait qu'un seul des deux nerfs , il y avait des cas rares , semblables à ceux qu'a observés Petit (8) , dans lesquels aucun accident ne se manifestait chez les Chiens; presque toujours la respiration éprouvait du dérangement, mais, au bout de quelque temps , elle rentrait dans l'état normal ; quelquefois cependant, la mort eut lieu après un laps de temps d'une à trois semaines. La plupart des Lapins périrent du premier au troisième jour ; les Chevaux se rétablirent bientôt après avoir éprouvé de la difficulté à respirer ; les Oiseaux ne furent point
(1) Loc. cit.,j>. 127.
(2) Loc. eit., p. 73.
(3) Loc. cit., p. 6.
(4) Loc. cit., p. 76.
(5) Loc. cit., p. 59.
(6) Loc. cit., p. 65.
(7) Loc. cit., p. 74.
(8) Loc. lit., p. 42.
DE LA RESPIRATION. 5o5
affectés. Lorsque , sur un Chien , on coupait l'un des nerfs , et six semaines après, quand la plaie était cicatrisée , celui du côté opposé, l'animal survivait, selon Cruikshank et Haighton. Des Chevaux auxquels Dupuy coupa simultanément l'un des nerfs en entier, et l'autre à moitié ou aux deux tiers, se rétablirent aussi quelquefois.
2° Après la section des deux nerfs, les mouvemens respiratoires deviennent pénibles et plus rares. Suivant Mayer (1) leur nombre tomba , chez l'Ane, de dix-sept à douze ou neuf le premier jour, et à huit le cinquième ; chez les Chiens , de quarante-huit à dix le premier jour , et quelquefois à huit les jours suivans. L'inspiration exige de plus grands efforts ; l'animal ouvre largement les narines et la bouche , il tend le cou, et ses muscles pectoraux, ainsi que son diaphragme , redoublent d'activité. Suivant Cruikshank et Broughton , l'inspiration est lente et profonde, l'expiration courte, fréquente, forcée , quelquefois accompagnée de mouvemens répétés des muscles abdominaux. La difficulté de respirer augmente pendant les efforts , la course rapide , la préhension des alimens et le vomissement. Krimer assure que l'action du galvanisme sur les nerfs coupés procure plus de liberté à la respiration. Treviranus a vu , chez des Grenouilles auxquelles il avait pratiqué l'opération , les mouvemens de la respiration devenir désordonnés, mais sans cesser entièrement.
3° La conversion du sang veineux en sang artériel diminue plus tôt ou plus tard , et cesse tout-à-fait. Chez les Mammifères, le nez , les lèvres et la cavité buccale deviennent blêmes, plombés ou bleus : il en est de même de la crête des Oiseaux ; le saDg prend un caractère veineux dans le système aortique et le cœur gauche. Dupuy avait conclu de là que la lésion du nerf anéantit immédiatement le travail chimique de la respiration , qu'elle détermine même une dégénérescence du sang , puisque celui-ci semble comme dissous, et que des animaux bien portan», dans les veines ou le tissu cellulaire desquels on l'injecte , périssent au bout de quelques jours , offrant les phénomènes de la gangrène. Mais Emmert a prouvé
<i) Lee. «t., p. 06,
5o6 DE LA RESPIRATION,
que le sang demeure vermeil, dans le sysiè ne aorlique, aussi long-temps que les poumons reçoivent encore une suffisante quantité d'air , que, quand il a pris l'aspect veineux, on peut lui rendre sa couleur naturelle au moyen de la respiration artificielle , et que par conséquent sa conversion normale dans les poumons n'est arrêtée que par le trouble des mouvemens respiratoires, ce que Provençal , Dumas , Brodie et autres ont reconnu également. Du reste, Blainville croyait n'avoir observé aucun changement anormal dans le sang après la sect on du ner f pneumo-gastrique ; mais des faits en très-grand nombre s'élèvent contre celte assertion.
40 Chez les animaux qui sont morts par suite de l'expérience, on trouve les poumons distendus , gonflés, d'un rouge foncé et gorgés de sang. Suivant Defermon, Ware et Finlay , ils étaient moins pleins de sang lorsqu'on les avait exposés à l'influence du galvanisme. Le cœur renferme souvent des caillots de sang, et sa moitié droite est remplie outre mesure de ce liquide. Mayer et Arnold ont quelquefois rencontré des caillots dans les vaisseaux sanguins des poumons eux-mêmes. Les ramifications bronchiques contiennent presque toujours une grande quantité de mucus écumeux , parfois sanguinolent. Ce mucus , suivant l'opinion de Brachet, met obstacle à l'entrée de l'air , empêche par conséquent le sang de devenir vermeil , et. devient ainsi la cause de la mort. Mais cette sécrétion copieuse et l'impossibilité de l'expulser supposent un autre état anormal.
Souvent il s'épanche du sang dans le parenchyme des poumons, de sorte que ceux-ci, comme l'a vu Cruikshank, deviennent fermes et denses , qu'ils tombent au fond de l'eau , suivant Wilson Philipp et Legallois , et que , d'après Magendie , ils paraissent hépatisés , ne s'affaissent pas sur euxmêmes lorsqu'on ouvre la poitrine , ne crépitent point quand ou les comprime , et ne peuvent être complètement insufflés. Magendie admet, en conséquence , que la section du nerf trouble la circulation dans les vaisseaux capillaires des poumons, et q u'elledéterniine par-là des épanebemecs qui s'opposent à ce que l'air puisse entrer. Mais cette hépatisa-
DE LA RESPIRATION. So^
tion n'est point un phénomène constant , et on ne l'observe même pas dans le plus grand nombre des cas.
5° Brachet rejette donc l'explication de Magendie, et cherche ailleurs la cause du mucus qui remplit les ramifications bronchiques au point d'interdire tout accès à l'air. 11 croit <]ue les poumons ne sont point sollicités à tousser , parce qu'ils ont perdu leur sensibilité; et en effet il a vu les vapeurs de l'acide chlorhydrique , ou de petites boules suspendues dans la trachée-artère, ne point provoquer la toux après la section du nerf. Il assure , en outre , que les animaux n'éprouvent plus, même lorsqu'on les place sous le récipient de la machine pneumatique , ou qu'on leur plonge la tête dans l'eau , l'agitation qu'on remarque chez ceux qui suffoquent , et qu'on ne leur voit faire aucun effort pour attirer l'air dans la poitrine. Brodie avait déjà attribué l'effet mortel de la section à ce que le besoin de respirer n'est plus senti , et Arnold se prononce en faveur de cette opinion. Mais les changemens du mouvement respiratoire, qu'on a coutume d'observer , prouvent bien qu'il y a encore sentiment du besoin de respirer. Brachet n'a fait les observations rapportées plus haut que sur de jeunes Chiens, âgés seulement de trois jours, tandis que ceux qui étaient nés depuis cinq jours , faisaient les efforts ordinaires ; or il ne donne qu'une explication forcée de cette différence quand il dit que c'est uniquement par l'effet de l'habitude qu'on voit les muscles respiratoires continuer d'agir, quoique le besoin de respirer ne soit plus senti.
6° Legallois a vu la mort survenir tout aussi promptement après la section du rameau laryngé inférieur qu'après celle du tronc nerveux entier; il l'attribue aussi, dans ce dernier cas, à un resserrement de la glotte, et il a réellement observé, sur un Lapin dont il avait mis la glotte à découvert, qu'après la section du nerf, les cartilages aryténoïdes se rapprochaient au point de ne plus laisser entre eux qu'une fente étroite. Ce qui vient à l'appui de sa manière de voir, c'est que la trachéotomie rend la respiration plus libre, qu'elle paraît aussi prolonger un peu les jours de l'animal, et que quand le nerf a été coupé au-dessous de son rameau laryngé inférieur, on observe d'abord peu ou point de gêne dans la respiration.
5û8 DE LA. RESPIRATION.
Magendie expliquait le phénomène lui-même par un antagonisme entre les muscles et leurs nerfs. Le nerf laryngé supérieur doit, suivant lui, se distribuer aux muscles aryténoïdienset cricoidiens ; l'inférieur aux muscles crico-thyroïdiens, de sorte que ceux-ci élargissent la glotte, et ceux-là la resserrent. De là vient, ajoute-t-il, que la section du nerf laryngé inférieur et du tronc entre ce rameau et le larynx supérieur entraîne la paralysie des muscles dilatateurs et la prépondérance des muscles constricteurs. Cependant Schlemm et Arnold ont fait voir que le nerf laryngé inférieur, comme l'avait déjà remarqué Portai (4), donne aussi des filets aux muscles aryténoïdiens, qui rétrécissent la glotte. Cette disposition a été confirmée par Reid (2), qui ajoute que les muscles cricothyroïdiens seuls reçoivent des branches du laryngé supérieur. Krimer prétend avoir vu que la glotte s'ouvrait largement lorsqu'on irritait ou qu'on liait le nerf laryngé supérieur, qu'elle se fermait quand on coupait ce nerf, et que l'inverse avait lieu toutes les fois qu'on agissait de la même manière sur le nerf laryngé inférieur. Ou ne peut donc, en général, admettre qu'une paralysie des muscles delà glotte, ayant souvent pour résultat l'agrandissement de cette ouverture ; et, en efl'et, Dupuy, Mayer, Leuret et Lassaigne ont vu qu'après la section du nerf pneumo-gastrique, les alimens qui revenaient à la bouche tombaient dans la trachée-artère, par ia glotte. Enfin la section des deux nerfs laryngés inférieurs n'entraîne ordinairement point la mort, et l'on voit même se rétablir, au bout de quelque temps, la voix qui avait été abolie d'abord, soit parce que les deux bouts des nerfs se recollent, soit parce que les nerfs laryngés supérieurs acquièrent à eux seuls le degré d'influence qu'auparavant ils ne possédaient qu'en commun avec les inférieurs. Au reste, Legallois ne considère l'occlusion même de la glotte que comme une cause accessoire de la mort, qui dépend surtout de l'affection des poumons, dont, suivant lui , le tissu est lâche et sans ténacité.
(1) Cours aVanatomie médicale, t. IV, p. 207. ' — Trousseau et Belloc,
^Traité de la phthisie laryngée. Paris, 4837, ilvS1.
(2) Archives générales, 3e sçrie.t. I, p, 21!,
dp. LA ttEsniù'ïiôN.
7- La paralysie des poumons est incontestablement la cause de la mort. Les poumons, en vertu des fibres musculaires étalées sur les ramifications bronchiques, sont doués d'un mouvement vital, qui consiste en un rétrécissement des voies aériennes , et sur lequel la volonté exerce peu d'influence (§ 969, 7°). Le nerf pneumo-gastrique déterminue lesmouvemens involontaires de l'œsophage (§ 957, 5°): il doit se comporter de même à l'égard des fibres musculaires plastiques poumons, et être la cause déterminante de l'action qu'ils déploient pendant l'inspiration, comme l'avait déjà reconnu Banels (1). Après sa section, les poumons deviennent passifs, ils ne se' contractent plus convenablement eux-mêmes, mais ne font que céder au resserrement de la poitrine, occasioné par le relâchement des muscles inspirateurs et l'action des muscles abdominaux (2). De là vient qu'on les trouve extraordinairement distendus après lamort.ou, comme le disent Hallé et Pinel dans leur Rapport sur les expériences de Dupuy, à l'état d'inspiration. Or, comme, pendant l'inspiration, le sang afflue avec plus de force aux poumons, et y séjourne plus long-temps (§ 766, 1°), il doit ici, où l'insuffisance de l'inspiration ne permet pas qu'il soit chassé avec assez de force dans le système aortique (§ 766., 3°), déterminer une congestiou passive, par suite de laquelle»(§ 843, 4°) s'établissent une sécrétion exagérée et même une infiltration sanguine dans les voies aériennes. Mais la cause essentielle de la mort tient à ce que la conversion normale du sang cesse dans les poumons paralysés : comme les ramifications bronchiques ne se contractent plus par une force qui leur soit propre, l'air décomposé et surchagé de l'acide carbonique du sang veineux, n'est plus complètement expulsé, et par conséquent l'air frais ne peut plus entrer en quantité suffisante. Or, de ce qu'il manque, non pas de l'air en général, mais de l'air respirable, il suit que l'animal doit redoubler ses efforts d'inspiration, qui d'ailleurs, étant plus soumis à l'empire de la volonté, sont aussi ceux qu'on appelle le plus volontiers à son secours dans tous les troubles de la respiration.
(4) Die Respiration ait vom Gehirne abhœnyige Beweyung, p. 82. (2; Keynnud, Mém. sur l'oblitération dos bronchas (Mémoires de f'Acad, royale de médecine. Paris, 4S35, t. IV, p. 417.)
5lO DE LA. RESPIRATION.
VI. Parmi les autres nerfs cérébraux, le facial agit en dilatant les narines et abaissant 1 hyoïde et la mâchoire inférieure pendant l'exspiration. La petite portion du trijumeau relève la mâchoire pendant l'inspiration. Le grand hypoglosse contribue aussi aux mouvemens respiratoires^ par son action sur les muscles de l'hyoïde et de la langue.
VII. La moelle allongée est le point central des nerfs de la respiration, en sorte que sa destruction arrête sur-le-champ celle fonction, qui, au cunlraire, persiste encore pendant quelque temps , d'après Legallois, Treviranus, Flourens et Brachet, lorsqu'on enlève les autres parties du cerveau.
VIII. On ne sait rien de l'influence qu'exerce peut-êlre le nerf grand sympathique. Lorsque Bichal coupait ce nerf , ou que Cooper en pratiquait la ligature, la respiration n'était pas troublée d'une manière sensible. La mort n'arrive pas plus tôt quand on le coupe avec le pneumo-gaslrique, que quand on se contente de couper ce dernier seul.
ARTICLE II
Des phénomènes chimiques de la respiration.
§ 972. Il a été question ailleurs des sécrétions du poumon (§ 813, III; 816, III; 817, \ ; 818, 1, III; 819, 1°; 820, IV.) et de l'absorption que cet organe exerce sur les liquides et les vapeurs (§899, III, IV; 903, I,). Nous devons nous occuper ici de l'absorption des gaz par lui, c'est-à-dire de la respiration comme fonction qui concourt immédiatement à la formation du sang par l'introduction de substances nouvelles dans l'économie. Nous apprenons à connaître ce qui arrive dans la respiration en comparant l'air expiré avec l'air inspiré (§ 972), et le sang qui revient des organes respiratoires, quia été soumis à l'influence de l'air, avec celui qui n'a point encore subi cette influence (§973).